ANTHROPOMORPHES
» Malgré tous mes efforts pour me procurer un individu de cette espèce, je n'ai pu y parvenir, mais j'en ai vu un sur un vaisseau en traite. C'était une femelle; je l'ai examinée et mesurée avec attention, et elle s’y prêta avec beaucoup de complaisance. Debout , les talons portant à terre, elle était haute de quatre pieds deux pouces huit lignes. Ses bras pendants atteignaient à un pouce au-dessus du genou; elle était couverte de poils, le dos fauve, etc.
» Il serait trop long de citer toutes les preuves que cet animal a données de son intelligence, je n'ai recueilli que les plus frappantes. Il avait appris à chauffer le four; il veillait attentivement à ce qu'il n'échappât aucun charbon qui püût incendier le vaisseau,
la frappait, Depuis ce moment, elle refusa constamment de manger, el mourut de faim et de douleur le cinquième jour, regrettée comme un homme aurait pu l'être. »
Voyons maintenant le kimpézèy à l'état sauvage. Presque toutes les fois que les voyageurs en ont rencontré, le mâle et la femelle marchaient ensemble, d'où on peut penser, avec quelques naturalistes anglais, qu'il est monogame et ne change pas de femelle. Quand il est à terre, il se tient debout et marche avec un bâton qui lui sert à la fois d'appui et d'arme offensive et défensive ; il se sert aussi de pierres qu'il lance avec adresse pour repousser l'attaque des nègres, ou pour les attaquer lui-même s'ils osent pénétrer dans les lieux solitaires qu'il habite. Ces
Le Pongo de Wurmb
jugeait parfaitement quand il était suffisamment chaud, et ne manquait jamais d'avertir à propos le boulanger, qui de son côté, sür de la sagacité de l'animal, s’en reposait sur lui, et se hâtait d'apporter sa pâte aussitôt que le singe venait le chercher, sans que ce dernier l'ait jamais induit en erreur.
» Lorsqu'on virait au cabestan, il se mettait lui-même à tenir dessous (tirer sur le câble), et choquait à propos avec plus d'adresse qu'un matelot. Lorsqu'on envergua les voiles pour le départ, il monta, sans y être excité, sur les vergues avec les matelots, qui le traitaient comme un des leurs; il se serait chargé de l'empointure, partie la plus difficile et la plus périlleuse, si le matelot désigné pour ce service n'avait insisté pour ne pas lui céder la place. IT amarra les rabans aussi bien qu'un matelot, et, voyant engager l'extrémité de ce cordage pour l'empécher de pendre, il en fit aussitôt autant à ceux dont il était chargé. Sa main se trouvant prise et serrée fortement entre la ralingue et la vergue, il la détacha sans crier, sans grimaces ni contorsions; et lorsque le travail fut fini, les matelots se retirant, il déploya la supériorité qu'il avait sur eux en agilité, leur passa sur le corps à tous, et descendit en un elin d'œil.
» Cet animal ne parvint pas jusqu'en Amérique ; il mouruk dans la traversée, victime de la brutalité du second capitaine qui l'avait injustement et durement maltraité. Cette intéressante créature subit la violence qu'on exercait contre elle avec une douceur et une résignation attendrissantes, tendant les mains d'un air suppliant pour obtenir que l’on cessät les coups dont on
animaux vivent en pelile troupe dans le fond des forêts; ils savent fort bien se construire des cabanes de feuillage pour s'abriter des ardeurs du soleil et de Ja pluie, Ils forment ainsi des sortes de petites bourgades, où ils se prêtent un mutuel secours pour éloigner de leur canton les hommes, les éléphants et les animaux féroces. Dans ces attaques, si l’un des leurs est blessé d’un coup de flèche ou de fusil, ses camarades retirent de la plaie , avec beaucoup d'adresse, le fer de la flèche ou la balle; puis ils pansent la blessure avec des herbes mâchées , et la bandent avec des lanières d’écorce.
Mais ce qu'il y a de plus singulier dans ces animaux , ce qui, à mon avis, dénote chez eux une intelligence très-perfectionnée, c'est qu'ils donnent une sépulture à leurs morts. Ils étendent le cadavre dans une crevasse de la terre, et le recouvrent d'un épais amas de pierrailles, de feuilles, de branches et d’épines, pour empêcher les hyènes et les panthères d'aller le déterrer pendant la nuit. Certes, il y a dans ce fait quelque chose qui approche bien d'une pensée.
Les kimpézèys habitent leurs cabanes pendant les nuits orageuses et quand ils sont malades, car dans toute autre circonstance ils dorment sur un arbre. La femelle a beaucoup de tendresse pour son petit; elle le caresse sans cesse et le tient propre avec beaucoup de soin. Elle le porte sur ses bras à la manière des nourrices quand elle n’a qu’une légère distance à parcourir, et s'il s'agit d'un long trajet, elle le place sur son dos, où il se cramponne avee les mains et les pieds, absolument à la manière
des négrillons. Elle y est beaucoup attachée et le garde avec elle longtemps encore après le sevrage; mais le mâle le chasse quand il est assez fort pour se défendre et assez intelligent pour savoir chercher et choisir ses aliments.
Le mâle aime tendrement sa femelle. Si, étant avec elle, il est surpris par la présence inopinée d'un ou plusieurs hommes, il s’arme aussitôt de pierres, ou d’un bâton s’il se trouve une branche morte à sa portée; il se lève debout, s'arrête, et, dans cette attitude menacçante, il attend que sa femelle se soit éloignée pour fuir lui-même le danger. Deux de mes amis d'enfance, qui ont habité la Guinée, m'ont dit avoir été témoins de ce fait.
Cependant, malgré ces apparences d'amour, le kimpézèy n'est pas toujours très-fidèle à sa femelle, et souvent il poursuit dans les bois des négresses qu'il enlève et porte dans sa cabane. «Les kimpézèys, dit M. de la Brosse (Voyage à la côte d'Angola), tâchent de surprendre des négresses , les gardent avec eux, et les nourrissent très-bien. J'ai connu, ajoute-t-il, à Loango, une négresse qui était restée trois ans avec ces animaux. » Quelquefois c’est moins pour satisfaire la brutalité de leurs passions que pour se faire une société qui leur plaît, que les kimpézèys attaquent les jeunes négresses, qu'ils emportent sur les arbres et que l’on a beaucoup de peine à leur arracher. La preuve de cela est qu'ils enlèvent également les jeunes garçons, les conduisent dans leurs forêts, et les gardent sans autre but que de les avoir ayec eux. Battel nous apprend qu'un négrillon de sa suite ayant été emmené par des kimpézèys, vécut douze à treize mois en leur société et revint très-content, gros et gras, en se louant beaucoup du traitement de ses ravisseurs.
En faisant la plus large part à l'exagération des voyageurs, on trouvera encore que le kimpézèy est le plus intelligent des animaux,
5e GENRE. Les PONGOS (Pongo, Lacér.). Ce genre diffère de celui des orangs par l'angle facial, qui n’est que de trente degrés, et par les abajoues qu'il a dans la bouche. En outre, ses canines sont très-fortes; ses crêtes sourcilière, sagittale et occipitale, fortement prononcées. Il a des sacs thyroïdiens au larynx; ses doigts de pied ne sont pas réunis comme ceux des siamangs.
Le Poxco pe Wurwe (Pongo Wurmbii, Des. Le grand Orang- Houtan de quelques voyageurs.)
Voici un animal dont l’histoire scientifique est fort singulière. zuffon, qui n’en avait aucune connaissance, a donné son nom à un être imaginaire qu'il croyait voisin du kimpézèy. Le savant G. Cuvier, qui probablement ne l'avait connu que par le mémoire de Wurmb, le retira de la famille des orangs pour le classer entre les mandrilles et les sapajous, place qui certainement ne lui convient pas. Desmarets en a fait un genre bien tranché, et voilà qu'aujourd'hui on ne vent même pas l’accepter comme espèce; j'ai été moi-même de cette dernière opinion pendant plusieurs années, et encore aujourd'hui je doute si réellement le pongo de Wurmb n'est pas un vieux orang-houtan.
Sa taille est en effet à peu près celle des plus grands orangs, el atteindrait même celle de l'homme si on s’en rapportait aux voyageurs. Son corps est robuste, couvert de poils noirs; sa face est nue, d'un brun fauve ; son museau est très-proéminent, son nez plat, et ses yeux petits et saillants ; ses oreilles, plus petites que celles de l'homme, sont collées contre sa tête; ses bras, d'une longueur démesurée, lui descendent jusqu'aux malléoles; enfin sa poitrine et son ventre sont nus. Il habite Bornéo et Sumatra. Tous ces caractères peuvent également s'appliquer à l'orang-houtan, mais ce dernier manque d’abajoues et il a le foie comme l'homme, tandis que le pongo aurait, selon Desmarets et d’autres naturalistes, des abajoues, et, selon G. Cuvier, le foie divisé en plusieurs lobes ; dans le premier cas ce serait le dernier des anthropomorphes, dans le second on devrait le placer à la tèle des singes.
