‹ Le Jardin des plantes (volume 2)Chapitre 98 sur 219 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

Occupations et travaux utiles ; embellissements; sentiment pénible et naturel.

Le lendemain, la mère et les enfants ne me laissèrent aucun repos jusqu'à ce que j'eusse mis en train ma fabrique de bougies; je chercliais il me rappeler tout ce i|ue j'avais lu sur cet objet, aliii de le mettre en pratique. J'aurais voulu avoir un peu de suif ou de graisse (le moiilon ,i mêler avec la cire des baies; je savais que la bougie en devient plus hianchc et la lumière plus pure; mais, n'en ayant [loint, il fallut nous contenter de la cire toute seule. Je mis des baies dans une chaudière autant (|u'elle put en cimtenir, et je les fis cuire sur un feu iiioiU'ré; peudant ce temps, ma femme faisait des mèches avec du fil de toile ii voiles. Lorsi|ue nous viincs paraître au-dessus de la cliaudii're une matière huileuse, odorante el (l'un joli verl clair, nous la levâmes avec précaulion el la posâmes dans un vase ii enté du feu pour (|u'clle restât liipiidc; nous continuâmes ce procédé tant ([uc nous eûmes des baies, el jusqu'à ce ipi'il y eût une liouue provision de cire fondue. Nous trempâmes ensuite nos mi'clics ruuc après l'autre dans la cire, et nous les suspciidimes ii des branches. Lorsque la cire fut prise autour et refroidie, nous les Irempâmes encore, et toujours de même jus(|ii'à ce que nos bougies eusseni la grosseur eonveiiable; elles furent ensuite placées dans un endroit frais iioiir les durcir ]iarfaiteiiient avant de nous en servir, ^oiis voulûmes cependant en taire l'essai le soir même, et nous en fûmes très-satisfaits; nous pûmes nous déshahiller et nous coucher plus tard que de coutume dans notre château aérien, et ce genre de lumière, que nous n'avions pas vu depuis que nous avions ((uitté l'Furopc, nous fit un exlrênie plaisir.

(]e siiteès nous encouragea dans une autre entreprise à laquelle ma femme tenait beaucoup • c'était de f.iire du beurre frais avec la crème qu'elle levait avec g'raiid soin tous les malins, dans l'espoir de pouvoir s'en servir à cel usage, mais ipii se gâtait taule (riislcnsiles nécessaires. Le plus indispensalilc, celui dans Iccpicl on bat le beurre, et que l'on nomiue une liaratlf, nous maiii|iiait. A force de réfléchir au iiioven d'j suppléer, je me rappelai ce (pie j'avais lu dans des relaticnis de vojiii;es sur la manii're dont les lloticutols font le beurre; mais j'observai, ce dont ils n'(uit [las même l'idée, la plus grande propreté. Au lieu d'une peau de moulon cousue en forme d'outre, je creusai une grosse courge, (|ui fut auv trois (iiiarts remplie de crème. Un couvercle, fait de la même courge, la ferma hermélicpiemenl. Je mis ce. vase sur un grand morceau carré de toile à voiles: j'attachai les (piaire coins à des pienv; ensuite je plaçai mes (|ualie fils, et je les chargeai de diuiner un moiiveiiienl au vase de courge placé au milieu, en lial.iniaul la toile chacun de son cijlé. Cet exercice peu pénible les amusa beaiiciuip; il ressemblait au moincment du berceau d'un enfant ; ils s'en (uiupaieiil en ch.inlaut, en riant, el nous eûmes la salisfacliou , (juand nous soulevâmes le couvercle, au bout d'une

heure, d'y trouver une molle de beurre excellent, (|ui fut pour nous un vrai régal et pour ma femme une i;rande ressource dans sa cuisine, '^loiis ces ouvragcs-l.'i n'étaient i|iie des jeux; mais celui qui me dunna une peine véritable, et ii l'égard (lu(|ucl je fus sur le point d'échouer, fut la conslrucliiui d'un char pour Irausporler nos provisiiuis et nos récoltes plus commiulémeut i|ue sur la claie, ipii était dillicile ' il traîner. I.'impalience, le iiiiinque de force ou d'adresse, le besoin du moment, me décidi'ienl ;i fair' d'abord seuleiiieiit un char ;i deux roues, et de rcnvojerii un autre temps la couslrudi(Ui d'une voiture à (piatre roues.

