‹ Le jardin des plantesChapitre 86 sur 100 · LES TARDIGRADES · texte numérisé non relu

LES TARDIGRADES

n'ont point d'incisives, mais dix-huit molaires ou moins; leur museau est court; et tous leurs mouvements sont extrèmement lents.

4er Genre. Les ACHÉES ( Acheus, Fr. Cuv.) manquent d’incisives et de canines , et ont dix-huit molaires toutes en forme de cylindre, dont l'extrémité est creusée, tandis que le rebord est formé d’une substance plus dure; ils ont trois doigts complets à chaque pied, et leurs bras sont deux fois plus longs que leurs jambes. Ils ont une courte queue.

L'Aï (Acheus aï, Fr. Cuv. Bradypus tridactylus, Lin. — Des. L'Aï de Burr. Le Paresseux des voyageurs. Le Zhocoudgi des Botocoudos.

Cet animal extraordinaire est de la grandeur d’un chat; son front est saillant, comme tronqué en avant; son pelage, grossier et ressemblant à du foin sec, est d’un gris brunâtre, souvent ta-— cheté de blanc sur le dos, où règne le plus ordinairement une large tache jaune on orangée, traversée par une ligne noire longitudinale. Il a plusieurs variétés assez remarquables, dont l’une, V4? à collier, est regardée par Temminck comme espèce; les autres sont : l’4% dos brülé, l’Aï à face jaune, V'At à collier noir et l'A? gris cendré.

Cet animal a été pour presque tous les naturalistes, sans en excepter Buffon et Georges Cuvier, un sujet d'erreur la plus complète, parce que, malgré leur excellente critique, ils se sont

Paris. Typographie Plon frères, rue de Vaugirard, 36.

laissé influencer par les contes absurdes des anciens voyageurs, et peut-être aussi par des opinions préconcues. Écoutons d'abord Buffon : « Nous disons, pour revenir à nos deux animaux (laï et l'unau), qu'autant la nature nous a paru vive, agissante, exaltée dans les singes, autant elle est lente, contrainte et resserrée dans ces paresseux ; et c’est moins paresse que misère, c'est défaut, c’est dénûment, c’est vice dans la conformation ; point de dents incisives ni canines; les yeux obscurs et couverts, la màchoire aussi lourde qu’épaisse, le poil plat et semblable à de l'herbe séchée, les cuisses mal emboîtées et presque hors des hanches , les jambes trop courtes, mal tournées et encore plus mal terminées; point d’assiette de pieds, point de pouces, point de doigts séparément mobiles; mais deux ou trois ongles excessivement longs, recourbés en dessous, qui ne peuvent se mouvoir qu’ensemble , et nuisent plus à marcher qu’ils ne servent à grimper; la lenteur, la stupidité, l'abandon de son être, et mème la douleur habituelle résultant de cette conformation bizarre et négligée ; point d'armes pour attaquer ou se défendre ; nul moyen de sécurité, pas même en grattant la terre; nulle ressource de salut dans la fuite : confinés, je ne dis pas au pays, mais à la motte de terre, à l'arbre sous lequel ils sont nés, prisonniers au milieu de l'espace; ne pouvant parcourir qu'une toise en une heure, grimpant avec peine, se trainant avec douleur, une voix plaintive et par accents entrecoupés, qu'ils n'osent élever que la nuit : tout annonce leur misère, tout nous rappelle

ces monsires par défaut, ces ébauches imparfaites mille fois projetées, exécutées par la nature, qui, ayant à peine la faculté d'exister, n’ont dû subsister qu'un temps, et ont été ensuite effacés de la liste des êtres. » Pour achever ce triste portrait, Buffon ne manque pas de répéter que ces animaux, après avoir mangé toutes les feuilles d’un arbre, se laissent tomber au risque de se briser les os, etc., etc. Enfin il ajoute que « ce sont peutêtre les seuls que la nature ait maltraités, les seuls qui nous offrent l’image de la misère innée. »

