‹ Le Jardin des plantes (volume 2)Chapitre 97 sur 219 · CHAPITRE XXIU · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIU

Excursion dans ries conticcs inconnues.

On comprend (|ue, le lendeniaiii, ma première pensée fut d'aller chrirber noire claie dans le bois des Calebasses ; j avais eu un double but en la laiss;int l;i, et je n'en axais pas parlé pour épargner des iiiquiéludes à ma femme; je voulais faire une excursion au delà de la p.iroi des rochers, et voir si nous n'y trouverions pas quelque chose d'utile. J'étais curieux, en outre, de connaitre un peu iiiieiix l'élendue de notre ile; je ne voulais avoir avec moi que l'rilz, qui était plus fort et plus eourajjeux que ses frères. BLilhciireusemcnl , tous nos travaux, toutes nos recherches furent suspendus, ii cette épo([iie, par des eircoiislances qui auraient pu avoir les suites les plus funestes, dont, toutefois, la Providence daii;iia nous lu'éserxer. 11 était sans doiile lort siirpieuanl qu'après les cruelles anijoisses (|ue nous avions soiilferles peudanl la tempête, après l'horreur de notre naufrai;e, api'i's les pénibles travaux auxquels nous nous étions lix'ri's sous un climat si dillereiil de celui de noire patrie, aucun de nous n'ei'it encore é|Hoii\é de maladie ; je ne jiouvais i;iière me llaller (|iie cela pùl coiiliniuu' ainsi. Lu elTet , le moiiienl était vi'uii oii il nous fallut payer le tribut au eliaui;ement d'air. Mon petit l'raiiçois fui le premier qui s'en ressentit; il eut quelques jours de iièvre, mais il ne l.irda pas à se rétablir, et nous tombànies tous malades apri's lui. ,lack fut même pendant vini;t-(|iiatre heures eu danger. ,Ie laisse ,'i penser, pendant ce temps, les iiii|uiéludes de sa pauvre mère; b' eoiirai;e de ctle cxecllente femme la soutint pourtanl si bien, qu'elle lui la dernière ii se mellre au lil. lleureiisement , nous ne fûmes jamais malades tous à la fois; il resta toujours deux ou trois d'entre nous debout pour soiiïiier les antres. Lnlin, quand notre réiablisseiiicnl l'iit l'inuplrl, j'en rendis à Dieu des ijràces d'aiilaiil plus vives que je rc- ;;ardais apri's cela ma pelite famille eoiiiiiu* eomplélciucnl aeclimali'c. Je repris alors mon projet momeiilaiii''iiien1 ab.iiiiloiini' ; je pris J''rilz avec moi, et je laissai les trois autres enlaiils avec leur mère, ainsi que IJill, pour les piotéijer. Turc nous suivit, et nous en téiiioii;iia sa joie par ses sauts cl ses hurlements. jSoiis partîmes de i;raiid m.iliu, en chassant devant nous notre jîne, qui devait ramener la claie.

Étant arrivés au bois des chênes verts, nous trouvâmes sons les arbres notre laie . à l'engrais, et avalant une quantité de ijlaiids doux qu'elle paraissait trouver excellents. Nous lui souhaitâmes bon appétit, en la priant de vouloir bien nous admettre à 1 honneur de parla- (;cr son déjeuner, l'rilz remplit de fruits les poches de sa veste. INoiis vîmes avec plaisir que la leçon di' la veille avait rendu eel animal plus Iraitable; il ne cherchait pas à nous éviter, et nous aurions pu remmener avec nous s'il n'avait pas été lro|) incommode. Tout en ramassant nos ijlamls douceinent et sans faire île bruit, nous vîmes les oiseaux, qui rcinplissaicnl le bois de tons les cotés, s'aiiprocher de nous; il y eu avait de charinanis par leur |>luiiiai;e, il cette fois je ne pus refuser ii mon i;rand chasseur l'rilz la permission de tirer un iiii deux coups de fusil, pour en examiner quelques-uns de plus près. Il en mit trois ii bas; je jujjcai que l'un élail le ijraiid j;cai bleu de \irj;inie, et les deux autres des perroquets : l'un des deux était un superbe ara nmijc , le jiliis beau des perroquels connus; l'autre était une perruche verte avec quelques plumes jaunes.

l'cndanl que l'rilz rechargeait son fusil, nous eiilciiilliues dans réloi|',ncmeiil un briiil singulier, ipii rcsseinidail tantiil à celui d'un t.imhonr coiixcrl, laiilôl à celui d'une scie qu'on aiijuise. IN'oiis pciisâiues d'abord a la musique des sauvages , et nous nous glissâmes un