Si le pongo est un vieil orang-houtan, son histoire offre une singularité unique parmi les animaux, et la voici : dans tous les êtres doués d'instinct ou d'intelligence, celte intelligence est comparativement très-faible dans le premier âge; elle se développe progressivement et n'atteint guère à toute son énergie que vers la fin du premier tiers de la vie. Elle se soutient ensuite jusqu'à la décrépitude, et même, dans les animaux sauvages, jusqu'à la mort. Dans l’orang-houtan , il en serait tout autrement, en supposant qu'il devint un pongo dans sa vieillesse.
Dans son enfance, il a le front grand, saillant, proéminent, et la tête arrondie comme celle de l'homme. Alors il est doux, posé, réfléchi, si je puis me servir de cette expression, et il semble tout à fait incapable de la pétulance et de la férocité de beaucoup de singes; il s’affectionne aux personnes qui le caressent et le nourrissent, et, comme le chien, il est susceptible de recevoir une certaine éducation.
Devenu adulte , c’est-à-dire lorsqu'il prend le nom de pongo, il s'opère chez lui une métamorphose étrange. Son angle facial, qui était ouvert à soixante-cinq degrés, s'allonge et se trouve réduit à cinquante; son front se rejette en arrière comme celui de ces idiots nommés crélins; sa Lète s’allonge vers son sommet et se rétréeit considérablement. Son museau s'ayance; sa face s'élargit prodigieusement par l'effet de deux grosses protubérances qui se développent entre les yeux et les oreilles, depuis la tempe jusqu’à la base des mâchoires ; enfin c'est une métamorphose complète. L'intelligence éprouve la mème révolution. Les voyageurs épouyantés, qui le retrouvent dans les bois sous les noms de kukurlaco , de féfé, de golokk, tremblent à son approche; car ce n’est plus cet animal rempli de douceur et de gentillesse, mais un êlre farouche, indomptable, plein de courage et de férocité, sans cesse occupé à donner la chasse aux êtres plus faibles que lui, se nourrissant non-seulement de fruits, mais aussi de Ja chair des oiseaux qu'il surprend la nuit sur les arbres : c'est ee mystérieux et terrible homme nocturne qui poursuit les femmes, attaque les voyageurs, les assomme à coups de pierres ou de bâton, et les dévore; qui, enfin, porte l'épouvante avec lui.
Tout cela est fort exagéré, comme on doit le croire; mais en adoucissant beaucoup ce portrait de mœurs sauvages, il n’y en aurait pas moins une métamorphose complète, car il est certain que le pongo de Wurmb est féroce, sauvage, courageux, et qu'il se défend avec un bâton quand il est attaqué par l'homme.
D'ailleurs, ce qui peut encore ébranler l'opinion de ceux qui pensent que l'orang et le pongo sont identiques, c'est qu'aujourd'hui on connaît deux espèces de ce dernier genre.
Le Poxco p'Arez (Pongo Abelii, LEssox; Pongo Wurmbü, CL. Ame). M. Clarke Abel pense que cet animal est le véritable orang-houtan. I alteint six pieds cinq pouces; son museau est très-proéminent et son nez fort aplati; une épaisse crinière couvre sa tête; sa face est nue, mais une grosse moustache déborde sa lèvre supérieure, et une barbe touffue lui pend au menton; il est couvert de poils d’un roux foncé, passant en quelques endroits au rouge vif où au brun noir; il a la plante des pieds et la paume des mains brunâtres.
L'individu qui a fourni cette description a été tué à Sumatra. Comme le précédent, il marchait debout avec facilité, courait avec vitesse, et grimpait sur les arbres avec une grande agilité. Du reste. il était robuste, et se défendit avec beaucoup de courage. Il combattait encore ayant recu cinq balles dans le corps et plusieurs coups de lance. Enfin, affaibli par un vomissement de sang, il fit comme César, et, s'abandonnant à sa mauvaise fortune , il se laissa tomber, mit les mains sur les profondes blessures d’où son sang s'échappait à flots, et, en expirant, jeta sur ses assaillants un regard si plein de supplication et de douleur, qu'ils en furent émus jusqu'aux larmes, et se repentirent d'avoir tué sans nécessité une créature si ressemblante à eux-mêmes.
ANTHROPOMORPIIES, 56 mé
Il paraît que cet animal n'habite pas ordinairement la côte de Sumatra où il fut rencontré; car les habitants, qui ne le reconnurent pas, déclarèrent que, depuis quelque temps, ls entendaient, pendant la nuit, des cris poussés par une voix étrange n'ayant rien d'analogue avec celle des animaux du pays. En outre, il avait les pieds couverts de boue jusqu'aux genoux, comme un homme qui viendrait de faire un long voyage. Sa force était si prodigieuse, que, mortellement blessé et ayant déjà perdu une partie de son sang, il brisait comme une paille le bois des lances dont on le frappait, I fut mesuré après sa mort, et on lui trouva, depuis le sommet de Ja tête jusqu'au talon, six pieds cinq pouces.
4° GENRE. Le SYNDACTYLE (Syndactylus). I a le mème caractère que les orangs, mais ses bras sont un peu plus longs, et il a de légères callosités aux fesses ; dans le mâle et la femelle, l'index et le médium des pieds de derrière sont réunis jusqu'à la dernière phalange.
Le SramaxG (Syndactylus siamang. — Hylobates syndactylus, Fr. Cuv. Pithecus syndactylus, DEsu. Simia syndactyla, RArrL.).
Cet animal, qui habite les forêts de Sumatra, a le pelage laineux, épais, d'un noir foncé ; il a sous la gorge un grand espace nu. Il est lent, pesant, manque d'assurance quand il grimpe, et d'adresse quand il saute, Si on le rencontre à terre, un homme ua peu agile l’atteint aisément à la course et s'en empare sans qu'il cherche à se défendre. Son impuissance à fuir le danger ou à le repousser par la force l’a rendu très-défiant ; jamais sa vigilance ne s'endort. Comme il a l'ouïe très-fine, il entend à un mille de distance un bruit assez léger, et s'il lui est inconnu, il prend aussitôt la fuite. Sa taille est de deux pieds huit pouces.
Les siamangs se réunissent en troupe nombreuse, et sont trèsaltachés à leurs petits. Si l'un tombe blessé mortellement par une balle, sa mère se laisse tomber près de lui en jetant des cris affreux , se roule de désespoir , et fait tout ce qu'elle peut pour rappeler son enfant à la vie; apercoit-elle l'ennemi qui a porté le coup fatal, elle se relève et se précipite sur lui en étendant les bras, ouvrant la gueule, et poussant des hurlements lamentables. Mais là se bornent ses efforts, ear elle ne sait ni mordre, ni frapper, ni parer les coups, et elle meurt victime innocente de l'amour maternel.
Ce qu'il y a de fort singulier, e’est que les femelles ne portent sur leurs bras que les petites femelles, el que les mâles ne portent également que les petits de leur sexe. « Les soins que les femelles prennent de leurs enfants, dit M. Duvaucel, sont si tendres, si recherchés, qu'on serait tenté de les attribuer à un sentiment raisonné. C’est un speelacle curieux, dont, à force de précautions, j'ai pu jouir quelquefois, que de voir ees femelles porter leurs petits à la rivière, les débarbouiller malgré leurs plaintes, les essuyer, les sécher, et donner à leur propreté un temps et des soins que, dans bien des cas, nos propres enfants pourraient envier. »
Du reste, le siamang est peu intelligent, apathique, maladroit, mais fort doux. Huit jours après avoir été pris, il est anssi apprivoisé, aussi accoutumé à l'esclavage que s'il eût passé toute sa vie en domesticité. Pour cela il n’en est pas plus aimable, car il parait aussi insensible aux bons traitements qu'aux mauvais, et, sans jamais chercher à faire du mal, il ne donne jamais non plus le moindre signe d'affection; la reconnaissance et la haine sont pour lui des passions tout à fait étrangères. La peur et la stupidité exercent sur lui un tel empire, que, dans les forêts, s’il rencontre un tigre, loin de chercher à se sauver, il reste immobile comme une statue, se borne à jeter sur son ennemi un œil effaré, et cette fascination lui coûte la vie.
Quand ces animaux voyagent, ils ont un chef qui marche à leur tête et conduit la troupe; comme c’est ordinairement le
plus agile et le moins stupide, si la petite caravane fait une mauvaise rencontre, il vient toujours à bout de se sauver; il en résulte que les Malais croient ce chef invulnérable. Chaque matin, au soleil levant, les siamangs font retentir les bois de leur voix assourdissante, et ils en font autant quand le soleil se couche; aussi servent-ils d'horloge aux paysans en leur annonçant exactement l'heure du travail et celle du repos.
D Gexre, Les GIBBONS (Hylobates, lurie.) né diffèrent des orangs que parce qu'ils ont des callosités aux fesses, et que leurs bras sont d'une longueur encore plus démesurée.
Le Wouwou (Hylobates leuciscus, Lessons. Simia leuciscus, Sen, Le Gibbon cendré de Cuv. Le Moloch, Aun).