Cuvier, imbu de toutes ces idées, mais plus anatomiste que Buffon, après nous avoir dit que la nature, en créant ces animaux, semble avoir voulu s'amuser à produire quelque chose d'imparfait et de grotesque, cherche à trouver la cause de ces misères prétendues dans leur organisation. « Leurs doigts sont réunis ensemble par la peau, dit-il, et ne se marquent au dehors que par d'énormes ongles comprimés et crochus, toujours fléchis vers le dedans de la main ou la plante du pied. Leurs pieds de derrière sont articulés obliquement sur la jambe, et n’appuient que par le bord externe; les phalanges de leurs doigts sont articulées par des gynglymes serrés, et les premières se soudent, à un certain âge, aux os du métacarpe ou du métatarse; ceux-ci finissent par se souder ensemble faute d'usage. A cette incommodité dans l’organisation des extrémités, s’en joint une non moins grande dans leurs proportions. Leurs bras et leurs ayantbras sont beaucoup plus longs que leurs cuisses et leurs jambes, en sorte que, quand ils marchent, ils sont obligés de se traîner sur leurs coudes; leur bassin est si large et leurs cuisses tellement dirigées sur le côté, qu'ils ne peuvent rapprocher les genoux. Leur démarche est l'effet naturel d’une structure aussi disproportionnée. Ils se tiennent sur les arbres et n’en quittent un qu'après l'avoir dépouillé de ses feuilles, tant il leur est pénible d'en gagner un autre; on assure même qu'ils se laissent tomber de leur branche pour s’éviter le travail d’en descendre. »

Nous allons maintenant faire l'histoire vraie de l’aï, et ce sera une réfutation complète de tout ce qu'ont avancé les célèbres naturalistes que je viens de citer.

Lai est très-commun au Brésil, à Cayenne, à la Nouvelle- Espagne, et généralement dans toute l'Amérique intertropicale, Il habite exclusivement sur les arbres, dans les forêts composées d'ambaïba (Cecropia peltata) dont les feuilles font sa principale et peut-être son unique nourriture. Il parcourt les forèts en passant d'un arbre à l’autre par les branches; il sait parfaitement profiter, pour cela, du vent qui, en les agitant, met leurs rameaux en contact, et il saisit avec beaucoup d’agilité ce moment. Jamais, si ce n'est par force ou par accident, cet animal ne descend à terre, où il n’a rien à faire; il lui serait donc tout à fait inutile de pouvoir y marcher ; aussi la nature lui a-t-elle refusé celte faculté, comme elle l’a refusée aux orangs et à quelques autres singes éminemment grimpeurs, et devant passer, ainsi que lui, toute leur vie sur les arbres. Et pourtant, c’est sur des individus arrachés à leurs forêts, à leurs habitudes, placés sur la terre plate, que les naturalistes ont décidé que l'aï était d’une lenteur excessive, et qu'il lui fallait une heure pour parcourir la distance de deux mètres, ce qui est d’ailleurs une grande exagéralion. L’aï, sur la terre, esL en effet obligé de se trainer avec peine sur ses coudes, à cause de la longueur de ses jambes aniérieures, mais cela n'empêche pas qu'il ne grimpe sur les arbres, sinon avec une grande agilité, du moins avec une extrême facilité, MM. Quoy et Gaimard ont eu vivants pendant quelques jours, sur le vaisseau l'Uranie, deux de ces animaux, et ils ont observé qu'il faut beaucoup rabattre de la lenteur qu'on leur attribue. « Tout l'équipage a vu laï monter en vingt-cinq minutes du gaillard d’arrière au haut du grand mât ; il parvint successivement, en moins de deux heures, au sommet de tous les mâts, en allant de l'un à l’autre par les étais, Une autre fois, étant descendu par l'échelle du gaillard d’arrière et touchant l’eau par

une de ses pattes , il s’y laissa volontairement tomber , et nagea aisément, la tête élevée. » Nous remarquerons en outre que cet animal est tout à fait nocturne, qu'il ne jouit de tout le développement de ses facultés que la nuit, et que ces observations ont été faites le jour. Sur la terre, pendant l'obscurité, il marche de la même manière que les chauves-souris, et d’un mouvement assez vif.