peu de côté dans les buissons. Nous parvînmes doucement en avant vers la place d'où venait ce bruit singulier : ne voyant rien qui dût nous cll'rayer, nous écartâmes les branches, et nous aperçûmes, sur un tronc d'arbre renversé et il moitié pourri, un très-bel oiseau de la grosseur d'un coq domeslique, paré d'un beau collet de pliiiiies autour du cou et d'une belle huppe relevée; il était occupé à faire les gesles les plus extraordinaires. Sa queue était étalée en éventail comme celle d'un coq d'Inde, mais plus courte. Les plumes de son cou et de sa tète étaient relevées et hérissées; il les agitait quelquefois avec une telle vitesse (prclles paraissaient un nuage qui l'ciivcloppait subitciiient ; tantôt il lournait en cercle sur son tronc, taiilôl il remuait la tête cl les yeux connue s'il était possédé, cl poussait ce cri singulier ([iii nous avait alarmés. C'était le monvcnicnt de son aile frappant à temps précipités sur le tronc creux et sec, qui causait ce bruit semblable au son du tambour. Autour du tronc étaient rassemblés une quanlité d'oiseaux qui lui ressemblaient, mais qui, |dus petits, n'avaient pas sa belle forme. Tous avaient les yeux attachés sur lui et paraissaient admirer ses manières. Je regardais ce singulier speclaele, dont j'avais enlendu jiarler avec étonnement. Le nombre des spectateurs du bouffon emplumé augiiienlait à chaque instant, ainsi que ses cris et ses jeux, qui donnaient l'idée de l'ivresse on du délire, lorsqu'un coup de fusil de M. Frilz, placé ii quelques jias derrière moi, termina le spectacle, en faisant tomber de son llié.ilic l'acteur, éleiidii mort sur le sable : le coup mit tous les spectaleurs en fuite. Celle inicrruption d'une scène aussi extraordinaire me fol très désagréable, cl je ne pus m'cmpèelier d'en faire de vils reproches à iiiiui his 11 Poiiri|iioi, lui dis-je, pourquoi toujours la morl et l'anéanlissemenl ,' La nature et ses actions aiiiiiiées ne sont-elles |)as mille fois plus réjouissantes que la destruction:' H peut sans doute vous êlre permis d'accorder quelque chose il votre curiosité, à vos besoins, et même à voire goût pour la chasse. Je ne ni'i)])pose jias, vous le savez, ii vous voir faire la guerre au gibier ou aux bêtes singulières ou dangereuses; mais la modération est utile partoul; le speclaele de ce <-oq de bruyère ou tétras, prenant tant de iieine pour attirer autour de lui sa cour de femelles, était pour moi fort amiisanl, et je suis très-fàché de voir sans inouveiuent la eréaliire qui en ax.iil de si r.ipides il y a une seconde. lOiiroiives-tu un i;rainl plaisir d'avoir mis en fiiile ces jolies poules qui avaient lanl de plaisir à ailiuircr l'oiseau que lu as tué :' •

Fritz liaissait les yeux et paraissait honteux et repeulant; je lui dis que, puisque le mal était fait, il fallait au moins tirer paili de sa chasse; que le tétras' ou coq de bruyère était un gibier trcs-csliiiié , el([u'il devait aller le ramasser pour le porter ii sa mère.

]| y alla, cl reviiil, malgré ma leion, Iri^s-contcut de son butin. « N"esl-il pas vrai, papa, me dit-il, que c'est une siiperlie bêle? Mais je voudrais bien savoir pourquoi elle se démenait si singulièrement?

IF ri:r.F,. Je pense que, par ses gestes et ses sons singuliers , il appelait aulourde lui ses femelles, doiil il a un grand nombre, comme le coq domestique; il a cela de eommiiii avec les coqs de bruyère de nos |iays septentrionaux. Je crois, en l'examinant de plus près, que c'est la poule ;i fraise ou grosse gelinolle du Canada ou de ^ irginie. Tu as joué un mauvais tour il toutes ces poules, mon lils, en les iiiterrompanl d'une manière aussi cruelle dans leurs amusements.

nu iz. J'en suis bien fâché à présent, d'autant jdus que nous aurions pu les prendre en vie, et qu'il serait bien beau d'avoir celle espèce de poule il FalUcnhorsI.

iK rÎBE. J'allais te le dire, et nous en avons encore le moyen. Des qu'une de nos poules domestiques sera disposée ii couver, nous reviendrons ici, avec notre singe, à la chasse des ceufs; s'il en trouve un nid , ainsi i[ue je le présume, nous le pillerons et ferons couver les œufs par la iioiile couveuse : de cette manière nous nous procurerons la plus belle race de ]ioiiles qu'on puisse trouver. »

Nous chargeâmes alors le coq à fraise sur notre âne. et nous continuâincs noire voyage. Nous arrivâmes bientôt au bosquet desCoyaves, dont les agréables fruits nous rafraîchirent, et bientôt après nous eûmes retrouvé notre claie dans le bois des Calebasses Tout notre butin était dans le meilleur élat; mais, comme la malinée n'était point encore avancée, nous eommeneâmes notre excursion projetée au delà de la paroi des rochers: pour y parvenir, nous les longeâmes

' La pnule à fraise, on grosse gelinotte du Canada, se trouve aussi dans l« Maryland, la Pcnsylvanio d'îles lies do ces parages. Ses miriirs sont les mômes que celles du tétras ou coq de bruyère d'Europe; aussi quelques auteurs l'ont simplement désigné sous le nom de roq de bruyère à ^roisf, ou <ie ctipiJon Lorsque le mMc est tranquille, le bouquet de longues et belles plumes qu'il porto au cou retombe, de part et d'autre, sur la partie supérieure des ailes; mais, quand quelque passion l'agite, il les relève, ainsi que les plumes du sommet do la tôle, et on forme une huppe et une fraise trcs-belles : c'est pour lui une parure d'amour. Lorsqu'il veut appeler ses femelles, il enlle son jabot, fait la rous avec sa queue, laisse traîner ses ailes jusqu'à lerre; il les relève, les abaisse, et, par ses mouvements singuliers et précipites, fait un bruit si fort qu'on l'a compare à relui du tnnibour ou d'un tonnerre éloigné. Miis celte invitation d'amour est souvent p.iur lui le signal de la mort : c'est le moment où le cliasseur impitoyable, qui l'entend de loin, vient par un coup assuré frapper l'oiseau, trop occupé de sa passion pour penser au soin do sa vie. {Nouveau Diclionnaire d'iliatoire naliii-cllc.)

