‹ Le jardin des plantesChapitre 72 sur 100 · ÉCUREUILS · texte numérisé non relu

ÉCUREUILS

terriers; mais comme par ses formes il se rapproche moins de ces derniers que des rats, il est à croire qu'il se retire dans des trous de rochers ou dans des troncs d'arbres. Du reste, il est fort doux et très-familier ; il s’apprivoise aisément et s'attache à la demeure qu'on lui a faite au point de n'en sortir que pour se promener et d'y revenir ensuite de lui-mème, sans y être ni appelé ni contraint. Il a un grand plaisir à grimper sur tous les objets élevés , comme les toits des maisons , les murailles; aussi habite-t-il souvent dans les villages , et, dans ce cas, la femelle dépose ses petits dans les trous de murs, Il est tellement familier, qu'il entre parfois dans les maisons pour ramasser les miettes de pain qui tombent de la table. Quant à ses autres habitudes, elles sont les mêmes que celles des écureuils. IL est certain que cette

et il est remarquable que sa prévoyance dépasse de beaucoup ses besoins. Pour transporter toutes ces graines, il n'a pas d’autres moyens que ses abajoues , dans lesquelles il les place à mesure qu'il les ramasse. Je crois qu'il faut regarder comme une espèce distincte de celle-ci :

L'Onromnx (Tamia caroliniensis. — Sciurus caroliniensis, Rniss. Sciurus Listeri, Ray. L'Écureuil de terre, Caresey. Ohiohin des Hurons), qui est moitié plus petit que l’écureuil ordinaire, et un peu plus petit que le précédent. Il est roux, au lieu d'être brun; ses raies blanches sont plus jaunâtres; les autres sont noires; l'intervalle entre la raie du dos et celle des flancs est roux au lieu d’être d’un gris brun. Il est de la Caroline , et a les mêmes habitudes que le précédent.

L'Ecureuil noir d'Amérique.

espèce habite l'Inde, et peut-être se trouve-t-elle aussi au Sénégal et au cap Vert.

Une espèce nouvelle , le Tamia Delesserti, Sciurus Delesserti de Gervais, se trouve dans l’Indoustan.

Le Burunoux ou Suisse (Tamia striata, Less. Sciurus striatus, Lin. — Des. Le Rugerük des Tartares. L'Ulbuki des Tungouses. Le Schepek des Ostiaks. Le Dsjulalà des Baskirs. Le Dschyraki des Mongols. Le Æartha des Mogols. Le Suisse, Burr.—G. Cuv.). Il a environ cinq pouces (0,155) de longueur, non compris la queue, qui n’en a que trois (0,081). Son pelage est d'un brun fauve, avec cinq raies longitudinales brunes et deux blanches; le dessous est blanc; la région lombaire est rousse, ainsi que la queue, qui est bordée de noir en dessous, et noirâtre en dessus. IL habite les parties septentrionales de l'Europe et de l'Asie.

Le burunduk est moins doux, moins familier que le précédent, et il mord sans ménagement, à moins qu'il ne soit parfaitement apprivoisé. Beaucoup moins agile que les écureuils, quoique très-vif, il se détermine rarement à monter sur les arbres, à moins que ce ne soit pour éviter la poursuite de son ennemi, et pour y cueillir quelques fruits qu'il aime avec prédilection. Il se contente le plus ordinairement de ramasser les amandes du pin, les noisettes, etc., qui tombent sur la terre, pour en faire sa provision d'hiver. Il se creuse, entre les racines des arbres, un terrier à double sortie, et, au milieu, il construit une sorte de cave assez grande qui lui sert de magasin, et qui est placée à côté d'une petite chambre très-propre, bien matelassée de foin doux et sec, où il couche. Il va ensuite à la provision, et entasse dans sa cave autant de fruits secs qu'il en peut trouver. Si la saison est favorable, son magasin est bientôt plein ; alors il en creuse un autre à côté qu'il remplit, puis un troisième, un quatrième, ete.,

Le Sixsik (Tamia hudsonia, Less. Sciurus hudsonius, LIN. — Desw. Peut-être le Sciuropterus de Lesson) est un peu plus petit que l’écureuil d'Europe; son pelage est d’un brun roussâtre en dessus et sur la tête; une raie noire occupe les flancs ; son corps est blanchâtre en dessous; sa queue, plus courte que le corps, est d’un brun roussâtre, bordée de noir; ses moustaches sont très-longues et noires. On ne le trouve que dans les forêts les plus froides de l'Amérique septentrionale.