Cherchons si son organisation est aussi malheureuse qu'on le dit, quand on la considère dans ses rapports avec les habitudes de l'animal; nous verrons qu’au contraire, loin d’être un mal pour lui, cette organisation, qui paraît si informe et si bizarre, est un bienfait de la nature. L’aï ne se tient pas sur les branches ainsi que le font les singes et les écureuils, mais par-dessous , et le corps suspendu par les quatre pattes; qu'il marche, qu'il mange, qu'il dorme, il ne quitte jamais cette attitude, qui pour ces animaux est celle du repos, à cause de l'extrême prédominance que leurs muscles fléchisseurs ont sur les extenseurs. Leurs gros ongles arqués, embrassant toute l'extrémité des doigts et naturellement recourbés vers la paume de la main, les phalanges de leurs doigts soudées au métacarpe et au métatarse, ceux-ci qui s’ossifient de manière à ne former, à un certain àge, qu'une seule pièce, tout cela leur donne une puissance d’accrochement, si je puis me servir de cette expression, qui rend pour eux fort commode une position intolérable pour tout autre animal. Leurs jambes écartées par l'énorme largeur de leur bassin ou quelquefois par de longues clavicules, leur permettent d’embrasser les grosses branches sans la moindre fatigue; la paume des mains et des pieds articulés obliquement, leur permet de poser les pattes à plat sur les côtés des branches qu'ils embrassent; leur cou, composé de neuf vertèbres (ce qui est unique parmi les mammifères), leur permet d’allonger la tête, de la tourner dans tous les sens pour saisir les feuilles sur les rameaux à distance; l’axe de la tête étant le même que celui de la colonne vertébrale, la bouche regarde en haut quand l'animal est debout; ce qui dispense les aïs, lorsqu'ils sont suspendus, de relever la tête par un effort musculaire soutenu; ils broient les feuilles avec des dents parfaitement adaptées à cet usage; leurs poils, plats et grossiers, ressemblant, par la forme et la couleur , à de l'herbe desséchée ou de la mousse, les dérobent à la vue des animaux carnassiers et des oiseaux de proie qui pourraient les attaquer. En cas de chute, ils ont une force de vitalité cent fois plus considérable qu'un chat; et tout cela ils le doivent à une organisation que G. Cuvier appelle imparfaite et grotesque, et Buffon, misérable, faute par ces naturalistes d’avoir connu iles habitudes et les besoins de ces singuliers animaux. S'il m'était permis, dans un ouvrage du genre de celui-ci, d'entrer dans de plus grands détails anatomiques, on verrait qu'il n’est pas une de leurs prétendues imperfections qui ne soit une preuve irrécusable de la haute sagesse qui a présidé à la création. À

L’aï, qui jusqu’à ce jour n’a été étudié que dans des lieux et des circonstances pour lesquels la nature ne l’a point créé, vit au fond des plus sombres forêts, où la hache de l'homme n'a point encore établi de clairière ; il est doux, tout à fait inoffensif, et parait peu intelligent par la raison qu'il a peu de besoins; solitaire sur l'arbre qui le nourrit, il y passe une partie de sa ie, et ne pense à le quitter que lorsqu'il en a dévoré toutes les feuilles. « Il marche d'un bon pas, dit le voyageur anglais Watterton ; et si, comme moi, vous l'aviez vu passer d’un arbre à l'autre, vous ne seriez plus tenté de lui donner injustement la qualification de paresseux. » S'il ne peut passer sur un autre arbre au moyen de l’entre-croisement des branches, il ne se laisse pas tomber, comme on l’a dit, mais il en descend fort bien, en quelques minutes, et se traine sur la terre aussi vite qu'il le peut pour en regagner un autre. Si on le surprend dans ce moment, il s'arrête, et cherche à se défendre comme il le peut; pour cela, il s’assied sur son derrière et joue des bras de devant, l’un après

