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LES MONOTRÈMES

placés par Temminck, et avant lui par Latreille, à la fin de la classe des mammifères, y eussent aussi été placés par moi, si, comme je l'ai dit dans l'introduction, je ne m'étais fait une loi de suivre strictement la classification de Cuvier. Is manquent de dents ; ils ont, comme les oiseaux, un os de la fourchette et un eloaque commun ; comme chez les marsupiaux on leur trouve sur le pubis des os surnuméraires, mais ils n’ont pas de poche. Tous leurs pieds ont cinq doigts.

40e Genre. Les ORNITHORHYNQUES (Ornithorhynchus, BLu- MENS.) manquent de dents véritables, mais ils ont à chaque maxillaire deux tubercules fibreux, aplatis, quadrilatères à leur couronne, n'ayant ni émail, ni substance osseuse, et qui ont été comparés à des dents; leur museau consiste en un véritable bec analogue à celui des canards , corné, élargi, déprimé, dentelé sur les bords, portant les narines à sa base supérieure; les pieds sont palmés, ceux de derrière portent un ergot analogue à celui des oiseaux. On a débité beaucoup de contes sur ces singuliers animaux.

Le MOuFLENGONG Où ORNITHORHYNQUE PARADOXAL (Ornithorhynchus paradoæus, BLUMENS. Les Ornithorhynchus fuscus et rufus de PÉRON et Lesueur. Platypus anatinus, Snaw. Le Water-mole des habitants de Sydney).

Cet animal est certainement l’être le plus singulier qui existe dans la nature, et il semble avoir été créé exprès pour embarrasser les naturalistes. Sa tête est ce qu'il y a de plus extraordinaire, au premier coup d'œil; elle est postérieurement recouverte d’un poil court et lisse; la petitesse des yeux et le manque d'oreilles, ainsi que la forme générale du crâne, lui donnent un peu l'apparence de celle d’une taupe : mais ce crâne se prolonge antérieurement en un véritable bec, muni de membranes cornées, courtes et presque flottantes à sa base. Dans ce bec se trouvent deux langues soudées : une longue, extensible, hérissée de poils courts et serrés; une courte, épaisse, portant en avant deux petites pointes charnues. L'animal est à peu près de la grosseur d'un lapin de garenne; son corps est allongé, presque cylindrique ainsi que celui d’un phoque, couvert de poils roussâtres, menus et lisses, terminé par une queue courte, mais

aplatie comme celle d'un castor, et lui servant également de gouvernail quand il nage; ses jambes sont très-courtes; les pieds de celles de devant sont munis d’une membrane qui non-seulement réunit les doigts, mais dépasse de beaucoup les ongles, et il résulte de cette bizarrerie sans exemple que les doigts semblent comme perdus dans une sorte de nageoire. Dans Jes pieds de derrière la membrane se termine à la racine des ongles; mais ils ont une autre singularité non moins remarquable : ils sont armés, comme les pattes d’un coq, d’un ergot particulier, long, pointu, posé sur une glande et non porté par un os, ce qui le rend légèrement mobile quand il appuie sur un corps étranger. Cet ergot est percé, dans sa longueur, d'un canal par où s'échappe une liqueur onctueuse, que les naturalistes ont dite venimeuse, quoiqu'il n’en soit rien. La femelle manque d’ergot, mais elle a à la place un petit trou, ou plutôt une fente longue au plus d’une ligne (2 millim.), épanchant la même liqueur quand la glande est comprimée. Enfin, l'anatomie de l'animal offre des faits si étranges, qu’on y retrouve des caractères appartenant aux oiseaux, aux reptiles et aux mammifères de plusieurs ordres.

L'ornithorhynque a soulevé plusieurs polémiques toutes plus curieuses les unes que les autres, et c’est le scalpel à la main que les naturalistes ont fait et soutenu les romans les plus bizarres, faute de connaître les mœurs de l’animal, ses habitudes, dont ils traitent si dédaigneusement l'étude de roman. Citons quelques-unes de leurs opinions vraiment fantastiques. En 1827, les Annales des sciences naturelles inséraient un article anonyme, traduit de l’Anthologie de Florence, dont voici quelques échantillons : « L’ornithorhynque habite les marais de la Nouvelle- Hollande : il fait, parmi des touffes de roseaux, sur le bord des eaux, un nid qu'il compose de bourre et de racines entrelacées, et y dépose deux œufs blancs, plus petits que ceux des poules ordinaires; il les couve longtemps, les fait éclore comme les oiseaux , et ne les abandonne que s’il est menacé par quelque ennemi redoutable. Il paraît que pendant tout ce temps il ne mange ni semence ni herbe, et qu'il se contente de vase prise à sa portée, ce qui suffit pour le nourrir. Il plonge, etc., et n’emploie ordinairement qu’une narine pour respirer l'air. Le mâle, le seul qui soit armé d’un éperon à la jambe de derrière, emploie

