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CINQUIÈME ORDRE DES MAMMIFÈRES

La Marte a gorge dorée.

Cet ordre renferme tous les animaux carnivores qui marchent sur les doigts, c’est-à-dire qui ne s'appuient pas sur la plante entière des pieds comme les animaux précédents.

On peut le diviser en cinq familles, qui sont celles des martes, des chiens, des civettes, des hyènes et des chats, toutes trèsintéressantes et nombreuses en espèces.

Elles ont une seule dent tuberculeuse en arrière de la dent carnassière de la mâchoire supérieure : on leur compte detrentedeux à trente-huit dents; leur corps très-allongé et leurs pieds très-courts leur permettent de passer dans les plus petits trous. Elles manquent de cœcum, et ne tombent pas l’hiver en léthargie.

4er GENRE. Les MARTES (Mustela, Lix.) ont de chaque côté trois fausses molaires en haut, quatre en bas, et un petit tubercule intérieur à leur carnassière d'en bas: leur museau cst un peu allongé et leurs ongles pointus. Tous ces animaux exhalent une odeur désagréable plus ou moins forte et analogue au musc.

La MARTE À GORGE DORÉE (Mustela flavigula, Bonn. Mustela Hardwickii, Horsr.) est noire, avec la gorge, le ventre, le dos jaunes et les joues blanches; elle a environ vingt-deux pouces (0,595) de longueur, non compris la queue, qui est presque d’égale dimension. Elle habite le Népaul.

De tous les animaux carnassiers, les martes sont les plus cruels et les plus sanguinaires. Elles ne se nourrissent que de proies vivantes, et il faut qu’elles soient poussées par une faim extrême pour manger quelques baies sucrées, telles que les raisins et les fruits de la ronce. Celles qui vivent dans les bois sont constamment occupées à la chasse des oiseaux, des souris, des rats. Les plus petites espèces mêmes, telles que l'hermine et la belette, attaquent sans hésitation des animaux dix fois plus gros qu'elles, les lapins, les lièvres et les plus grands oiseaux. La ruse dans l'attaque, l'effronterie dans le danger, un courage furieux dans le combat, une cruauté inouïe dans la victoire, un goût désordonné pour le carnage et le sang, sont des caractères qui appartiennent à toutes les espèces de cette famille, sans exception.

Leur corps long, grêle, vermiforme, comme disent les naturalistes, leurs jambes courtes, leur souplesse et leur agilité, permettent à ces animaux de se glisser partout et de passer par les plus petits trous, pourvu que leur tête puisse y entrer. Aussi pacviennent-elles à pénétrer aisément dans les basses-cours, et leur apparition est toujours le signal de la mort pour tous les petits animaux domestiques qu'on y élève. Rien n’est épargné, et avant d’assouvir leur faim il faut qu'elles aient tué tout ce qui les entoure, tout ce qu’elles peuvent atteindre. Elles ont un art merveilleux pour s'approcher doucement de leur victime sans en être aperçues et sans la réveiller, pour s’élancer sur elle, la saisir et lui couper la gorge avant qu'elle ait eu le temps de pousser un cri qui eût donné l'alarme aux autres.

Les martes sont tellement cruelles, qu’elles n’épargnent pas même les animaux de leur genre; les espèces les plus fortes font une guerre à mort à celles qui sont plus faibles. Et cependant les mâles ne mangent pas leurs petits, comme font la plupart des chats et même les lapins; ils en prennent, au contraire, le plus grand soin, et dès qu'ils peuvent marcher, ils partagent avec la femelle les soins de leur éducation. J'ai pu m'assurer de ce fait par mes propres yeux, dans l'espèce de la marte commune et celle de la fouine.

Ces animaux sont d'un caractère sauvage et farouche ; ils se plaisent dans les bois les moins fréquentés, et ne s’approchent pas volontiers des habitations de l'homme, si l'on en excepte la fouine et la belette. On ne peut nier qu'ils aient de l'intelligence, si on en juge par les ruses qu'ils emploient pour surprendre leurs ennemis ; mais c’est purement une intelligence de meurtre et de cruauté, qui ne les empêche pas de donner dans tous les

piéges qu’on leur tend. Réduits en captivité, ils s'apprivoisent assez bien; cependant jamais assez pour avoir une véritable affection pour leur maitre, et ne pas s’effaroucher de la présence d'un étranger. Sans cesse agités par un mouvement de défiance et d'inquiétude, ils ne peuvent rester un moment en place, el s'ils cessent par intervalles de chercher à briser leurs chaines c'est pour dormir.

