‹ Le jardin des plantesChapitre 47 sur 100 · F LES CARNASSIERS · texte numérisé non relu

F LES CARNASSIERS

pour le carnage et sa soif de sang , car, grâce à sa taille fluette, il se glisse aisément dans les terriers et massacre tout ce qu'il y trouve; aussi, suffit-il d'une seule famille de putois pour dépeupler dans une seule saison la plus riche garenne. S'il n’y a pas de lapins dans les environs, il bat la campagne toute la nuit, cherche les nids de perdrix}, d’alouelte , de caille, ete. , et manque rarement de surprendre la mère sur ses œufs. Il en résulte que les chasseurs , dont il détruit les espérances, lui font une guerre d'extermination. Quoique très-sauvage, le putois ne manque pas d'intelligence ; ce qui ferait croire qu'on viendrait facilement à bout de l'apprivoiser et de s'en servir à la chasse du lapin, si l’on n’avait pas le furet.

Le Niuse ou Furet (Putorius furo. — Mustela furo, Lix. Le Furet, Bure. Probablement l'/ctis d'Arisrote) n’est qu'une variété du putois, dont il ne diffère que par son pelage d'un blanc jaunâtre et ses yeux roses , et, dans ce cas, je le crois un albinos dont on aura perpétué la race et la maladie par la domesticité. Ceci me paraît d'autant plus vrai, qu’on en élève souvent dont le pelage est mêlé de blane, de fauve et de noir, ainsi que celui du putois ; ceux-là n’ont pas les yeux noirs.

Quoi qu'il en soit, le furet, qui n'existe chez nous qu'à l’état de domesticité, nous a été apporté d'Espagne, et les Espagnols l'ont eux-mêmes tiré de la Barbarie, dès la plus haute antiquité, si l'on s'en rapporte à Strabon. Cet animal craint le froid de nos climats, et, lorsqu'il a reconquis sa liberté, ce qui arrive assez souyent, il périt pendant l'hiver. Il faut bien qu'il en soit ainsi, puisqu'on n'a jamais revu dans l’état sauvage aucun des nombreux individus qui s’échappent des mains des chasseurs, I n'en est pas de même en Espagne, où il s’est parfaitement naluralisé, eb où ses mœurs ne diffèrent en rien de celles du putois. Il apporte en naissant une telle haine pour les lapins , « qu'aussilôt qu'on en présente un, même mort, à un jeune furet qui n'en à jamais vu, il se jette dessus et le mord avec fureur, dit Buffon. S'il est viyank, il le prend par le cou, par le nez, et lui suce le sang. » Les chasseurs ont profité avec empressement de cette antipathie pour dresser le furet à la chasse, autant que le caractère sauvage el indisciplinable de cet animal le permettait ; ils sont parvenus à en faire non un domestique, mais un esclave toujours en révolte, et qu'on ne peut conduire qu'à la chaine. On élève les furets dans des tonneaux ou des cages, on leur donne de la filasse dans laquelle ils aiment à s’enfoncer pour dormir, et on les nourrit avec du lait, du pain, du sen, etc.; mais on s'abstient de leur donner de la chair, afin de leur faire oublier, autant que possible, ce goût pour le sang qui les fait rester le plus souvent dans les terriers. Ils dorment continuellement, et ne se réveillent guère que pour manger; ce qu ils font avec voracité. La femelle est sensiblement plus petite que le mâle, elle le recherche avec ardeur dans le temps des amours, et il serait dangereux de les séparer à cette époque, parce que le plus ordinairement elle mourrait de chagrin. Elle porte six semaines, et fait des petits deux fois par an. Il arrive fréquemment à cette bonne mère de manger ses enfants, non par gourmandise, mais simplement pour avoir le plaisir de faire de nouvelles avances à son mâle; dans ce cas, elle fait trois portées au lieu de deux. Chaque portée est ordinairement de cinq ou six pelits, rarement de huit ou neuf. Ces animaux exhalent, surtout quand ils sont en colère , une odeur fétide, tout à fait analogue à celle du putois.

