DESCRIPTION DU JARDIN
L'entrée principale du jardin (1)* est celle qui donne sur le quai d’Austerlitz; elle existe depuis 1784. Une belle place, qui la sépare de la Seine et du pont d’Austerlitz, offre aux voitures un lieu de station fort commode. Outre cette porte, placée au centre d'une longue grille circulaire, il y en a cinq autres : celle du quai de la Tournelle (2) et celle de la place de la Pitié (5), toutes deux nouvellement ouvertes et faisant les deux coins extrêmes de la rue Cuvier ; la porte donnant sur la rue du Jardin-du-Roi, ouverte en 1808 (4), également très-fréquentée par les étudiants et par les visiteurs du Cabinet d'histoire naturelle, elle fait face à la maison (76) qu'habitait Buffon ; la porte de la rue Cuvier (5), presque aussi ancienne que celle d’Austerlitz, enfin la porte de la rue de Buffon (6), la moins fréquentée de toutes.
Nous allons supposer que le visiteur entre par la porte d’Austerlitz (1), et nous dirigerons sa marche soit sur les lieux mêmes, soit sur le plan joint à cet ouvrage, de manière à ce que rien d'intéressant ne lui échappe dans la promenade que nous allons faire avec lui.
En entrant, en face de nous, nous embrassons du premier coup d'œil tout l’ancien jardin, resserré entre trois magnifiques avenues de tilleuls et de marronniers d'Inde; la perspective de ce jardin symétrique, planté dans le goût de nos pères, se ter mine par la façade d’un édifice (7) qui renferme le Cabinet d’histoire naturelle zoologique. Les quatre premiers carrés que nous rencontrons en face de nous (8) sont entièrement consacrés à la culture des plantes médicinales, non-seulement dans un but d’étude pour les élèves pharmaciens, mais encore pour en faire aux pauvres des distributions gratuites; plus loin sont quatre autres carrés (9) nommés du Fleuriste, dans lesquels on cultive les plus belles plantes vivaces propres à l'ornement des parterres. Par les
* Les numéros placés entre parenthèse renvoient aux numéros du plan.
soins intelligents des jardiniers, ces carrés offrent depuis le printemps jusqu'aux premières gelées une succession non interrompue des fleurs les plus belles et les plus rares.
Vient ensuite le Carré creux (10) ; c'était autrefois un vaste bassin creusé en pente douce jusqu’au niveau des eaux de la Seine, qui s’y rendaient par infiltration. Il était destiné par Buffon, qui le fit creuser, à conserver et élever des plantes aquatiques. Sur ses rives en pente on voyait se promener, parmi des bosquets plantés d’arbrisseaux fleuris, une foule d'oiseaux aquatiques au plumage le plus varié, tandis que d’autres nageaient avec grâce sur la surface des ondes ou plongeaient dans leur sein. Ce vaste bassin , le seul qu'il y eût au Jardin des Plantes, a été comblé, je ne sais pourquoi. Aujourd'hui ce n’est plus qu'un carré bizarrement enfoncé, et planté de fleurs et d’arbrisseaux.
Voici, après le Carré creux, la Pépinière (11), dans laquelle on élève les arbres et les arbrisseaux destinés à la plantation et à l'entretien du jardin. Plus loin sont les quatre carrés Chaptal (19), destinés à la naturalisation des plantes étrangères de pleine terre. Au milieu de ces carrés se trouve un petit bassin de pierre (13) d’une construction singulière. Il a la forme d’une coupe portée sur un pied, et l’on peut, dit-on, faire le tour de ce pied par un passage souterrain. Parvenus là, nous avons en face de nous le Cabinet de zoologie (7), à gauche la Bibliothèque et les Cabinets de minéralogie, de géologie et de botanique, dans un magnifique bâtiment neuf (14), à droite les serres immenses construites il y a peu d'années. Nous reviendrons sur ces constructions.