La MAaRTE COMMUNE (Mustela martes, Lin. La Marte, Burr.) a environ un pied et demi (0,487) de longueur, non compris la queue, qui a un peu moins de dix pouces (0,271). Elle est d'un brun lustré, avec une tache d’un jaune clair sous la gorge; le

dans les bruyères, le lièvre dans son gite, les écureuils dans leur nid ; et si ces espèces lui manquent, elle se jette sur les mulots, les loirs, les lérots, et même sur les lézards et les serpents. Elle cherche aussi les ruches des abeilles sauvages pour en manger le mie].

Comptant sur son agilité, elle s’effraye fort peu quand elle est chassée par des chiens courants, et se plait à se faire battre et rebattre, à les dépister, à les fatiguer, avant de monter sur un arbre pour échapper à leur poursuite. Encore, lorsqu'elle emploie ce dernier moyen, ne se donne-t-elle pas la peine de grimper jusqu'au sommet Assise à la bifurcation de la première bran-

Cabane et enclos des Hémiones, près de la grande rotonde.

bout du museau, la dernière partie de la queue et les membres sont d’un brun plus foncé, et la partie postérieure du ventre d'un brun plus roussâtre que le reste du corps.

Lorsque la France possédait encore de vastes forêts, la marte y était assez commune; mais aujourd'hui elle est devenue trèsrare. J'en ai cependant tué plusieurs dans les montagnes qui séparent la Saône de la Loire, et j'observerai que l'une d'elles était suivie de six petits, quoique Buffon prétende que cet animal n’en fait que deux ou trois par portée. La marte fuit les habitations et les lieux découverts, elle ne se plaît qu'au plus profond des forêts silencieuses; et là, grimpant sur les arbres avec beaucoup d’agilité, comme toutes les espèces de son genre, elle s'occupe uniquement à la chasse. Ce n’est pas un animal nocturne; mais, ainsi que tous les animaux sauvages qui habitent des contrées où l’homme peut les inquiéter, elle se cache pendant le jour, et ne sort guère qu'aux crépuscules du soir et du matin pour commettre ses déprédations. Elle détruit une grande quantité de menu gibier; elle cherche les nids d'oiseau, dont elle brise et mange les œufs; elle tâche de surprendre la perdrix couvant

che, elle les regarde effrontément passer sans s'en inquiéter davantage.

La marte ne se creuse pas de terrier et n'habite même pas ceux qu'elle trouve tout faits; mais, quand elle veut mettre bas, elle cherche un nid d’écureuil, en mange ou en chasse le propriétaire, en élargit l'ouverture , l’arrange à sa fantaisie et y fait ses petits sur un lit de mousse. Tant qu'elle les allaite, le mâle rôde dans les environs, mais n’en approche pas. Quand les petits sont assez forts pour sortir, elle les mène chaque jour à la promenade, et leur apprend à grimper, à chasser et à reconnaître la proie dont ils doivent se nourrir. C'est alors que le mâle se réunit à la femelle, apporte à ses enfants des oiseaux, des mulots et des œufs. Dès lors ils ne rentrent plus dans le nid, et couchent tous ensemble sur les arbres, ou dans les feuilles sè— ches sous un buisson touffu. Dans les forêts très-solitaires, la famille se hasarde quelquefois à sortir de sa retraite pendant le jour, mais en se glissant furtivement sous le feuillage ,‘et se donnant bien de garde d’être aperçue par les oiseaux. Si un roitelet, un rouge- gorge, une mésange, ou toute autre espèce d'oiseau

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grand ou petit, vient à apercevoir une Marte, il pousse aussitôt un cri particulier qui donne une alarme générale à un quart de lieue de rayon. Les pies, geais, merles, pinsons, fauveltes, en un mot presque toute la nalion ailée se réunit aussitôt en criaillant, entoure l'animal, le poursuit, le harcèle, s'en approche en redoublant ses cris, et, à force de l'étourdir par des clamenrs, le cotitraint à une prompte retraite. Du reste, tous les animaux carnassiers, chouettes, ducs, chats, renards, loups, ne sont pas reeus d'une manière plus amicale par le peuple chantant des forèts ; tandis qu'il vit en très-bonne intelligence avec les animaux paisibles, comme daims, chevreuils, lièvres , etc. La fourrure de la marte commune a quelque valeur; mais il s’en faut de beaucoup qu'elle soit comparable à celle de la marte zibeline, dont nous aurons à nous occuper plus loin. Elle est moins rare dans le nord de l'Europe qu'en France, et plus commune encore dans le Canada.