Lors même que le wouvou marche à quatre pattes, il se tient toujours debout, car ses bras sont si énormément longs, que, dans celte dernière position, ses mains touchent à la terre, Sa taille atteint quelquefois quatre pieds (1,299) de hauteur ; son corps est couvert de poils laineux d'un gris cendré; ceux de la face sont très-noirs, et un cerele de poils gris, qui lui entoure le visage, lui donpe un air fort originel. ,
Cet animal vit dans les îles de la Sonde et dans les Moluques. IL est assez doux, quoique vif et capricieux. A l'état sauvage , il se plait sur le bord des eaux, dans les roseaux qu'il habite, Autant ses longs bras le rendent disgracieux qnand il est sur la terre, autant il est leste, agile et gracieux quand, s'élaneant sur la cime des plus hauts bambous, il s'y balance, et prend toutes les positions extraordinaires que lui permet la longueur de ses bras. Il n'est pas de saltimbanques plus amusants et qui inven tent des poses aussi singulières que cet animal. Dans le même genre se placent les trois espèces suivantes :
Le Gigpox AGILE (Hylobates agilis, Fr. Cuv. Hylobates variega tus, Less. Le Wouwou de Fr. Cuv.). I habite les forêts de Sumatra, où il est assez rare; il a le pelage brun, et jaune sur le dos: la face est d'un bleu noirâlre dans le mâle, brune dans la femelle, Il a sur les yeux un bandeau blanc qui descend de chaque côté et va s'unir à des favoris blanchâtres; son front est très-bas, et ses arcades orbitaires fort saillantes, Il a été découvert par MM. Diard et Duvaucel.
La nature n'a pas doué cette espèce d'une grande intelligence, cependant en captivité elle est susceptible d'acquérir quelque éducation. Ce gibbon est quelquefois fort gai, et recherche les caresses de son maitre; il est toujours familier, curieux et gourmand. Dans les bois, il vit par couple plus souvent qu'en famille, Il est d’une agilité surprenante, eb, quand il s'élance de branche en branche, il semble plutôt voler que sauter. Lorsqu'il est dehout , il peut avoir trente et un à trente-deux pouces (0,839 à 0,907) de hauteur , et les doigts de ses bras touchent à terre,
Le GienoN AUX MAINS BLANCUES (Hylobates lar, Lrss. Simia longimana, Seur. Le Gibbon, Burr. Le Gibbon noir, G. Cuv. Hylobates albimanus, Ts. Geore.) Celui-ci a les bras un peu moins longs que le wauwou : sa taille serait de plus de trois pieds (0,975) selon Buffon, qui en à vu un vivant, et ne serait communément que d'un pied lrois pouces (0,406) selon M. Lesson, qui me parail ici faire une erreur. Son corps est grêle, allongé, couvert de poils grossiers, longs et noirs, exceplé ceux qui entourent la face, qui sont gris; son nez est brun, plat; ses yeux sont grands, mais enfoncés:; ses oreilles arrondies, el bordées à peu près comme celles de l'homme. La plante des pieds et les ongles sont noirs.
Celle espèce est de mœurs douces, d'un caractère tranquille, et ses mouvements ne sont ni trop brusques ni trop précipités, Dans la captivité, il prend assez doucement ce qu'on lui présente, et la nourriture qu'il paraît préférer est le pain, les fruits et le
Jait. Louis Lecomte, cité par Buffon, dit avoir vu aux Moluques, | mement adroit, et encore plus agile. » A l'état sauvage, il se « une espèce de singe, l’ounko, marchant naturellement sur ses | nourrit exclusivement de fruits. Il habite les Moluques, la côte de deux pieds, se servant de ses bras comme un homme, le visage à | Coromandel, et la presqu'ile de Malaka.
peu près comme celui d'un Hottentot, mais couvert d’une sorte
de laine grise, se comportant comme un enfant , et exprimant parfaitement ses passions et ses appétits; il ajoute que ces singes sont d'un naturel très-doux; que, pour montrer leur affection Le Giggox varié ( Hylobales variegatus , Less.) n’est qu’une vaaux personnes qu'ils connaissent, ils les embrassent et les bai- | riété du précédent. Il ne s'en distingue guère que par sa taille sent avec des transports singuliers ; que l’un de ces singes, qu'il | d’un tiers plus petite, et par son pelage mélé de gris brun et de a vu, avait au moins quatre pieds de hauteur, et qu'il était extré- gris foncé. On le trouve également dans la presqu'île de Malaka.
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Galeries de géologie, de minéralogie et de botanique.
Ils ont le même nombre de dents que les anthropomorphes, dont quatre incisives à chaque mâchoire, deux canines et dix molaires; mais l'os hyoïde est en forme de bouclier ; le foie est divisé en plusieurs lobes; le cæcum est gros, court et sans appendices. Ils ont une queue, quoiqu'elle soit réduite quelquefois à un simple tubercule rudimentaire; leurs fesses sont calleuses. Tous appartiennent à l'ancien continent.
Ge Genre. Les GUENONS (Cercopithecus, Lixx.). Elles ont la tête ronde, le front rejeté en arrière, le nez plat et ouvert à la hauteur des fosses nasales ; point de crêtes soureilières; l'angle facial ouvert à cinquante degrés ; l'oreille d’une grandeur moyenne; la queue plus longue que le corps. Toutes sont vives, capricieuses, et assez douces dans leur jeunesse ; mais elles deviennent méchantes en vieillissant.
La Mone.
La Moxe (Cercopithecus mona, GEorr. Simia mona et Simia monacha, Seur. La Mone, Burr.
Cette jolie petite guenon a les lèvres et le nez couleur de chair; la face brune, avec un bandeau noir sur le front; la tête d'un vert doré en dessus, entourée de blanc; le dos et les flancs d’un brun vif et piqueté de noir; les membres noirs; le dessus de la queue d’un bleu ardoisé, et une tache blanche de chaque côté de la queue. Sa taille est d'environ dix-sept pouces (0,460) depuis le bout du museau jusqu’à l'origine de la queue : celle-ci a deux pieds (0,650) de longueur.
La mone est une des guenons les plus communément apportées en France, et celle qui supporte le plus aisément les intempéries de notre climat, L'élégance dans les formes, la grâce dans les mouvements , la douceur dans le caractère, la finesse dans l’intelligence, la pénétration dans le regard, tout ce qui, dans un animal de ce genre, peut le faire rechercher et inspirer pour lui de l'affection, la mone le possède. Quoique vive jusqu’à la pétulance , elle n'a pas de méchanceté et s'attache assez aisément à son maître. Elle est même susceptible d'une certaine éducation, si toutefois on s’en fait craindre assez pour la forcer à obéir.
Contre l'habitude des autres singes, elle ne grimace jamais, et elle a dans les traits une certaine gravité pleine de douceur. Elle mange volontiers tout ce qu'on lui présente : de la viande cuite, du pain, des fruits et certains insectes ; elle est particulièrement friande de fourmis et d'araignées. Son adresse et son agilité sont extrêmes, et néanmoins tous ses mouvements sont doux. Elle a
de la ténacité dans ses désirs, mais jamais ils ne la portent à la violence, et, lorsque, après avoir sollicité longtemps pour obtenir un objet qui lui plait, on persiste à le lui refuser, tout à coup elle cesse de demander, fait une gambade et parait n y plus penser. Sa moralité n'est pas très-exemplaire sous le rapport du droit de propriété : elle a une telle tendance à la filouterie , qu'aucune correction ne peut vaincre ce penchant, Elle est fort habile à glisser doucement la main dans les poches de ceux qui la caressent, et cela avec une adresse qui ferait honneur au plus habile escamoteur. Pour s'emparer sans bruit des objets qu’elle convoite, pour voler quelques fruits ou quelques bonbons, elle sait fort bien tourner la clef d’une armoire, dénouer un paquet, ouvrir l'anneau d'une chaine.
Un peu capricieuse et distraite, elle n’est pas toujours disposée à caresser son maître; cependant, quand rien ne la préoccupe et qu'elle est tranquille, elle répond avec grâce aux avances qu'on lui fait. Dans ce cas elle joue, elle prend les attitudes les plus aimables, mord légèrement, se presse contre la personne qu'elle aime , et fait entendre un petit cri fort doux qui est l'expression ordinaire de sa joie. En général, elle aime peu les personnes qui lui sont étrangères, et rarement elle manque de mordre celles qui sont assez hardies pour la toucher. Elle est sujelte aussi à prendre certaines gens en antipathie, et cela sans cause et purement par caprice.
La Diane, ou le Roloway. L
Sa patrie est le nord de l'Afrique, et principalement la Barbarie. Il parait qu'on la trouve aussi en Abyssinie, en Arabie, en Perse, et même dans quelques autres parties de l'Asie. Comme elle est assez timide, elle s'approche rarement des lieux habités et ne pénètre jamais dans les plantations. En temps de famine, c’est-àdire quand les fruits deviennent rares dans les forêts, elle descend en troupes dans les plaines, et là, elle tourne et renverse toutes les pierres, aussi bien que pourrait le faire le plus ardent entomologiste, afin de collectionner les insectes qu’elle trouve dessous. Elle a, pour serrer sa collection, non pas une boîte à épingles, comme celle dont se servent les savants qui courent après les mouches, mais deux sacs très-commodes, dont la nature a fait toute la facon : je veux parler de ses abajoues. Ce sont deux poches membraneuses que la plupart des singes ont dans la bouche , une de chaque côté, sous les joues. La mone a ces poches tellement grandes, qu'elle pourrait y serrer des provi-
sions pour deux jours : mais sa gourmandise est encore plus grande que ses abajoues, d'où il résulte qu'elle ne manque jamais de consommer en quelques heures, c’est-à-dire aussi vite que son estomac le lui permet, ce qu'elle aurait pu économiser si elle avait un peu de prévoyance.