LE ROBIINSON SUISSE.

afrn de découvrir la place où ils finissaient, dans l'espoir de pouvoir les tourner lorsque nous serions au lioul, et de pénétrer dans l'intérieur de l'ile, si, comme je le présumais, ils ne la terminaient pas. Nous poussâmes donc en avant, en regardant toujours autour de nous pour ne pas perdre quelque avanta;;c, ou pour échapper aux dangers qui pourraient nous menacer. Turc prit vaillaïunicnt les devants, l'âne le suivait à pas lents, remuant ses longues oreilles, et nous fermions la marche. De temps en temps, nous rencontrions quelques jietits ruisseaux, comme celui de Falkenhorst, qui nous fournissaient un rafraichissciiicnt aijréable. (finaud nous eûmes dépassé le bois des Goyaves, nous traversâmes des champs de patates et de manioc, dont l'herbe embarrassait notre marche; mais nous en fûmes dédommagés par la vue du pays où nous étions, et que ces plantes basses nous laissaient voir en plein. A droite, sur la hauteur, nous dé<Mnivrînies une quanlilé de lièvres on d'agoutis s'amiisnnt sur l'herbe, au soleil du matin, l'ritz les prit de loin pour des marmottes; mais aucun, à notre approche, ne lit entendre l'espèce de sililemenl que poussent ces animaux lorsiju'ils voient un objet étranger. L'idée de mon fils me parut donc fausse; il aurait voulu s'en assurer au moyen d'un coup de fusil; mais le rocher sur lequel ils s'amusaient n'était ])as à portée, et j'en fus charmé.

Nous entrâmes bientôt dans un joli bosrpiet de buissons (|ui nous étaient inconnus : toules les branches étaient chargées d'uni' grande (|uaiililé de baies d'une (|ualilé rare; elles étaient toules coiiverles d'une cire qui s'attachait scnsibleineni à nos doigis ((iiand nous voulions les cueillir'. Je savais qu'il y avait en Ariiériqiie une espèce de buisson iirodiiisant de la cire (jne les botanistes noiniiicnl mijriiil cerif<'ra;\e ne doutais pas (pie nous ne l'eussions trouvé, et celle découverte me fut très- agréable. Toutefois, coiiinic je n'axais poiiil entendu dire ipie cet arbre se trouvât dans les parages où nous étions, et eomiiie je crus remarquer qui- les feuilles aussi étaient gluanlcs, je pensais ipie ce pminail hicii èlic l'arbic de cire de la

' L'arbre à cire ou mi/rèa certfera cnilt i la Louisiane, et une autre espèce |iUh petite à la Caroline. C'est un joli arbrisseau aiiuatiijue , dont une tige porte les (leurs, et l'autre les fruits. Il cniit à la hauteur de no.s petits cerisier.s ; il a le port du myrte, et ses feuilles en ont l'odeur. Ses haies, d'un gris cendré, contiennent des noyaux qui sont couverts d'une espèce de cire ou de résine semblable à de la cire , et que les habitants du pays emploient au même usage; ils en font des bougies très-bonnes, et qu'ils sont parvenus à blanchir. Gel arbre est d'un grand rapport : une livre de baies produit deux onces de cire. Un homme peut aisément en cueillir iiuinze livres en un jour. Le procédé consiste à mettre foudre cette cire dans do grandes chaudières d'eau bouillante; la cire résineuse surnage; elle o une odeur douce, aromatique, et donne une bonne lumière. Cet arbrisseau a été cultivé dans des terres en France. Les naturalistes croient qu'il pourrait être aisément acclimaté, et devenir ainsi très-utile. (Voyez Valmont de Homme et le Dktionnairc lïUùloire nalurelle.)

Chine, que les habitants de cet empire appellent Pe-la-chu. « Arrêtons-nous ici, mon bis, dis-je à Fritz, nous allons ramasser beaucoup de ces baies, pour rapporter de notre course un présent pour ta mère; ceci lui fera grand plaisir. »

Nous ne tardâmes pas à rencontrer un nouveau spectacle que nous ne pûmes nous empêcher d'observer avec admiration : c'était le singulier ménage d'une espèce d'oiseaux, (|ui ne sont guère plus gros (|uc nos pinsons, ay.int un plumage brun très-commun. Cette espèce d'oiseaux vit en république, et bâtit un grand nid général où habite toute la tribu. Nous vîmes un de ces nids établi sur un arbre un peu isolé, tressé avec beaucoup d'habileté de paille et de jonc eiitrelaccs ; il nous parut renfermer un grand nombre d'habitants ; il était placé comme un amas de forme irrégiilière, autour du tronc de l'arbre, ii la naissance des branches et des rameaux. Nous crûmes reman|ucr qu'il avait dans le haut une espèce de toit, fait avec des racines et des joncs, plus serré que le reste du nid. Sur les côtés inégalement formés étaient une ipiantité de trous ou petites ouvertures ; c'étaient les portes et les fenêtres de chaque cellule particulière qui se trouvait dans cette maison commune. Il sortait de quelques-uns de ces trous de petites branches qui servaient aux oiseaux de points d'appui pour entrer et sortir ; le tout à l'extérieur ressemblait assez à une immense et grossière éponge. Les oiseaux qui l'habitaient nous parurent très-nombreux; ils entraient et sortaient eiuitinnelleiuent, et j'estimai qu'il pouvait y en avoir au moins un millier. Les mâles étaient un peu plus gros que les femelles, et il y avait aussi (|uelque différence dans leur plumage ; leur nombre est très-petit; je ne puis dire si c'est la cause de leur réunion en société.