cette arme contre ses agresseurs. La blessure qu'il fait produit une inflammation et une très-vive douleur, mais il n’y a pas d'exemple qu'elle ait occasionné la mort. » Et qu'on ne croie pas que ceci est un conte, un puff de journaliste, comme disent les Américains. Des hommes du premier mérite, les naturalistes les plus distingués ont voulu prouver, le scalpel à la main, que l’ornithorhynque fait des œufs, et ils se sont tellement complu dans cette opinion, que plusieurs ont nié à Meckel que la femelle ait deux mamelles, lors même qu'ils les voyaient. Examinons donc maintenant si tout ce merveilleux se soutiendra devant les observations des voyageurs, et racontons l’histoire de cet animal ielle que la racontent ceux qui l'ont étudié dans la Nouvelle- Hollande.

Le mouflengong est un animal nocturne, qui fuit la clarté du soleil parce qu’elle l’incommode, et qui ne sort que le soir et le matin, pendant le crépuscule, pour aller nager sur le bord des marais et des rivières. Il habite des terriers qu'il creuse sur les dunes, le plus près de l’eau possible, et qui ont la profondeur et la largeur d'un terrier de lapin. Il ne fait pas de nid au milieu des roseaux, mais au fond de son trou ; il n’y pond pas deux œufs gros comme ceux d’une poule, car son bassin très-étroit ne permettrait pas le passage à un œuf même beaucoup plus petit, mais il y met bas trois ou, rarement, quatre petits, qui sont presque nus en naissant, et qui n’ont pas alors plus d’un pouce et demi (0,041) de longueur, quoique, à l'âge adulte, ils atteignent vingt pouces (0,542) : c'est-à-dire qu'au moment de leur naissance, leur taille, comparée à celle de leurs parents, est à peu près la même proportionnellement que dans les autres animaux. La femelle allaite ses petits, et voilà ce qui a embarrassé les naturalistes, car, comment avec un bec corné, disentils, les petits peuvent-ils teter? Mais la nature y a pourvu. La femelle a bien réellement des mamelles sur le ventre, mais elles manquent de mamelon, et les canaux excréteurs du lait viennent au contraire aboutir à une petite fossette enfoncée. Le jeune ornithorhynque saisit avec un côté de son bec une grande partie de la mamelle, la presse, et le lait est ramassé avec sa langue double à mesure qu’il sort, sans qu'il y ait même besoin de succion. Les ornithorhynques ne vivent ni de semences, ni d'herbe, et encore moins de vase, mais de vers et d'insectes aquatiques. Sans cesse ils nagent sur les bords vaseux des marais, et ils barbotent dans la boue et dans les herbes, absolument à la manière des canards. Ils nagent parfaitement bien, avec beaucoup de vitesse, et plongent à une assez grande profondeur pour ramasser les insectes du fond de l’eau; puis ils viennent respirer à la surface non pas avec une seule narine, mais avec les deux, qui sont placées fort près l’une de l’autre, et au premier quart de longueur de la mandibule supérieure du bec, près de sa base. Quant à l’ergot du mâle, ce n’est point une arme, comme l'ont dit quelques personnes, encore moins un organe pour maintenir sa femelle pendant l’accouplement, qui se fait de la même manière que chez les autres mammifères; c'est tout simplement un organe sécréteur analogue aux glandes que les oiseaux, et surtout les oiseaux aquatiques, ont sur le croupion. L'animal, avant d'entrer dans l'eau et après en être sorti, se passe à plusieurs reprises les pattes de derrière sur le corps, se lisse le poil, et répand dessus la liqueur onctueuse qui, chez le mâle, est sécrétée par l’ergot, et chez la femelle par la petite ouverture qui le remplace. Cette liqueur a la propriété, toujours comme chez les oiseaux, de rendre le pelage imperméable à l’eau. Du reste, ces animaux sont tout à fait inoffensifs , et ne cherchent pas plus à piquer qu'a mordre, quoi qu'on en ait dit. Sur la terre, la brièveté de leurs membres les force à ramper, et cependant leur marche est assez vive; aussitôt qu'ils se croient en danger, ils se jettent à l’eau, dont ils ne s'éloignent guère, ou s’enfoncent dans leur terrier s'ils en sont à proximité. Leurs habitudes ont beaucoup d’analogie avec celles de nos rats d’eau.