Rien n'est original comme sa figure lorsque ses poches remplies de provisions se distendent et lui gonflent les joues au point de Jui faire paraître la tête deux fois plus grosse que de coutume. En cet état elle ressemble assez bien à ces figures bouffies et joufflues par lesquelles les peintres anciens représentaient les vents. Alors la mone quitte sa troupe, et cherche un arbre isolé dans Je feuillage duquel elle puisse se cacher, car elle craint que ses camarades ne viennent mettre son magasin au pillage, en la battant pour la forcer à ouvrir Ja bouche, ce qui arrive quelquefois. Au fond de sa cachette, très-tranquillement assise dans la bifurcation d'une branche, elle tire un à un de son sac les insectes qu'elle y a mis, les regarde avec un air de convoilise, les épluche avec ses petits doigts, leur arrache les ailes et les pattes qu'elle jette, puis y porte la dent, mais doucement et à plusieurs reprises, en gastronome qui à des principes; enfin elle les mange, et recommence la même opération jusqu'à ce que ses provisions soient épuisées. Alors seulement elle pense à rejoindre sa troupe.
Tont près de la mone viennent se grouper les espèces dont nous allons parler.
Le Paras ou SINGE ROUGE (Cercopithecus ruber, Grorr. Simia rubra, Gur. Le Patas, G. Cuv.). Cette guenon, assez commune au Sénégal, est longue de dix-huit pouces, non compris la queue. Son pelage est roux en dessus, cendré en dessous, ses oreilles sont noires ; sa face est couleur de chair, avec un bandeau noir sur les yeux, quelquefois surmonté de blanc. Elle est méchante, emportée, capricieuse et sans affection.
La GUENON BLAXG-CENDRÉ (Cercopitheous albo-cinereus, Drsx.). Cette espèce habite Sumatra. Elle est grise en dessus, plus foncée sur les lombes; le dessous est blanc; sa queue est brune; ses pieds et ses mains sont nojrâfres ; elle a une ligne de poils roides et noirs en travers du front.
Le Venyer (Cercopithecus pygerithræus, Desm, Cercopithecus pugerithrus. Fr, Guy), 1 est d'un gris verdâtre en dessus, blane en dessous; il a un cercle de roux autour de l'anus; son serotum est couleur de vert-de-gris, entouré d'un cercle de poils blancs; l'extrémité de sa queue est noire, Celle guenon est limide, farouche, et vit, au eap de Bonne-Espérance, dans le fond des forêts les plus retirées, On ne la rencontre jamais à proximité des habitations.
La GUENON A GROUPION BLANG (Cercopithecus leucoprymnus, Orro). On ignore la patrie de cette jolie espèce qui, par son défaut d'analogie dans les formes avec les autres guenons, devrait peut-être former un genre à part. Son corps est grêle, et son estomac est néanmoins d'une grandeur remarquable. Elle est brunâtre sur la nuque et le sommet de la tête; son dos, ses extrémités ef sa face sont noirs; elle a la gorge d'un blane cendré, le croupion et la queue d’un blane sale, Elle appartient au genre Semnopithecus.
La GuENON DE DELALANDE (Cercopithecus pusillus, DEraL.) est d'un gris cendré uniforme , avec le bout de la queue noir; elle à de longs poils sur la nuque, le dos et les épaules ; sa gorge est grisâtre; le dedans des membres est d'un gris blanchâtre plus foncé; une tache d'un gris brun se prolonge de dessous le menton jusqu'à la gorge; ses sourcils sont noirs, surmontés d'un bandeau grisätre ; sa face et ses mains sont de couleur fanve. Elle a dix pouces (0,271) de longueur, non compris Ja queue. Elle a été trouvée au cap de Bonne-Espérance, aux environs de Gootevis-River, au Keirkama, par M. Delalande, Je la crois le jeune âge du vervet,
Le Hocurtr (Cercopithecus nictitans, Drsm. Simia nictitans,
Guz. La Guenon à long nez proéminent, Burr. Le Hocheur, G. Cuv.). Cette guenon a trois pieds quatre pouces (1,085) de longueur, la queue comprise; son pelage est d'un noir intense, pointillé de gris verdâtre, avec les extrémités antérieures et la queue d’un noir foncé; son nez est large, mais proéminent, renfié, portant, vers la moitié inférieure, une tache blanche arrondie, Elle habite la Guinée, et paraît d’un caractère assez doux,
La Diane (Cercopithecus Diana, Georr. Stmia Diana, Lan. La Diane, Fr. Cuvrer. Le Roloway, Burr.—G. Cuv. L'Erquima, Mar.).
Celle jolie guenon a le dessus du corps d'un marron assez vif; les flancs d'un gris ardoisé, et une ligne de la même couleur lui lraverse obliquement les cuisses ; le dessus de sa tête est couvert de poils courts et noirs, avec un bandeau de poils roideset blancs ; son menton porte une petite barbe blanche. Du reste, son pelage varie en raison de l’âge, et le blane devient quelquefois jaunâtre.
On trouve le roloway dans le Congo et la Guinée, où il habite en grandes troupes les forêts silencieuses. A l’état sauvage, il se nourrit de fruits, d'œufs d'oiseaux et d'insectes. Comme il s'apprivoise très-aisément, les nègres lui font la chasse et le réduisent en captivité pour le vendre aux Européens qui font la traite sur la côte d'Afrique.
Le caractère de celte petite guenon est fort doux ; elle s’affectionne à son maître, au point qu’elle le suit sans chercher à s'enfuir, et qu'elle vient se faire prendre lorsqu'il l'appelle. Un de mes amis en possédait une extrêmement caressante, qui laccompagnait de la ville à une maison de campagne éloignée d'une lieue, Le chemin était hordé d'arbres, et comme elle était trèscurieuse, elle grimpait sur tous sans en excepter un, Quand les arbres étaient trop rapprochés, elle s’élancait de l’un à l'autre avec une rapidité et une légèrelé sans exemple. Mais cette manœuvre l'avait bientôt fatiguée, et alors elle montait sur le dos d'un épagneul qu'elle foreait à la porter. La première fois qu’elle s’avisa de faire sa monture de ce pauvre chien, il fut fort effrayé et voulut s'en débarrasser. Mais elle saisit ses longues touffes de poils avec ses quatre mains, et se eramponna de manière qu'il eut beau courir , sauter, tourner, elle ne désempara pas. Quand le chien se roulait sur terre où dans un fossé, d'un bond léger elle s’élançait à cinq ou six pas, s’asseyait et le regardait faire, puis, quand l'animal se relevait, d'un autre bond elle se replacçait sur son dos. Enfin, le chien, lassé d’une opposition inutile, prit son parti en braye, et depuis devint la monture obligée du roloway.
Cetle guenon, loute bonne et toute caressante qu'elle était, ne laissait pas que d’avoir fréquemment des colères assez violentes , mais qui toujours naissaient de la peur. Par exemple, si elle cassait un verre où une porcelaine en les laissant tomber, aussitôt elle entrait dans une colère furieuse et poussait des cris aigus, dans attente d'une correction que le plus souvent elle ne recevail pas.
Comme la mone, elle était un peu voleuse, et elle avait l'habitude d'aller cacher dans les lits, entre les draps, le fruit de ses larcins. Souvent elle entrait dans la basse-cour, se glissait dans le poulailler, prenait un œuf à chaque main, et se sauvail en marchant debout sur ses pieds de derrière. Dans celte position son attitude était fort grotesque. Elle avait un goût très-prononcé pour les œufs crus ; elle frappait doucement du bout sur le carreau pour casser la coquille, avec son doigt elle agrandissait le trou, puis elle sucait toule la substance contenue dans la coquille, sans la casser davantage. Elle aimait beaucoup le café, et chaque fois qu'elle pouvait entrer furtivement à la cuisine, elle furetait dans toutes les cafetières pour manger le mare qui pouvait y être resté. Elle aimait les liqueurs fortes, non pour les boire, mais pour s’en parfumer tout le corps avec ses petites mains qu'elle trempait dans le vase. Du reste, elle mangeait de tout, de la viande cuite, du pain, des petits oiseaux crus, mais seulement quand on les lui donnait vivants, des fruits, des sucreries, des
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bonbons, ete. Elle se servait d'une pierre pour casser les noix et les amandes, et pour beaueoup de choses elle paraissait avoir assez d'intelligence.
Cependant voiei un fait qui prouve combien elle avait peu de mémoire, et que la plupart de ses actions étaient irréfléchies, Lorsqu'on placait un flambeau sur la table, le soir, aussitôt elle s’en approchait, et, prenant la flamme de la bougie pour quelque chose de bon à manger, elle allongeait le museau et y portait la langue. Elle se brüûlait et poussait des cris affreux en se sauvant, mais cette expérience douloureuse était perdue pour elle , et le lendemain , quelquefois même une heure après, elle recommencait.
Lorsque son maître l’acheta, cette petite bète était fort douce. Il l’a conservée pendant trois ans, et j'ai cru m apercevoir qu'à mesure qu'elle vieillissait, son caractère devenait plus méchant. Un pauvre chat de la maison était sa victime; elle le portait ou le trainait partout avec elle, le caressait et le battait dix fois par heure ; quelquefois elle lui remplissait la gueule de raisins ou de pommes, et, à force de coups, l'obligeait à avaler une nourriture qui ne lui convenait en aucune manière ; enfin elle le fit mourir de misère, et depuis lors on ne lui permit plus de s'emparer d'un autre.