DASYPOIDES:

l’autre, absolument comme un aveugle qui chercherait à enlacer de son bras un objet qu'il ne verrait pas, ou plutôt comme une mécanique. S'il parvient à saisir le bâton dont on le frappe ou tout autre objet, il le serre contre sa poitrine avec une telle force, qu'il est fort difficile de le lui arracher, et il ne le lâche qu'en mourant. Dans la joie comme dans la douleur, il fait entendre le eri qui lui a valu son nom; mais il reste silencieux tant qu'il n’est pas agité par une passion. La femelle ne fait qu'un petit qu’elle soigne avec la plus grande tendresse, Elle met bas non pas sur terre, mais sur un lit de mousse qu'elle établit à la bifurcation de deux ou trois grosses branches. Au bout de quelques jours les ongles du petit se sont assez affermis pour qu'il puisse s’accrocher au dos de sa mère, où il est suspendu comme elle l’est elle-même aux branches qu'elle parcourt. Ces animaux ont la vie extraordinairement dure, et on ne parvient à les faire tomber de l’arbre où ils s'acerochent qu'après leur avoir tiré plusieurs coups de fusil. Ils remuent encore pendant plus d'une heure après qu’on leur a arraché le cœur et les entrailles. « Le voyageur de Lalande, dit Desmoulins, aidé de son domestique, a inutilement essayé pendant une demi-heure d'étrangler un aï avec une corde grosse comme le doigt, l'animal ne cessait d’étendre et de ramener ses bras en crochets sur la poitrine par intervalles; ce qu'il fit encore plusieurs heures au fond d’un tonneau d'alcool, où on le tint ensuite submergé. »

Ces animaux, pris jeunes, s’apprivoisent aisément, mais sans

jamais s'attacher. On les nourrit de pain et de lait et de quelques espèces de feuilles que l'expérience apprend à connaître. Ils ne boivent jamais, et se reculent même de l’eau qu'on leur présente avec un dégoût très-marqué. Transportés dans nos climats, ils ne vivent pas longtemps, parce qu'ils craignent excessivement le froid et l'humidité. On connait encore deux espèces d’aï, l'acheus ustus et l'acheus torquatus, LeEss., qui diffèrent fort peu du précédent et habitent tous deux le Brésil.

2e GENRE. Les BRADYPES (Bradypus, Lix.) diffèrent des aïs par une foule de caractères anatomiques, dont voici les plus saillants. Ils ont dix-huit dents, savoir : deux canines en haut et en bas, aiguës et plus longues que les molaires ; huit molaires supérieures et six inférieures, toutes cylindriques. Leurs jambes antérieures sont très-grêles, d’un cinquième plus longues que les postérieures; leur tête est petite, arrondie; leurs pieds n'ont que deux doigts, réunis et terminés par deux griffes fortes et crochues. Ils manquent totalement de queue.

L'Unau (Bradypus didactylus, Lan. — Desu. L'Unau de Burr. et G. Cuw.) est de moitié plus grand que l'aï, auquel, du reste, il ressemble beaucoup ; sa face est oblique ; son pelage est d’un gris brun uniforme, qui prend quelquefois une teinte roussâtre. Il habite les mêmes contrées que l'ai et lui ressemble tellement en tout, que faire l'histoire de l’un, c’est faire l'histoire de l’autre.

LES DASYPOÏDES

ont le museau allongé, les membres à peu près égaux; les uns n'ont pas de dents du tout; d’autres ont des molaires seules; d’autres encore ont des incisives et des molaires, ces dernières sont au nombre de vingt-six à quatre-vingt-seize.

5e Genre. Les TATOUS (Dasypus, Lin. Euphractus, WaGL.) ont trente-huit dents, savoir : deux incisives en haut et quatre-en bas; point de canines; seize molaires supérieures el seize inférieures; toutes les dents sont sans racines; la langue est peu extensible; la tête, le corps et la queue sont recouverts d’un test dur et écailleux, à petits compartiments semblables à des pavés ; ce test, ou carapace, est composé de plusieurs parties; un bouclier sur le front, un second bouclier arrondi sur les épaules, un autre semblable sur la croupe, et des bandes mobiles transversales, plus ou moins nombreuses, entre les deux. Quelquefois tous leurs pieds ont cinq doigts, tous armés d'ongles robustes. Tous les animaux de ce genre sont doux et inoffensifs.

Le Tarou-Povou ou Excouserr (Dasypus encoubert, Des. Dasypus sexcinctus et Dasypus octodecimcinctus, Lin. Dasypus selosus, Wien. Le Tatou à six bandes, G. Cuv. L'Encoubert et le Cirquinçon de Burr.).