Je n'ennuierai pas mes lecteurs des détails de cel ouvrage , ipii me donna une peine inouïe et réussit iiiédiocreiuenl; j'employai beaucoup de bois en essais inutiles; enfin je parvins à composer une machine roulante que je ne conseille à personne de prendre pour modèle, mais (pii ré|iondit assez bien au but ipie je m'étais proposé d'atteindre.

Fendant que j'y Iravaillais avec acliarnement , ma femme cl mes fils élaicnl aussi occii|iés de travaux utiles; je i|uiltais le mien de temps en temps pour les diriger et leur donner des ciuiseils; mais je dois dire avec vérité qu'un seul mot sutlisait, el (|u'ils s'acipiiliaieiit il merveille de ce iprils cntreprenaienl. Ils transplanlèienl , d'apri's mes iuslruclious, la pluiiart de nos arbres fruitiers d'Eiiroiic dans les sites où nous pensions (|ii'ils pourraient réussir le mieux, snivanl leurs qualités. Ils plantèrent d'abord des ceps de vigne aiipri'S de notre bel arbre el autour du tronc de i|uel(|ues autres; et nous eûmes l'espoir, dans la suite, de les élever en treille el d'avoir un ombrage agréable. Dans ces climats, il faut (pie la vigne croisse sous la protection de hautes piaules qui la meltenl ii l'abri de l'ardeur du soleil. iNos châtaigniers, nos noyers, nos cerisiers, furent plantés eu deux belles allées droites, lormanl une avenue qui conduisait du piiiil de Famille ii l'alkcnhorst , cl nous luoiuellail dans la suite une proiuc nade ombiMgée pour aller à notre ferme de Z,elllieini. Nous mimes beaucoup de temps il la former; il fallut arracher les herbes el remplir de sable notre allée, ipii fut élevée et bombée dans le iiiilieii pour être toujours si'che. Aies enfants s'employèrent avec zèle il porler du sable de la mer dans leurs brouettes; je leur construisis aussi une espèce de tombereau oii l'âne j/ouvait être attelé.

Nous nous occu|)âiiies ensuite d'ombrager el d'embellir notre aride Zellheim, et de le mettre en même l( lups plus en sûreté. Nous y plantâmes en (piinconcc tous ceux de nos arbustes qui ne craignaient pas rardenle cbaleiir, comme citronniers, limoniers, |ilsl.uliicrs, pamplemousses, espèce d'oranger qui parvient ;i une grandeur extraordinaire, et porte des fruits de la ijrosseur de la tète d'un enfant, et du poids de douze à quatorze livres, enfin les amandiers et les mûriers. Tous les arbres d'espèces plus communes de fruits ii no\aux furent plantés sur les bords les plus convenables Pour fortifier el masipu'r notre tente, qui renfermait nos luovisions, nous l'enloiirâmes (l'une ])lantaliou très-serrée de citronniers et d'orangers sauvages, qui porteiil de fortes épines el des branches Iri's-loulViies; et, pour la rendre el plus épaisse cl plus belle, j'y enlremèlai ipiclipies grenadiers que j'avais trouvés dans le paipiel de plantes pris sur le vaisseau. Je n'oubliai pas non plus de faire un bosipiet de goyaviers, qui vieuncnl facileiiicnt de boutures el produisent un petit fruil trèsagréable. De dislance en distance, nous plaçâmes, au milieu de ces dilïérentes plaiitalions, i|iielipies gros arbres destinés à diuiner plus d'ombre el ii former des cabinets naturels; ils favorisaieiil aussi la crue des hautes herbes, en empêcliant (pi'elles ne fussent desséchées par l'ardeur du soleil. Si jamais nous étions obligés, jiar (jiielrjiie crainte ou (pielqiie accident, de nous retirer dans celle forteresse, il était essentiel d'y trouver de la nourriliire pour notre bétail, l'oiir plus de précaution, je fis garnir tous les espaces inlermédiaires entic nos enclos et le lit du ruisseau avec des figuiers à piipiants. Je fus alors assuré contre la facililé d'une invasiiui : toutes ces piaules, favorisées par l'influence du climat, devaient acquérir bienlijl une telle hauteur cl une telle épaisseur, qu'il deviendrait dirticile de les traverser : je me proposai, par la suite, d'augmenter encore ces moyens de défense. Les sinuosités du ruisseau avaient occasionné dans l'enclos des avances de terrain (pie je coupai en angles droits el en talus, et qui pouvaient former ainsi un baslion pour \ placer les canons du vaisseau el nos autres armes ii feu, dans le cas d'une atla- (pic des sauvages. Il fallait aussi que notre )iont, (pii était devenu le seul point oiiveil (lour pénétrer dans l'enclos, lût disposé de manière (pi'on pût le retourner ou renlever lacilemcnl, afin d'empêcher le passage du ruisseau. IMais, en attendant qu'il nous fût possible de nous occuper de nos vaste» projets ii son égard , nous nous contentions, comme nous avions fait jusipi'alors , d'(j|cr les premières planches de chaipie (ôté, lorsque nous voulions rendre le passage moins facile. Je jilanlai aussi, le long du ruisseau et près de noire abordage ordinaire, quehpies beaux cèdres, pour j attacher ;i l'avenir notre vaisseau. Je m'arrête, car je crains (lue, si mon journal se lit un jour en Europe, le lecteur ne soit aussi fatigué ipie nous de toutes ces plantations, (|ui nous coûtèrent bien de la peine et bien des sueurs, et nous prirent au moins six semaines; mais celle activité soutenue eut l'avautage, outre l'utilité du Iravail, de nous maintenir en bonne santé, d'aiii;menlcr la force physiipic et iiiorali- des jeunes i;ens, et d'eulrclcnir noire i;aieli- el notre sérénité. Plus nmis embellissions