Du reste, tout ce que j'ai dit de la mone lui convient parfaitement, et ces deux animaux ont dans les mœurs et le caractère, ainsi que dans les formes, une très-grande analogie.
La Guexox poRÉE (Cercopithecus auratus, Georr,) se trouve aux Moluques et peut-être aux Indes. Son pelage est d’un beau jaune doré, avec une tache noire aux genoux; de longs poils lui ombragent les joues, le front et les oreilles; sa queue est longue et mince.
L'AscaenE ou BLaxc-Nez (Cercopithecus pelauvista, Des. Simia petaurista, Gur.. L'Ascagne, G. Cuv. Le Blane-Nes, Aupg,), Cette guenon est rousse en dessus, blanche en dessous, olivâtre sur les membres, qui sont gris en dedans ; ses oreilles sont très-grandes ; sa face est couverte de poils courts et noirs; la moitié de son nez est d'un blanc tranchant.
L'ascagne se trouve en Barbarie. Ce singe est remarquable par l'honnêteté de ses penchants ; jamais on ne lui voit de ces accès dégoütants de lubricité si communs dans beaucoup d’autres espèces; on pourrait même regarder cette relenue comme une sorte de décence si l’on accordait ceile vertu aux animaux. Ses gestes sont pleins de grâce et de douceur, et cependant il est d'une vivacité si extraordinaire, que lorsqu'il s’élance d'un arbre à un autre il semble plutôt voler que sauter. En repos, son attilude favorite est fort singulière : assis, il s'appuie la tête dans une de ses mains de derrière, laisse errer au hasard son œil pensif, et reste ainsi fort longtemps, comme s'il était plongé dans une profonde méditation. Qui sait? peut-être rève-t-il alors à la vallée dans laquelle il est né! peut-être son imagination le reportet-elle sous l'ombrage du baobab gigantesque où il aimait tant à jouer alors que, dans son enfance, sa mère dirigeait ses premiers bonds! ou peut-être encore, dans sa mélancolie, pense-t-il à la chaine qui l’attache à une terre étrangère? Quoi qu'il en soit, quand on a yu cette jolie petite créature dans l'attitude que je viens de décrire, il est difficile de croire que les animaux ne pensent pas.
Malgré sa douceur et sa gentillesse, l'ascagne a aussi ses défauts. Par exemple, il est très-vaniteux et n'aime pas qu'on le raille lorsque sa pétulance lui fait commettre une maladresse : dans ce cas il se met en fureur et pousse des cris aigus; mais sa colère n'est pas de longue durée et son bon caractère reprend bien vite le dessus: pour l’apaiser il ne lui faut qu'une caresse ou un bonbon, Il a la singulière habitude de rouler dans ses mains, ayant de le manger, tout ce qu’on lui donne, absolument comme font les pâtissiers pour allonger un morceau de pâte cylindrique.
La GuENON couronxée (Cercopitheçgus pilealus, Georr.). On ignore sa patrie et ses mœurs, Des poils allongés lui recouvrent le front; son pelage est d'un brun fauve en dessus, qui s'éclaireit sur la surface interne des membres.
Le Mousrac ( Cercopitheous cephus, Georr, Simia cephus, Lin, Le Moustac, Burr. —G.Cuv.).Il est d'Afrique et paraît assez commun sur la côte de Guinée, du moins si nous en croyons Buffon, Sa face est d'un noir bleuâtre ; il a sur la lèvre supérieure une ligne blanche ou d'un bleu pâle, en forme de chevron renversé, ce qui, joint à une toufle de poils jaunes au-devant de chaque oreille, lui donne une physionomie assez bizarre. Son pelage est d'un brun verdâtre, et sa queue, qui a vingt à vingt et un pouces de longueur {0,542 à 0,569), est brunâtre, avec l'extrémité d'un roux très-vif.
L'individu de cette espèce qui a vécu à la ménagerie avait de la douceur, de la gentillesse ; il était susceptible d'affection.
Le BarniQue ( Cercopithecus latibarbatus, Te. La Guenon à face pourpre, Bure.). Sa patrie et ses mœurs sont inconnues. Dans le jeune âge il est d'un gris brun-pâle assez uniforme , qui passe au noir quand il devient adulte ; sa face est d'un pourpre violet; de longs poils blancs, qui lui entourent le visage , lui forment comme une coiffure en ailes de pigeon. Sa queue est longue, terminée en pinceau.
Le Tarapoin où MELARMINE (Cercopithecus talapoin, Grorr.). Buffon déerivit ce singe, et depuis lui on ne l'avait pas revu. Il en était résulté que les naturalistes crurent que Buffon s'était trompé, et qu'ils regardèrent le talapoin comme un jeune malbrouck, et quelques-uns pensent encore ainsi. Cependant Frédéric Cuvier fut assez heureux pour retrouver cette jolie espèce vivante, et réparer ainsi l’injure faite à Buffon. Le pelage de cet animal est olivâtre ou d'un vert jaunâtre en dessus, d’un blanc jaunâtre en dessous ; sa longueur, du bout du museau à l'origine de la queue, est d'environ un pied (0,225), et sa queue , qui est cendrée en dessoÿs , est longue de dix-huit pouces (0,487). Les mains , les oreilles et le nez, excepté à sa base, sont noirs : le dessus des paupières est blane, le dessous des yeux couleur d'ocre, le tour de Ja bouche couleur de chair.
On eroit aujourd'hui que ce joli animal est d'Afrique, quoiqu'on ne l'y ait pas encore trouvé. Buffon le supposait de Siam et des autres parties de l'Asie orientale, parce qu'on le lui avait donné sous le nom de talapoin, que l’on sait être la qualification de certains prèlres banians, et qu'il croyait le reconnaître dans ce passage d’un voyageur : «Les singes de Guzarale sont d'un vert brun; ils ont la barbe et les sourcils longs et blancs : ces animaux, que les Banians laissent multiplier à l'infini par un principe de religion, sont si familiers, qu'ils entrent dans les maisons, à toute heure et en si grand nombre, que les marchands de fruits et de confitures ont beaucoup de peine à conserver leurs marchandises, »
7e Genre, Les COLOBES (Colobus, Georr,). Ils ont l'angle facial ouvert à quarante degrés ; leur museau est court et leur face nue: ils ont des abajoues; la main antérieure manque de pouce, et leur queue est longue, mince, floconneuse au bout ; leur corps est mince, et ils ont les jambes très-grêles.
Le CoLoge À camaiL (Colobus polycomos, Gecrr. Simia polycomos, PExx.). Habite la Guinée et se trouve principalement à Sierra- Léone, où les nègres lui donnent le nom de roi des singes. C'est une jolie espèce dont les épaules, le cou et la têle sont recouverts d'une sorte de crinière en camail, jaune, mêlée de noir, et lui retombant sur les épaules ; le reste de son pelage est ras, trèscourt et d'un noir assez brillant: sa face est brune, et sa queue, plus longue que son corps, d'un blanc de neige. Ce colobe a trois pieds (0,975) de longueur compris la queue,
Le Coro8e pe Burcor (Colobus Bullokii, — Colobus Temminckii ,
Nm pe EL EE EE EEE --
Kuur..) est un peu plus petit et n’atteint que deux pieds sept pouces (0,859), compris la queue. Son pelage est noir en dessus, ainsi que la face externe des cuisses et les épaules ; son ventre est d'un jaune roussâtre ; sa face , ses mains et sa queue sont d’un roux pourpre, plus clair sur les membres. Il habite la côte occidentale d'Afrique.
8° GENRE. Les LASIOPYGES ( Lasiopyga, Irc. ). Leur tête est arrondie et leur museau médiocrement allongé ; ils ont la queue longue; des abajoues; les pouces antérieurs très-courts et trèsgrèles; les mains plus longues que les avant-bras et les jambes; les fesses bordées de longs poils, mais sans callosités.
Le premier et le seul singe de cette espèce qui ait été étudié en Europe, jusqu'au moment où M. G. Cuvier a publié la dernière édition de son Règne animal, consistait en une peau mal bourrée, déposée au Muséum d'histoire naturelle. Ce grand naturaliste pensait que les callosités avaient pu disparaître lors de l'empaillage, et de là il doutait que ce genre fût bien fondé. D'autre part, M. Frédéric Cuvier, qui dit avoir vu plusieurs peaux envoyées de la Cochinchine, prétend leur avoir trouvé des callosités aux fesses. Si ce naturaliste ne s'est pas trompé, il faudra supprimer ce genre, et reporter cet animal au genre Semnopithecus.
9e Genre. Les NASIQUES (Nasaks, Grorr.). Ils ont tous les ca-
Enclos du porc-épic, près des loges des animaux féroces.
Le Douc (Lasiopyga nemœus, ue. Cercopithecus nemœus, Des. Simia nemœus, Lis. Le Douc, Burr. — G. Cuv. Semnopithecus nemœus, Less.) se fait remarquer entre tous les singes par la vivacité et la disposition de ses couleurs. Le dos, les bras, le ventre et les flancs sont d’un gris verdâtre : le dessus de la tête est brun, avec un étroit bandeau d’un roux-marron ; les joues sont couvertes d'un poil très-long et blanchâtre: Ja face est en partie roussâtre ; les épaules sont noires ; les jambes d’un marron-roux très-vif, et la queue blanchâtre.