La Fouine (Mustela foina, Las. La Fouine, Burr. —G. Cuv.) a beaucoup de ressemblance avec la marte, mais cependant elle s'en distingue au premier coup d'œil par le dessous du cou et la gorge, qui sont blancs et non pas jaunes. Sa taille est la même ; son pelage est brun, avec les jambes et la queue noirâtres. Elle exhale une forte odeur de muse.

Cet animal habite toute l'Europe et l'Asie occidentale ; il est assez commun partout. « La fouine, dit Buffon, a la physiononie très-fine, l'œil vif, le saut léger, les membres souples, lé corps flexible, tous les mouvements très-prestes; elle saute et bondit plutôt qu'elle ne marche; elle grimpe aisément contre les murailles qui ne sont pas bien enduites, entre dans les colombiers, les poulaillers, etc., mange les œufs, les pigeons, les poules, etc., en tue quelquefois un grand nombre et les porte à ses petits; elle prend aussi les souris, les rats, les taupes, les oiseaux dans leur nid. Les fouines, dit-on, portent autant de temps que les chats. On trouve des petits depuis le printemps jusqu'en automne, ce qui doit faire présumer qu’elles produisent plus d’une fois par an; les plus jeuñhés ne font que trois ou quatre petits, les plus âgées en font jusqu'à sept. Elles s’établissent, pour meltre bas, dans un magasin à foin, dans un trou de muraille, où elles poussent de la paille et des herbes; quelquefois dans une fente de rocher ou dans un trou d'arbre, où elles portent de la mousse; et lorsqu'on les inquiète, elles déménagent et transportent ailleurs leurs pelits, qüi grandissent assez vite ; car celle que nous avons élevée avait, au bout d'ün an, presque atteint sa grandeur naturelle, et de là on peut inférer que ces animaux ne vivent que huit ou dix ans. Ils ont une odeur de faux muse qui n'est pas absolument désagréable. »

La fouine se rencontre dans toutes les localités, dans les forêts, les bois, les vergers, les granges, les fermes, et même dans les magasins à fourrage des villes; il n’est pas rare d'en trouver jusque dans les faubourgs de Paris. En cela seulement elle diffère de la marte. Dans les nuits d'été, aux approches de l'orage, on l'entend assez souvent crier en courant et jouant sur les toits et les vieux murs des habitations rurales. M. de Buffon, qui en a élevé une, dit qu’elle faisait la guerre aux chats, qu’elle se jetait sur les poules, ete. « Elle demandüit à manger comme le chat et le chien, et mangeait de tout ce qu'on lui donnait, à l'exception de la salade et des herbes; elle aimait beaucoup le miel, et préférait le chènevis à toutes les autres graines ; il a remarqué qu’elle buvait fréquemment, qu'elle dormait quelquefois deux jours de suite, et qu'elle était aussi quelquefois deux ou trois jours sans dormir; qu'avant le sommeil elle se mettait en rond, cachait sa tête et l'enveloppait de sa queue ; que tant qu'elle ne dormait pas, elle était dans un mouvement continuel si violent et si incommode, que quand même elle ne se serait pas jetée.sur les volailles, on aurait été obligé de l'attacher pour l'empêcher de tout briser. »

