‹ Le jardin des plantesChapitre 82 sur 100 · LES PORCS-EPICS · texte numérisé non relu

LES PORCS-EPICS

se reconnaissent aux piquants roides et aigus dont leur corps est armé; ils ont quatre molaires partout, cylindriques, marquées sur leur couronne de quatre à cinq empreintes enfoncées. Leur langue est hérissée d’écailles épineuses : ils ont quatre doigts aux pieds de devant , et le plus ordinairement cinq à ceux de derrière , tous armés d'ongles robustes.

55e Genre. Les PORCS-ÉPICS (Hystriæ, Lin.) ont vingt dents, savoir : quatre incisives, unies et arrondies au-devant, huit molaires en haut et en bas, à peu près d'égale longueur; leur chan: frein est fortement arqué; leurs pieds sont plantigrades, ceux dé devant ayant quatre doigts avec un rüudiment dé potice onguiculé , ceux de derrière à cinq doigls ; la quete est rudimentairé, non prenante; l'œil très-petit, à pupille ronde; l'oreille arrondie, courte.

Le Porc-Éric ornvamE (Hystric cristata, Lis. Le Pore-Épic commun ou à crinière, G. Cuv. Le Porc-Épic, Burr.).

Cet animal a plus de deux pieds (0,650) de longueur, non compris la queue, qui est très-courle. Son corps est couvert de piquants fort longs, surtout sur le dos, où ils atteignent souvent plus d’un pied (0,525) : ils sont régulièrement annelés de noir brun et de blanc; sur sa nuque et sur son cou s'élèvent de longues soies roides, lui formant une sorte de crinière qu'il hérisse, ainsi que les dards de son dos, quand il est en colère; mais cet appareil effrayant, qu'il présente à ses ennemis en Île secouant et lui faisant produire un bruit formidable, n’est dans la réalité qu'une parure aussi singulière qu'innocente. Ces dards, si dangereux, quand on s’en rapporte aux anciens écrivains, ne sont rien autre chose que de véritables plumes à tuyaux creux, et auxquels il ne manque que des barbes pour êlre tout à fait analogues à celles des oiseaux. Leur pointe peu aiguë et leur flexibilité en font des armes si peu offensives qu'on peut prendre l'animal sans en éprouver ni blessure ni même de piqüre; et même ceux de la queue, qui, en se choquant les üns les autres, produisent ce bruit redoutable, sont creux dans toute leur longueur et ouverts à leur extrémité. Dans le temps de la mue, ces longs piquants, qui ne tiennent à la peau que par un pédicuie fort menu, se détachent d'eux-mêmes, et l'animal s’en débarrasse en se secouant. Ce fait, mal observé, a fait dire aux anciens auteurs que le poreépic lance à ses ennemis ses dards avec tant de roideur, qu'ils peuvent percer une planche de part en part à quelques pas de distance; pour rendre la chose plus merveilleuse encore, d'autres ont ajouté que ces aiguillons avaient la funeste propriété de s'enfoncer dans les chairs d'eux-mêmes, sans aucune force étrangère. On concoit que toutes ces niaiseries n’ont plus besoin de réfutation, l'observation et la critique en ayant fait justice depuis longtemps.

Le porc-épic est assez commun en Italie, en Espagne, en Grèce, en Barbarie, et se trouve généralement dans toutes les parties chaudes de l'Europe et de l'Asie. Il se plait sur le penchant des coteaux exposés au levant ou au midi, loin des lieux habités par les hommes. Dans cette solitude , il se creuse un terrier profond, à plusieurs issues, dans lequel il passe la journée à dormir, Il en

sort la nuit pour aller à la recherche de sa nourriture, qui consiste en bourgeons, en racines, fruits et graines sauvages. Quelquefois, dans ses courses nocturnes, il se rapproche des habitations, et s'il pénètre dans un jardin, il y commet de grands dégâts, èn Coupant ei gâtant beaucoup plus de légumes qu'il ne peut en manger.

Quoique n'étant pas compté pour un animal hibernant, le pore-épic reste l'hiver solitairement dans son trou , non pas dans ün élat complet d’engourdissement comme la marmotte, mais plongé dans un profond sommeil. Il en sort au printemps pour aller chercher sa femelle avec laquelle il s’accouple, au mois de nai, à là mahièré dés autres mammifères. Quoi qu'on en ait dit, celle-ci mét bas ses petits en août; ils naissent les yeux ouverts, ét ayant déjà le corps couvert de piquants longs de cinq à six pouces (0,135 à 0,162).

