DIXIÈME ORDRE DES MAMMIFÈRES
A l'exception du daman, tous les animaux de cet ordre n’ont pas d’ongle, mais une sorte de sabot de corne qui leur enveloppe toute l'extrémité des doigts; ils ont quelquefois les trois sortes de dents, d’autres fois deux seulement; leur estomac est simple, divisé en plusieurs poches, et ils ne ruminent pas; le nombre de leurs doigts varie de un à cinq.
Ire prvision. Pieds à cinq doigts que l’on ne distingue que par les ongles ; une trompe et des défenses.
4e Genre. Les ÉLÉPHANTS (Ælephas, Lin.) sont assez reconnaissables par leur taille gigantesque , leur nez prolongé en une énorme trompe , à leurs défenses longues et arquées, naissant à Ja mâchoire inférieure. Ils ont six ou dix dents, savoir: deux défenses ; pas de canines, deux ou quatre molaires en haut et autant en bas, selon l’époque où on les examine.
L'ÉLépnanr pes Ixpes (Æléphas maximus, Lis. Elephas indicus, G. Cuy. L'Éléphant, Burr. Les Romains l’appelaient bœuf lucanien, parce que le premier avait été vu dans la Lucanie, partie de la grande Grèce). C’est le plus grand des mammifères terrestres qui vivent aujourd'hui sur le globe; sa hauteur est communément de huit à neuf pieds (2,599 à 2,924), et quelquefois davantage ; il diffère de l'éléphant d'Afrique par ses oreilles et ses défenses plus petites, par son front concave, et par ses pieds de derrière qui ont quatre sabots au lieu de trois; sa peauest aussi un peu moins brune. Quelquefois on en trouve des individus albinos, entièrement blancs, et pour lesquels les Indiens ont beaucoup de vénération.
L'histoire de l'éléphant est tellement connue de tout le monde, on en a tellement bercé notre enfance, qu'il serait fastidieux ici de répéter ce que chacun a entendu dire mille fois dans sa vie. Cependant nous rapporterons les faits généraux, avec quelques observations moins connues du public. On a dit que l'éléphant était le plus intelligent des animaux, et en ceci on s’est trompé. Il s'en faut de beaucoup que sen intelligence approche de celle du chien, et même de celle de plusieurs autres carnassiers, et telle était aussi l'opinion de G. Cuvier. Cet animal, d’un aspect imposant et même effrayant par son énorme laille, est néanmoins d’un caractère assez doux et d'une grande docilité; ce sont ces qualités que l’on a prises pour de l'intelligence , et cependant elles ne résultent peut-être que de sa poltronnerie. Il
est certain que lé courage de l'éléphant n’est nullement en rapport avec sa force prodigieuse, et ne peut se comparer à celui du cheval. Je n’en citerai qu'une preuve, c’est que jamais on n’a pu l’accoutumer à entendre la détonation d’une arme à feu sans prendre la fuite, et que depuis qu’on se sert de ces armes dans les batailles, on a été obligé de renoncer à l'employer, si ce n’est pour porter les bagages. Celui de l'Inde n’attaque jamais les hommes ni les animaux, mais s’il en est attaqué il se défend avec la fureur du désespoir, et alors il devient terrible, tant que durent sa peur et sa colère. Une fois pris et apaisé par quelques bons traitements , il devient doux et soumis, et il ne faut que quelques jours pour l’habituer à la servitude et à une obéissance passive. On a dit aussi que l'éléphant était plein de décence, qu'il ne s’accouplait pas en esclavage par pudeur, et que, pour cela, il n'avait jamais produit en captivité. Il y a là dedans autant d'erreurs que de mots. Cet animal ne connaît pas plus la pudeur que les autres animaux, et on en a vu la preuve à la ménagerie de Paris ; il s’accouple et produit à l’état de domesticité, et cela est prouvé depuis l'antiquité, quoique Buffon ait assuré le contraire. Elien et Columelle affirment que les éléphants se reproduisaient à Rome de leur temps, et que ceux qui parurent dans les jeux de Germanicus, sous Tibère, étaient nés dans cette ancienne capitale du monde. Ce qui confirme parfaitement ce fait, c’est que M. Corse, qui dirigea longtemps dans l'Inde les éléphants de la Compagnie anglaise, a réussi récemment à les faire produire. Enfin, une erreur populaire est que ces animaux ne peuvent pas se coucher, qu'ils dorment constamment debout, et que s'ils’sont tombés ils ne peuvent plus se relever. Le vrai est qu'ils s’agenouillent, se couchent et se relèvent quand ils le veulent, mais que l’on trouve chez eux, comme chez les chevaux, des individus qui dorment debout, et par conséquent ne se couchent que très-rarement ou même jamais.
On sait avec quelle adresse ils se servent de leur trompe, qui chez eux remplace la main des singes. Elle leur est indispensable en ce que, ne pouvant baisser leur énorme tête jusqu’à terre, c’est avec elle qu'ils cueillent et portent à leur bouche les herbes et le feuillage dont ils se nourrissent. Dès la plus haute antiquité on les a soumis à la domesticité; on les a dressés à faire le service des bêtes de somme et de trait, et on les employait trèsutilement à la guerre. On leur plaçait sur le dos une sorte de petite tour en bois, dans laquelle se postaient des archers et des
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arbalétriers, qui, hors d'atteinte, incommodaient beaucoup l’ennemi. Depuis l'invention des armes à feu, on ne s’en sert plus que comme bêtes de luxe ou de transport, et au lieu de porter de farouches soldats, ils ne sont plus montés aujourd’hui que par des rajas efféminés et leurs femmes. C’est un très-grand sujet de gloire pour un prince asiatique que d’avoir un grand nombre d’éléphants dans ses écuries, et il se croit au faîte de la grandeur quand il peut en posséder un ou deux blancs. Chaque éléphant est confié aux soins d’un homme que les Indiens nomment mahoud, et que nous appelons cornac. Pour le conduire, il se met assis ou à cheval sur son cou, et il dirige sa marche en lui tirant légèrement l'oreille du côté où il veut le conduire, au moyen d'un bâton dont le bout est armé d’un petit crochet de fer. Les princes indiens se servent souvent de ces animaux pour faire la chasse au tigre sans beaucoup de danger, car si la bête féroce fait mine de se lancer sur les chasseurs, l'éléphant la sai-
pèces d'éléphants antédiluviens dont nous ne nous occuperons pas ici, parce que leur histoire appartient à celle des animaux fossiles, et ne doit pas entrer dans le cadre de cet ouvrage.
Ie prvisiOn. Trois sortes de dents dans le plus grand nombre, deux au moins dans les autres; pieds terminés par quatre doigts au plus, et par deux au moins.
2e Genre. Les TAPIRS (Tapirus, Briss.) ont quarante-deux dents, savoir: six incisives en haut et six en bas ; deux canines supérieures et deux inférieures ; quatorze molaires à la mâchoire supérieure et douze à l'inférieure, présentant à leur couronne, avant d’être usées, deux collines transverses et rectilignes ; leur nez consiste en une petite trompe mobile, sans doigts au bout; leur cou est assez long , arqué; ils ont deux mamelles inguinales ; leurs pieds de devant ont quatre doigts et ceux de derrière trois.
L'Eléphant femelle de l'Inde.
sit aussitôt avec sa puissante trompe, la jette loin de là, ou la perce de ses défenses et la foule avec ses pieds: du moins on le dit.