Lorsqu'on se sert du furet pour la chasse aux lapins, on a soin de le museler avant de le présenter à l'entrée du terrier ; car sans cela il les tuerait, leur mangerait la cervelle, se gorgerait de sang, puis il s'endormirait sur ses victimes, et rien ne serait capable de le réveiller, ou au moins de le déterminer à sortir du trou. Quand il est muselé, il les attaque seulement avec les ongles; les pauvres lapins épouvantés se hâtent de sortir pour échapper à leur eruel ennemi, et, dans leur frayeur, ils vont donner tête baissée dans la bourse de filet que le chasseur a ten-

DIGITIGRADES.

due à l'entrée du terrier. Quelquefois, malgré sa muselière, le furet vient à bout de tuer les jeunes lapins avec ses ongles, de leur ouvrir les veines et de sucer leur sang, pour s'endormir ensuite; dans ce cas, on parvient assez souyent à le réveiller et à le faire sortir en tirant un ou deux coups de fusil, à l'entrée du trou, ou en le fumant comme un renard. Mais on risque de l'irriter, et alors il s'enfonce davantage dans les différents canaux du terrier, et il est perdu pour le chasseur. On voit que le furet n’est réellement jamais bien apprivoisé et que’, dans sa prétendue éducation, tout se borne à tirer parti de l'instinct que lui a donné la nature. Il ne reconnait pas son maitre, n'obéit à la voix de personne, et ne manque guère l'occasion de mordre la main qui le nourrit,

Le Purois p’Eversuanx (Putorius Eversmannii. — Mustela Eversmannii, Less.) ne me parait encore qu'une variété du putois commun. Son pelage est d'un jaune clair, à pointe de poil brune seulement sur les lombes; la poitrine et les pieds sont bruns ; la queue est partout d'une égale teinte. 1] a été trouvé par M. Eversmann entre Orembourg et Rukkara.

Le Cnorock (Putorius sibiricus. — Mustela sibirica, PauL.) est à peu près de la taille du furet, dont il a les formes générales; mais son pelage est à poils plus longs, d’un fauve doré en dessus, et d'un jaune fauve pâle en dessous; le tour du mufle est blane, et la partie du museau comprise entre les yeux et celle partie blanche est brune. Quelques individus ont le dessous de la mâchoire inférieure blanc, d'autres de la couleur du corps, mais un peu plus clair. Le chorock habite les forêts de la Sibérie, et, ainsi que le putois, dont il a les mœurs, il se rapproche des habitations pendant l'hiver et dévaste les basses-cours.

Le Purors pes ALees (Pulorius alpinus. — Mustela alpina, Gescer) est plus petit, plus allongé que le putois commun, auquel il ressemble; il est jaunâtre ou brunâtre en dessus, d'un jaune pâle en dessous, avec le menton blanc, ainsi qu'une partie de Ja bouche, I se loge dans les trous de rocher, ou dans des terriers dont il s'empare, et se nourrit d'oiseaux el de petits mammifères, |

Le Vison (Putorius vison. — Mustela vison, Lix. Le Vison, Burt. — G. Cuv.), que l'on a souvent placé mal à propos avec les martes, est d’un brun plus ou moins foncé, tirant plus ou moins sur le fauve, avec une tache blanche à l'extrémité de la mâchoire inférieure; sa queue est noirâtre. Il n’a pas les pieds palmés, comme l'ont dit les naturalistes. Cette espèce vit dans des terriers qu'elle se creuse au bord des eaux dans le Canada et dans tout le nord de l'Amérique. Sa fourrure brillante est fort estimée.

Le Mixx pes Américaixs (Putorius lutreocephalus. — Mustela lutreocephala, Hanrax. La Marte à téte de loutre de quelques naturalistes) ne doit être confondu, ni avee le Vison, ni avec la Mustela lutreola de Pallas ou tuheuri. Il est d'un blanc jaunâtre, plus elair en dessous, avec la queue d'un brun ferrugineux, ce qui le distingue du vison; sa taille est double de celle du tuheuri, eLil ressemble à la loutre par la forme de sa têle et de ses oreilles ; ses doigts sont à demi palmés. Il habite le Maryland.

Le Purois marron (Putorius rufus. — Mustela rufa, Des.) est encore une espèce douteuse qui peut appartenir au vison où au tuheuri. Il a un pied sept pouces (0,514) de longueur totale. Son pelage est d’un roux marron, plus foncé en dessous qu'en dessus, et composé de poils annelés de brun marron et de jaunâtre ; sa queue est brune à sa pointe, ainsi que ses quatre extrémités. IL habile l'Amérique. Ce n'est peut-être qu'une variété du précédent.