Nous ne nous occuperons pas de la grande avenue de tilleuls à gauche ; parce que les massifs et carrés placés entre elle et la rue de Buffon n'offrent un grand intérêt que pour les amateurs d'horticulture. Les deux premiers (15) contiennent un semis des arbres qui doivent être repiqués dans la pépinière, le troisième (16) renferme des échantillons des plantes céréales, économiques
et fourragères. Nous mentionnerons encore le café-restaurant (17), toléré par l'administration pour la commodité des promeneurs, et placé sous un ombrage délicieux de robinias, de mimosas, tilleuls et autres arbres.
Revenus à notre première station (1), nous prenons la seconde avenue qui est à droite (19), c'est-à-dire celle qui est plantée en
semaine, de trois à cinq heures. A droite, le long de notre avenue, nous avons vu d’abord un parc (22) renfermant des brebis d’Abyssinie, données à la ménagerie par le docteur Clot-Bey, et des moutons d'Islande envoyés par M. Gaimard; puis un autre parc renfermant ordinairement des chèvres étrangères (25); la fosse de l'ours blanc (24); celle des ours bruns nés à la ménage-
Rotonde de l'éléphant.
marronniers, et qui sépare le jardin symétrique du jardin paysager renfermant la ménagerie. Les huit premiers carrés étaient autrefois consacrés à l’école des arbres fruitiers, de leur taille, de la greffe, des haies, etc. On y voit encore aujourd’hui quel ques exemples singuliers de greffes opérées par M. Thouin; mais ces carrés vont être entièrement réunis à l'École de botanique (20), se prolongeant à gauche jusqu'au petit Labyrinthe (21). Cette école est ouverte au public les lundi, jeudi et samedi de chaque
rie (23); enfin une troisième (26) où se trouve cette année une ourse femelle avec ses deux oursons. C’est dans l’une de ces fosses que logeait autrefois l'ours Martin, célèbre dans tout le peuple de Paris pour sa beauté, sa grandeur, son agilité à monter sur l'arbre planté au milieu de sa cour, et surtout par la mort d'un malheureux vétéran qui, prenant un bouton de métal pour une pièce de cinq franes tombée dans la fosse, eut l'imprudence d'y descendre la nuit, et périt étouffé dans les bras du féroce animal.
Paris. Fypographie Plon frères, rue de Vaugirard, 36 3
A la suite des fosses viennent les profonds carrés consacrés à des semis sur couche et en pleine terre de toutes les plantes exotiques que l’on essaie de naturaliser.
Le petit Labyrinlhe (21) est en face de nous. C’est une butte assez élevée, quoique beaucoup moins que le grand Labyrinthe ; elle forme un carré long, en amphithéâtre, coupé d’allées sinueuses dans le goût de nos anciens jardins anglais, et presque entièrement planté en arbres verts, la plupart de la famille des conifères. Sur le point le plus élevé, on trouve une petite esplanade d’où l’on a une très-belle vue.
Le côté de la butte opposé à celui par lequel nous sommes entrés touche au grand Labyrinthe (27), beaucoup plus élevé que le premier. Nous y montons, et nous trouvons d'abord un arbre d'une énorme grosseur, au pied duquel est un banc en anneau (28). Cet arbre est le fameux cèdre du Liban, que Bernard de Jussieu, en 1754, rapporta d'Angleterre, dans son chapeau, dit-on. Ce cèdre, quoique très-élevé, le serait beaucoup plus si un imprudent chasseur n’eût cassé son bourgeon terminal d'un coup de fusil. Montons. Entre le cèdre et le kiosque , à l'exposition du levant, est une petite enceinte (29) renfermant un'bien humble monument couvert d'herbe et dé mousse ; c'est là que repose Daubenton , cet homme aussi modeste que savant, sans léquel Buffon n'eût probablement été qu'un grand écrivain. Par un chemin tournant en spirale, on monte au kiosque ou belvédère (30) soutenu par de jolies colonnettes de bronze et entouré d'une balustrade en fer. De là on découyre une partie de Paris et de ses environs, et le jardin tout entier ; on a au dessous de soi, au couchant, la belle terrasse (51) dominant la rue du Jardin-du-Roi, et au moyen de laquelle on communique du Cabinet d'histoire naturelle à la porte ouverte sur la place de la Pitié. Ce labyrinthe est planté d'arbres résineux, et offre de très-grands échantillons des espèces les plus utiles.