A l'état sauvage, les éléphants vivent en grandes troupes et n'habitent que les forêts les plus solitaires des contrées chaudes de l'Asie et des grandes îles de l'archipel indien, Lorsqu'ils se croient menacés de quelque danger, on dit que les vieux mâles marchent à la tête du troupeau, et les femelles à la suite avec leurs petits. Du reste, lorsqu'ils sont attaqués, ils se défendent avec leur trompe et avec leurs défenses, quand ils en ont, car, dans l’espèce de l’Inde, les femelles en ont rarement de saillantes hors des lèvres, et celles des mâles sont toujours très-courtes. Ces animaux ont une vie très-longue, mais dont la durée a été beaucoup exagérée. Ce sont leurs défenses, particulièrement celles de l'espèce d'Afrique, qui fournissent l’ivoire du commerce.
L'Écévuanr p'Arrique (Elephas africanus, Cuv. Le Naghe des Abyssins. Le Manzao où Man:o du Congo) est un peu moins grand que le précédent. Il a la tête ronde, le front convexe, les oreilles très-grandes ainsi que les défenses, dont la femelle est aussi bien armée que le mâle; il n’a que trois doigts aux pieds de derrière, au lieu de quatre. Il habite toute l'Afrique méridionale, depuis le Sénégal jusqu’au Cap. Quoique plus farouche et plus courageux que l'éléphant de l'Inde, il n'en avait pas moins été soumis à la domesticité par les Carthaginois. Aujourd’hui on ne le trouve plus en servitude que dans les ménageries. On connaît, sous les noms de mammouth et de mastodontes, plusieurs es-
Le Maïrourt où TAPIR D'AMÉRIQUE (Tapir americanus, Li. L’Anta ou Tapir de Burr. Le Tapürète de Marce. Le Mbourica ou le Mborebi n'Azzara. Le Tapihire-êté, le Tapir-gouaçou et le Manipouri des Indiens. L’Anta, le Danta et le Vagra des Espagnols).
Cet animal surpasse quelquefois la taille d’un âne ordinaire, mais il est moins haut sur jambes, plus trapu, et son corps est arqué comme celui d’un cochon; son cou est gros, charnu , formant comme une sorte de crête sur la nuque, et portant une courte crinière dans le mâle et quelquefois dans la femelle, selon d’Azzara. Son corps est épais, presque nu, et le peu de poil qui le couvre est, comme sa peau, d’un brun foncé; sa tête est grosse, longue, et, ce qui lui donne une figure très-bizarre, il a une trompe charnue, mobile dans tous les sens, dont il se sert avec beaucoup de dextérité pour arracher de la vase les racines des plantes aquatiques. Sa queue est courte, en forme de tronçon.
Le maïpouri est un animal triste, extrêémement timide, qui n'ose sortir de sa retraite que la nuit, pour aller se plonger dans les eaux des lacs, des marais et des rivières dont il habite les bords. Il n’est aucunement carnassier, vit de plantes et de racines, et ne se sert de ses dents ni contre les hommes ni contre les animaux. Sa douceur, ou, si l’on aime mieux, sa poltronnerie lui fait éviter tout combat, et lorsqu'il est attaqué, il ne sait que fuir ou mourir. Cependant, quand il est dans l'eau, il semble que son habileté en natation lui donne quelque velléité de courage, car on en à vu, dit-on, avant de succomber, se lancer contre les canots d’où partaient les coups dont on les frappait; mais ce n’est jamais que réduits à la dernière extrémité, que le
désespoir de la peur les détermine à un semblant de défense. Le tapir a quelque analogie avec le sanglier dans ses habitudes. Comme lui il aime à se vautrer dans la fange des marais, mais avec cette différence qu'ayant de rentrer dans son fort, il a le soin de se laver! dans l’eau claire, jusqu'à ce qu'il ne lui reste aucune ordure sur le corps; comme lui il se nourrit de racines, de fruits, d'herbe et de graines, mais jamais de chair ; comme lui, il ne se détourne pas de son chemin quand il fuit, et renverse brutalement tout ce qui se trouve sur son passage, hommes et animaux ; mais il ne cherche jamais à les blesser avec les dents. Pris jeune', on l'élève et l’apprivoise avec la plus grande facilité ;
prend à courir de toutes ses forces, en baissant la tête et la mettant presque entre ses jambes de devant, ce qui lui donne fort mauvaise grâce. Il tâche de gagner l’eau le plus promptement possible, s’y jette, plonge et disparaît aussitôt, et nage sous les ondes avec une telle rapidité, que ce n’est quelquefois qu’à deux ou trois cents pas qu'il reparaît pour respirer et plonger de nouveau. La femelle ne fait qu'un petit, qui, en naissant et pendant les premiers mois de sa vie, porte une jolie livrée semblable à celle des faons. La mère lui est fort attachée tant qu'il porte cette livrée ; mais aussitôt qu'elle commence à s’effacer, c’est-à-dire quand il est assez fort pour pouvoir se passer de
Le Tapir d'Amérique.
il s’'impatronise dans la maison, va furetant partout, brise, par maladresse, toutes les choses fragiles qui sont à sa portée, et se rend fort incommode à force de familiarité.
Autrefois ces animaux étaient très-communs dans les forêts solitaires et les savanes de toute l'Amérique méridionale. Mais depuis qu'on s’est servi d'armes à feu pour les chasser, le nombre en est beaucoup diminué, quoiqu'ils ne soient pas encore trèsrares, et le plus ordinairement ils vivent solitaires et isolés. Cha-
ses soins, elle l’abandonne et ne le reconnaît plus. La chair du maïpouri est dure, coriace, peu agréable, cependant les sauvages la mangent. Mais ce qu’ils estiment le plus dans cet animal, c’est sa peau qui est épaisse et si dure quand elle est sèche, qu'ils en font des boucliers que les flèches ne peuvent pas percer.
Le Maïsa (Tapirus indicus, Fr. Cuv. Tapirus malaganus, RarrL. Le Tennu des Malais. Le Gindol ou Babi-alu des habitants de Sumatra) diffère du précédent par son pelage court et ras, d’un
que soir ils quittent leur forêt pour gagner la rivière où ils ont coutume de se baigner, et ils rentrent au bois chaque matin, en passant exactement par le même endroit, de manière qu'ils finissent par se tracer dans les broussailles des sentiers aussi battus qu'une grande route. Cette singularité les trahit, et les Indiens vont se poster sur ce passage pour les tuer à coups de fusil, ou bien ils creusent des fosses qu'ils recouvrent de gazon, et ces animaux manquent rarement d'y tomber. On chasse aussi le tapir avec des chiens, et aussitôt qu'il est relancé dans son fourré, il se
blanc sale , avec la tête, le cou, les épaules, les jambes et la queue d’un noir foncé ; le mâle-n’a pas de crinière sur le cou. Il est commun à Sumatra et dans la presqu'île de Malaka.
Le PiNcuAQuE (Tapirus pinchaque, Rourix) diffère du maïpouri par son occiput aplati, sa nugue ronde; son pelage épais, d'un brun noirâtre, une place nue sur les fesses, et une raie blanche à l'angle de la bouche. On le trouve dans l'Amérique méridionale, mais il n’habite que le sommet des montagnes et jamais la plaine.
5e Genre. Les RHINOCÉROS ( Rhinoceros, Lin.) ont trente-deux dents : deux incisives en haut et en bas, ou nulles ; point de canines; quatorze molaires à la mâchoire supérieure et autant à l'inférieure; ils ont trois doigts à chaque pied : leur peau est trèsépaisse, nue et rugueuse; ils ont une ou deux cornes fibreuses sur le nez, et deux mamelles inguinales.