Le Tunourt, ou Morxex, ou Noers (Putorius lutreolus, — Mustela lutreola, Pair. Lutra minor, Enxr. Le Mink des naturalistes. Le Tuhcuri des Finlandais. Le Macnck des Russes, et le Nœrs ou Norek des Prussiens) est un peu plus petit que le vison ; son pelage est d'un brun noirâtre, avec le dernier tiers de la queue tout à fait noir; la lèvre supérieure, le menton et le dessous du

MARTES. li

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cou sont blancs: il a les pieds à demi palmés. Cet animal habite le nord de l'Europe, et surtout la Finlande. Il se tient sur le bord des eaux, et se nourrit de grenouilles, d'écrevisses et de poissons, qu'il poursuit dans les ondes. Ses habitudes tiennent à la fois de celles des putois et de celles des loutres. Il n’exhale qu'une légère odeur de muse, peu désagréable, d'où il résulte que sa fourrure, d'ailleurs fort belle, est plus recherchée que celle de la plupart des autres animaux de son genre.

Le Furgr DE Java (Pulorius nudipes. — Mustela nudipes, Fa. Cuy.) est un peu plus petit que le putois commun ; son pelage est d'un beau roux doré très-brillant; la tête et l'extrémité de la queue sont blanches où d'un blanc jaunâtre; le dessous de ses pieds est entièrement nu. Il a été trouvé à Java, et l'on pense que ses mœurs sont les mêmes que celles de notre pulois commun.

Le Pérouasea où Purois pe Porocxe (Putorius sarmalticus. — Mustela sarmatica, Paz ) est un peu plus petit que notre furet, et a le poil très-court, d'un beau fauve clair, parsemé de nombreuses taches brunes en dessus: le dessous, les membres et le bout de la queue sont d’un brun foncé; l'oreille, le bout du museau et le dessous de la mâchoire inférieure sont blancs; il a sur le front une bande blanche en fer à cheval, naissant sous les oreilles et passant sur les yeux. Du reste, son pelage varie. Le pérouasea est un animal vorace, cruel, ayant toutes les habitudes de notre putois. Il fait une guerre acharnée et continuelle aux mulots, souris, loirs et autres petits mammifères rongeurs. Quand il est irrité, il exhale de même une odeur très-fétide.

La Becerre (Putorius mustela. — Mustela vulgaris, Lix.) a six pouces (0,162) de longueur, non compris la queue, qui a enyiron deux pouces (0,054). Son corps est extrêmement effilé, d’un brun roux en dessus, blanc en dessous; l'extrémité de sa queue n'est jamais noire, ce qui sert à la distinguer de lhermine.

La belette et l'hermine se trouvent dans les mêmes parties de l'Europe, mais avec celte différence que la première est trèscomnfune dans les pays tempérés, tandis que l'autre y est fort rare, et que l'hermine, très-commune dans les contrées froides, est très-rare dans les pays tempérés. La belelte ne s'écarle guère des habitations, si ce n’est pendant la belle saison ; alors elle part pour la campagne, suit le bord des ruisseaux el des pelites rivières, se plait dans les haies des prairies sèches et des peliles vallées, se loge dans un trou de rocher ou dans un tas de pierres, plus souvent dans un terrier creusé par les taupes ou les mulots, quelquefois dans un tronc d'arbre, on même dans la carcasse d'un animal mort et à demi putréfié, comme l’a observé Buffon. Son œil vif et sa marche dégagée lui donnent un air d’effronterie remarquable quand , se croyant hors de danger sur les branches d'un arbre, elle regarde le chasseur. Elle est d’une agjilité surprenante, et ses mouvements sont si aisés, si gracieux, qu'on croirait que les sauts Les plus prodigieux ne lui coûtent aucun effort. Sa vivacité ne lui permet pas de marcher, elle bondit; si elle grimpe à un arbre, d'un premier élan elle parvient à cinq ou six pieds de hauteur, et elle s’élance ensuile de branche en branche avec la même agilité qu'un écureuil. Dans la campagne, elle fait la chasse aux laupes, aux mulots, aux oiseaux, aux rats d'eau , aux lézards et aux serpents. On à raconté à ce sujet que lorsqu’en se battant contre une vipère elle en était mordue, elle allait aussitôt se rouler sur une certaine herbe, en mâchait quelques feuilles, et revenait guérie au combat. Aujourd'hui, ces erreurs n’ont pas besoin de réfutation. Le courage de ce petit animal est extraordinaire; il combat le surmulot deux fois plus gros que lui, l’enlace de son corps flexible, l'étreint de ses griffes et finit par le tuer. Elle ose même attaquer un lièvre de sept à huit livres, et j'ai été témoin de ce fait. Dans une plaine découverle, je vis un jour un lièvre s’élancer de son gîte, courir de toute sa force, en décrivant de grands cercles ou plutôt des spirales se rétrécissant peu à peu. Cette manœuvre, que je ne pouvais m'expliquer, car je n’en soupçonnais pas la cause, dura sept