Pendant que nous examinions avec une grande attention cette colonie d'oiseaux, nous aperçûmes autour du nid une très-petite espèce de jierroquels , qui n'étaient pas beaucoup plus gros que les oise;iux '. Leurs ailes vertes et dorées et la xariété de leurs couleurs produisaient un effet charmant; ils se disputaient avec les colons, leur défendaient souvent l'entrée de leur nid, les attaquaient xivement, et nous donnaient même des cmips de bec lorsque nous approchions la main du nid. Fritz, ([iii savait très-bien grimper, eut enfin envie de considérer de plus près cette remar(|nable colonie, et de prendre quelques-uns de ces oiseaux. Il jeta par terre tout ce qui le gênait, et grimpa un peu au-dessous du nid ; il tâcha de jiasser sa main dans un de ces trous, et de prendre ce ([n'il trouverait dans la cellule; il aiuiiil voulu s'emparer d'une feiindle couveuse et remporter avec ses œufs. Plusieurs de ces cellules étaient vides; mais bientôt il en trouva une garnie, et il y reçut la juste punition de sa curiosité et de sa piraterie. Il fut si fortement mordu an doigt ([u'il n'eut ])ius d'autre envie ([ue de retirer sa main, en la secouant en l'air, et en jetant un cri perçant de douleur ; mais, s'il lut puni, il ne fut pas corrigé. Dès (|ue la douleur fut un peu calmée, il passa la main une seconde fois avec pins de piécaiition , et prit son ennemi par le milieu du corps. Malgré la résistance de roiseaii, malgré ses cris et ses lamentations, il le tira dehors, cl le mil bien vite dans la poche do sa veste; il la boutonna bien, et se 1, lissant glisser le loni; du triuic, il arriva ii terre sain et sauf, mais non pas sans danc,er. Sur le cri de détresse de son prisonnier, une foule il'oiscaux étaient sortis de leurs nids, et l'entouraient tcllenient en le menaçant de leurs becs, et criant tous à la fois, qu'il en fut presque cH'rayé ; il jugea donc (ju'il était à propos de songer à la retraite. Les oiseaux le poursuivirent jiisi|u'ii ce (]u'il fut près de moi; alors, en poussant (piclqiies cris (^t en agitant mon mouchoir en l'air, je les effrayai ii mon tour, et je les éloignai de nous. Il tira après cela le prisonnier de sa poche; c'était un charmant petit jicrroipiet moineau à plumes vertes; l'ritz me demanda en grâce de le lui laisser emporter à la maison coiume un Iri's-joli présent piuir ses frères, qui piuirraienl lui faire une cage, l'i^qu'iviiiser et lui apprendre ii parler, .le ne m'y opposai pas. Nous continuâmes notre voyage, ne voiihint pas perdre de temps ;ivce cette singulière cidiuiic. ICIle devint nalurcllciiient le sujet de noire conversation, C'é'tail t;i [u'cmii're fois que j'avais vu des oiseaux xivre l'ii socié'té dans un nid commun, et j'en étais surpris. D'après la tJ"ouvail!c de Kritz, il nous jiarul pr(d)ablc (jiic les oiseaux pnqtrié'taires étaient de CCS petits perroquets, un di-squels venait d'être pris sur son nid, et (|ue les premiers oiseaux ipic nous avions obscivés étaient des intrus ipii clK'rcliaicnt ii s'en emparer. >i Un trouve ainsi, disais-je à miui fils, des architecles sociables qui bâtissent en commun dans presque clia()iic classe du règne ;iniinal ; je n'en ai pas encore vu chez les amphibies, mais nous en découvrirons peut-être aussi (piehpie jour, connue chez ces oiseaux. Une foule de causes peuvent engager les animaux à se réunir en masse an lieu d<' vivre isolés : le mani|iie de fciucllcs ou de mâles, le fardeau de l'éducation ou de la nourriture, la sûreté, la défense. Qui osera poser des bornes à riii>tinct de l'animal et à ses facultés ?

ritiiz. Mais je ne vois cependant que les abeilles ipii vivent ainsi en famille.

i.K riiiu:. A (|uoi penses-tu, mon fils ]' l'.l lesguêpcs, et les fourmis i'

rnrrz. En ell'et, je ne sais comment j'oubliais les fourmis, car je me suis souvcnl amusé à les observer; rien n'est plus joli qu'une

' Ce petit perroquet se nomme loui ; c'est un des plus petits perroquets connus .

LE ROBINSON SUISSE

fourmilière; on voit, en les reijardanl avec alU'ution, comme elles travaillent en société, fout leur ménage, leurs provisions, bâtissent, se dcfcntlent et soiijnent leurs couvées

LE piaiu. Tu as aussi remarqué comme elles ])ortent soii;ncuscmcnt leurs œufs au soleil, et les traînent de tout colé pour les échauffer, jusqu'à ce qu'ils soient éclos :'

FRITZ. Ne )iensey.-vous pas, mon jière, que ce (|ue nous prenons pour des œufs pourrait bien n'être autre cliose ijuc des elirjsalides dans lesquelles les fourmis se sont enfermées, ainsi que le font d'autres insectes, pour prendre des ailes et opérer ainsi leur métamorphose ?

IF, riiiiE. Ta remarque est juste , mon fils; il y a de bons naturalistes qui ont observé avec fruit ces industrieux insectes '. IMais si les fourmis communes de notre patrie ont si fort excité ton aduiiralion, tu

Bieniût après le ci cj-u^c .;[.', un i^jiniLiiu iii'jiannoncèrent la destruction du navire.