Le Ranocéros pes Inpes (Rhinoceros indicus, G. Cuv. Rhinoceros unicornis, Lin. Rhinoceros unicornu , Bonn. Le Rhinocéros, Burr. L'Abada des Indiens) a neuf ou dix pieds (2,924 ou 5,249) de longueur, et cinq à six de hauteur (1,624 à 1,949), et quelquefois davantage. Après l'éléphant, c’est le plus puissant des mammifères terrestres. Ses formes sont massives ; sa tête est raccourcie et triangulaire, portant une seule corne sur le nez; il a deux fortes incisives à chaque mâchoire; ses yeux sont fort petits. Ses oreilles et sa queue seules sont garnies de quelques poils grossiers et roides, et le reste de sa peau est nu, d’un gris foncé violâtre: elle est marquée de deux sillons profonds, l’un en arrière des épaules, l’autre en avant des cuisses, et sans cela il.ne pourrait guère se mouvoir, car sa peau est si épaisse, si dure et si sèche, qu’il est impossible de la percer avec une balle. La ménagerie, lorsqu'elle était à Versailles, en a possédé un individu vivant.
La corne que le rhinocéros porte sur le nez est composée de poils agglutinés, et ne paraît être qu'un prolongement de l’épiderme ; elle ne tient qu’à la peau et n’a aucune adhérence ayec les os sur lesquels elle est placée. Les anciens lui attribuaient la propriété de détruire l’effet des poisons les plus dangereux, et les tyrans soupçonneux de l'Asie s’en faisaient faire des coupes qui avaient une valeur exorbitante. La corne du rhinocéros lui sert rarement d'arme défensive, car cet animal, paisible quoique très-farouche, n’attaque jamais, et sa force redoutable fait que les animaux le craignent et ne lui font pas la guerre. Il ne l’emploie donc le plus souvent que pour détourner les branches et se frayer un passage dans les épaisses forêts qu'il habite. Son caractère est triste, brusque, sauvage et indomptable ; ses jambes courtes, son ventre presque trainant, ses formes grossières, la petitesse de ses yeux, dénonçant sa stupidité, en font un être assez malgracieux. 11 vit solitairement dans les bois, à proximité des rivières, où il aime à aller se vautrer dans la vase. Il se nourrit de feuilles et de racines, et l’on prétend que pour avoir celles-ci il ouvre la terre ayec sa corne; mais ce fait me paraît douteux, ear elle est recourbée du côté des yeux et placée de manière qu'il doit lui être extrêmement difficile, si ce n’est impossible, d’en présenter la pointe au sol. Sa lèvre supérieure, la seule partie de son corps où il puisse avoir le sens parfait du tact, est allongée et mobile; il s’en sert avec assez d'adresse pour saisir et arracher les végétaux dont il se nourrit. Lorsqu'il est paisible , sa voix est faible, sourde, et a quelque analogie avec le grognement d’un cochon; mais lorsqu'il est irrité, il jette des cris aigus qui retentissent au loin. La femelle ne fait qu’un petit, qu’elle porte neuf mois, et pour lequel elle a beaucoup de sollicitude; quand elle en est suivie, sa rencontre peut devenir dangereuse , surtout si elle le croit menacé. Alors elle se précipite avec fureur sur les animaux qu'elle rencontre, et le tigre lui-même est obligé de fuir à toutes jambes pour éviter sa terrible rencontre.
Aussi capricieux que stupide, le rhinocéros passe subitement, sans cause el sans transitions, du plus grand calme à la plus grande fureur. Alors cette pesanteur, cette sorte de lourde paresse font place à une légèreté effrayante ; il bondit à droite et à gauche par des mouvements brusques et désordonnés, puis il s’élance devant lui avec la rapidité du meilleur cheval, brise, renverse et foule aux pieds tout ce qui se trouve sur son passage, et pousse des cris à faire trembler le plus intrépide chasseur. Aussi n'ose-t-on l’attaquer que monté sur les chevaux les plus vifs et les plus légers. Les chasseurs, dès qu'ils l’ont aperçu, le suivent de loin et sans bruit, jusqu'à ce qu'il se soit couché pour dormir ;
alors ils s’approchent sous le vent, car si le rhinocéros a la vue mauvaise, il a l’odorat très-fin, et flaire de fort loin l'approche de son ennemi quand le vent lui apporte ses émanations. Parvenus à la portée du fusil, les chasseurs descendent de cheval, visent l'animal à la tête, font feu , et s’élancent sur leurs chevaux pour fuir avec vitesse s’il n’est que blessé, car alors il se jette ayec rage sur ses agresseurs ; et malheur à eux s’il parvenait à les atteindre ! Mais comme sa course est toujours en ligne droite, au moyen de quelques écarts prompts qu’ils font faire de côté à leurs chevaux, ils parviennent à éviter sa rencontre, et d'autant plus aisément que le rhinocéros, ainsi que le sanglier, ne se détourne jamais dans sa course et ne revient point surses pas. Les habitants du pays où l’on trouve ces énormes animaux les chassent pour avoir leur corne, à laquelle, ainsi que nous l'avons dit, ils accordent des propriétés merveilleuses, pour manger sa chair, qu'ils trouvent fort bonne, et enfin pour avoir sa peau, dont on fait d'excellentes soupentes de voiture.
Pris très-jeune, le rhinocéros de l'Inde se familiarise jusqu'à un certain point et devient assez doux; cependant il faut- toujours se défier de ses caprices. Si on l’arrache à ses déserts lorsqu'il approche de l’âge adulte, il conserve pour toujours sa farouche brutalité. En esclavage, il se nourrit très-bien de riz, de pain et de sucre. Cet animal a deux fortes incisives à chaque mâchoire.
Le Ramocéros DE JAVA (Rhinoceros javanicus, et Rhinoceros sondaïcus, G. Cuv. Le Rhinocéros unicorne de Java, Camp.) n’a pas plus de huit pieds (2,599) de longueur , non compris la queue, qui a un pied (0,525); sa hauteur moyenne est d’un peu plus de quatre pieds (1,299) : les jeunes ont quatre incisives, mais il leur en tombe deux quand ils deviennent adultes; la peau est couverte de tubercules pentagones , et-forme de grands plis derrière les épaules et aux cuisses. 11 n'a qu’une corne, placée près des yeux; des poils courts, roides et bruns, sont épars sur son corps, lui bordent les oreilles, et garnissent l’extrémité de sa queue ; sa tête est courte, à chanfrein concave; ses yeux sont petits; enfin il lui manque ce pli dans le sens de l’épine du dos, comme on le voit sur l’épaule du précédent. Il habite Java et a les mêmes mœurs que les autres espèces.
Le RamNocénos pe SuuaTrA (Rhinoceros sumatranus, RareL. Rhinoceros sumatrensis, G. Cuv. Le Buddah de Mars». Le Badak des habitants de Sumatra) a quatre incisives à chaque màächoire, mais il lui en tombe deux à la mâchoire supérieure quand il atteint un certain âge. Il n’a guère que cinq à six pieds de longueur (1,624 à 4,949), sur trois ou quatre de hauteur (0,975 ou 4,299). Son nez porte deuxicornes, dont celle placée près des yeux est plus courte que l’autre ; sa peau est'rugueuse, couverte de poils assez rares, roides et bruns; les plis de ses épaules et de sa croupe sont peu marqués; sa peau a peu d'épaisseur, presque sans plis ; sa tête est un peu allongée; ses yeux sont bruns et petits; sa lèvre supérieure est petite, pointue, recourbée en dessous ; ses oreilles, bordées de poils noirs et courts, sont petites et pointues. Il habite Sumatra.