En descendant par la pente du nord-ouest, on rencontre un beau réservoir (32) construit depuis peu de temps par M. Rohaut, et faisant face à la porte d'entrée. Si de là nous nous dirigeons à l’est, nous longeons et laissons à gauche les logements de plusieurs professeurs (53), el nous arrivons dans une vaste cour (44) ayant une porte sur la rue Cuvier, Nous ayons en face de nous, enfoncé dans le jardin, le logement (55) autrefois habité par M. Thouin, savant sans prétention, ayant rendu de grands et véritables services à l'agriculture, et qui sut se faire universellement regretter. À droite est le bâtiment de l'administration (56), renfermant les ateliers de taxidermie et les bureaux des administrateurs. Nous avançons à gauche; et après être descendus quelques pas, nous trouvons le grand amphithéâtre (37), où se font les cours des professeurs où de leurs aides. A gauche, derrière l'amphithéâtre, on apercoit la maison (75) qu'habitait le célèbre G. Cuvier: il y est mort le 13 mai de l’année 1832. A la porte de l'amphithéâtre, les étrangers viennent adinirer deux palmiers fort élevés, qui sont cultivés au jardin depuis Louis XIV, et qui offrent aux botanistes un phénomène singulier. Vous remarquerez que ce sont des PALMIERS NaINS (Chamcærops humilis, Lix.), dont le stipe ou tronc n’acquiert jamais plus de trois à quatre décimètres de hauteur dans le nord de l'Afrique, qui est leur pays, tandis qu'ici ils se sont élevés à huit ou neuf mètres. En face de l’amphithéâtre est un grand gazon ovale (58), servant à placer, dans la belle saison, les végétaux de la Nouvelle-Hollande, du cap de Bonne-Espérance , de l’Asie-Mineure et de la Barbarie, que l'on sort de la serre voisine pour leur faire passer l'été à l'air libre.
Nous avons vu les cultures du dehors, il nous reste maintenant à visiter celles qui se font à l'aide d'une chaleur artificielle. La première serre, celle où nous nous trouvons, en face de l'ovale, est la serre tempérée (39), renfermant les végétaux des pays que nous yenons de nommer, et d'autres qui, tout en craignant la gelée, n’exigent pas cependant un haut degré de température. Elle à soixante-trois mètres (200 pieds) de longueur, sur plus de
huit mètres (24 pieds) de largeur. En avançcant devant nous et rentrant dans le jardin Symétrique, nous avons à droite Ja serre de Buffon (40), ainsi nommée parce que c’est lui qui la fit bâtir en 1788. Son intérieur a cela de particulier qu'il offre plusieurs lignes de couches élevées les unes au-dessus des autres en amphithéâtre. On y maintient toujours la chaleur au-dessus de douze degrés centigrades, et on y élève les plantes des tropiques. Quand les dimensions de ces végétaux deviennent trop grandes, on les transporte dans la nouvelle serre chaude.
Sur les côtés du large chemin qui conduit des carrés du Fleuriste aux labyrinthes sont deux serres chaudes entièrement vitrées (41), en forme de pavillons carrés et d'une grande hauteur. Construites nouvellement par M. Rohaut, elles sont consacrées à recevoir les végétaux exotiques d’une dimension trop élevée pour pouvoir rester dans les autres serres. On espère y voir par la suite les arbres des contrées chaudes de la terre atteindre tout le développement qu'ils ont dans leur patrie, et déjà il y en a d’une assez grande élévation. L'immense serre à toit vitré et vouté (41) a été construite dans le même temps par le même architecte et pour un usage à peu près semblable.
Nous avons vu tout ce que le jardin renferme d'important sous lé rapport de l'horticulturé et de l'agriculture ; il nous reste maintenant à dire que ces cultures, faites avec autant d’intelligence que de soins, sont confiées à MM. Neumann, Pépin, Dalbret, ete., etc., sous la direction de MM. les professeurs dont nous indiquerons les noms et les attributions.