LE KOBINSOM SUISSE.

notre retraite, plus elle nous était chère, et le travail du jour et le repos de la nuit étaient des jouissances pour nous. Les dimanches, fidèlement oliservés, restauraient k la fois notre âme et notre corps; nos ni<'ml)rcs fatigués et notre esprit ahaitu avaient également besoin d'occupations plus relevées; notre sentiiiieni de reconnaissance pour l'Etre suprême qui nous avait sauvés, et qui répandait sur nous tant de bienfaits, demandait à s'épancher. Aussi, nos exercices religieux, suivis de notre gymnastique et de quelques promenades agréables, oii j'instruisais mes fils en causant amicalement avec eux, nous rendaient tous el meilleurs et plus heureux. C'était une chose trèsremarquable de voir comment ces jeunes garçons, qui, pendant toute la semaine, avaient employé leurs forces aux travaux les plus pénibles, en trouvaient encore pour grimper sur les arbres, pour courir au but, pour lancer des flèches ou des bombes, et pour nager; ils olYraient la preuve que ce n'est pas autant l'inaction ([ui repose que le changement d'occupation. Mais tous ces traxaux pénibles usèrent tellement nos vêtements, ([u'un nouveau voyage au vaisseau, oii il devait y en axoir encore, devint absolument nécessaire. ISous avions à peu près épuisé notre ;;arde-robe d'habits d'ofliriers et de matelots; ce n'étaient plus que des lambeaux; el nous voyions arriviT avec peine le moment où il faudrait renoncer ,'i nos vêlements européens. Outre cela, mon nouveau char, dont j'avais d'abord été très-enchanté, avait un défaut insupportable; il criait si affreusement à chaque mouveiiienl des roues, que notre tympan en était éeorclié ; el les roues tournaient si mal autour de l'essieu, que l'âne et la vache réunis pouvaient :i peine le traîner. C'était en vain que j'essayais de temps en temps, en dépit des murmures de lua femme, de mettre quelques petils morceaux de beurre à l'essieu; il était desséché dans peu d'heures, et cette denrée nous était trop précieuse pour la prodiguer ainsi.

Ces deux circonstances nous obligèrent donc d'avoir encore recours au vaisseau échoué, que le ciel et la mer nous avaient conservé ; nous savions (|u'il y avait encore cinq ou six caisses remplies de chemises et de vêtements de matelots dont nous pouvions nous servir; et nous soupçonnions qu'il pourrait y avoir ;i fond de cale quchpies tonnes de goudron ou de graisse de char, que nous voulions transporter chez nous. A cela se joignaient la curiosité de savoir dans i|uel état était le vaisseau et le désir de nous approprier, s'il élait possible, quelques-uns de ses gros caniuis pour les poser sur nos bastions, et pour être prêts à nous défendre en cas de guerre.