Le RHnocéros D'AFRIQUE (Rhinocéros africanus, G. Cuv. Rhinoceros bicornis, Camrer. Le Nabal des Hottentots. Le Rhinocéros d'Afrique, Burr.) a de onze à douze pieds de longueur (5,575 à 5,898). Son hez porte deux cornes; il manque d'incisives et n’a point de plis à la peau, qui est presque entièrement nue : ses yeux sont petits, enfoncés ; ses oreilles sont bordées de quelques poils noirs, et sa queue en porte un bouquet à l'extrémité. Cette espèce habite le pays des Hottentots, la Cafrerie, et probablement tout l’intérieur de l'Afrique méridionale. Elle fréquente le burd des grandes rivières, se relire dans les bois qui ombragent leurs bords, et parait encore plus farouche que le rhinocéros des Indes.
Le Rmvocéros pe BurcueLL (Rhinoceros Burchelii, Less. Rhinoceros simus , BurouELL) pourrait bien être une simple variété du précédent, quoique sa taille soit beaucoup plus grande, H en différerait par ses lèvres et son nez, qui seraient très-élargis et
comme tronqués. Bruce, Gordon et d’autres voyageurs ont sigualé quelques autres espèces ou variétés de rhinocéros d'Afrique, mais que je ne connais pas assez pour les mentionner ici. Quant au Burchelii, je ne doute pas que ce ne soit une variété du précédent.
Ille piston. Dents comme dans la division précédente ; quatre doigts aux pieds de devant, trois aux pieds de derrière.
4e Genre. Les DAMANS (Hyraæ, Her.) onttrente-quatre dents: deux incisives fortes, recourbées , sans racines, à la mâchoire supérieure, quatre à l'inférieure; point de canines ou deux très-petites, mais seulement dans la jeunesse; quatorze molaires en haut et autant en bas, conformées comme celles des rhinocéros ; corps couvert de poils; queue ne consistant qu’en un tubercule; museau et oreilles courts; tous les doigts munis d’un petit sabot arrondi, excepté le doigt interne de derrière, qui est armé d'un ongle crochu et oblique.
L'Askaxoro ou Daman pu Car (Hyrax capensis, Des. Caria capensis, Pazc. Le Daman et la Marmotte du Cap, Burr. L’Askhkoko et le Gihe des Abyssins. L'Agneau d'Israël et le Nabr des Arabes. Le AKlip-dass des Hollandais. Le Daman des Syriens). Cet animal ne dépasse pas la taille d'un lapin. Ses formes sont lourdes ; son corps est allongé et bas sur jambes; sa tête est épaisse et son museau obtus; son pelage est doux, soyeux, très-fourni, d'un gris brun en dessus et blanchâtre en dessous; il a une petite tache plus foncée sur l'œil, et quelquefois une ligne dorsale plus foncée que le fond du pelage. Il habite le cap de Bonne-Espérance, l'Abyssinie et le Liban, et ne se trouve que dans les montagnes hérissées de rochers.
Cuvier dit (Ossem. fossil. ) : « Il n’est point de quadrupède qui prouve mieux que le daman la nécessité de l'anatomie pour déterminer les véritables rapports des animaux. » En effet, personne n’eût deviné, ayant ce grand naturaliste, que le daman, grand comme un lapin, se creusant un terrier, ayant une jolie et douce fourrure, les formes d’un cochon d'Inde ou d’une marmotte, les mœurs douces, le caractère aimant, susceptible de s’attacher à son maître; que le daman placé par tous les naturalistes avec les rongeurs à cause de ses formes générales, de sa physionomie, de ses habitudes douces et intelligentes, de son goût recherché pour la propreté; on n'aurait jamais deviné, dis-je, que le daman était un rhinocéros, c’est-à-dire le portrait en miniature du plus farouche, du plus stupide et du plus brutal des quadrupèdes, dont le plus grand plaisir est de se vautrer dans la fange. Grâce soit donc rendue à l’anatomie, car sans elle j'aurais certainement pris le daman, non pour un rhinocéros, mais pour un rat! Cependant ne serait-il pas possible que ce que le grand naturaliste prend ici pour une preuve de l'utilité de l'anatomie pût être pris aussi pour une preuve de l'abus qu’on en peut faire quand on s’en sert avec des idées préconcues? Les véritables rapports naturels du daman sont-ils bien ceux qui, brisant tous les liens de formes, d'aspect, de grandeur, de mœurs , d'habitudes et d'intelligence, le retirent d’auprès de la marmotte, auprès de laquelle un grand homme aussi, Buffon, l'avait placé, pour en faire un rhinocéros? Je ne sais. Quoi qu'il en soit, ce petit animal habite de préférence les montagnes boisées, au milieu des roches les plus escarpées et les plus roides. Quelquefois il se creuse un terrier analogue à celui d’un lapin, mais très-souvent il se contente d’un trou d’arbre ou d’une fente de rocher. Il est très-vif, très-alerte, et se retire précipitamment dans son fort à la moindre apparence de danger, au plus petit bruit qui vient frapper son oreille très fine. Aussi est-il très-difficile de s’en emparer, car, une fois dans son trou, il se laisse étouffer par la fumée ou noyer par l’eau qu'on y introduit, plutôt que d’en sortir, Tous les petits mammifères carnassiers lui font une guerre active, mais les oiseaux de proie sont les plus dangereux de ses ennemis, parce qu'ils l’é-
pient d’une roche ou d’un arbre voisin, et dès qu'il est éloigné de quelques pas de sa retraite, ils se précipitent sur Jui à l’im— proviste, le saisissent et le déchirent. Il se nourrit d'herbe comme le lièvre, s’apprivoise très-facilement, et il est très-susceptible d’attachement, Outre cette espèce, on connaît encore les damans : h. syriacus ou sinaïticus; h. rufipes ou dongolanus; h. habessenicus, de l'Abyssinie, Eurems., et le daman des arbres, h. arboreus, d’Andrew Smith. Ce dernier habiterait également le Cap.
3e Genre. Les PÉCARIS (Dicotyles, G. Cuv.) ont trente-huit dents, savoir : quatre incisives à la mâchoire supérieure et six à l'inférieure ; deux canines en haut et deux en bas, ne sortant pas de la bouche; douze molaires à chaque mâchoire; les doigts intermédiaires sont plus longs que les autres, et appuient sur la terre; ils ont sur le dos, près des lombes, une ouverture glanduleuse d'où suinte une humeur très-pénétrante et très-fétide ; enfin leur queue est excessivement courte, large et plate. Du reste , ils ressemblent beaucoup au cochon.
Le Tayrerou ou PÉcARI À COLLIER (Dicotyles torquatus, Fr. Cuv. —Desw. Sus tajassu , Lan. Le Pécari où Tajassou, Burr. Le Patira de quelques provinces de l'Amérique).
IL est de la taille d’un moyen cochon , il a deux pieds et demi (0,812) de longueur. Son corps est couvert de soies roides, analogues à celles des sangliers, annelées de blanc sale et de noir dans leur longueur, d’où résulte un pelage d'un gris foncé uniforme ou tiqueté; une large bande blanchâtre lui descend obliquement de chaque épaule, en écharpe. Les jeunes sont d’un brun fauve clair, avec une ligne noirâtre sur le dos.