.lu iix et ui.e rulmno de feu

serais liien plus étonné des travaux ineroyables'des fourmis étrangères! il y en a une espèce (|ui bâtit des fourmilières de qiialre, six, huit pieds de hauteur, cl au moins aussi lan;es ; les murs extérieurs de ces bâliincnls sont construits avec tant de solidité, cl d'une telle épaisseur, que ni la pluie ni le soleil ne jieuvent y pénétrer. ICii dedans elles pratiquent des ruelles, des voûtes, des arcades, des colonnades, des chambres à couvert. 'J'oiite cette masse est si solidement faite, (|iic, si on la vide cl si on la nettoie en dedans, elle peut servir de four, l.a fourmi est, en ijéncral, un iiiseele nuisible, qui vit de brii;andai;e, et dont on a beaucoup de peine à se débarrasser; il en existe cepemlant une espèce utile eu Ainéri(|ue, qu'on nomme fourini cri)liahile. ou fourmi de visite : elle paraît en graiKh's troupes tous les deux ou trois ans, et se répand en abondance dans les maisons. Des qu'on les voit i>araître, on leur ouvre les chambres et les armoires; elles entrent parl(uil, et en très-peu de temps elles exterminent les rais, les souris, les punaises, b's kaUerlas (espèce d'insecte très -incommode dans b s pays chauds), eiihn tous les animaux nuisibles a l'homme, comme si elles avaient une mission particulière pour l'en débarrasser. Kllcs ne lui foiil personiicllen.cnl aucun mal , à moins ipi'il ne soit assez, inijrat pour les atl:ii|uer cl les chasser; alors elles s'alla< lient si fortement à ses souliers (|ii'en un instant ils sont détruits. Ces foiiiiuis font un horrible dé|;ât dans les plantations d'arbres, (|u'elles dépouillent en une seule nuit de leurs Icuilles. A mesure (|u'elles toiubeut, ceux de ces insectes qui sont restés au pied des arbres s'en emparent, et les cmporleut dans leur fourmilière. Cà'tle espèce curieuse ne construit pas sa demeure sur terre, mais elle creuse des caves, ipii ont quelquefois huit pieds de proloiideur, et les maçonnent comme des hmumes pourraiiuil le laire-. Des voyageurs assurent (pi'iine des îles de la mer du Sud en

' Entre autres, M. Pierre Hubert, de Genève; il a publié un volume de ses observations siu- les fourmis, aussi instructif qu'agréable à lire. ' llhloire des insectes A Amérique, par mademoiselle Méiian.

est teliemenl infestée qu'on n'ose point y aborder. On la leur a aliandonnée, et elle est connue des marins sous le nom A'He aux Fourmis.

FUIT/.. N'a-t-on trouvé aucun moyen de les détruire ou d'arrêter leurs dévastations '

IF, lÎRF. Dans notre l'.urope, elles ne sont lieurcnseinent pas si formidables ; mais cependant elles sont encore assez nuisibles pour qu'on ait cherché les iiioveiis de s'en défaire. Les (dus sûrs sont le feu et l'eau bouillante ; elles ont d'ailleurs beaucoup d'ennemis parmi les insectes cl les oiseaux ; le plus terrible esl le myrmécophage on fourmilier'. La nature, ipii l'a destiné sans doute à prévenir la trop iji'ande miilli]ilication des fourmis, l'a pourvu d'une lonijue langue [lluante, qu'il enfonce, pour les attirer, dans les trous de la fourmilière; les insectes s'en approchent et y demeurent attachés; dès qu'elle en esl assez, charijéc, le myrméeopliage la retire cl avale avec délices ceux f[ui se sont laissé |)rendre à ce piéjje, dont il renouvelle l'iinploi plusieurs fois avec le même succès. Un prétend ipic deux inyrmécophages sur une fourmilière peuxcnt la détruire en très-peu lie temps. Il y a de plus un insecte qui porte le nom de fuurmi-lion , et qui esl aussi leur ennemi. 11 a l'iustinet de faire de petits entonnoirs de sable sur la lonte des loiirmis, qui sont entrainécs rapidement au fond sans jioiivoir se retenir; elles y trouvent leur formidable ciineiui, qui se saisit de sa proie. Plusieurs nations sauvages, telles (|uc les llottcntols, les mangent aussi par poignées.

FniTZ. Ah ! les vilains ! .l'ai bien de la |iciiie à le croire. Mais en voilà assez sur les fourmis. Nous avez dit, mon père, que dans chaque classe du genre animal il y en axait qui vivaient en société commune ; quels sont les autres, s'il vous plait ?

IF, liaiK. Dans le règne des oiseaux, il y a ceux que nous venon.s de découvrir, et je n'en connais aiii'uii autre ; mais, parmi les ([uadrupèdes, il existe au moins un exemple de vie comiuune et sociale : lâche de te le rappeler.

FRITZ. C'est peut-être l'éléphant ou la loutre de mer.

Kn elVel, il travailla des genoux et des bras si bien et avec tant de force, qu'il avançait dans son ascension.

I.E l'îciii:. Tu n'as |ias deviné ; quoique ces deux animaux-là montrent un grand penchant à vivre en société avec ceux de leur espèce, ils ne bâtissent rien qui ressemble à une maison commune. l\Liis cependant tu es sur l;i trace en parlant de la loutre de mer.

FRi I z. Ah ! je m'en souviens à présent ; c'est le castor, n'est-ce pas? On dit que ces bêles si intelligentes savent faire déborder les ruisseaux cl les rivières, et bâtissent des villages entiers dans l'étani; qui se forme par ce débordeiueiit.