Le TaMïA À QUATRE BANDES (Tamia quadrivittata, Less. Sciurus quadrivittatus, Sax) a environ sept pouces (0,189) de longueur; son pelage est brunâtre, mélangé de fauve sur la tête, fauve sur les côtés, avec quatre lignes blanches; le dessous du corps est blanchâtre. Il habite les États-Unis, vit dans des trous de rochers, et ne grimpe jamais sur les arbres.

2e Genre. Les ÉCUREUILS (Sciurus, Lin.) ont la dépression du front légère, et la saillie postérieure des frontaux peu sensible; leur profil est à peu près droit pour la face; la cavité de leur crâne est de la longueur des deux tiers de Ja face. Leur queue est distique, comme dans les tamias, mais ils n'ont pas d’abajoues. Même système dentaire que les précédents.

Les écureuils ont en général les mœurs tellement semblables, que, pour éviter des redites toujours ennuyeuses, nous allons donner ici une esquisse de leur histoire générale. On peut appliquer à tous ce que Buffon dit de l'espèce d'Europe. « L'écureuil est un joli petit animal qui n’est qu'à demi sauvage, et qui, par sa gentillesse, par sa docilité, par l'innocence même de ses mœurs , mériterait d’être épargné; il n’est ni carnassier , ni nuisible, quoiqu'il saisisse quelquefois des oiseaux. Sa nourriture ordinaire sont des fruits, des amandes, des noisettes, de la faine et du gland. Il est propre, vif, très-alerte, très-éveillé, très-industrieux; il a les yeux pleins de feu, la physionomie fine, le corps nerveux, les membres très-dispos; sa jolie figure est encore rehaussée, parée par une belle queue en forme de panache, qu’il relève jusque sur sa tête, et sous laquelle il se met à l'ombre, On ne le trouve point dans les champs, dans les lieux découverts, dans les pays de plaine ; il n’approche jamais des habitations ; il ne reste point dans les taillis, mais dans les bois de hauteur, sur les vieux arbres des plus belles futaies. Il ne s’engourdit pas comme le loir pendant l'hiver; il est en tout temps très-éveillé, et, pour peu que l’on touche auprès de l'arbre sur lequel il repose , il sort de sa petite bauge, fuit sur un autre arbre, ou se cache à l'abri d’une branche. Il a la voix éclatante, et plus percante encore que celle d’une fouine; il a de plus un murmure à bouche fermée, un petit grognement de mécontentement qu'il fait entendre toutes les fois qu'on l'irrite. Il est trop léger pour marcher, il va ordinairement par petits sauts, et quelquefois par bonds; il a les ongles si pointus et les mouvements si prompts, qu'il grimpe en un instant sur un hêtre dont l'écorce est lisse. Les écureuils semblent craindre l’ardeur du soleil; ils demeurent, pendant le jour , à l'abri dans leur domicile, dont ils sortent le soir pour s'exercer , jouer, faire l'amour et manger. Ce domicile est propre, chaud , impénétrable à la pluie. C’est ordinairement sur l’enfourchure d’un arbre qu'ils l’établissent : ils commencent par transporter des bûchettes qu'ils mêlent, qu'ils entrelacent avec de la mousse; ils la serrent ensuite, ils la foulent, et donnent assez de capacité et de solidité à leur ouvrage pour y être à l'aise et en sûreté avec leurs petits; il n’y a qu'une ouverture vers le haut, juste, étroite, et qui suffit à peine pour passer ; audessus de l’ouverture est une sorte de couverture en cône qui met le tout à l'abri, et fait que la pluie s'écoule et ne pénètre pas. Ils produisent ordinairement trois ou quatre petits; ils entrent en amour au printemps, et mettent bas au mois de mai, ou au commencement de juin ; ils muent au sortir de l'hiver. Ils se peignent, ils se polissent avec les mains et les dents; ils sont propres; ils n’ont aucune mauvaise odeur. Leur chair est assez bonne à manger, et le poil de leur queue sert à faire des pin- CEaux. »

Nous compléterons l’article de Buffon par quelques observations qui s’appliqueront également à toutes les espèces. Quelques écureuils ont une vie isolée, solitaire, mais par couple, car le mâle n’abandonne jamais la femelle; d’autres, au contraire, vivent par troupes de plus d’une centaine. Tous sont sédentaires, et s'écartent fort peu de la forêt qui les a vus naître. Linné, Klein, Shœffer, le poëte voyageur Regnard, qui nous a tant débité de contes sur les Lapons, et Buffon lui-même, nous ont cependant raconté que des troupes de petits-gris voyagent , et que pour passer les rivières ils s’'embarquent sur des morceaux d’écorce qui leur servent de bateaux, qu'ils gouvernent en traversant le courant en étalant leur queue au vent et en s’en servant