Le taytetou habite les forêts de toute l'Amérique méridionale, vit en famille mais non pas en troupe comme le croyait Buffon, se loge dans les antres des rochers , et plus communément dans les trous que la vieillesse a creusés au pied des troncs d'arbres. Buffon dit qu’on ne le trouve que dans les montagnes, d’autres assurent qu'il ne fréquente que les plaines. Le vrai est qu'on le rencontre dans toutes les forêts où il peut trouver sa nourriture, consistant en racines et en fruits. Les glandes qu'il a sur le dos exhalent en tout temps, mais surtout quand il est irrité, une odeur empestée ayant un peu d'analogie avec celle de l'ail, mais beaucoup plus désagréable. Il parait néanmoins qu’elle n'infecte pas la chair si on a le soin d'enlever les glandes aussitôt que l’animal vient d’être tué, car les Américains le mangent et le regardent comme un fort bon mets. Ils le chassent avec des chiens; mais, comme il a l’odorat très-fin, souvent il découvre les chasseurs et la meute longtemps avant d’avoir été découvert par eux, alors il fuit avec rapidité et se jelte dans quelque trou profond, entre les rochers, d'où il est fort difficile de le retirer. Dans sa colère il hérisse sur son dos son poil beaucoup plus dur et plus roide que celui du sanglier, il pousse des cris aigus, se défend avec courage, et mord cruellement. Le mâle ne quitte jamais sa femelle, et l’on ne rencontre ces animaux que par couple; à moins qu'ils ne soient suivis de leurs petits, que les parents protégent jusqu'à ce qu'ils soient capables de pourvoir eux-mêmes à leurs besoins, Alors la famille se sépare par couple pour ne plus se réunir,
Le taytetou est sauvage, grossier, peu intelligent, et comparable , aussi bien sous le rapport de ses habitudes que de ses formes, à notre sanglier. Cependant, malgré son humeur farouche, il s’apprivoise fort bien, et multiplie même en captivité. Deyenu domestique, il a les mœurs de notre cochon. « Les pécaris, dit Buffon, perdent leur férocité naturelle, mais sans se dépouiller de leur grossièreté; car ils ne connaissent personne, ne s’allachent point à ceux qui les soignent ; seulement ils ne font point de mal, et l’on peut, sans inconyénient , les laisser aller et venir en liberté; ils ne s’éloignent pas beaucoup, reviennent d'euxmêmes au gite, et n’ont de querelle qu’auprès de l’auge et de la gamelle, lorsqu'on la leur présente en commun. » Ayant la révo-
lution de Saint-Domingue, le gouverneur La Luzerne avait commencé à les naturaliser dans cette île, et ils s'étaient déjà multipliés à la Gonave. M. le docteur Ricord , ce naturaliste si zélé, si estimé de G. Cuvier, avait fait à Saint-Domingue plusieurs notes intéressantes sur cet animal considéré sous le rapport de la domesticité ; mais elles ont été anéanties dans le fatal incendie qui dévora sa maison et les immenses collections qu'il y avait amas-
tagnicatis se secourent mutuellement lorsqu'ils sont attaqués ; ils entourent les chiens et les chasseurs, les harcèlent par leurs grognements et leurs menaces, et les blessent quelquefois. Azara fait observer, à cet égard, qu’en frappant avec leurs canines, ce n'est pas de bas en haut, comme les sangliers, mais de haut en bas. Ils savent se défendre avec courage contre les animaux carnassiers, et même contre le jaguar, le plus terrible de leurs en-
Le Pécari à collier.
sées avec tant de peines et de périls pendant plusieurs années. Ce voyageur m'a ditque les tentatives faites par M.de La Luzerne n'avaient pas été renouvelées depuis le départ des colons français.
Le Tacnicari (Dicotyles labiatus, Fr. Cuv. Sus tajassu, Lin. Le Pecari tajassou des naturalistes) est plus grand que le précédent, et a été confondu avec lui par Linné, Buffon, et d’autres naturalistes. Il en diffère par sa couleur entièrement d'un brun noi-
nemis, et quoique plus petits que le sanglier, ils sont; plus dangereux que lui, parce qu'ils se précipitent en grand nombre sur leur assaillant, et le déchirent de mille morsures à la {fois. Du reste, les tagnicatis sont extrêmement faciles à apprivoiser et deviennent même très-familiers. En domesticité, ils contractent les mêmes habitudes que nos cochons; ils en ont la démarche, les goûts, la manière de manger, de boire, de fouir la terre, mais
Le Pécari tignicati.
râtre , par ses lèvres blanches, et par la concavité de son chanfrein. Il habite! particulièrement le Paraguay, et vit en troupes composées quelquefois de plus de cent individus. Il se nourrit de graines , de racines, de fruits sauvages; il mange aussi des serpents, des crapauds et des lézards, et, si l’on en croit Buffon, il les écorche avec ses pieds avant de les manger. Ce qu'il y a de plus certain, c’est qu'il est omnivore comme notre cochon, dont il a les mœurs et toutes les habitudes. Ainsi que ces derniers, les
ils sont plus propres et ne se vautrent pas dans la fange. Jamais ils ne se mélent avec les taytetous , ni n’habitent les mêmes bois. Leurs glandes dorsales n’exhalent pas non plus une odeur aussi désagréable. Autrefois ils étaient beaucoup plus communs qu'aujourd’hui, mais comme ils font un dégât énorme dans les champs de cannes à sucre, de maïs, de maniocs et de patates, où ils se jettent, on leur fait une guerre d’extermination qui en a beaucoup diminué le nombre.
IVe pivision. Les trois sortes de dents; quatre doigts à tous q g les pieds.
Ge GENRE. Les BABIROUSSAS (Babirussa, Fr. Cuv.) ont trentequatre dents, savoir : quatre incisives en haut et six en bas; deux canines supérieures sortant, non de la bouche, mais du museau, et se recourbant en demi-cercle vers les yeux ; deux inférieures arquées et aiguës, comme chez les sangliers. Du reste, ils ressemblent assez au cochon, quoiqu'ils aient les formes plus lourdes.
L’Azrourous ou Bagec-Rosoo (Babirussa alfurus, Less. Sus babirussa , Lis. Le Babiroussa ou Cochon cerf, Burr. — G. Cuv. Le
de débris de foin ou de paille; du moins ceux de la ménagerie se sont fait un tel lit aussitôt leur arrivée, et ces animaux ont trop peu d'intelligence pour que ceci leur ait été inspiré par le froid s'ils n’en eussent eu l’ancienne habitude. Ils ne s’apprivoisent pas aussi facilement que le disent Buffon et Valentya, et, dans l'esclavage, leur caractère reste toujours inquiet et farouche.
7e Genre. Les COCHONS (Sus, Lin.) ont quarante-quatre dents, savoir : six incisives en haut et autant en bas; deux canines à chaque mâchoire, recourbées dans le haut et latéralement; quatorze supérieures et quatorze inférieures, à couronne tuberculeuse; leur museau est tronqué, terminé par un boutoir; leur
Le Tapir, paysage du Brésil.