Le premier jour oii le temps me parut sûr el le vent favorable, j'allai an vaisseau avec mes fils aines, el nous y arrivâmes sans obstacles; nous le trouvâmes encore serré entre les rochers, mais ayant cependant soufl'ert de la mer el du vent. Nous nous mîmes sans larder il l'ouvrage pour nous procurer quelques tonnes de goudron, et les mettre sur notre pinasse ii l'aide de la poulie; nous nous emparâmes aussi des caisses d'habits et de ce qui restait des munitions de guerre, de poudre, de balles, etc., etc., cl même des canons qu'il nous fut possible d'emporter; mais les plus gros résistèrent ii tous nos efforts; il peine parvînmes-nous à les soulever pour en ôter les roues, ((ui pouvaient nous être très-ntiles. jNous nous bornâmes donc ii chercher les moyens d'avoir une ballerie de pièces de quatre, el nous employâmes à ce travail tout ce que nous avions d'art el de force.

Nous retournâmes, dans celle inlention , iilusieurs jours de suite au vaisseau, oii nous fîmes tous lespréparatils nécessaires pour rendre les canons mobiles, el nous revenions cliaiiue soir chez nous, cliai!'és de tout ce qui restait dans la carcasse du bâlimenl el qui pouvail être il notre usage, comme portes, fenêtres, serrures, ferraille <le toute espèce. Rien n'échappait à notre briganda ;e, tellement (|u'il ne resta enfin que les gros canons et trois ou (|ualrc immenses chaudières destinées ii une rallinerie de sucre, el ([ui étaient trop pesantes pour être mises sur la banpie. INons allachâmes peu à peu ces grosses pièces il deux ou trois tonneaux vides, bien enduits de ijoudron el qui devaient se tenir au-dessus de l'eau el ne pas laisser enfoncer leur fardeau dans la mer. (Jiiand ces mesures furent prises, je résolus de faire sauter le reste du bâtiment, comme j'en avais fait sauter une jiartie pour mettre la jiinasse à ilol. .le dirii;eai mes vues du côté du corps du vaisseau oii il n'y avait plus rien ii premlre; je pensai que le vent et la marée nous apporteraient ii terre les poutres et les planches bien commodément el sans nous donner de peine, et que tous ces bois de charpenli', échoués sur le rivage et mis en sûreté, nous seraient ulilcs si nous voulions plus tard bâlir un(' demeure.

Nous préparâmes donc un tonneau de poudre, (|ue nous avions laissé exprès ii bord, nous le roulâmes ii la place oii nous attendions les meilleurs ellels de son éelal; nous y fîmes une pelile ouverture, cl (|uand nous fûmes prêts ii parlir, nous y insinuâmes un bâton avec un bon morceau de mi'clie que nous alliiuiâmes parle bout extérieur. Nous remontâmes alors promplemenl dans notre b.irque, que nous dirigeâmes vers la baie du .Salut, oii nous arrivâmes heureusement. Mais notre curiosité, dirigé<> sur le vaisseau et sur l'explosion qui devait avoir lieu d'un instant ii l'autre, ne nous laissait aucun repos, quoi(pic j'eusse fait la mèche assez longue pour espérer (|ue le bâlimenl ne sauterait pas avant l'approche de la nuit, .le proposai à ma ieiiime de porter noire souper sur une pointe de terre, de laquelle on x-oy.,it distinrtemeut le vaisseau, cl nous allendîmcs lii avec impatience le miuucnl terrible de l'explosion, liicnl it, après le crépuscule,

un tonnerre majestueux et une colonne de feu annoncèrent la destruction du navire i|ui nous axait amenés dans ces contrées désertes et d'oii nous avions tiré tant de ricliesses : aussi ne pûmes-nous voir son anéantissement sans un vif scutimenl de donleur. Dans ce moment, ]ilus que j.imais, l'amour de la patrie, ce puissaiil lien qui attache l'homme aux lieux oii il est né, se fil sentir ii nos co'urs; il nous semblait qu'il élait pour jamais déchiré. Nous nous rendîmes en silence et la têle baissée il notre tente; les cris de joie auxquels mes enfants s'étaient |>ré|)arés se changèrent en soupirs et en sanglots que j'avais peine moi-même ii étoulVer. Ma femme était celle qui éprouvait le moins de ]ieine : elle pensait avec plaisir que nous n'irions plus exposer notre vie sur ce bâtiment ii demi détruit, el chaque jour elle s'attachait davantage it son ile et ;i notre genre de vie. Le repos de la nuit nous calma cependant assez pour que notre premier soin fût d'aller sur le rivage examiner les traces de l'énorme destruction du bâlimenl. Le X'aisseau avait enlièrement disparu, la mer était couverte de débris (|uc les xagues nous auienaieut, el je vis avec une extrême satisfaction lloller les tonni's \iiles allachées aux chaudières et aux canons. Nous sautâmes aussitôt dans mitre (linasse, ;i la(|uelle noire bateau de cuves fut allaclié; muis traversâmes sans obstacles toutes les ruines, tous les bois llotlaul autour des écucils oii le vaisseau avait échoué, et nous cluTchâines les canons, (|ue leur immense poids faisail voguer lentement. Nous en découvrîmes bientôt trois, soutenus ii fleur d'eau par les lonnes, cl, ce ipii nous fit plus de plaisir encore, les chaudières en cuivre, qui étaient plus utiles, que l'on voyait surnager un peu au-dessus de l'eau, escortées de leurs lonnes. Fritz, avec sa proinplilude ordinaire, se jeta dans le bateau de cuves, lia des cordes à l'alîùl d'une des pièces de quatre, il en attacha deux à noire bateau, outre une énorme quantité de perches, de lattes el d'autres bois; et nous retournànu's à terre avec ce riche butin.