J'ai lé à même de vérifier une partie de ce que dit Buffon,

Dans un village des bords de la Seine, à Saint-Albin, près de Mâcon, un ancien garde-chasse un peu fripon était si bien par— venu à apprivoiser une fouine, qu'il appelait Robin , que jamais il ne l’a tenue à l’attache; elle courait librement dans toute la maison, sans rien briser et avec toute l'adresse d’un chat. Elle était turbulente, il est vrai, mais elle prenait ses précautions pour ne rien renverser; elle répondait à la voix de son maitre, accourait quand il l'appelait, ne le caressait pas, mais semblait prendre plaisir à ses caresses. Elle vivait en très-bonne intelligence avec Bibi, petit chien noir anglais qui avait été élevé avec elle. Ceci est déjà fort singulier; mais voici qui l’est davantage: Robin et Bibi n'étaient pour leur maitre que des instruments de vol et des complices. Chaque matin le vieux garde sortait de chez lui portant à son bras un vaste panierà deux couvercles dans lequel était caché Robin; Bibi suivait par derrière, lui marchant presque sur les talons. Ce trio se rendait ainsi au— tour des fermes écartées, où on est dans l’usage de laisser la volaille errer assez loin de l'habitation. Dès que le vieux garde apercevait une poule à proximité d'une haie, dans un lieu où on ne pouvait le voir, il prenait Robin, lui montrait la poule, le posait à Lerre, el continuait son chemin. Robin se glissait dans la haie, se faisait petit, rampait comme un serpent, et s’approchait ainsi de l'oiseau; puis tout à coup il se lançait sur lui et l'étranglait sans lui donner le temps de pousser un cri. Alors le vieux fripon de garde revenait sur ses pas; Bibi courait chercher la poule, et l’apportait suivi de Robin; l'oiseau était aussitôt mis dans le panier avec la fouine, qui avait sa petite loge séparée, et l'on se remetlait en marche pour chercher une nouvelle occasion de recommencer cette manœuvre. A la fin les fermiers des environs s'apercurent de la diminution du nombre de leurs poules et de leurs chapoñs ; on se mit à gueller, et l’on ne tarda pas à saisir les voleurs Sür le fait. Le juge de paix, qui n'était nullement soucieux des progrès de l'histoire naturelle, fit donner un coup de fusil à la fouine, et crut faire grâce au vieux garde en ne le condämnant qu'à payer les püules qui, grâce à Bibi et à Robin, avaient passé par son pot-au-feu.

La Zigeuin£ (Mustela zibellina, Lin. — Paz. La Marte zibeline, Burr. —G: Cuv. Le Sabbel des Suédois ; le Sobol des Polonais et des Russes) ressemble beaucoup à la marte commune ; elle s’en distingue cependant éh ce qu'elle à des poils jusque sous les doigts; son pelage est d'un brün lustré, noirâtre en hiver, plus pâle en été; elle a le dessous de la gorge grisâtre, le devant de la tête et les oreilles blanchâtres. Sa fourrure est l’objet d'un commerce considérable.

Cet animal vit dans les régions les plus septentrionales de l'Europe et de l'Asie, et se trouve jusqu'au Kamtschatka; c'est aux chasseurs qui le poursuivent dans ces régions glacées que l’on doit la découverte de la Sibérie orientale. Sa fourrure est extrèmement précieuse, el il s'en fait un commerce immense en Russie. Les plus estimées viennent de Sibérie, surtout celles de Witinski et de Nerskinsk. Les bords de la Witima, rivière qui sort d'un lac situé à l'est du Baïkal et va se jeter dans la Léna, sont célèbres par les zibelines qu'on y trouve; elles abondent également dans la partie glacée et inhabitable des monts Altaï, ainsi que dans les montagnes de Saïan, au delà du Jenisseï, dans les environs de l'Oby et le long des ruisseaux qui tombent dans la Touba. La fourrure d'hiver est noire, et c’est la plus précieuse. Celle d'été, plus ou moins brunâtre et mal fournie, a beaucoup moins de valeur; mais les marchands russes, par des préparations particulières, savent la faire passer dans le commerce pour de la marte d'hiver, etles plus fins connaisseurs s'y laissent quelquefois prendre.