Voyons maintenant ce qui intéresse le plus le publie en général, c’est-à-dire la ménagerie. Pour faire cette promenade, nous reviendrons à la porte d'Austerlitz (1), nous tournerons à droite, et nous entrerons dans le jardin paysager par la porte siluée presque en face de la ménagerie des animaux féroces. lei nous nous arrêterons un instant pour faire une observation. Les animaux qui vivent dans la ménagerie étant tous apportés de climats étrangers fort différents de celui de la France, résistent plus ou moins longtemps aux changements brusques de température, de noutriture et d'habitudes, auxquels ils se trouvent soumis dans leur esclayagé. Malgré tous les soins qu’on peut leur donner, beaucoup tombent malades et meurent après un temps assez coutt, et les pares ou loges dans lesquels on les tenait renfermés restent vides, jusqu'à ce qu'on y ait mis un animal nouvellement arrivé, et souyent d’une espèce Lout à fait différente. Il ne faudra done pas que le promeneur s'en rapporte absolument à ce que je vais dire ici sur les espèces qui peuplent aujourd'hui même les pares que nous allons visiter ensemble, mais bien aux écriteaux placés devant le logement de chaque animal ; en recourant en— suite à la table alphabétique terminant le volume, il trouvera aisément la description et l'histoire de l’espèce qu'il aura sous les yeux à la ménagerie.
En entrant, nous laissons à droite un petit pare (42) renfermant des moutons d'Algérie, donnés à la ménagerie par M. le général Galbois. À gauche , nous contournons un autre parc (45) où sont ‘renfermés, dans une première division, des axis, charmante sorte de petit cerf ou chevreuil originaire du Bengale, à robe agréablement mouchetée de blanc, et commençant à se naturaliser dans plusieurs parcs de la France. Dans une seconde division est un cerf de Java, donné par MM. Eydoux et Souleget, et dans une troisième un axis femelle né à la ménagerie.
Nous voici en face des animaux féroces (44), renfermés dans des loges fort propres et munies de solides barreaux de fer. Une balustrade empêche les curieux imprudents de s'approcher des loges d'une manière dangereuse. Là vivent des hyènes fort bonnes personnes, et donnant par leur douceur un démenti formel à tout ce qu'on a raconté sur leur férocité ; des lions de diverses parties de l'Afrique, beaucoup moins dangereux que le jaguar du Brésil logé à côté d'eux, malgré l'énorme différence qui existe entre leur taille et leur force ; l'un de ces jaguars est de la Guyane,
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et a été donné par le prince de Joinville. Vient ensuite une panthère du Malabar, que l’on doit à M. Dussumier, ainsi qu'une quantité d’autres animaux intéressants; puis une panthère de l'Inde, donnée par M. Beck. Les trois dernières loges sont habitées par des ours : l'un, l'ours aux grandes lèvres, est dü à M. Dussumier ; l’autre, l'ours des Cordilières, au prince de Joinville; le troisième, l'ours brun du Kamtschatka, à M. le capitaine de vaisseau Du Petit-Thouars. Comme on le voit, la ménagerie des grands animaux féroces est assez pauvre en ce moment; mais sans doute l'administration y pourvoira avec le zèle qu'elle a toujours montré, d'autant plus que là est le spectacle favori du peuple pauvre, du peuple qui paye sa grosse part de cet établissement national , du peuple ignorant la science, et qui ne juge de l'utilité de la ménagerie que par le plaisir qu'il a d'aller la visiter le dimanche en famille. Dans les deux pavillons de chaque côlé sont, dans des cages plus petites et transportables , des animaux du même ordre des carnassiers, mais que leur petite laille rend peu redoutables, tels que des renards, jackals, loutres, chats, etc.