Le douc ou dok, mots qui dans la langue de son pays signifient singe, n'a pas moins de trois pieds et demi à quatre pieds (1,137 à 1,299) de hauteur. Il habite la Cochinchine et, si l'on en croit les voyageurs , il marche aussi souvent sur deux pieds que sur quatre. Ils disent aussi que l’on trouve dans son estomac des bézoards dont la qualité est supérieure à ceux des chèvres et des gazelles ; mais comme on ne croit plus aujourd'hui aux vertus merveilleuses que les anciens attribuaient au bézoard. il en résulte que ceci est d’une très-minime importance.
ractères des guenons, mais leur nez est saillant et démesurément long. Les oreilles sont petites et rondes; le corps trapu; les mains antérieures ont le pouce court; les pieds sont larges, avee des ongles épais ; leur queue est plus longue que le corps, et ils ont des callosités aux fesses.
Le Kanau (Nasalis larvatus, Grorr. Simia nasica, Scur. Le Nasique où Kahau, G. Guv. La Guenon à long nez, Burr.) se trouve dans l’île de Bornéo, et peut-être aussi dans la Cochinchine. Il est très-remarquable par la longueur de son nez; sa face estnue, noirâtre; il est couvert de poils courts, d'un fauve rousstre, plus brun sur les parties supérieures qui portent quelques taches jaupätres. Il est à pen de chose près de la grandeur du douce.
I n'existe pas de pays au monde plus riche en animaux singuliers que celui habité par le kahau, et parmi ces animaux iln'en est point de plus extraordinaire que ce singe. Qu'on se figure un petit vieillard de trois pieds et demi (1,157) de hauteur, au dos voté, à la mine rechignée, joignant à la caducité de l’âge toute la vivacité et la pétulance de la première jeunesse, et l'on aura déjà une
légère esquisse de son portrait. Mais ce qu'il a de plus étrange, ce que l’on ne peut regarder sans rire ou sans être effrayé, c’est son nez prodigieux. Si on s'imagine une spatule échancrée, noire comme du charbon, longue de près de six pouces, placée sur son visage de manière à ôter à l'animal toute possibilité de saisir quelque chose avec sa bouche, on aura de sa grotesque figure une idée assez juste.
Les nasiques sont capricieux, méchants, et ne s’habituent jamais bien à la servitude. Ils vivent en troupe dans les forêts et se plaisent à venir, chaque soir et chaque matin, faire une excursion de gambades sur les arbres qui ombragent les bords des grandes rivières. Là ils jouent, ils bondissent de branche en branche , se poursuivent les uns les autres, et se livrent à la joie la plus tumultueuse. Ils accompagnent constamment leur jeu du cri kahau, kahau , d'où leur est venu leur nom. Mais ce tapage dont ils font retentir les forèts leur est quelquefois funeste, car il attire les chasseurs, et quelques coups de fusil ont bientôt fait cesser les bruyants plaisirs et mis la troupe en fuite. Cependant, s'il y en a quelques-uns de blessés, les autres ne les abandonnent pas, et ils tàchent de les emporter avec eux. Lorsque la présence des chasseurs les empêche d'accomplir cette œuvre d'amitié, les plus gros et les plus robustes de la bande restent en embuscade à quelque distance, et, cachés parmi les branches touffues, ils attendent patiemment que l'ennemi se soit retiré pour aller au secours de leurs frères. Ne les retrouvant plus sur la place, ils les cherchent pendant quelque temps, puis, si tous leurs soins sont inutiles, ils regagnent le fond de leurs forêts dans le silence de la tristesse.
10e Gexre. Les CERCOCEBES ({ Cercocebus, Georr.) ont la tète presque triangulaire et l'angle facial ouvert à quarante-cinq degrés. Le front fuit en arrière, et le museau est un peu allongé; le nez est plat et haut, le bord postérieur de l'orbite de l'œil relevé, échancré intérieurement; le pouce des mains est grèle, celui des pieds plus large et écarté ; la queue est plus longue que le corps, et ils ont sur les fesses de fortes callosités.
Le CazuirricHe (Cercocebus sabœus. Less. Cercopithecus sabœus , Fr. Cuv. Simia sabæa, Lin. Le Singe vert , Briss. Le Callitriche,
Burr. — G. Cuv.). Il a le corps svelte, dégagé; son pelage est d’un vert olivâtre en dessus, et d’un blanc sale en dessous; sa tête est pyramidale; il a la face noire, ainsi que les oreilles et les mains; ses joues portent de longs poils jaunes, ainsi que le pinceau qui termine sa queue, ses sourcils et la couronne qui entoure le scrotum ; celui-ci est verdâtre. Ses oreilles sont peu arrondies et s'allongent légèrement en pointe. Sa longueur, non compris la queue, est d'environ treize à quatorze pouces (0,352 à 0,579). Je le crois un cercopithèque.
On en a eu plusieurs à la ménagerie. Une femelle était assez douce et aimait à se faire gratter par les personnes qu'elle connaissait. Lorsqu'elle éprouvait du contentement , elle faisait entendre un petit grognement particulier assez doux, que l'on pourrait imiter en prolongeant l’r sur la syllabe grou. Un mâle était au contraire fort méchant, entrait en fureur à la moindre contrariété, el poussait alors un cri très-aigu.
Cet animal silencieux vit en troupes nombreuses dans la Mauritanie , aux iles du cap Vert et au Sénégal. On ne sait de lui que ce qu'Adanson en rapporte.*« Les environs des bois de Podor, le long du fleuve Niger, sont, dit-il, remplis de singes verts. Je n'apereus ces singes que par les branches qu'ils cassaient au haut des arbres, d’où ils les jetaient sur moi, car ils étaient d’ailleurs fort silencieux, et si légers dans leurs gambades qu'il eût été difficile de les entendre. Je n’allai pas plus loin et j'en tuai d’abord un, deux et même trois, sans que les autres parussent effrayés. Cependant, lorsque la plupart se sentirent blessés, ils commencèrent à se mettre à l'abri : les uns en se cachant derrière les grosses branches, les autres en descendant à terre; d’autres enfin, et c'élait le plus grand nombre, s'élançaient de la pointe d'un arbre sur la cime d'un autre. Pendant ce petit manége, je continuai toujours à tirer dessus, et j'en tuai jusqu'au nombre de vingt-rois en moins d'une heure, et dans un espace de vingt loises, Sans qu'aucun d'eux eût jeté un seul cri, quoiqu'ils se fussent plusieurs fois rassemblés par compagnie, en sourcillant, grincant des dents et faisant mine de vouloir m'attaquer. »
L'espèce du callitriche est devenue très-nombreuse à l’île de France, où quelques colons l'ont introduite , au grand détriment des récoltes de bananes et de cannes à sucre.
Le Mangabey sans collier.
Le ManGagey saNs COLLIER (Cercocebus fuliginosus, Georr. Le Mangabey, Burr.).
Buffon croyait que cet animal était de Madagascar, mais on sait aujourd'hui qu'il n'y a pas de singes dans cette ile, comme l'avait déjà dit Sonnerat, et que le mangabey est de la partie méridionale de l'Afrique. IL habite le Congo et la Côte-d'Or, et M. Lesson dit l'avoir vu à Cap-Coast. C’est une des espèces que l'on apporte le plus fréquemment en France, et qui supporte le
mieux notre climat. Sa couleur est d'un brun gris*ardoisé uni< forme et sans tache, mais plus pâle en dessous et passant même quelquefois au gris blanchâtre; ses mains sont noires; ses oreilles violâtres, Sa face varie beaucoup : quelquefois elle est d'une teinte livide très-foncée, d'autres fois cuivrée avec le museau noirâtre; mais Ie dessus des paupières est constamment blanc, Il est très-remarquable que cette espèce porte presque constamment sa queue entièrement renversée sur le dos.
Les singes ont en général un caractère qui ést propre à chaque espèce, mais néanmoins ce caractère se modifie dans les individus de la même manière que dans les animaux domestiques, le chien, par exemple; et quelquefois ces nuances sont tellement prononcées que l’on à de la peine à en reconnaitre le type. C'est ainsi que la mone, si douce ordinairement, présente assez souvent des individus farouches, méchants et indomptables.
Il n’en est pas ainsi du mangabey, ou du moins les exceptions sont beaucoup plus rares dans cette espèce que dans les autres. Tous ceux que j'ai vus en France avaient le plus heureux naturel; ils étaient doux, familiers, caressants, et sujets à prendre de l'attachement pour leur maître quand ils n'en étaient pas maltraités, Il n’est pas de singes plus pétulants que ceux-ci; toujours en action, ils prennent toutes les attitudes et souvent les plus grotesques, « À la variété et à la vivacité de leurs mouvements, dit Frédéric Cuvier, on les croirait pourvus d'un plus grand nombre d'articulations que les autres quadrumanes et de plus de force musculaire, » Ce sont surtout les mâles qui se font remarquer par leur agilité; les femelles, plus calmes, sont aussi plus caressantes.
Les mangabeys sont grimaciers, mais dans deux circonstances seulement, quand ils sautent et quand ils sont en colère. Dans le prémier cas, ils relèvent les lèvres et font voir leurs incisives, de sorte que l’on croirait qu'ils rient ; dans le second, ils agitent les lèvtes avec rapidité, à la manière des mägots, comme sils parlaient avec vivacité et en injuriant; ils font alors entendre un pelit son de voix aigu et comme articulé.