Carnassière comme tous les animaux de sa famille, la marte zibeline rôde sans cesse dans les buissons pour s'emparer des nids d'oiseau. Elle se plait particulièrement dans les halliers fourrés, sur les bords des lacs, des rivières et des ruisseaux ,

dans les bois et Surtout dans ceux qui offrent quelques arbres élevés, sur lesquels elle grimpe avec beaucoup d’agilité. Quelquefois elle s'établit dans un terrier qu'elle se creuse en terrain sec, sur une pente rapide, et dont l'entrée se trouve toujours masquée par des ronces et d'épais buissons. Quelquefois aussi elle se loge dans les trous d'arbre, où elle s'empare du nid d’une chouette ou d'un petit-gris. Aussi cruelle, aussi rusée que la fouine , elle est beaucoup plus farouche, et jamais ne s'approche, comme cette dernière, des lieux habités. Son courage n’est nullement comparable à son peu de force; quel que soit l'ennemi qui l'attaque, elle se défend avec fureur jusqu'à son dernier moment , et parvient quelquefois à échapper à la dent meurtrière du chien le mieux dressé à la chasse. Son corsage délié lui permet de se glisser dans les plus petits trous; sa force musculaire et ses ongles pointus lui donnent une extrème facilité à grimper, à s'élancer de branche en branche pour poursuivre, jusqu'au sommet des plus minces rameaux, les oiseaux, les écureuils et autres petits animaux, auxquels elle fait une guerre d’extermination. Quelquefois elle suit le bord des ruisseaux pour s'emparer, faute de mieux, des reptiles aquatiques et même des poissons, si on en croit quelques voyageurs et Buffon ; mais ce fait me paraît trèscontestable. Elle mange des insectes quand elle manque de gibier, et quelquefois elle se contente de quelques baies sucrées , telles que celles de l’airelle, etc.

Sur quatre-vingt mille exilés, plus ou moins, qui peuplent habituellement la Sibérie, environ quinze mille sont employés à la chasse de l'hermine et de la zibeline. Ils se réunissent en pelites troupes de quinze ou vingt, rarement plus ou moins, afin de pouvoir se prèler un mutuel secours, sans cependant se nuire en chassant. Sur deux ou trois traineaux attelés de chiens, ils emportent leurs provisions de Yoyage, consislant en poudre, plomb, eau-de-vie, fourrures potf 86 ébutrir, quelques vivres d'assez mauvaise qualité, et une bonne quantité de piéges. Aussitôt que les gelées ont suffisamment durfci la surface de la neigé, ces petites caravanes se mettent eh roule et s’enfoncent dans le désert, chacune d'un côté différent. Qüand le ciel de la nuit n'est pas voilé par des brouillards, elles dirigent leur voyage a moyen de quelque constellation ; pendätit le jour élles consultent le soleil ou une pelite boussole de poche. Quelques chasseurs se servent, pour marcher, de patins en bois à la mañière de ceux des Samoïèdes; d’autres n'ont pour Chaussure que de gros soüliers ferrés et des guêtres de cuir où de feutre.

Chaque traineau a ordinaireinènt un attelage de huit Chiens; mais pendant que quatre le tirent, les quatre autres se reposent, soit en suivant leurs maitres, soit en se couchant à une place qui leur est réservée sur le traineau même. Ils se relayent de deux heures en deux heures. Pendant les premiers jours on fait de grandes marches, afin de gagner le plus tôt possible l'endroit où l’on doit chasser, et cet endroit est quelquefois à deux ou trois cents lieues de distance du point d’où l’on est parti. Mais plus on avance dans le désert, plus les obstacles se multiplient. Tantôt c’est un torrent non encore glacé qu'il faut traverser; alors on est obligé d'entrer dans l'eau jusqu'à l'estomac et de porter les traineaux sur l’autre bord, en se frayant un passage à travers les glacons charriés par les eaux. Une autre fois, c'est un bois à traverser en se faisant jour à coups de hache dans les broussailles ; puis un pic de glace à monter, et alors les chasseurs, après s'être attaché des crampons aux pieds, s’altellent avec leurs chiens pour faire grimper les traineaux à force de bras;

Là, un hiver de neuf mois couvre la terre d’épais frimas; jamais le sol ne dégèle à plus de trois ou quatre pieds de profondeur, et la nature, éternellement morte, jelte dans l'âme l'épouvante et la désolation; à peine si une végétation Janguissante couvre les plaines de quelque verdure pendant le court intervalle de l'été; et des bruyères stériles, de maigres bouleaux, quelques arbres résineux rachitiques, font l'ornement le plus pittoresque

de ces climats glacés. Là, tous les êtres vivants ont subi la triste influence du désert : les rares habitants qui traînent dans les neiges leur existence engourdie sont presque des sauvages difformes et abrutis; les animaux y sont farouches et féroces, et tous, si j'en excepte le renne, ne sont utiles à l'homme que par leur fourrure : tels sont les ours blanes, les loups gris, les renards bleus, les blanches hermines et la marte zibeline: Venons à nos chasseurs.