Derrière la ménagerie des animaux féroces sont des niches où sont enchainés des chiens domestiques de différents pays, vivant en bonne intelligence et multipliant même avec des loups et des louves. Leur métis ont eux-mêmes la faculté de se reproduire, ce qui démontre jusqu'à l'évidence, contre l'opinion de Buffon, que le chien et le loup sont deux variétés dans la même espèce.
Un peu plus loin que la ménagerie se trouve la singerie (45), rolonde élégante, entièrement grillée, et renfermant un grand nombre d'espèces de singes, vivant tous en assez bons camarades, malgré quelques querelles particulières. Un gros papion à usurpé la souveraineté de cette république hétérogène, ét maintient le bon ordre. Aussitôt qu'il entend une querelle, il accourt, sépare les combattants, rosse les deux parties pour les mettre d'accord , et tout rentre dans l’ordre. Dans un bâtiment qui entoure la rotonde, en forme de demi-anneau, se trouvent les loges dans lesquelles chaque espèce de singe est renfermée et chauffée pendant l'hiver.
En face de la rotonde des singes est un petit parce (46) destiné à recevoir des animaux de la classe innocente des ruminants. Nous passons devant les singes, nous longeons le petit pare à notre droite (47), où sont renfermés quelques daims de nos forêts royales : à notre gauche (48) celui où nous voyons les cerfs de la Virginie; et, après avoir jeté un regard sur les nouvelles plantalions qui s'étendent vers le quai de la Tournelle, nous nous trouvons en face d’un pare (49) renfermant le kob du Sénégal, sorte d'antilope connue dans sa patrie sous le nom de petite vache brune, et derrière ce parce est la ménagerie des oiseaux de proie (50).
Le premier oiseau que nous y remarquons est le condor, sur le compte duquel on a débité tant de fables. Au dire des anciens voyageurs, le condor enlevait les enfants, attaquait les hommes, etc., etc. La vérité est que ce vautour, n'habitant que les plus hautes Cordilières, est aussi inoffensif que ceux de nos Alpes. Voici le percnoptère tout à côté, sorte de vautour auquel les anciens Égyptiens rendaient un culte religieux ; puis le vautour royal, qui n’a rien de royal que le nom, et dont toute l’utilité se borne à nettoyer les contrées du Brésil, qu'il habite, des cadayres et immondices dont il se nourrit. Viennent ensuite les vautours bruns d'Égypte, des Pyrénées et d'Algérie, tous oiseaux lâches et ignobles, n'osant attaquer aucun animal vivant , et ne se nourrissant que de la chair corrompue des cadavres, qu'ils sentent de plus d'une lieue. A leur suite nous trouvons le gypaëte, qui devient rare dans les Alpes d'Europe, et dans lequel il faut probablement reconnailre le condor des anciens. Le premier, celui des Cordilières, n’était accusé que d'enlever des enfants ; celui-ci enlevait des hommes et des éléphants. Lei la ménagerie se trouve coupée par un appartement où vivent des perroquets, des perruches, des aras, des kakatoës , tous oiseaux d’un fort beau plumage, mais
lourds, criards et malfaisants. En suivant, nous trouvons les aigles, les pygargues, milans, buses, se nourrissant de proie vivante et attaquant avec plus ou moins d'intrépidité les oiseaux, les reptiles et les petits mammifères; le caracara, regardé au Brésil comme le plus’ grand ennemi des poules et des oiseaux de bassecour ; et enfin le grand due, représentant là une famille moins nombreuse, celle des oiseaux de proie nocturnes.
En reprenant à gauche une allée qui revient derrière le pare des cerfs de Virginie, nous voyons que ce parc est séparé par de petites palissades formant de nouvelles divisions. Dans la première (51) est le cerf muntjac du Malabar ; dans la seconde (52) l'antilope nylghau du même pays, tous deux envoyés par M. Dussumier. Ce dernier animal a multiplié en Angleterre ; sa démarche est peu gracieuse, et il court mal, à cause de la brièveté de ses pieds de derrière. Peut-être pourrait-on aisément le soumettre à la domesticité.