comme d’une voile. De telles histoires n’ont pas besoin de réfutation. La queue de l’écureuil ne lui sert jamais de gouvernail, quoi qu'en aient dit des auteurs, et cela par une raison fort simple, c’est que cet animal craint beaucoup l'eau et n'y entre jamais. Si elle lui sert à se gouverner, c’est dans les airs, lorsqu'il fait de ces bonds prodigieux qui le transportent d’un arbre à un autre, à douze ou quinze pas de distance, comme j'en ai été souvent témoin. Mais elle ne peut pas non plus lui servir de parachute, comme l’a dit Desmoulins, car, placée à l'extrémité de son corps, dans une chute elle lui ferait faire la culbute, et il tomberait sur la tête. Les écureuils sont très-prévoyants : aussi ne font-ils jamais un seul magasin, mais plusieurs, et dans différents troncs d'arbres, afin que, s'ils viennent à en perdre un par accident, il leur en reste toujours d’autres pour les alimenter pendant l'hiver. Ils savent fort bien retrouver ces cachettes quand ils en ont besoin, et même sous la neige qu’ils grattent pour les découvrir. Aussi rusés que méfiants, ils construisent toujours plusieurs nids, à d’assez grandes distances les uns des autres; et la mère, sans même être inquiétée, change souvent ses enfants de domicile, en les transportant avec sa gueule. Le matin, quand le soleil brille à l'horizon, et que la forêt est parfaitement silencieuse, elle les descend l'un après l’autre sur la mousse, et les fait jouer. Si elle est surprise dans cette occupation, elle en saisit un qu'elle transporte, non dans le nid, ce qui lui ferait perdre du temps, mais jusqu’à l’'enfourchure d’une grosse branche, où elle le cache; puis elle revient chercher les autres pour les emporter de même. Ces animaux ont toujours le soin, quand ils aperçoivent le chasseur, de se tenir derrière le tronc de l'arbre, et de tourner autour, pour rester masqués, à mesure que le chasseur tourne lui-même autour de l'arbre. Ils n’en continuent pas moins à monter, et, parvenus à l’enfourchure d’une branche, ils s’y blottissent et restent invisibles. Aussi est-il fort difficile de les tirer si on est seul.

Les écureuils ne sont pas tellement frugivores qu'ils ne veuillent manger aucune matière animale. S'ils trouvent un nid d’oiseaux, ils sucent fort bien les œufs qu'ils y trouvent, ou dévorent les petits, et même la mère s'ils peuvent la surprendre. Gmelin dit qu’en Sibérie on les prend avec des espèces de trappes dans lesquelles on met pour appât un morceau de poisson fumé, et qu'on tend ces trappes sur les arbres. Dans quelques contrées, ils vivent aussi de la séve sucrée des graminées, et de graines de maïs. Depuis qu'on a transporté la culture de cette dernière plante en Pensylvanie et en Virginie, les écureuils s’y sont beaucoup multipliés, et font de grands dégâts aux récoltes.

L'ÉcureuiL Gris (Sciurus cinereus, Scures. — Des. Sciurus carolinensis, Lin. Le Petit-Gris, Burr.) est très-peu plus grand que l'écureuil d'Eurôpe; son pelage est fort variable, et la ménagerie en a possédé plusieurs, dont les uns étaient tout entiers d’un gris blanchâtre, et les autres d’un gris fauve, surtout sur les flancs. Son pelage est ordinairement de cette dernière couleur, piqueté de noir en dessus, avec une ligne fauve sur les flancs; le dessous est blanc; il manque de pinceau aux oreilles.

Cette espèce est de la Pensylvanie et de la Caroline, où, ainsi que nous l'avons dit, elle s'est beaucoup multipliée depuis qu’on y cultive le maïs. Cet animal vit en troupes nombreuses; il est brusque, pétulant, mais cependant assez doux, et il s'apprivoise très-bien, quoique sans s'attacher à son maître ni même préférer personne. Il construit au fond de la cage où on le renferme un nid de paille ou de foin, en forme de boule, et il y dort toute la nuit, À l’état sauvage, il paraît qu'il ne fait pas son nid sur des branches d'arbres, mais dans les creux de leur tronc.

Le Grann ÉcureuiL Gris (Sciurus cinereus, Lin. Sciurus virginianus cinereus major, Ray.), confondu avec le précédent, est certainement une espèce distincte. Sa taille, trois fois plus grande que celle de notre écureuil , égale celle d’un jeune lapin. Son pelage est à peu près de même que celui de l’écureuil gris,

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