Sanglier des Indes orientales, Briss. Le Baby-russa des Malais) est de la grandeur de notre sanglier, mais à corps proportionnellement plus gros, à formes plus arrondies : sa peau est noire, presque nue, ridée ou plissée ; les défenses, très-longues et très-grèles dans le mâle, manquent dans la femelle. Cet animal, dont la ménagerie a possédé deux individus , habite les forêts marécageuses dans l’intérieur de l’île Bourou, l’une des Moluques, et, dit-on, les îles Philippines, les Célèbes, Bornéo et l’archipel des Papous. Il aime l’eau, nage et plonge fort bien, et se jette dans les ondes aussitôt qu'il est poursuivi. Il se nourrit de racines, d'herbes et de fruits, et il aime particulièrement le maïs; si l'on s’en rapportait à Buffon, qui du reste parait avoir fort peu connu cet animal, il vivrait en troupe , mais les habitudes qu'il avait à la ménagerie me font croire ce fait très-douteux. Il se retire par couple dans des trones d’arbres creux ou dans d’autres trous, où il se couvre entièrement, ayec sa femelle, de feuilles sèches ou
corps est couvert de poils roides , de la nature du crin; les deux doigts du milieu sont grands, ayant de forts sabots : les deux doigts extérieurs sont courts et ne touchent pas la terre.
Paris. Typographie Plon frères, rue de Vaugirard, 36. 18
Le-SanGuiEr Commun (Sus scrofa, Lin.) atteint la taille de nos plus grands cochons domestiques, dont il est la souche; ses canines ou défenses sont recourbées en dehors et un peu vers le haut; son corps est trapu, couvert de poils hérissés, d’un brun noir; ses oreilles sont droites. La femelle ou laie est un peu plus petite que le mâle. Les jeunes, nommés marcassins, sont rayés de blanc et de brun pendant leur première jeunesse, et sont alors recherchés pour la table.
Le sanglier habite les forèts les plus grandes et les plus solitaires de toutes les contrées tempérées de l’Europe et de l'Asie. Il ne se trouve pas en Angleterre, probablement parce qu'il y a été détruit dans des temps reculés. Malgré ce que l’on en a dit, ce n'est pas un animal stupide, mais grossier, brutal et d’un courage intrépide. Lorsqu'il fuit devant les chiens de chasse, il est rare que la rencontre d’un homme le détourne de son droit chemin ; il le renverse et le blesse cruellement d’un coup de boutoir, lui passe sur le corps et continue sa route; mais il ne se détourne pas non plus pour courir sur le chasseur, si celui-ci a la précaution d'éviter sa rencontre, Quand il recoit un coup de feu qui le blesse, il n’en est plus de même; quelque éloigné que soit son ennemi, il perce droit à lui au travers de la meute qui le harcèle, el fond sur lui pour se venger. Si l'on évite son premier choc, il est räre qu'il revienne sur ses pas. Du reste, il n’y a guère que les vieux mâles qui agissent ainsi; les femelles et les jeunes se bornent à fuir ou à faire fort contre les chiens, qu'ils estropient fort souvent. Le sanglier croît pendant cinq ou six ans, mais dès sa seconde année il est capable de reproduire son espèce. La femelle entre en rut en janvier et février, elle porte quatre mois, et elle met bas de quatre à dix marcassins. Elle les cache dans les fourrés les plus épais pour les soustraire à la voracité des mâles, qui ne manqueraient guère de les manger s’ils les rencontraient pendant les premiers jours après leur naissance. Elle les allaite pendant trois ou quatre mois, mais elle ne les quitte que longtemps après, et elle ne cessé pas de les instruire, de les protéger et de les défendre. Dans les pays peu peuplés, il arrive parfois que plusieurs familles se réunissent, et forment ainsi des troupes plus ou moins considérables, toutes composés de femelles et de leurs enfants âgés quelquefois de deux ou trois ans. Ils vivent entre eux en fort bonne intelligence, et se défendent mutuellement. Lorsqu'un danger les menace, ils se rangent en cercle, placent au milieu d'eux les marcassins portant encore la livrée, et présentent à l'ennemi leurs boutoirs menaçants, Quant aux vieux mâles , ils vivent solitairement. Ces animaux aiment à se yautrer dans la vase des marais; ils nagent très-bien, et traversent aisément les rivières les plus larges. Pour peu qu'ils soient trop inquiétés dans une contrée, ils la quittent et vont s'établir quelquefois à plus de vingt ou trente lieues de là. Leur nourriture ordinaire consiste en racines, en grains et en fruits, mais ils dévorent aussi les reptiles, les œufs d'oiseau et tous les jeunes animaux qu'ils peuvent surprendre. Malgré leur air lourd, ils courent avec une grande rapidité. Is ne sortent guère de leur bauge que la nuit, et ils dévastent les champs de maïs et de pommes de terre où ils peuvent pénétrer. Le sanglier s’apprivoise très-bien et devient très-familier; il est tout à fait inoffensif tant qu'il est jeune; il s'attache même à la personne qui en prend soin, et Frédéric Cuvier en a vu auxquels on avait appris à faire des gesticulations grotesques pour obtenir quelque friandise; mais il serait imprudent de s’y trop fier quand il devient vieux.
Le CocuoN DOMESTIQUE n’est rien autre que le sanglier dont une antique servilude a modifié le physique et le moral. On en possède plusieurs races très-distinctes, dont les principales sont :
Le Cochon de Chine. Il a le corps épais, le museau court et concave supérieurement, le front bombé, les poils très-frisés sur les joues et à la mâchoire inférieure ;
Le Cochon du cap de Bonne Espérance ; de la grandeur d'un cochon commun d’un an. Ilale poil rare, dur, noir ou brun foncé;
les oreilles droites; la queue pendante terminée par un flocon de soie ;
Le Cochon de Siam; le Bouré des naturels de l’île Praslin ; le Bouaa des naturels des îles de la Société, de la grandeur du précédent et lui ressemblant ;
Le Cochon commun ou à grandes oreilles ;
Le Cochon turc ou Mongolitz ;
Les Porcs de Pologne, de Russie, de Guinée, ete. Toutes ces races ont elles-mêmes un assez grand nombre de variétés.
Le BÈNE ou SANGLIER DES Papous (Sus papuensis, Less. et Gann.) est petit, long de trois pieds (0,975); canines supérieures trèspetites, de même forme que les incisives; poils courts, épais, d'un fauve brunâtre en dessous, blancs et annelés de noir en dessus; queue très-courte. Il est commun dans les forêts de Ja Nouvelle-Guinée.
Le SANGLIER A MASQUE (Sus larvatus, FR. Cuv.) est de la grandeur de notre sanglier, et n’en diffère que par une protubérance fort grosse, placée de chaque côté de son museau. Il habite Madagascar et l’Afrique orientale.
8e GENRE. Les PHACOCHOERES (Phacochærus, Fr. Cuv.) ont seize ou vingt-quatre dents, savoir ; deux incisives ou point à la màchoire supérieure, et six ou point à la mâchoire inférieure; deux canines en haut et deux en bas; six molaires à chaque mâchoire, composées de cylindres émailleux ; leurs défenses sont très-fortes, latérales, dirigées en haut ; leurs pieds sont comme ceux des cochons; leur queue est courte; ils ont sur les joues de très-grosses loupes charnues.