I.E ricRF. Très-bien, mon cher! Et à la rigueur on pourrait aus.si

' H y en a de trois espèces : le tamanoir, le tamandoua , et le fourmilier proprement dit. Il y a aussi une famille d'oiseaux qui se nomment fourmiliers, cl qui se nourrissent de fourmis.

LE ROBINSON 6U1SSE

coinpler les iiiMinioltos au noinlde des aniinaiix sotiuliles; cependant elles ne )>àlissent pas dans le sens prnpie du mot, mais elles se cieiisent une eaverne eonimune diins les miinlaj;ni-s ((n'elles liabitent, et elles y passent eliaudement l'Iiivei' en l'amille dans un sommeil eon ■ tiniiel. Tu aurais d'aulanl plus toil de les oulilier (pi'elles sont nos compaliioles; car c'esl prineipalenienl dans les hautes Alpes de nolie Suisse (|i\e les maiiuolles se trouvent. »

l'en<lant notre conversation nous avions fait du eluinin, et nous arrivâmes encore dans un liois d'arhres dont l'espèce nous était inconnue : ils ressemidaient un peu au t'i];uier sauvaije; au luoins ils jiorlaieni un fruit riuid, semldalde auv li|;ues, plein de petits ijraius dans une eliair molle et succulente. CcpeudanI ce fruit avait au fond un l'OÙI acre cl acerbe. ?sous oliscrvàmcs de plus près ces arbres, remanpiablcs par leur élévation , (|ui était de ipiaranlc ii soixante l>ieds, cl par l'écorcc de leur tronc, écaillcuse comiiu' une pomme de piu. Ils ne portent point de braucbcs dans leur lonijucur; mais il en pousse plusieurs au sommet, les unes droites, les autres incliiH'es. Les feuilles sont, à l'extrcmilé des raiuca\i\, coriacées, épaisses, ayant leurs deu\ surfaces de teinte diOfércuile. .ALiis ce (pii nous surprit le plus fut une espèce de |j.iuime ou bitume (jui paraissait être sortie li(p\ide du tronc par (|uel(|uc ouverture ac<idcutclle cl s'être durcie k l'air. (;ett<'découvcrte attira cxtrèiuemenl l'atlcution de l'^rilz. Souvent en Lurope il avait emplojé la |;(iiumc des cerisiers soit à coller, soit il \ernir; il espéra (]uc cellc-lii pourrait lui servir au même usaijc. ]l prit son couteau et en ramassa une forte provision.

Tout en cheminant, il evanniniil sa ijonnuc, cl chcrcliaità l'amollir par son baleine et la chaleur ilc sa main, comme il l'avail fait souvent de ci'iic des cerisiers. Il ne put en venir ii bout; uniis ces essais lui firent découvrir une propriété plus rare, celle de s'étendre en la lir.iul par ses deux cvlrémilés, et de se resserrer proniplement par un UK)UV('mcnl élasli(pie. Il eu fut très-frappé, cl vint en courant a nw)i renouveler son expérience .avec un ijrainl succès en me disant : K Voyez, mon père, je suis sûr que ce que j'ai trouvé est la ijoiume élaslicpie dont je me servais en Kurope pour ell'accr les niauvais traits de mes dessins'. ^ oyez, je puis l'éleudrc, et clic se relire subilcment dès (|Mc je la làclic!

— Oh! (|ue dis-tu? que dis-tu lii .' m'écriai-je avec joie : ce serait pour nous \iiu' dccouverle inappréciable ! Mille et mille remerciments, si tu as trouvé le vrai canulchouc, (|ui cbuuie la i;iMumc ou résine élastique! Doinie, donne, (jm' je la voie!

— Tciu'z, papa, voyez voiis-unuue. ^Liis cpiel si ipaud biuiheur serait-ce donc pour nous il'uvoir trouvé celle i;omme.' Sert-elle ii autre chose (pi'îi clïacer le crayon ?, le ne sais pas d'ailleurs si c est la même. Poui'(|Uoi n'est-elle pas noire comme celle que nous avions eu l'.urope?

— (lombien di' (piestious à la fois! l.aissc-mni repreinlre haleine pour le répondre. I.a résine élasticpie ou caouUhouc • est une espèce de jus laiteux qui ilé<'oule de ccriaius arbres, cl sans doute de ceuxci, par des iinisious faites dans l'écorcc, cl on le reçoit dans des vases placés ex]irès dessous, ('elle esp4'cc de biluuu' arrive eu Eui-opc sous la forme de llaeous noirâtres, plus ou lunius grands; et Vdici comment on lui doinu' celte l'oruie. \ plusieurs reprises avant que ce jus soit coaijulé, ou en rccouvri' de pclils flacons de terre jusqu'.i ce (pi'il ail acciuis une certaine épaissi'ur; on suspend eusuile ces petites cruches ainsi recouvertes dans la fumée, (|ui les si'che parlaililueiil et leur donne cette couleur briiiu' foncée. Avant qu'ils soient tout il fait secs, on uravc dessus avec la pointe d'un couteau les lirues ou l'ii;ures dont ces flacons sont ornés, h^nfin on casse la bouleille qui a servi de moule, on en fait sortir lis morceaux ])ar le col, cl il rcsli' nu flacon de cette jjoinmc lisse, douce au toucher, ferme cl cepeinlani flexible. (!etle espèce de bouteille est iilile, commode, facile ii porter, et ne se casse i>oint. On a découvert plus lard ipic celle jjomiiic inlcvait les traits du crajon, et les dessinateurs se servent eu cousé{|ueii(e pour les effacer d'un morceau de ces petits flacons, (|u'ils dé|ii'ceiit ])our eu faire usa|',c.