Ce singulier animal a la tête large, aplatie et triangulaire, recouverte d’un bouclier osseux, comme tout le dessus du corps; la cuirasse qui lui couvre le dos est composée de six à sept bandes mobiles, formées de pièces grandes, rectangulaires, lisses, plus longues que larges; sa queue est longue comme la moitié de son corps, ronde, portant des anneaux osseux seulement à sa base : ses oreilles sont assez longues; son bouclier postérieur est dentelé en scie; les parties non écailleuses de son corps sont garnies de poils blanchâtres, assez longs et assez fournis; tous ses pieds ont cinq doigts munis d'ongles médiocres; il a deux mamelles pectorales.

Le tatou-poyou habite l'Amérique méridionale et est assez commun au Paraguay. Nous nous étendrons peu sur son histoire, parce qu’elle est exactement la même que celle des animaux composant les genres priodonte et tatusie, qui ont été

séparés des tatous par Fr. Cuvier. Tous ces animaux sont exelusivement des parties chaudes de l'Amérique. Leur chair est assez bonne à manger; mais il parait que celle des petites espèces est plus délicate que celle des grandes , et que celle de l’encoubert est la moins estimée de toutes. Quoi qu'il en soit, on leur fait une chasse assez active.

Ces animaux ont tous plus ou moins la faculté de se rouler en boule, à peu près comme notre hérisson, et dans cet état ils -présentent à leurs’ennemis la cuirasse dure qui les recouvre; mais comme tous ne sont pas également bien armés, et qu'il existe des vides, surtout dans cette attitude, entre les boucliers et les bandes du dos, la dent des animaux carnassiers trouve aisément un passage, et leurs armes défensiyes ne leur servent pas à grand’chose. Le tatou-poyou ne jouit pas, à un aussi haut point que les autres, de la faculté de se mettre en boule, mais il peut, quand il est menacé d’un danger, s’aplatir contre la terre, dont il a un peu la couleur, au point de disparaître aux yeux de ses ennemis, parce qu'alors il ne ressemble plus qu'à une légère inégalité du sol. Celui qui a vécu à la ménagerie était craintif, nocturne, cherchait toujours à se cacher, et, dans ce but, il aplatissait son corps de facon à présenter trois fois plus de largeur que de hauteur. Sa voix était une sorte de grognement, qu'il faisait surtout entendre lorsqu'on le contrariait, et il courait avec beaucoup de vitesse. Ces animaux sont très-inoffensifs, n’attaquent jamais les êtres plus faibles qu'eux, et cependant ils ne répugnent pas à se nourrir de lambeaux de cadavre quand ils en trouvent; leur nourriture habituelle consiste en fruits, en légumes et en racines, qu'ils savent fort bien déterrer en fouillant la terre avec leur nez, à la manière des cochons. Ils habitent des terriers qu'ils se creusent, les uns dans les savanes humides, et les grandes espèces sur le penchant des collines sèches et arides. Ils ereusent la terre avec une telle vitesse, que, sous ce rapport, ils ne peuvent être comparés qu'à la taupe. Ne pouvant ni courir bien vite (si l’on en excepte l’encoubert), à cause de Ja brièveté de leurs jambes, ni sauter, ni grimper sur les arbres, ils n’ont de ressource, pour échapper au danger, que de se jeter

dans leur terrier; s'ils sont poursuivis de trop près, et qu'ils n'aient pas le temps de gagner leur retraite, ils se mettent à creuser, et pour peu que le chasseur soit à cinquante ou soixante pas d’eux, ils ont déjà disparu sous la terre lorsqu'il arrive. Si leur queue paraît encore en dehors et qu'on la saisisse, ils se cramponnent avec tant de force dans leur trou, qu'on la leur casse plutôt que de les en arracher; dans ce cas, on est obligé, sans les lâcher, d'ouvrir le terrier en avant, et on les a ainsi sans les mutiler. Lorsqu'ils sont tout à fait enfoncés dans un terrier profond, on ne peut les en faire sortir qu’en les inondant d’eau ou en les enfumant. Aussitôt qu'ils sont pris, ils se roulent en

On a dit que les tatous vivaient en société amicale avec les serpents à sonnettes, et qu'ils n’en craignent pas la morsure; que leur graisse , leurs écailles calcinées avaient des propriétés admirables en médecine; mais tous ces vieux contes, avancés par Ménard, Ximénès et d’autres, sont complétement tombés en désuétude.