En état de domesticité, le porc-épie, quoique peu intelligent, n'est ni méchant ni farouche, mais il ne perd jamais une occasion de reconquérir sa liberté, si elle s'offre à lui, et pour cela il cherche constamment à couper les barreaux de sa cage ou à en ronger la porte avec ses denis. Ceux que l’on a eus à la ménagerie se nourrissaient aisément avec du pain, des fruits et des légumes. Quand on les contrariait, ils faisaient entendre une sorte de grognement ayant de l'analogie avec celui d’un porc, d'où leur est sans doute venu leur nom, car c’est là toute la ressemblance qu'ils ont avec un cochon. A l’état sauvage, ils sont fort gras en automne, et c’est à cette époque qu’on leur fait la chasse pour les mangér, quoique leur chair soit assez fade. [ls exhalent une odeur forte et désagréable.

Il n’est pas d'animal qui ait autant prêté que celui-ci au merveilleux dont les anciens écrivains aimaient tant à allonger leurs pages; le poëte Claudien admire le pore-épie, parce que «il est lui-même le carquois, la flèche et l’are dont il se sert pour repousser viclorieusement ses ennemis. » Bosman , dans son Voyage en Guinée, dit que « lorsque le porc-épic est en furie , il s’élance avec une extrême vitesse, ayant ses piquants dressés, qui sont quelquefois dé la longueur de deux empans , sur les hommes et sur les bêtes, et il les darde avec tant de force, qu’ils pourraient percer une planche. » Mais ce qu'il y a de plus curieux, c’est que l'ancienne Académie des sciences de Paris ait répété ce conte, ayant sous les yeux plusieurs porcs-épics vivants et eh ayant disséqué une demi-douzaine. Voici le fragment d’un rapport fait par les analomistes de cette célèbre société : « Ceux des piquants qui étaient les plus forts et les plus courts étaient aisés à arracher de la peau, n'y étant pas attachés fortement comme les autres: aussi sont-ce ceux que ces animaux ont accoutumé de lancer contre les chasseurs, en secouant leur peau comme font les chiens quand ils sortent de l’eau, »

On trouve souvent dans l'estomac des porcs-épics une sorte d'égagropile qui, avec le temps, se durcit et devient un véritable bézoard auquel l'ancienne médecine accordait plusieurs pro priétés surprenanles.

* Le Porc-£rie ne Maracca (Hystrix fasciculata, Suaw. Mus fasciculatus, Desm. Atherura fasciculata, Fr. Cuv.) a un pied quatre

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pouces (0,453) de longueur, non compris la queue, qui a cinq pouces et demi (0,149). Le dessus dé son corps est couvert de longs piquants un peu aplatis et marqués d’un sillon dans toute leur longueur : la plupart sont blancs à la pointe et noirs dans leur milieu, ou noirs en dessus et blancs en dessous: sa queue est écailleuse, nue, terminée par un bouquet de poils longs et plats, ressemblant à des rognures de parchemin. Il habite l'Inde et a les mêmes habitudes que le précédent. Fr. Cuvier a fondé sur cet animal son nouveau genre athérure, que nous ne croyons pas devoir adopter, pour ne pas trop multiplier des coupes absolument insignifiantes. Si véritablement les pores-épics devaient se diviser, il me semble que l’on ne devrait en former que deux genres : l’un renfermerait les espèces à queue non prenante, et ayant cinq doigts aux pieds de derrière ; l’autre se composerait

silis. IL est couvert d’aiguillons courts, nombreux, entièrement blancs, excepté à la pointe, entremélés de poils bruns; les jambes, les pieds et le bout du museau sont couverts d’une sorte de crins bruns. Sa patrie et ses mœurs me sont inconnues.