à huit minutes, et enfin le lièvre tomba se roulant sur la terre et criant comme lorsqu'il est pris par des chiens, Je m'approchai à la hâte, et quand j'en fus à quelques pas, il était expirant. Une belette s'était cramponnée sur son cou et Jui faisait tranquillement un trou dans le crâne, pendant que le malheureux animal faisait des efforts inimaginables pour s'en délivrer. J'ai entendu dire qu'une belette, cramponnée au cou d'un faisan, d'un tétras ou autre oiseau vigoureux, se laisse plutôt emporter par lui dans les airs que de lâcher prise, et je le crois depuis que j'ai vu ce que je viens de raconter.

Buffon dit que la belette ne chasse que la nuit, et en ceci il se trompe : il n’est pas de chasseurs qui n’en aient rencontré fréquemment le jour, el moi-même j'ai pu observer maintes fois, et en plein soleil, son adresse à surprendre les petits oiseaux qui se posent sur Ja haie où elle se met en embuscade. Si un moineau l'apercoit, il appelle aussitôt ses compagnons qui l'entourent et la harcèlent de leurs cris; mais, loin de s’en laisser étourdir et de fuir comme la marte ou la fouine, elle profite de la circonstance pour saisir et emporter le plus hardi ou le plus imprudent. C'est au printemps qu'elle met bas, dans un nid qu'elle s'est préparé à l'avance avec de la paille, du foin, des feuilles sèches et de la mousse, dans un trou de saule ou un terrier. Elle fait ordinairement de Lrois à cinq petits qui grandissent fort vile, et qui ne tardent guère à suivre leur mère à la chasse. Lorsque vient la mauvaise saison, toute la famille gagne la plus prochaine habitation et va se loger dans un grenier à fourrage ou une grange. C'est alors qu'elle est dangereuse pour les cultivateurs, car sa taille lui permet de se glisser dans les plus petits trous, et si elle peut pénétrer dans un colombier ou un poulailler, elle y fait les mêmes dégâts que la fouine et le putois. Cependant, elle altaque rarement les cogs et les vieilles poules, non pas, comme l'ont dit quelques naturalistes, qu'elle puisse être repoussée par eux à coups de bec, mais bien parce qu'elle donne la préférence aux jeunes volailles et particulièrement aux poussins. Si le hasard la fait tomber sur une couvée de ces derniers, elle les tue tous et les emporte les uns après les autres. Comme tous les animaux de son genre, c’est toujours par la tête qu'elle altaque ses victimes; elle leur perce le crâne un peu au-dessus du cou, et leur suce la cervelle par cette ouverture fort petite. Le plus souvent elle abandonne lé cadayre sans y toucher autrement.

M. de Buffon dit que la beletle ne s'apprivoise jamais, et qu'il faut constamment la tenir en cage si on veut la garder en captivité. Pourtant, il est certain qu'elle s'apprivoise mieux qu'aucun aulre animal de sa famille, pourvu qu'elle soit prise fort jeune et trailée avec beaucoup de douceur. J'en ai vu une qui venait à la voix de son maître chercher sa nourriture dans la main. On la tenait dans une boîle d'eau de Cologne où l'on avait placé des étoupes. Elle aimait beaucoup à s'y enfoncer pour dormir une grande partie de son temps. Elle s'occupait le reste du jour à fureter dans tous les coins de l'appartement, à courir après les mouches et les araignées, faute de rats et de souris; mais elle ne tentait pas de s'échapper, quoique la porte fût souvent ouverte. L'approche des étrangers l’effrayait, et aussitôt elle se sauvait dans sa boîte et se cachait dans ses éloupes. On la nourrissait de pain trempé dans du lait, et de viande. L'odeur qu'elle exhalait n'était pas assez forte pour se faire sentir dans l'appartement.

On trouve en France une variété de belette entièrement jaunâtre, et une autre, plus rare, parfaitement blanche, surtout en hiver. On les distingue de l’hermine et de l'herminette en ce qu'elles n’ont jamais de noir au bout de la queue.

L'HeraNerrE où BELETTE pes NEIGES (Putorius nivalis. — Mustela nivalis, Lis. Mustela vulgaris, var. GueL. Mustela herminea , var. Bonn.) a été regardée par les uns comme variété de l'hermine, par les autres comme variété de la beïette. Quant à moi, je penche vers la première opinion, par la raison qu’elle a constamment du noir à l'extrémité de la queue. Du reste, elle est en-

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