Nous fîmes encore trois courses pour amener les autres canons, les chaudières, les fragments de mats, etc., etc., que nous déposâmes provisoirement dans le bassin de la baie du Salut : alors commença un travail bien pénible, celui de porter le tout .a l<'rrc el au sec Nous détachâmes les canons et les chaudières de nos bateaux , et ensuite de leurs tonnes, el nous les laissâmes dans une place oii nous pouvions ariiveravec notre claie et nos bêles de somme; avec le secours du cric, nous chargeâmes les chaudières sur la claie; par ce même moyen, les ipiatre roues furent remises il l'afl'ût : alors il nous fut facile de les faire arriver à terre en y attelant notre âne el notre vache. Nous emportâmes de même tous les bois que nous voulions mettre ii sec, et le reste fut fixé avec des pieux et des cordes pour n'être pas emporté par le reflux.

Nos grandes chaudières nous furent d'abord très-utiles pour mettre il l'abri nos barils de poudre ; nous les rangeâmes en trois las ii une distance convenable de la lenlc, nous les enlourâmes d'un petit fossé pour empêcher l'eau d'en approcher, et nous pl.u-âmes dessus les cliaii- <lièrcs renversées comme une espèce de toit (|ui les couvrait complètement. Le reste de l'espace, jusqu'il la terre, fut rempli d'argile cl de mousse. Les canons furent couverts lanl bien que mal avec des planches et des toiles a voiles, pour gar;intir plutôt le bois que le mêlai, el nous traînâmes prudemment les grandes tonnes derrière une saillie de rochers, oii, lors même qu'elles auraient saule, il ne pouvait en résulter rien de fâcheux ; nous les couvrîmes de plaiiehes en atlendanl que nous eussions exécuté le |u-ojel d'un magasin a poudre, qui nous tenait fort ii cœur. Ma femme insista suiloiil pour ectie précaiilion, el voulut s'assurer par ses propres yeux qu'il n'y avait aucun danger pour /.elthcim. Ce fut pendani cet evanien, et en cherchant une place pour se reposer ii l'ombre, en nous regardant travailler, qu'elle fit l'agréable déeouxerte que deux canes el une de nos oies avaient couvé sous un buisson et conduisaieni une quantité de leurs petits, qui ca<|uetaicnt dans l'eau. Nous nous réjouîmes de cette bienvenue inatlciiHue, et nous la regardâmes comme nue récompense du pénible travail au(|iiel nous nous étions livrés depuis quelipic temps. Mes fils aînés voyaient dans cette jeunesse animée, (|ui sautillait autour de nous, d'excellents rôtis, el Jack el François s'amusaient des jeux el de la frayeur de cette petite troupe , (|iii voyait des hommes pour la première fois; nous les ap|nivoisâmcs bientôt en leur jetant des morceaux de pain de manioc. Cette occupation el la vue de celte nouvelle famille erupliimée r;inimèreul en nous le désir de retourner il FalUcnhorsl , pri's de la société du même genre ipie niuis y avions laissée. L'un soupirail après son singe, l'aolre apri's scui flamant, l'ranrois apri'S son perroquet , el ma femme apri's sa volaille , son ménage, un bon lit, el toutes les jouissances du eln z-soi ; de sorte (|ne nous fixâmes au leiiilemain notre départ de Zcltheiin, et nous allâmes nous occuper des préparatifs nécessaires.

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