On ne peut appeler grimaces les jolies petites mines qu'ils font quelquefois pour exprimer leurs désirs. J'en avais un tellement doux et privé que je le laissais libre de courir dans toute la maison. Quand sa convyoilise était éveillée pour un fruit ou un bonbon, il mettait son doigt index dans sa bouche, en appuyant le bout derrière ses incisives supérieures en tournant la paume de sa main en dehors, et restait dans cette gracieuse attitude jusqu'à ce qu'on lui eût donné ce qu'il demandait avec un petit cri suppliant et répété heu! heul heu!
Il était du reste fort caressant et répétait fort doucement ce cri quand on lui passait la main sui le dos, Il était fort peu capricieux, mais tièsvoleur, et il ne le cédait pas à la mone et au roloway pour l'adresse qu'il mettait à commettre ses larcins. J'en cilerai un exemple,
Une femime de li cainpagné vint ün jour m'apporter uni présent d'œufs frais, qu'elle avait déposés dans un panier à deux couvételes. Comme le panier renfermait, outre les œufs, quelques objets assez louids, elle l'appuya sur une table, sans l’ôter de son bras, ët, débout, elle se mit à me parler avec beaucoup d'attention. Quand elle eut fini, elle m'annonct ses œufs frais, relira le panier de son bras, l’ouvrit, et... jugez de son étonnement quand elle n’y trouva plus rien! Je m'amusai un moment de sa surprise et de sa confusion, puis je la tirai d’embarras en soulevant l'oreiller d'un vieux sofa, et lui montrant ses œufs dessous, car j'avais vu la manœuvre de Jacquot, nom que portait mon mangabey.
La bonne femme, en entrant, n'avait pas aperei le petit ani- Mal : celui-ci avait profité de son incognito pour se glisser derrière elle, monter sur la table, ouvrir le panier sans bruit, y mettre la main avec autant d'adresse que de précaution pour n'être pas surpris en flagrant délit, enlever deux œufs, un dans
chaque main, les porter sous le coussin du sofa , et recommencer celle manœuvre jusqu'à ce qu'il les eût tous volés. Jacquot s'apercevait bien que je le suivais des yeux ; aussi de temps à autre il s'interrompait et me jetait un regard suppliant pour me metie dans sa complicité, Il erut probablement y avoir réussi, car il entra dans une colère terrible quand je révélai son larcin, et surtout sa cachette. Dans sa fureur, il se jela, non pas sur moi ni sur la bonne femme, qui ne s'était apercue absolument de rien, mais sur les œufs ; il en saisit deux et se sauya debout à toutes jambes.
J'ai conservé ce charmant animal pendant deux ans, sans que jamais le climat ait paru l'incommoder beaucoup. L'hiver il quittait rarement le coin de la cheminée, eb il se chauffait les quatre mains à la fois en toufnant la paume vers la flamme. J'avais un bon vieux chieñ anquel j'accordais le privilége de se coucher auprès du feu, à cause de sa fidélité et des anciens services qu'il m'avait rendus à là chasse. La place favoiite de Jacquot était entre les quatre pattes de ce vieux serviteur, qui, avec beaucoup d'indulgence , le souffrait couché le long de lui. Du reste, ces deux animaux vivaient dans la meilleure intelligence. Mon singe mourut empoisonné par accident.
Le MANGABEY À COLLIER (Cercocebus œæthiops, Grorr. Cercopithecus tthiopicus, Fr. Cuv. Simia œthiops, Lix. Mangabey à collier, G. CUv.). Il à toutes les parties supérieures du corps d'un beau gris d’ardoise, où d’un roux vineux, changeant en roux ou en brun marron sur le sommet de la tête ; ses paupières supérieures sont blanches ; un bandeau blanc voile le dessus de ses yeux, et descend sur les côtés du cou. Du reste, pour les mœurs et le caractère, ilne diffère pas du précédent, aux grimaces près, qu'il fait par un mouvement de lèvres qu'il relève en montrant les dents, manière qui lui est propre. Il se trouve dans l'Afrique occidentale, au sud du cap Vert.
Le Matenouck (Cercocebus malbrouck , Georr. Cercopithecus cy= nosurus, DESM. Simia faunus, GueL. Simia cynosuros, Scur. Le Malbrouck, G. Gov.). Ce singe est remarquable par l'extensibilité de ses lèvres. Il est d’un gris verdâtre en dessus, blanchâtre en dessous, gris sur les membres et la queue ; son front porte un bandeau blanc: sa face est couleur de chair; les poils de ses joues sont très-longs et rejetés en arrière. Il a un pied (0,525) de longueur du bout du museau à la naissance de la queue.
La ménagerie à possédé un grand nombre de malbroucks. «Il n'est point d'animaux plus agiles, dit Frédéric Cuvier ; ils s’élancent, en faisant plusieurs tours, comme en volant, couchés sur le côté, et ne se soutenant ainsi en l'air que par l'impulsion qu'ils se donnent en frappant de leurs pieds les parois de leur cage. Ces malbroucks faisaient rarement entendre leur voix, qui ne fut jamais qu'un cri aigre et faible, ou bien un grognement sourd. Les mâles, dans leur jeunesse, étaient assez dociles ; mais dès que l'âge adulte arrivait, ils devénaient méchants, même pour ceux qui les soignaient, Les femelles restaient plus douces, et paraissaient seules susceptibles d'attachement. Cependant les malbroucks sont excessivement irritables ; mais si d'un côté ils sont violemment poussés par leurs penchants, de l’autre ils caleulent tous leurs mouvements avec soin; et lorsqu'ils attaquent, c'est toujours traitreusement par derrière, et lorsqu'on n'est point occupé d'eux : alors ils se précipitent sur vous, vous blessent de leurs dents ou de leurs ongles, et s’élancent aussitôt pour se meltre hors de votre porlée, mais sans cependant vous perdre de vue, et cela autant pour saisir le moment fayorable à une nouvelle attaque que pour se soustraire à votre vengeance. L’extrème irritabilité du malbrouck est cause qu'on ne peut ni l'apprivoiser entièrement, ni lui faire supporter de contrainte ; c’està-dire qu'il n’est susceptible d'aucune éducation que celle de la nature. Dès qu'on le violente et qu'on veut qu'il obéisse, sa pé-
tulance cesse, il devient triste, taciturne, et bientôt après il meurt. »
Cette espèce habite le Bengale, et les Indous ont une grande vénéralion pour elle, parce qu'ils croient que l'âme de leurs sages, de leurs philosophes, de leurs grands hommes, passe dans le corps d'un de ces animaux après la mort. Aussi dons Amadabad , capitale de Guzarate, ont-ils construit deux où trois hôpitaux qui leur sont entièrement consacrés. Là on nourrit et soigne non-seulement les singes invalides ou estropiés, mais encore ceux qui , sans être malades , veulent y demeurer , et il paraît que la gourmandise et la paresse y en attirent bon nombre,
« Deux fois par semaine, les singes du voisinage de cette ville, si l’on en croit Buffon, se rendent d'eux-mêmes tous ensemble dans les rues; ensuite ils montent sur les maisons qui ont chacune une petite terrasse où l'on va coucher pendant les grandes chaleurs. On ne manque pas de mettre ces jours-là sui ces terrasses du riz, du millet, des cannes à sucre dans la saison, et autres choses semblables; car si par hasard les singes ne trouvaient pas les provisions auxquelles on les a accoutumiés, ils rompraient les tuiles dont la maison est couverte, et feraient tin grand désordre. Ils ne mangent rien sans l'avoir bien flairé auparavant, et lorsqu'ils sont repus, ils remplissent pour le lendemain les poches de leurs joues. » Si ces faits, que je rapporte textuellement, ne prouvent pas grand'chose dans l'histoire du malbrouck , ils prouvent au moins, par l'exemple de Buffon, qu'une grande crédulité peut s’allier à un grand génie.
Les malbroucks, à l'état sauvage, sont d'habiles pillards , trèsdangereux pour les vergers et les champs de cannes à sucre. « L'un d'eux, dit Inigo de Piervillas, fait sentinelle sur un arbre pendant que les autres se chargent de butin ; s'il apercoit quelqu'un, il crie houp, houp, houp, d'une voix haule et distincte; au moment de l'avis, tous jettent les cannes qu'ils tenaient de la main gauche, et s’enfuient en courant à trois pieds; s'ils sont vivement poursuivis, ils jettent encore ce qu'ils tenaient dans la main droite, et se sauvent en grimpant sur les arbres, qui sont leur demeure ordinaire. Ils sautent d'arbre en arbre ; les femelles mêmes, chargées de leurs pelits qui les tiennent étroitement embrassées, saulent aussi comme les autres, mais tombent quelquefois. Lorsque les fruits et les plantes succulentes leur manquent , ils mangent des insectes, et quelquefois ils descendent sur le bord des fleuves et de la mer pour attraper des poissons et des crabes. »
Jusque-là l’auteur reste dans le vraisemblable, et il est permis de le croire; mais ce qui suit me parait tomber un peu dans ce merveilleux dont les anciens voyageurs aimaient tant à broder leurs narrations, « Ils mettent leur queue entre les pinces du crabe, ajoute-til, et dès qu'elles serrent, ils l’enlèvent brusquement et l'emportent pour le manger à leur aise. Ils cueillent des noix de coco et savent fort bien en lirer la liqueur pour la boire et le noyau pour le manger, On les prend par le moyen de noix de coco, où l’on fait une pelile ouverture; ils y fourrent la patte avec peine parce que l'ouverture est étroite, et les gens qui sont à l'affût les prennent avant qu'ils puissent se dégager. » Une des choses de ce récit qui n'est pas la moins admirable, est la naïvelé avec laquelle Buffon le rapporte.