Si, au lieu dé contourner ce pare, nous retournons brusquement à droite, nous arrivons à la faisanderie (53). Cette construction est entourée, par derrière, de plusieurs petits parcs où sont élevés plusieurs oiseaux rares de l’ordre des gallinacés et des échassiers. On y voit des hérons, des butors, des aigrettes, des goëlands, ete. ete. Dans les loges de la faisanderie, on remarque des foulques, des combattants, des courlis, une femelle de paon avec ses petits, des ramiers et des perdrix rouges , le cariama du Brésil , l'outarde houbara d'Alger, envoyée par M. Barthélemy ; des poules de diverses variétés; un hocco donné par M. Decan; des faisans de plusieurs espèces ; puis dans la même cage, et vivant en société fort paisible, des colins houïs, coucou guira, cantara, matins roses, merles robins du Canada et autres espèces.
Nous suivons l'allée droite qui se trouve en face de la volière. Nous laissons à gauche un parc (54) divisé en deux parties. Dans la première est le dauw du Cap, sorte de cheval plus petit que l'âne, mais d’une forme plus gracieuse, à robe rayée à peu près comme celle du zèbre. Il a multiplié à la ménagerie, et, dans le moment où j'écris, on voit une femelle allaiter son jeune poulain dans la grande rotonde. Dans la seconde partie du pare est une autre espèce de cheval, l'hémione, de la taille d'un petit mulet, à crinière brune et pelage isabelle. Il vit en troupe dans les steppes de l'Asie centrale, court avec une trèsgrande agilité, et fait, dit-on , jusqu'à soixante lieues sans boire. A notre droite est un grand pare (55) offrant plusieurs subdivisions : nous en ferons le tour en commencant par la division faisant face d'un côté à la faisanderie, et nous y remarquerons les jolies gazelles de l'Algérie, à la taille légère, aux mouvements gracieux, et aux yeux grands et noirs, si doux , si expressifs, qu'un Arabe ne croit pas pouvoir faire un compliment plus flatteur à sa maitresse que de comparer ses yeux à ceux d'une gazelle. Dans la seconde division (56), faisant pointe vers la grande rotonde, est une biche muntjac. Nous doublons cette pointe , et, redescendant à droile, nous nous arrêtons avec surprise devant le chickara (57), singulière antilope à quatre cornes. Dans la division suivante (58) est l'oiseau le plus extraordinaire que l'on puisse trouver : c'est le casoar à casque, envoyé par M. Marceau. Cet oiseau, presque aussi gros que l’autruche, est privé comme elle de la faculté de voler; ses plumes sans barbules ressemblent à de gros crins plats; sa tête est recouverte ou plutôt défendue par une sorte de casque osseux; ses ailes sont remplacées par cinq tuyaux de plumes, longs, pointus et sans barbes; ses pieds sont gros et musclés , d'une telle force, que d'un coup il peut terrasser son ennemi, el d'une telle agilité, qu'aucun cavalier ne peut l'atteindre à la course, On le trouve dans l'archipel Indien. Derrière sa division en est une autre qui renferme aussi des casoars, mais ayant élé apportés de la Nouvelle-Hollande par le capitaine Du Petit-Thouars ; ils n’ont pas de casque, et leur plumage est plus fourni, quoique moins brillant.
Plus loin, toujours dans une division du même pare (59), nous
voyons, autour d'un petit bassin, des grues de Numidie envoyées par le docteur Clot-Bey, des pintades, des dindons , des sarcelles et des canards étrangers, tous d'un plumage agréable. Viennent encore (60) des casoars de la Nouvelle-Hollande, puis des marabouts, dont les plumes, duveteuses et légères, servent de parure de tête à nos dames, et enfin (61) des nandous ou autruches d’A-
fait dans le crâne , sans leur ôter la vie. À côté d'elles sont des hérons pourpres, des bernaches armées, et autres oiseaux. Reprenons maintenant l'allée droite que nous avons déjà parcourue , et arrivons à la grande rotonde (63). Là vivent la girafe , l'éléphant et d’autres grands mammifères. Six petits pares, qui rayonnent autour de la rotonde, permettent, quand la tempéra-