L'hiver augmente d'intensité; les longues nuits deviennent plus sombres parce que l'air est surchargé d'une fine poussière de glace qui l'obseurcit :; vers le nord, le ciel se colore d'une lumière rouge et ensanglantée, annoncant les aurores boréales. Les gloutons, les ours, les loups et autres animaux féroces, ne rouvant plus sur la terre couverte de neige leur nourriture accoutumée, errent dans les ténèbres, s'approchent audacieusement de la petite caravane, et font retentir les roches de glace de leurs sinistres hurlements. Chaque seir, lorsqu'on arrive au pied d'une montagne qui peut servir d'abri contre le vent du nord , il faut camper. On se fait une sorte de rempart avec les traineaux ; on tend au-dessus une toile soutenue par quelques perches de sapin coupées dans un bois voisin. On place au milieu de cette facon de tente un fagot de broussailles auquel on met le feu. Chacun étend une peau d'ours sur la glace, se couche dessus, et se couvre de son manteau fourré, et altend le lendemain pour se remettre en route.

Pendant que les chasseurs dorment, l'un d'eux fait sentinelle, ét souvent son cüup de fusil annonce l'approche d'un ours féroce où d'une troupe de loups affamés. IL faut se lever à la hâte, et quelquefois soûténir une affreuse lutte avec ces terribles animaux. Mais il arrive aussi que la nuit n’est troublée par aucun bruit, si ce n'est le sifflement du vent du nord qui glisse sur la neige, et par une sorte de petit bruissement particulier sur la toile de Ja tente. Les chasseurs oùt dormi profondément, et il est grand jour quand ils sé réveillent; ils appellent la sentinelle, mais pérsonne ne répond; lédr cœur $e serre; ils se hâtent de sortir, cat il$ savent ce que signifie ce Silence. Leur camarade est là, asSis Sür un tronc de sapin renversé; il a bien fait son devoir de surveillant, car son fusil est sur ses genoux, son doigt sur la gàchelte, et ses yeux sont tournés vers la montagne où, la nuit, lës hurlements des loups se sont fait entendre; mais ce n'est plus üti homme qui est en sentinelle, c’est un bloc de glace. Ses compägnons, après avoir versé une larme sur sa destinée, le laissent là, dssis datis ÎE désert, et se réservent de lui donner la sépulture six mois plus tard, en repassant, lorsqu'un froid moins intense permettra d'ouvrir un trou dans la glace. Ils le retrouveront à la même place, dans la même attitude et dans le même état, si un ours n'a pas essayé d'entamer avec ses dents des chairs blanches et roses comme de la cire colorée, mais dures comme le granit.

Enfin, après mille fatigues et mille dangers épouvantables , la petite caravane arrive dans une contrée coupée de collines et de ruisseaux, Les chasseurs les plus expérimentés tracent le plan d'une misérable cabane construite avec des perches et de vieux trones de bouleau à moitié pourris. Ils la couvrent d'herbe sèche et de mousse, et laissent au haut du toit un trou pour donner passage à la fumée. Un autre trou, par lequel on ne peut se glisser qu'en rampant, sert de porte, ct il n'y a pas d'autre ou verlure pour introduire l'air et la lumière. C'est là que quinze malheureux passent les cinq ou six mois les plus rudes de l'hiver ; c’est là qu'ils braveront l’inclémence d'une lempérature descendant presque chaque jour à vingt-deux ou vingt-cinq degrés du thermomètre de Réaumur. Lorsque les travaux de la cabane sont terminés, lorsque le chaudron est placé au milieu de l'habitation sur le foyer pour faire fondre la glace qui doit leur fournir de l'eau, lorsque la mousse et les lichens sont disposés pour faire les lits, alors les chasseurs partent ensemble pour aller visiter leur