L’EGaLo (Phacochærus edentatus, Is. Grorr. Sus ethiopicus, Lin. — Pazz. Le Phacochère du Cap; le Porc à large groin des voyageurs; l’Emgalla de la Guinée et du Congo) a plus dé quatre pieds de longueur (1,299), non compris la queue; il manque de dents incisives ; son pelage est d'un gris roux, et sa tête noirâtre ; son cou porte une longue crinière; sous les yeux s'élèvent, de deux pouces trois lignes (0,061), deux protubérances rondes, plates et assez épaisses, simulant à peu près deux oreilles, d’où les chasseurs ont quelquefois donné à cet animal le nom de Porc à quatre oreilles. Au-dessous de ces protubérances et sur la ligne du museau en existent deux autres qui sont dures, rondes et pointues, saillantes en dehors. Du reste, l'engalo ressemble au sanglier. Il habite le cap de Bonne-Espérance, et se nourrit de fruits et de racines qu’il arrache de la terre en fouillant avec ses pattes et son large groin. Il a les yeux très-petits , rapprochés et placés haut, ce qui lui donne une mauvaise vue, mais son ouïe et son odorat sont d’une extrême finesse. Son caractère est capricieux et féroce; cependant, étant pris jeune, il s’apprivoise bien , et reste assez doux pendant ses premières années. Sa force est redoutable, et son courage le rend dangereux pour les chasseurs.
Le PHACOCHOERE À INCISIVES ( Phacochœærus incisivus, Is. GEorr. Phacocharus africanus, Fr. Cuv. Sus africanus , Ge. Le Sanglier du cap Vert, Burr.) diffère du précédent en ce qu'il a des dents incisives; son pelage est noirâtre ; sa queue, terminée par un flocon de poils, lui descend jusqu'aux jarrets ; il lui manque ces sortes de fausses oreilles qu’a le précédent ; enfin sa tête est plus longue et plus étroite. Il habite le cap Vert.
9° Genre. Les HIPPOPOTAMES (Hippopotamus, Lis.) ont trentehuit dents, savoir : quatre incisives en haut et en bas; deux canines supérieures et deux inférieures, ces dernières courbes, et toutes quatre fort grosses; quatorze molaires en haut et douze en bas, dont l'émail figure des trèfles opposés base à base quand elles sont usées ; le corps est très-gros, les jambes sont courtes, la peau est presque entièrement dépourvue de poils; la queue est courte, le museau renflé; les pieds sont terminés par des petits sabots.
L'HiPPOPOTAME AMPHIBIE (Hippopotamus amphibius, Lin. Hippopotamus capensis, DesnouL..) est d’une grosseur énorme, et atteint quelquefois jusqu'à onze pieds (5,573) de longueur sur dix (5,248) de circonférence ; ses formes sont massives, ses jambes courtes, et son ventre traîne presque à terre. Sa tête est énorme, terminée par un large mufle renflé; sa bouche est démnesurément grande, armée de canines énormes, longues quelquefois de plus d'un pied, fournissant de l'ivoire plus estimé que celui de l'éléphant. Ses yeux sont petits, ainsi que ses oreilles; sa peau est nue et d’une grande épaisseur, d'un noir d’ardoise ou d’un roux tanné. Il habite toutes les grandes rivières du midi de l'Afrique, et il paraît qu'autrefois il était assez commun dans le Nil, mais aujourd'hui il n'existe plus en Égypte.
Après l'éléphant et le rhinocéros, l'hippopotame est le plus grand des mammifères quadrupèdes ; comme tous les animaux aquatiques de cette classe, il a beaucoup de graisse sous la peau, et il paraît que sa chair est fort bonne à manger. Cet animal est très-lourd , il marche fort mal sur la terre, mais il nage et plonge avec une extrême facilité, et a, dit-on, la singulière faculté de marcher sous l’eau, sur le fond des rivières, avec plus d'agilité que lorsqu'il est sur la terre. Il peut rester assez longtemps sous l'eau sans venir respirer à la surface, mais non pas une demiheure, comme on l'a dit. Il résulte de tout cela que lorsqu'il est poursuivi il gagne aussitôt la rive d’un lac ou d'un fleuve, se jette dans les ondes , plonge, et ne reparaît à la surface pour respirer qu'à une très-grande distance. Son cri est une-sorte de hennissement ayant beaucoup d’analogie avec celui d’un cheval, ce qui lui a valu son nom d'hippopotame (en grec, cheval de rivière). Son caractère est farouche, et quoiqu'il n’attaque jamais l'homme, si on le poursuit trop vivement, il se retourne pour se défendre; mais sa slupidité ne lui permet pas de distinguer son agresseur du canot ou de la chaloupe qui le porte, et lorsqu'il a renversé ceux-ci ou brisé leur bordage, il ne pousse pas plus loin sa vengeance. « Une fois que notre chaloupe était près du rivage, dit le capitaine Covent, je vis un hippopotame se mettre dessous, la lever avec son dos au-dessus de l’eau, et la renverser avec six hommes qui étaient dedans; mais par bonheur il ne leur fit aucun mal. » Buffon dit que si on le blesse il s'irrite, se retourne avec fureur, s’élance contre les barques, les saisit avec les dents, en enlève quelquefois des pièces ou les submerge.
L'hippopotame passe tous les jours dans l’eau, et n’en sort que la nuit pour aller paître sur le rivage, dont il ne s'éloigne jamais beaucoup, car il ne compte guère sur la rapidité de sa course pour regagner, en cas de danger, son élément favori. Il se nourrit de jones, de roseaux, et lorsqu'il trouve à sa portée des plantations de cannes à sucre, de riz et de millet, il fait alors de grands dégâts, car sa consommation est énorme. On a prétendu qu'il mangeait aussi du poisson, mais ce fait est entièrement controuyé. Sans quitter les lieux marécageux et les bords des lacs et des rivières, il n’est cependant pas sédentaire, car souvent on le voit apparaître dans des pays où il ne s'était pas montré depuis longtemps. Sa manière de voyager est très-commode el peu faligante : le corps entre deux eaux, ne montrant à la surface que les oreilles, les yeux et les narines, il se laisse tranquillement emporter par le courant , en veillant néanmoins aux dangers qui pourraient le menacer. Il dort aussi dans cette attitude, mollement bercé par les ondes. Presque toujours ces animaux vivent par couple, et le mâle et la femelle soignent l’éducation de leur petit, qu'ils aiment avec tendresse et protégent avec courage. On chasse l’hippopotame de différentes manières : quelquefois on se cache, le soir, dans un épais buisson, sur le bord d'une rivière, fort près de l'endroit où il a l'habitude de sortir de l’eau, ce qui se reconnaît à la trace de ses pas. On a le soin de se placer sous le vent et de ne pas faire le moindre bruit, et il arrive parfois qu’il passe sans défiance auprès du chasseur, qui d'un coup de fusil lai envoie une balle dans la tête et le tue
roide. Si l’on manque la tête il se sauve, car sa peau est tellement dure et épaisse, qu'elle ne peut être percée à nulle autre partie de son corps. S'il n’est que blessé, il est également perdu pour le chasseur, parce qu'il se jette dans l’eau et ne reparait plus. Les Nègres, et particulièrement les Holtentots, quand ils ont reconnu le sentier où il passe habituellement en sortant de l'eau et en y entrant, creusent une fosse large et profonde sur son chemin, et ils la recouvrent avec des baguettes légères, sur lesquelles ils étendent des feuilles sèches et du gazon; l'animal manque rarement d'y tomber, et on le tue sans danger à coups de fusil ou de lance.
L'hippopotame, quoi qu'en aient dit beaucoup de voyageurs, fuit l'eau salée et ne se trouve jamais dans la mer. Mais comme il se laisse souvent entrainer par le courant jusqu’à l'embouchure des fleuves, el aussi loin que l’eau reste douce, on a pu l'y rencontrer, et faire confusion en prenant son séjour accidentel et momentané pour sa demeure ordinaire.