Les malbroucks sont grands dénicheurs d'oiseaux, aussi a-t-on remarqué que parlout où les premiers abondent, les derniers sont fort rares. Îls ne craignent ni le tigre, ni les autres bêtes féroces, mais ils ont un ennemi bien plus terrible et bien plus dangereux, qui va les saisir sans bruit, pendant la nuit, jusque sur la cime des arbres les plus élevés. Cet ennemi redoutable n’est autre qu'une sorte de très-grand serpent, probablement un boa, qui les avale d'un seul coup et s'occupe jour et nuit à leur faire la chasse.
Le Gniver (Cercocebus griseo-viridis, Desw. Cercopithecus griseus,
Fr. Cuy.). Cette espèce a beaucoup d’analogie avec le callitriche, le vervet et le malbrouck : il a la tête de moins en longueur que ce dernier, et son scrotum, d'un vert cuivré et non bleu, est entouré de poils blanes ; sa couleur est d'un vert grisâtre. Le bandeau blanc de ses yeux, ses favoris blancs et sa queue grise jusqu'à l'extrémité, le différencient du callitriche. Sa fase est d'un noit violâtre, et le tour des yeux d'une couleur de chair livide. Il est de la Nubie, et d'autres parties de l'Afrique.
Un mâle et une femelle de cette espèce ont vécu à la ménagerie. Le premier, assez doux dans sa jeunesse, était devenu méchant en vieillissant, La femelle était douce, caressante jusqu'à l'importunité, mais excessivement jalouse de toutes les personnes qui approchaient son mallre. Du reste, tous les singes ont plus où moins ce défaut,
« Ces animaux (les singes en général) sont très-susceptibles de jalousie, dit Fr, Cuvier, ou plutôt d'un sentiment qui a l'apparence extérieure dé cette passion, car elle ne peut pas exister chez les animaux avec les mêmes caractères que chez l'homme ; mais ils l'expriment indépendamment de tout rapport de sexe. Lorsqu'un singe femelle est attaché à sa maitresse , il témoigne indifféremment aux hommes et aux femmes son espèce de jalousie; et s'il en est quelquefois arrivé autrement, cela a tenu sûrement à des circonstances fortuites qui n'ont point été appréciées, » J'ai la conviction que Fr. Cuvier se trompe, et s’il ne s’était pas réfuté lui-même dans plusieurs parties de ses ouvrages, et particulièrement dans son article du mandrill, j'essayerais de le faire ici. L'erreur de ce naturaliste provient sans doute de ce qu'il n'a trop souvent étudié que les animaux vivant dans les cages de la ménagerie, et dont l'instinct s’est abruti par un dur esclavage.
J'ai été à mème d'observer plusieurs fois des singes élevés avec douceur et parfaitement apprivoisés, conditions qui sont indispeusables si l’on veut juger avec quelque certitude de leur caracère; mais pat un hasard fort singulier, tous étaient des mâles. Je leur ai reconnu non-seulement une jalousie furieuse contre les hommes, mais encore une prédilection tout aussi remarquable pour les femmes, prédilection souvent poussée jusqu'à l'indécence. Ainsi donc , abstraction faite de tout esprit de système, j'ai l'intime conviction que les sexes ont, chez les animaux, une influence marquée sur leur manière d'être avec notre espèce. Je ne puis ni ne dois, dans cet ouvrage, donner plus d'extension à cette pensée,
L'Houlman ou Entelle,
11e Genre. Les SEMNOPITHÈQUES (Semnopithecus, Fr. Cuv.). Comme les précédents, ils ont trente-deux dents, mais leurs canines sont beaucoup plus longues que leurs incisives; leur tête est ronde, à angle facial plus ouvert que celui des orangs. Ils ont la face plane , les membres très-longs relativement aux autres dimensions du corps ; leurs pouces antérieurs sont très-courts ; ils ont des abajoues , des callosités aux fesses, la queue excessivement longue et très-mince.
L'HouLman ou ENTELLE (Semnopithecus entellus, Fr. Cuv. Cercopithecus entellus, Desm. — Georr. Simia entellus, Durr. Entelle, G. Cuv.). Cette espèce varie beaucoup de couleur à raison de l’âge. Son menton est garni d'une petite barbe jaunâtre, et sa gorge est nue. Son pelage est d’un blond grisâtre, mélangé de poils noirs sur le dos et sur les membres, et de poils d’un fauve presque orangé sur les côtés de la poitrine; les mains et la face sont noires, et la queue presque noire, terminée par une touffe; les poils de la tête sont plus roux que les autres et forment un cerele en divergeant du point qui leur donne naissance. Dans sa jeunesse, son pelage est presque entièrement blanchâtre ou d’un blanc roux, et sa queue est d'un gris roussâtre. Il a un pied cinq pouces (0,460) de longueur, non compris la queue.
L'houlman habite le Bengale. Il offre un exemple de la singulière mélamorphose dont nous avons parlé à l’article du pongo. Pendant sa première jeunesse , il a le museau très-peu saillant, le front assez large, le crâne élevé et arrondi. Alors cet animal jouit de facultés intellectuelles très-étendues; il a une étonnante pénétration pour juger de ce qui peut lui être agréable ou nuisible ; il s’'apprivoise aisément, est assez doux, s'attache jusqu’à un certain point à son maitre, et n’emploie que la ruse ou l'adresse pour se procurer ce qu'il désire.
A mesure qu'il devient vieux, c’est tout autre chose; son front s'oblitère, son museau acquiert une proéminence considérable, et son crâne diminue beaucoup de capacité. Ses qualités morales se dégradent dans la mème proportion; l’apathie remplace la pénétration ; il cherche la solitude; il emploie la force à la place de la ruse, et nne méchanceté féroce, une colère poussée jusqu'à la fureur, sont excitées par la plus légère contrariété. Plus tard il faut le charger de chaines, où le renfermer dans une cage de
fer, dont sa plus grande occupation est de secouer Les barreaux avec rage.
Ce portrait vrai n’est pas séduisant, et cependant les Indous ont déifié cet animal, auquel ils assignent une assez bonne place parmi leurs trente millions de divinités. Nous citerons ici ce qu’en a écrit M. Duvaucel.
« Quelque zèle que j'aie mis dans mes recherches et mes poursuites, elles sont toujours restées infructueuses, à cause des soins empressés qu'ont mis les Bengalais à m'empêcher de tuer une bête aussi respectable. Les Indous chassaient le singe aussitôt qu'ils voyaient mon fusil; et pendant plus d’un mois qu'ont sé— journé à Chandernagor sept ou huit houlmans qui venaient jusque dans les maisons saisir les offrandes des fils de Brama, mon jardin s’est trouvé entouré d’une garde de pieux brames, qui jouaient du tam-tam pour écarter le dieu quand il venait manger mes fruits. Ce que je sais de mieux sur cette espèce, c'est son histoire mythologique, mais il serait trop long de la rapporter ici. Je dirai seulement que l’houlman est un héros célèbre par sa force, son esprit et son agilité, dans le recueil volumineux des mystères du peuple indou. On Jui doit ici un des fruits les plus estimés, la mangue, qu'il vola dans les jardins d’un fameux géant établi à Ceylan. C'est en punition de ce vol qu'il fut condamné au feu, et c’est en éteignant ce feu qu’il se brüla le visage et les mains, restés noirs depuis ce temps-là.
» Je suis entré à Goutipara (lieu saint habité par des brames ), et j'ai vu les arbres couverts de houlmans à longue quene, qui se sont mis à fuir en poussant des cris affreux. Les Indous, en voyant mon fusil, ont deviné, aussi bien que les singes, le sujet de ma visite, et douze d’entre eux sont venus au-devant de moi pour m'apprendre le danger que je courais en tirant sur des animaux qui n'étaient rien moins que des princes métamorphosés. d’allais passer outre, lorsque je rencontrai sur ma route une de ces princesses, si séduisante, que je ne pus résister au désir de la considérer de plus près. Je lui JAchai un coup de fusil, et je fus témoin alors d'un trait vraiment touchant : la pauvre bête, qui portait un jeune singe sur son dos, fut atteinte près du cœur; elle se sentit mortellement blessée, et, réunissant toutes ses forces, elle saisit son petit, l’accrocha à une branche, et tomba morte à mes pieds. Un trait si touchant d'amour maternel m'a
fait plus d'impression que tous les discours des brahmes , et le plaisir d’avoir un bel animal n'a pu l'emporter cette fois sur le regret d’avoir tué un être qui semblait tenir à la vie par ce quil y a de plus respectable. »
Le Lourou (Semnopithecus maurus et le Tchincou, Fr. Cuv. Cercopithecus maurus, DEsu. Simia cristata, RaArFL. Simia maura,