L'Urson (Ærethizon dorsatum, Fr. Cuv. Hystrix dorsata, Gur.. Le Porc-Épic velu, G. Cuv. L'Urson de Burr.) a environ deux pieds (0,650) de longueur, non compris la queue, qui a huit pouces (0,217); son corps est couvert de piquants beaucoup plus courts que ceux du porc-épic ordinaire, en partie blancs ou jaunâtres, et en partie bruns ou noirâtres; ces piquants, au plus, longs de trois pouces (0,081), sont en partie cachés dans de longs poils d’un brun roussâtre et assez rudes; le dessous de sa queue est garni de poils roides et bruns; le ventre, les pattes et le museau sont couverts de soie d’un brun noirâtre. Il habite les États-

Le Porc-Epic ordinaire.

de celles qui ont la queue prenante et quatre doigts aux pattes postérieures. Le premier comprendrait par conséquent ies hystrix, acanthion , erethizon et atherura; le second les coendu et sphiggurus. Si nous n'avons pas opéré ici cette fusion, c’est parce que nous avons l’intention de présenter la science telle que l’ont faite les naturalistes de nos jours.

36° Genre. Les ACANTHIONS (Acanthion, Fr. Cuv.) ont le même système dentaire que les précédents; mais leur chânfrein, au lieu d’être fortement arqué, est presque droit; les os du nez forment un parallélogramme allongé, et les crêtes occipitales ne sont que médiocrement allongées.

L’ACANTHION DE Java (Acanthion javanicum, FR. Cuv.) n’était connu de Frédéric Cuvier que par une tête apportée de Java par M. Leschenault.

L’ACANTHION DE DAUBENTON (Acanthion Daubentonii, Fr. Cuv.) n'est, comme le précédent, connu que par une tête osseuse beaucoup moins effilée à cause des os et du nez qui sont moins larges ; le front est plus aplati et le crâne plus étendu d’avant en arrière.

97 Genre. Les ÉRÉTHIZONS (Erethiron, Fr. Cuv.), avec le même système dentaire que les porcs-épics, ont cependant les dents plus simples et à contour moins anguleux; les os du nez sont courts, les arcades Zygomatiques très-saillantes; les pieds antérieurs ont quatre doigts, les postérieurs cinq; la paume et la plante des pieds sont entièrement nues, garnies de pupilles très-petites ; la queue est non prenante. La tête, vue de profil, offre à son sommet une ligne presque droite, interrompue par l'élévation des crêtes orbitaires du front.

L'Eréruzon pe BurFon (Erethizon Buüffonii, Fr. Cuv. Le Coëndou de Burr.) n’est probablement qu'une variété du Coendu prehen-

Unis d'Amérique, et il est assez rare. Il grimpe sur les arbres, et se loge dans leurs troncs creux ou sous leurs racines ; il se nourrit d'écorces, de fruits et de racines, et il paraît que l’écorce résineuse du pin du Canada, ainsi que celle du tilleul glabre, sont les aliments qu'il préfère à tout autre. Sa chair est estimée par les Américains.

L'ÉréTizon macrourE (Erethizon macrourus, Less. Mus macrourus, Des. wystrix macroura, GuL.) a le corps couvert de piquants arrondis, gros, très-serrés et médiocrement longs; sa queue, longue de huit pouces (0,217), se termine par un bouquet de poils dont chacun est composé de plusieurs renflements ressemblant à autant de grains de riz. Séba le dit des Indes orientales.

98° Genre. Les COENDOUS (Coendu, Lacer. Sinethere, FR. Cuy.) diffèrent des genres précédents par leur queue prenante et par leurs pieds de derrière, qui n’ont que quatre doigts. Les parties antérieures de la tête sont très-proéminentes; leur pelage est presque entièrement formé d’épines, et ils n’ont de poils que sur la queue et sous le corps.

Le CoENDou À LONGUE QUEUE (Coendu prehensilis, Less. Synethere prehensilis, Fr. Cuv. Hystrix prehensilis, Gui. Var. B. Hystrio cuandu, Desu. Le Coëndou à longue queue de Burr. Le Porc-Epic à queue prenante, G. Cuv.) a deux pieds (0,650) de longueur, non compris la queue, qui n’a pas moins de dix-huit pouces (0,487). Son corps est couvert de piquants d'une longueur moyenne, jaunes à leur base, noirs dans leur milieu, et blancs à leur extrémité; ils sont très-courts et très-minces sur les côtés de la tête, les membres et la première moitié de la queue. Le dessous du corps et l'extrémité de la queue sont couverts de poils rudes et d’un brun noirâtre.

Cet animal babite l'Amérique méridionale et principalement le

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