4e Genre. Les PRIODONTES (Priodontes, Fr. Cuv.) ont quatrevingt-dix-huit dents, savoir : point d’incisives, point de canines; cinquante molaires à la mâchoire supérieure et quarante-huit à l'inférieure ; pour l'ordinaire, car ce nombre varie un peu d'in-

Le Tatou-Poyou.

boule, et pour les faire étendre on les jette dans l'eau ou on les place devant un feu un peu vif.

On dit que pendant une grande partie de l’année ces animaux restent dans leur terrier sans en sortir. Ce qu'il y a de plus certain, c’est qu'ils s’y tiennent pendant tout lejour, et qu'ils n’en sortent que la nuit pour aller chercher leur nourriture. Gumilla

prélend que la femelle met bas tous les mois, et que chaque fois elle fait quatre pelits; il faut que cela soit, car on chasse continuellement ces animaux , soit au fusil, avec des chiens, soit aux piéges, et le nombre ne parait pas en être beaucoup diminué. Pour cette chasse on emploie une race de petits chiens qui les poursuivent avec acharnement, et rarement le tatou leur échappe, à moins qu'il ne se trouve à proximité d’une roche escarpée ou d’un ravin; dans ce cas, il s'approche du bord, se contracte en boule, et se laisse rouler au fond du précipice sans le moindre danger, grâce aux écailles qui le défendent.

dividu à individu ; ;joutes ont à peu près les mêmes proportions et sont plus ou moins comprimées latéralement. Elles sont divisées longitudinalement dans leur milieu par une partie plus claire et demi-transparente. Ils ont deux mamelles pectorales, cinq doigts aux pieds de devant, et tous les autres caractères des genres précédents et suivants.

Le TATOU NoIR DES BOIS Ou TATOU GÉANT (Priodontes giganteus, Fr. Cuv. Dasypus gigas, Fr. Cuv. Dasypus gigas, G. Cuv. Dasypus giganteus, Desn. Le Deuxième Kabassou de Burr. Le Grand Tatou, »’AzzarA) a quelquefois plus de trois pieds de longueur (0,975), non compris la queue, qui est ronde, longue d'un pied et demi (0,487), et recouverte d’écailles imbriquées comme des tuiles; la tête, proportionnellement plus petite que dans les armadilles, est blanchâtre, avec le museau long et les oreilles assez petites; la cuirasse se compose de douze ou treize bandes mobiles, à compartiments plus longs que larges ; le flanc et la queue

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sont blanchâtres comme la tête, le reste du corps est noirâtre. Il habite le Paraguay et vit dans les bois.

3e Genre. Les ARMADILLES (Tatusia, F. Cuv.) ne diffèrent des deux genres précédents que par leur système dentaire : elles ont trente-quatre dents, savoir : point d'incisives, point de canines; dix-huit molaires en haut et seize en bas. Les unes ont quatre . doigts aux pieds de devant, les autres cinq.

Le Maraco (Tatusia apar, Less. Dasypus apar, Desm. Dasypus tricinctus, Lin. Le Tatou apar de Burr. Le Tatou à trois bandes de G. Cuv. Le Tatou apara de Marcc.) est d’une médiocre gran-

à neuf bandes de G. Cuv. Le Cachichame de Burr. Le Tatou noir p'Azzara. Le Pichi de Mouina) a souvent quinze pouces de longueur (0,406), non compris la queue, qui est de la même longueur, ronde et annelée dans toute son étendue; la cuirasse est ordinairement composée de neuf bandes, quelquefois de huit ou sept, rarement de six, à compartiments rectangulaires; les compartiments des boucliers sont pelits et arrondis; tous sont noiràtres. IL n’a que quatre doigts aux pieds de devant; ses oreilles sont très-longues, et il a quatre mamelles. Il est très-commun à la Guyane, au Paraguay et au Brésil. Il creuse très-habilement son terrier, d’où les chasseurs le retirent à grande peine pour le manger.

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