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Es

nouveau domaine, et pour diviser le pays en autant de cantons de chasse qu'il y a d'hommes. Quand les limites en sont définitivement tracées, on tire ces cantons au sort, et chacun a le sien en toute propriété pendant la saison de la chasse, et aucun d’eux ne se permettrait d'empiéter sur celui de ses voisins. Ils passent toute la journée à tendre des piéges partout où ils voient sur la neige des impressions de pieds annonçant le passage ordinaire des martes , hermines et renards bleus; ils poursuivent aussi ces animaux dans les bois, à coups de fusil : ce qui exige une grande adresse; car, pour ne pas gâter la peau, ils sont obligés de tirer à balle franche. Le soir tous se rendent à la cabane, et la pre-

Cabane et enclos

mière chose qu'ils font est de se regarder mutuellement le bout du nez: si l’un d’eux l’a blane comme de la cire vierge et un peu transparent, c’est qu'il l’a gelé, ce dont il ne s'aperçoit pas luimême. Alors on ne laisse pas le chasseur s'approcher du feu, et on lui applique sur le nez une compresse de neige que l’on renouvelle à mesure qu’elle se fond , jusqu’à ce que la partie malade ait repris sa couleur naturelle. Ils traitent de même les mains et les pieds gelés ; mais, malgré ces soins , il est rare que la petite caravane se remette en route au printemps sans ramener avec elle quelques estropiés. Dans les hivers extrêmement rigoureux, il est arrivé maintes fois que des caravanes entières de chasseurs sont restées gelées dans leurs huttes, ou ont été englouties dans les neiges. Les douleurs morales des exilés, venant ajouter aux rigueurs de cet affreux climat, ont aussi poussé trèssouvent les chasseurs au découragement ; et, dans ces solitudes épouvantables, il n'y a qu’un pas du découragement à la mort Qu'un exilé harassé s’asseye un quart d'heure au pied d’un arbre,

qu'il se laisse aller aux pleurs , puis au sommeil , il est certain qu'il ne se réveillera plus.

Le Wesack où MarTE PÊCHEUSE (Mustela piscatoria, Less. Mustela melanorhyncha, Boon. Mustela Pennanti, Erx.) n’est peut-être qu'une variété de la précédente, mais appartenant à l'Amérique septentrionale. Elle est noire, avec la face et les côtés du cou d'un cendré mêlé de noir; ses oreilles sont arrondies, larges, bordées de noir ; elle a des moustaches longues et soyeuses ; sa queue est très-touffue , et ses larges pieds sont velus. Elle a les mêmes mœurs que la zibeline. Elle habite la Pensylvanie et les bords du grand lac des Esclaves.

des Cerfs d'Europe

Le PEkan (Mustela canadensis. Lin. Le Pekan, Burr.) est un peu plus grand que les espèces précédentes. Ses pattes, sa queue, le dessous de son corps et son museau sont d'un brun marron trèsfoncé ; ses oreilles sont blanchâtres ; le reste du corps est d'un brun gris varié de noirâtre, très-changeant, et passant quelquefois au noir ; quelquefois une tache se dessine sur sa gorge. Cetle espèce vit sur le bord des lacs et des rivières, dans des terriers qu'elle sait se creuser. Elle habite le Canada et le nord des États- Unis.

La Marre pes Hurows (Mustela huro, Fr. Cuv.) est ordinairement d’un blond clair , avec les pattes et l'extrémité de la queue plus foncées et quelquefois brunes. Cette espèce varie beaucoup pour les couleurs, car on en voit au Muséum dont les parties inférieures du corps sont plus foncées que les supérieures, et d’autres où les couleurs sont dans une disposition inverse; la tête est quelquefois blanchâtre ou même entièrement blanche. Elle habite l'Amérique septentrionale.

La MarTE Grise ( Mustela poliocephala, Less. Viverra poliocephala, Traiur.). Cette espèce est plus haute sur jambes que les autres ; elle est noire sur le corps, grise sur la tête et sur le cou , et porte sur la gorge une tache jaune entourée d'un bord noir de jais ; ses poils sont fort longs sur la nuque, et lui forment une sorte de collerette, On la trouve dans les forêts de Demerary à la Guyane.

La Zorra (Mustela sinuensis, Huws.) a le corps moins vermiforme que les autres martes ; elle est d’un gris noirâtre uniforme, avec l'intérieur des oreilles et le ventre blancs. Elle habite la Nouvelle- Grenade, et chasse aux petits oiseaux.