L'HippoPOTAME pu SÉNÉGAL (Hippopotamus senegalensis, Desmour..) est ordinairement plus petit que le précédent, dont il ne diffère guère que par des caractères anatomiques. Ses canines sont constamment plus grosses, et le plan sur lequel elles s'usent est beaucoup plus incliné; l'échancrure de l'angle costal de l'omoplate est à peine sensible, ete., ete. IL habite principalement Ja Guinée, et fournit le meilleur ivoire.
Ve Division. Un seul doigt apparent, renfermé dans un unique sabot.
10° Genre. Les CHEVAUX (Æquus, Lin.) ont quarante-deux dents, savoir : six incisives en haut et six en bas; deux canines à chaque mâchoire, séparées des molaires par une barre ou espace intermédiaire ; quatorze molaires en haut et douze en bas, à couronne carrée, marquées de nombreux replis d’émail. Is ont deux mamelles inguinales.
Le CHEVAL ORDINAIRE (Æquus caballus, Lix.) varie considérablement pour la taille et la couleur; on en trouve de noirs, de bruns, de bais, de marron, d'isabelle, de blancs, de pie, etc. Il en est qui ont les poils très-longs et un peu frisés sur tout le corps, mais le plus ordinairement leurs poils sont ras et lisses ; on en voit qui ont la peau entièrement nue, comme les chiens tures. Leurs oreilles sont moyennes; ils n’ont point de croix ou bande noire sur le dos et les épaules; leur queue est garnie de crins depus son origine. Tels sont les caractères spécifiques les moins variables du cheval.
« La plus noble conquête que l’homme ait jamais faite, dit Buffon, est celle de ce fier et fougueux animal qui partage avec lui les fatigues de la guerre et la gloire des combats. Aussi intrépide que son maître, le cheval voit le péril et l’affronte; il se fait au bruit des armes, il l'aime, il le cherche et s’anime de la même ardeur ; il partage aussi ses plaisirs à la chasse, aux tournois, à la course, il brille, il étincelle; mais docile autant que courageux, il ne se laisse point emporter à son feu, il sait réprimer ses mouvements ; non-seulement il fléchit sous la main de celui qui le guide, mais il semble consulter ses désirs, et, obéissant toujours aux impressions qu'il en recoit, il se précipite, se modère ou s'arrête, et n'agit que pour y satisfaire. C’est une créature qui renonce à son-être pour n'exister que par la volonté d'un autre, qui sait même la prévenir; qui, par la promptitude et la précision de ses mouvements, l’exprime et l’exécute; qui: sent autant qu'on le désire, et ne rend qu'autant qu'on veut; qui, se livrant sans réserve, ne se refuse à rien, sert de toutes ses forces, s’excède et meurt pour mieux obéir. » Dans ce peu de lignes et dans son histoire du chien, Buffon a conquis la réputation d’un grand écrivain, et, par contre-coup, celle d’un excellent naturaliste ; ce qui est hors de doute, c’est qu'il mérite la première de ces réputations.
Quelques naturalistes nous ont présenté le cheval comme l'ani-
mal le plus intelligent et le plus affectueux pour l’homme, après le chien et l'éléphant, et ceci est une grande exagération. L'intelligence de cet animal consiste presque toute dans son obéissance passive, automatique, si je puis me servir de cette expression , et cette docilité, qui le ferait s’élancer sans hésitation du bord d’un précipice si son maître l'y poussait, me paraît prouver chez lui plus de machine que d'intelligence. Il est vrai qu'il reconnaît son maitre, qu'il hennit de plaisir à son approche; mais l'indifférence avec laquelle il en change prouve au moins que, s’il y a affection, il n’y a pas d’attachement. Le chien fait cent lieues d'une traite pour retrouver son ami ; il languit, hurle, se désespère s’il en est séparé, et souvent il vient mourir de chagrin sur sa tombe; le cheval a un maître et non un ami, 1l l'oublie quand il ne le voit plus. Redevenu sauvage, dans les immenses savanes de l'Amérique, il a plus d'intelligence et de fierté que le
WG DAMIZ
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qu'elles le peuvent. Descendus de la race andalouse, ils lui sont inférieurs pour la taille, l'élégance, la force et la vitesse. » Pris au lasso et domptés, ces chevaux deviennent dociles, mais ils ne manquent jamais l’occasion de retourner à la liberté. La patrie du cheval sauvage paraît être le désert des environs des mers Caspienne et Aral, jusqu'au cinquante-sixième degré boréal, ct dans ces immenses plaines, il porte le nom de Tarpan. Quelques naturalistes, sans doute pour se conformer à une opinion reçue, ont dit que ces tarpans sont des chevaux autrefois domestiques et redevenus sauvages, et je ne sais trop sur quels faits ils pourraient établir la preuve d'une telle supposition. A travers plusieurs observalions, qui me semblent appuyer une opinion tout à fait contraire, j'en choisirai une. Il est reconnu que tous les chevaux devenus sauvages se domptent avec la plus grande facilité, et en peu de jours prennent toutes les habitudes de docilité
L'Hippopotame,
cheval domestique , parce qu'il a reconquis son indépendance. Au rapport d'Azzara, ces animaux se réunissent en troupes nombreuses, composées quelquefois de plus de dix mille individus, et non-seulement ils vivent tous en bonne intelligence, mais encore ils savent se protéger mutuellement. Précédés par les vieux mâles, qui font l'office d’éclaireurs, ils marchent en colonne serrée que rien ne peut rompre. Si quelque caravane de voyageurs est signalée, «les chefs, dit Desmoulins, vont en reconnaissance, et, selon l’ordre de ces chefs, la colonne, au galop, passe à travers ou à côté de la caravane, invitant, par des hennissements graves et prolongés, les chevaux domestiques à la désertion. Ils y réussissent souvent. Les chevaux transfuges s’incorporent à la troupe et ne la quittent plus (Pallas dit que les troupes de dziggetais embauchent de la même manière les chevaux domestiques). Si les chevaux sauvages ne chargent pas, ils tournent longtemps autour de la caravane avant de faire retraite. D'autres fois ils ne font qu'un seul tour et ne reparaissent plus. Chaque troupe est composée d’un grand nombre de pelotons formés d'autant de juments qu'un seul étalon peut en réunir. Il se bat pour leur possession contre les premiers qui la lui disputent. Les juments reconnaissantes suivent néanmoins le vaincu autant
qui caractérisaient leurs ancêtres ; il n'en est nullement de même des tarpans; pris à tout âge, soumis à tous les modes de traitement, ils ne s’apprivoisent jamais parfaitement et restent toujours farouches et indomptables, comme le zèbre et l’hémione; cette sauvage inflexibilité prouverait en outre, si cela était nécessaire, qu'il n’a rien moins fallu qu’un laps de temps très-considérable, des siècles peut-être, pour les amener à changer de caractère au point d'être les plus obéissants de tous les animaux. Aussi la conquête de l'homme sur le cheval date-t-elle de la plus haute antiquité.
Nous n’entrerons pas dans de plus grands détails sur l’histoire du cheval, parce qu’elle est connue de tout le monde, et nous nous bornerons ici à énoncer sommairement les principales races qu’on en a obtenues.
Les Arabes passent pour les plus beaux et les meilleurs de tous.
Les Barbes sont moins grands et moins étoffés que les précédents, et presque aussi estimés. Parmi ceux-ci les Marocains passent pour les meilleurs , et ceux de Montagnes viennent après.
Les Turcs ne sont pas aussi bien proportionnés, et leurs jambes sont trop menues, ainsi que leur encolure.
Les Persans ont le poil plus ras que les autres.