M. Bennet, qui habitait Sydney en 1832 et 1853, conserva pendant assez longtemps un ornithorhynque dans un tonneau où il avait mis de l'herbe et de la vase. Il le nourrissait avec du pam trempé dans l’eau, mélangé avec des œufs cuits à dur et de la viande hachée. I était fort doux et montrait quelque intelligence ; par exemple, comme on le conduisait quelquefois à l’eau en le tenant en laisse au moyen d’un ruban qu'on lui attachait à la jambe, il apprit très-vite à connaître le chemin qui menait à la rivière, et marchait devant ceux qui l’y conduisaient. On remarqua qu'il plongeait souvent, qu'il nageait toujours en remontant le courant, qu'il cherchait de préférence les endroits herbeux pour barboter, etc. De temps à autre il sortait de l’eau, venait se coucher sur l'herbe du rivage, et s’occupait avec beaucoup d'action à se lisser les poils avec les pieds de derrière, jusqu’à ce qu'ils devinssent lustrés et brillants. M. Bennet fit beaucoup de recherches pour savoir si ces animaux faisaient des œufs ou des petits; il fit ouvrir un grand nombre de leurs terriers, et enfin dans l’un d’eux il trouva une femelle avec trois petits qui ve— naient de naître, mais jamais le moindre fragment d'œuf ni de coquille. Les petits étaient fort bien portants, et la mère fort maigre; il lui pressa les mamelles et il en sortit du lait, mais en fort petite quantité. En captivité, la mère dormait tout le jour à côté de ses petits , et la nuit elle s’occupait constamment à chercher les moyens de se sauver; elle grattait contre les murailles et parvenait à y faire des trous. Elle mourut de chagrin après une quinzaine de jours. Les petits, que l’on nourrissait comme je l'ai dit plus haut, vécurent. Ils étaient fort gais, fort lestes , et jouaient comme de petits chiens avec assez de grâce. L'un d'eux, au moyen de ses ongles, grimpa en assez peu de temps jusqu'au haut d’une bibliothèque. Ils étaient fort capricieux, et changeaïent souvent de place sans aucune raison appréciable; ils dormaient la plus grande partie de leur temps, et pour cela ils se retiraient dans les endroits les plus obscurs de l'appartement.

Autrefois l’ornithorhynque était très-commun dans la rivière Népéan et au pied des montagnes Bleues; aujourd'hui on ne le trouve plus guère qu'à New-Castle, Fish-River près Bathurst, et dans le Macquarie et le Champbell. On a cru qu'il y en avait plusieurs espèces, parce qu'il varie beaucoup de taille et de couleur; mais il paraît, au moins jusqu’à ce jour, que ces prétendues espèces ne sont que des variétés de l’ornithorhynque paradoxal. Les auteurs qui se sont le plus occupés de l'anatomie de ces animaux si extraordinaires sont : Meckel, Blumenbach, Everard- Home, Vander-Hoeven, Rudolphi, Knox, Patrick-Hill, de Blainville, Georges et Frédéric Cuvier, Geoffroy Saint-Hilaire, Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, etc.

11° Genre. Les ÉCHIDNÉS (Echidna, G.Cuv.) n’ont pas de dents, mais leur palais est garni de plusieurs rangées de petites épines dirigées en arrière ; leur museau est très-mince, très-allongé, et se termine par une fort petite bouche; leur langue est très-extensible; leur corps est ramassé, recouvert de piquants trèsforts; leurs pieds sont courts et ont chacun cinq ongles très-longs et très-robustes ; le mâle a aux pieds de derrière un ergot comme celui de l’ornithorhynque; leur queue est très-courte,

L'Hence-Hoc ou Écmpxé érineux (Echidna histriæ, Cuv. Echidna australiensis, Less. Ornithorhynchus histrix, Home. Tachyglossus histriæ, {uc. Myrmecophaga aculeata, Suaw) est à peu près de la grosseur d’un hérisson, et a la faculté de se rouler en boule comme lui; tout son corps est couvert en dessus de fortes épines coniques, d’un pouce à un pouce et demi (0,027 à 0,041) de longueur, noires à la pointe et blanchâtres sur leur longueur, entourées à leur base de petits poils roux ; des poils courts et roïdes couvrent aussi la tête et le dessous du corps. Cet animal, dont l'organisation est aussi extraordinaire que celle de l'ornithorhynque, avec lequel il a beaucoup d’analogie, habite les environs du port Jackson, dans la Nouvelle-Hollande. Il vit dans des ter— riers, et se nourrit d'insectes et de fourmis qu’il saisit avec sa langue extensible à la manière des pangolins. Il paraît qu'il craint beaucoup la sécheresse, et qu'il ne sort de son trou que

pendant les pluies ; peut-être y reste-t-il dans un état de léthargie, car on l’a vu, dans l'esclavage, avoir de fréquents engourdisséments qui duraient jusqu'à quatre jours de suite. Du reste, il supporte longtemps une abstinence forcée; ce qui rendrait probable son sommeil léthargique pendant toute la saison sèche.

L'Écmoné soyeux (Æchidna setosa, G. Cuv. Aller ornithorhynchus histrix, Hour) ne serait, selon M. Lesson, qu'une variété du précédent, et je serais assez porté à partager cette opinion. Cependant, il estun peu plus grand, ses ongles sont un peu moins longs, plus arqués et plus pointus; tout le corps est couvert de poils longs, doux et soyeux , d’un brun marron, enveloppant les épines dans leur presque totalité; la tête est couverte de poils jusqu'aux yeux; le museau est noir et nu. Il habite la terre de Van-Diemen et le détroit de Bass.

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