Le Cusa ( Mustela cuja, Mouixa) est de la taille du furet; son pelage est très-doux, épais, entièrement noir, sa queue est aussi longue que son corps, touffue ; son museau se termine en sorte de groin. Il habite le Chili, et se nourrit d'oiseaux et de petits mammifères.

tres. En Lorraine, on en trouve quelquefois une variété blanchàtre ou jaunâtre.

Le putois ou puant habite les climats tempérés de l'Europe, et il est assez commun partout. Son nom vient de l'odeur infecte qu'il exhale, surtout lorsqu'on l'irrite; cette odeur devient alors tellement forte, qu'elle dégoûte et écarte les chiens. Ses mœurs ont beaucoup d’analogie avec celles de la fouine; aussi nos cultivateurs les confondent-ils souvent, au moins dans leurs méfaits. IL habite la campagne dans la belle saison; mais aussitôt que les premiers froids se font sentir, et que les bois commencent à se dépouiller de leurs feuilles, il se rapproche des habitations et se loge dans les vieux bâtiments, les granges et les greniers à foin. Il dort pendant le jour, et ne sort de sa retraite que la nuit pour aller à la chasse des souris, des mulots, des insectes et de tous les petits animaux qu'il ose attaquer impunément. Il a toute la cruauté, toute l'audace des martes ; mais il est plus rusé, plus

Le Quiqui (Mustela quiqui, Mouina) se rapproche de la belette ; sa couleur est brune, sa tête aplatie; son museau en forme de groin, avec une tache blanche au milieu du nez; ses oreilles sont courtes et rondes. Elle se trouve au Chili, habite des terriers, et se nourrit de petits animaux. Du reste, il me paraît fort douteux que cette espèce et la précédente appartiennent au genre des martes. Quand on les connaîtra mieux, il faudra certainement les reporter ailleurs, ou, probablement, leur créer un genre nouveau.

2e Genre. Les PUTOIS (Putorius, Cuv.) ressemblent beaucoup aux martes, mais ils n’ont que quatre fausses molaires à la màchoire supérieure, six à l’inférieure, et point de tubercule intérieur à la carnassière inférieure. Leur tête est un peu moins allongée que dans le genre précédent, et tous exhalent une odeur désagréable.

Le Purois commux (Putorius vulgaris. — Mustela putorius, Lix. Le Putois, Burr. Le Putois commun, G. Cux.). Il a un peu plus d’un pied (0,325) de longueur , non compris la queue, qui a environ six pouces (0,162). Il est d’un brun noirâtre, assez foncé sur les membres, mais plus clair et prenant une teinte plus fauve sur les flancs ; il a le bout du museau, les oreilles et une tache derrière l'œil blancs; ses poils intérieurs laineux sont blanchà-

défiant, et donne moins souvent dans les piéges qui lui sont tendus. «Il se glisse dans les basses-cours, dit Buffon, monte aux volières, aux colombiers, où, sans faire autant de bruit que la fouine , il fait plus de dégâts. Il coupe ou écrase la tête à toutes les volailles, et ensuite il les emporte une à une et en fait un magasin. Si, comme il arrive souvent, il ne peut les emporter entières, parce que le trou par où il est entré se trouve trop étroit, il leur mange la cervelle et emporte les têtes. Il est aussi fort avide de miel; il attaque les ruches en hiver, et force les abeilles à les abandonner. Il ne s'éloigne guère des lieux habités. Il entre en amour au printemps. Les mâles se battent sur les toits, et se disputent la femelle; ensuite ils l'abandonnent et vont passer l'été à la campagne ou dans les bois. La femelle, au contraire, reste dans son grenier jusqu’à ce qu’elle ait mis bas, et n'emmène ses petits que vers le milieu ou la fin de l'été. Elle en fait trois ou quatre et quelquefois cinq, ne les allaite pas longtemps, et les accoutume de bonne heure à sucer du sang et des œufs. » Pendant qu'il habite la campagne, le putois fixe son domicile dans un creux de rocher ou un tronc d'arbre, s'il n'y a pas de trou de lapin dans les environs. Mais s’il rencontre une garenne, il choisit un terrier qui lui convient, en chasse ou en tue les habitants, et s'y établit commodément. Dans ces heureuses circon— stances , il trouve chaque jour la facilité de satisfaire son goût

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