— Celte fabrication esl bien simple. IS'oiis lâcherons, mon |ière, de l'imiter, et de faire des bouteilles (|ui seronl bien commodes pour boire à la chasse; mais cepeudaiil ce n'est pas, comme vous disiez, un si ijranil bonheur pour nous,

— >on pas dans ce sens; mais on eu fait aussi des souliers cl des bottes sans coutures sur des moules en lerrir de la ijro.sseur du pied ou de la jambe, et tu penses combien, sous ce rapport, sa découverte jieiil iwnis être utile. Nous chercherons (pielqiie moyeu d<' lui rendre sa liquidité pour l'étcndic sur les moules, cl si nous n'en trouvons ]ioiut, nous làcliennis de tirer des arbres iiiêiiies du bitume frais et liquide eu assez (jrande ipiantité )iour nous en servir, cl ipii nous sera de la jilus ];rande utilité! On peut avec cet enduit rendre impi'iincabti' toute cspi'cc d'éton'e, du linijc, de la soie, de la laine, c'estii-dire faire en sinle (|ue l'eau ne puisse les péiiélrer, cl celle qualité rend surtout celle résine cxcelleute pcnir les bottes et ])our les souliers. Ou les fait sans doute aussi plus facilement que ceux de cuir, et cela sera précieux pciiir luiiis. ipii ne sommes pas cordoiniiers. u

' Lo caoutchouc, connu en Europe sous lo nom de gomme Haatiquc , quoique co soil une espèce de résine^ découle d'un arbre nomme /Wré i/e la Guyane.

Très-contents de notre découverte, cl déjà chaussés en iiiiaijination des plus belles bottes de caoutchouc, nous continuâmes notre route, cl iKuis pénétrâmes plus avant dans ce bois, ipii s'étendait assez loin. Peu après l'avoir (|uilté, nous atleij;nimes celui des cocotiers, dont nous connaissions déjii la partie inférieure. C'était le même qui se proloni;eait depuis le bord de la mer jusque sur les haiileurs; lunis nous y reposâmes un moment avec plaisir, cl une couple de noix iiinis réijalèrcnt. 1 urc les avait luilcvécs à de petits sinijcs qui jinniieiit dans l'herbe comme des enlanis ; ils les abandoiuièrent et ];rimpèrenl bien vile à la cime des arbres peuilant(|iie nous nous mani;ions leurs joii joux. Apri'S celte petite collation, nous nous remimes en marche; nous voulions au moins parvenir jusqu'à la sortie du ijr.md bois de cocoliers jiour examiner l'étendue de notre empire. jNous y parvînmes bientôt, et nous reconnûmes alors à droite la p,rande baie et à jjaiiche le cap ilc i E^périince trunipée , qui avait élé le ]ioinl linal de noire première excursion.

Là seiilemenl j'aperçus, au milieu de la quanlilc des palmiers à cocos, une espèce jdus basse, que je présumai être le palmier saijoii ou saijoulier : il y en avait un, abattu par le vent, et que j'examinai, .le vis qu'il conlenait beaucoup de moelle, et en la touchant elle me parut farineuse. Alors avec ma hache j'ouvris le tronc pourvoir si elle était de iiiême partout, et, à mon ijrand plaisir, je la trouvai de la plus excellenle ipialitc, (Jette moelle, que je ijoùlai, avait cxaclemeiit la saveur du saipni, dont j'avais souvent maillé eu lùirope '. Lu ouvrant le tronc, je lis une nouvelle trouvaille qui me confirma dans l'idée que j'avais décoiixert le palmier sa|;oiilicr : je vis dans la moelle cette espèce de larves qui s'en nourrit uniqueuieiil, et ipii passe aux Indes orientales pour la plus jjraiide friandise. La curiosité me tenta d'en faire l'essai sur-lc-ihaïup. .le dis à L'ritz de chercher des branches sixlies et de faire du feu; j'en eiulirocliai une demidouzaine il une ba|;uetle de bois. Nous avions pris du sel avec nous pour nos patates; je les en saupoudrai, cl je les fis rôtir à la flamme. I. 'odeur suave qui s'en exhalait me lit bien présumer de ce nouveau niels. IJès qu'il fut i;rillé, j'en iuani;eai avec une \ialate qui me tint lieu de pain, et je puis assurer tinis les p,ourmands de notre l'.iinqic que, s'ils font cas d'un bon morceau, celui-là seul vaudrait la peine de faire le voyaije de riiiile; je n'avais de ma vie rien inan|;é d'aussi parfait. Fritz, qui d'abord avait pris la liberté de me railler, et de m'assurer que, pour rien au monde, il ne i;oùlerail de ma (jrillade, attiré par l'odeur cl la bonne mine, ne imt y résister. 11 m'en demanda, et fil chorus d'éloijcs avec moi; il chercha d.nis le troue de l'arbre toules les larves qu'il put trouver, et les ];rilla à sou lour.

Après ce repas sensuel, nous inuis lexâmes pour coiiliiiiicr et finir notre excursion. D'épais buissons de bambous, dans lesquels il était impossible de pénétrer, y mettaient un terme naturel. Il nous fut impossible de nous assurer si on pouvait passer au delà de la paroi de rochers. INous loiirnâmcs donc ii |;auelie, contre la pointe di' r/;'spèriinre trompée, oii la belle planlatimi de cannes à sucre que nous avions dccouverle la première fois nous attirail encore, l'oiir ne pas retourner au lop,is les mains vides, et pour nous faire pardonner notre loiiijue absence, nous en coupâmes un bon paquet, qui fut lié sur le dos de I âne, cl nous ne nci;lii;eàmes point d'eu prendre chacun une canne pour la sucer chemin faisant. A uns arrixàmes bientol au bord de la mer, oii le chemin était ouvert et bien plus coiirl; il nous coii-

' De tous les palmiers qui croissent dans l'Inde, le sagoulicr est un des plus intéressants; il esl utile dans toutes ses parties; des incisioiii faites â son tronc, découle une sève qui fermente proniptemcnt, et qui est saine et agréable. On en ferait plus d'usage, si l'expérience n'avait pas appris ([u'on se lo procure aux dépens de la moelle farineuse, connue en Europe sous le nom de snfiaii, et cpi'd est plus important d'avoir de cette dernière, qui a sur toutes les autres suhstances farineuses l'avantage inai'préciable de se conserver â perpétuité et d'étro extrêmement saine. Le tronc et les larges feuilles du sagoulicr sont d'une grande ressource pour la construction des maisons; le premier fournit le? planches et la charpente, les feuilles la couverture. On fait de plus, avec ces dernières, des cordes, des nattes et une foule d'objets d'utilité domestique. La fécule du sagoulicr s'obtient comme celle de pommes de terre; on arrache la moelle, on l'écrase, on la met dans un baquet avec de l'eau, on l'agite, puis on la passe dans un tamis de crinj on met l'eau ([ui reste dans des vases où la fécule se dépose, puis on la sèche au four en espèces de galettes, qui sont pilées ensuiio en grains comme le riz , et c'est ainsi qu'elle se transporte en Europe. Ce qui est resté dans le tamis se jette en tas dans les jaidins , et bientôt ces tas sont recouverts d'un (hanipignon d'un goût exquis, et d'une larve * ipii n'est pas moins estimée comme aliment. (Dictionnaire d Histoire naturelle.)

* Les larves, que l'on nomme souvent trés-improprement vira, 6 cause de quelque ressemblance de forme, n'en sont pas, puis([un les vers forment une classe d'insectes qui doit toujours rester ce qu'elle est. On a donné le nom do Jorre, qui veut dire masi/tie, à l'état d'enfance pendant lequel les insectes croissent et prennent leur développement avant de se transfoimer en nymphes , et de vivre ensuite dans un état plus parfait. Cette enfance dure des mois, et quelquefois même des années, et c'est le moment où l'insecte a le plus besoin do nourriture : aussi les larves sont très-voraces. Chaque espèce d'insecte ou larve a sa nourriture qui lui est particulière; celle du sagoulicr nu pa'mier à sagou vit uniquement do la moelle farineuse dn cet arbre, qui l'engraisse extrùrnenient el la rend un mets délicat et Irès-rcchcrché dans l'Inde sur la table dos nababs et des rois.

LE ROBINSON SUISSE

duisit eu peu de temps au bois des Calebasses, où nous trouvâmes notre elaie telle que nous l'avions laissée. L'âne (ut déeliar(;c, et le paquet de cannes à sucre lié sur la claie; après quoi nous l'allelàmes avec les courroies, et le patient animal traina ce qu'il avait jiorlé.

Nous arrivâmes à l'alkenborst sans autres aventures et d'assez bonne lieiire. Nous fûmes d'aboid un peu ijrondés, puis (lueslionnés, puis remerciés quand nous étalâmes nos trésors, et surtout nos cannes à sucre. Chaque enfant en prit une el commença à sucer; leur mire s'en réi;ala aussi. Il fallait entendre Frit/, raconter avec feu toutes nos découvertes, imiter les p,estes du coq ii fraise en le leur montrant, ce i|ui lit rire ses frères aux éclats; puis vint le tour de l'histoire du i;rand nid et du perroquet vert, qu'ils écoutèrent avec transport el comme un conte de fées. Fritz leur nuintra le bel ara pourpre, qu'ils ne pouvaient assez admirer, ainsi (pie le i;rand /(cai bleu. .ALiis Iors(|ue Fritz tira de la poche de sa veste le pclil perroquet vivant, je crus (pi'ils devicndraicnl fous; ils saulaicnl tous de joie, et je fus obli|;é d'interposer mon autorité p(uir qu'ils ne misscul jias l'oiseau en pièces en se l'arrachant mutuellement, l'raucois demaiulait à son frère aine s'il ne lui avait p.is déjà appris bien des nuits eu chemin. 0 C'est toi (|ui seras son précepteur, lui dit l'"ritz, petit jaseur, et je crois (|u'il saura hienlôt l)aliillcr. » François le couvrit de baisers, lui ré)iéla cent fois piTraquel iiiijiiKiii, puis l'attacha par la patte il une des racines en atlendaiil qu'on lui eût fait une ca|;e ; il lui présenta des ijlaiuls doux, dont l'oiseau mangea avec appétit. Nous en finies tous autant, et niuis racontâmes notre excellent diner de larves de ,saj;ou, qui lit venir l'eau à la bouche il mes ]ielits, mais non pas il leur mère; elle n'aimait ni les mets nouveaux ni les bêtes extraordinaires. ,1e lui |)romis jiour sa part des chanipiijuons parfaits, qui viennent d'euv-inêmes sur le résidu de la fécule de sajjou; je l'enclianlai aussi avi^e le projet de mes boujjies de mj rica, de mes bottes cl de mes souliers de caoutchouc élastiijuc, et l'rilz en faisait tirer des morceaux ;i ses frères et les lâchait subitement, ce qui les amusait beaucoup.

A la nuit tombante nous grimpâmes par notre échelle; et, après l'avoir retirée, nous nous livrâmes aux douceurs du sommeil, tlont nous avions grand besoin.

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