‹ Le jardin des plantesChapitre 90 sur 100 · LP] CU] · texte numérisé non relu

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Les Arméniens sont un peu mieux faits. Ces trois dernières races sont très-vigoureuses.

Les Espagnols tiennent le second rang après les barbes ; ils ne sont pas communément de grande taille.

Les Andalous passent pour les meilleurs de la race précédente.

Les Anglais sont fort beaux, légers à la course. Ils sont croisés de barbe ou d'arabe et de normand.

Les Italiens sont moins beaux qu'autrefois.

Les Napolitains font encore de bons chevaux d’attelage, malgré la grosseur de leur tête et l'épaisseur de leur encolure.

Les Corses sont remarquables par leur petite taille.

Ceux de la Camargue fournissent de bonnes remontes à la cavalerie. Beaucoup sont blancs.

lei nous finirons une nomenclature qu'il serait inutile de pousser plus loin, en mentionnant pourtant la singulière race Calmouque, à poils longs et lainéux, et dont le muséum possède un bel individu.

Le Dzicéerar (Equus hemionus, Paur. Le Dshikketey de PENx. Le Dziggtai, le Czigithai de quelques naturalistes. Le Mulet sauvage des voyageurs) tient le milieu entre l'âne et le cheval pour

Le Zebre

Les Danois, à cause de leur belle taille, sont très-estimés pour les attelages.

Le Allemands sont beaux, mais, en général, pesants et manquant d’haleine.

Les Hongrois et les Transylvains sont bons coureurs, et fort propres à la remonte de la cavalerie.

Les Croates et les Polonais sont sujets à être bégus.

Les Hollandais, et surtout les Frisons, sont de beaux chevaux de carrosse.

Les Normands sont les plus beaux chevaux de la France, pour le carrosse et le cabriolet.

Les Limosins sont les meilleurs chevaux de selle.

Les chevaux du Cotentin sont très-beaux au carrosse.

Les Francs-Comtois et les Boulonnais sont excellents pour le trait.

Les Bourguignons , Auvergnats, Poitevins et Morvandiaux sont assez laids, mais très-robustes et fournissent de bons bidets.

les proportions, et pour les formes il ressemble au mulet, quoiqu'il ait les jambes plus minces et l'attitude plus légère. Son pelage est isabelle, avec la crinière et une ligne dorsale noires; sa queue est terminée par une houppe noire. Il vil en troupes souvent composées de plus de cent individus, dans les déserts sablonneux de l'Asie, particulièrement dans la Mongolie, l'Indostan et l'Himalaya. Il est très-vigoureux, et peut soutenir,

dit-on, une marche de soixante lieues sans se reposer; habitant des plaines, jamais il ne pénètre dans les montagnes élevées, ni ne pénètre dans les forêts; son ouïe et son odorat sont d'une fiesse extrème ; sa course est d’une telle rapidité, qu'elle surpasse de beaucoup celle d'un cheval, d’où il résulte que, lorsque les Mongols et surtout les Tanguts veulent s'en emparer pour son cuir et sa chair, qu'ils trouvent excellente, ils sont obligés de lui tendre des piéges ou de l’attendre à l'affût, et de le tuer à coups de fusil. Le caractère de cet animal est indomptable, et jamais on n’a pu le soumettre à la domesticité. Le Jardin des

Plantes en possède plusieurs individus assez doux, mais trèscapricieux.

Le Zègre (Equus zebra, Lan. Equus montanus, Burcu. L’Hippotigre ou Cheval-Tigre des anciens. L’Ane rayé du Cap de quelques voyageurs. Le Burro di Matia des Portugais) est plus grand que le dziggetai et approche de la taille du cheval; il est extrèmement remarquable par la beauté de son pelage blanc ou jaunàtre, rayé sur la tête, sur le cou, le corps et les fesses, de bandes noires ou brunes, très-régulières ; il n’a pas de raie noire longitudinale sur le dos; son ventre est blanc, marqué d’une ligne noire au milieu. Sa queue, comme celle de l’âne, est garnie, au bout, de longs poils.

Cet élégant animal habite le cap de Bonne-Espérance, et probablement toute l'Afrique méridionale. On dit l'avoir rencontré au Congo, en Guinée, eten Abyssinie. Si on veut interpréter d’une certaine manière assez vraisemblable plusieurs passages obscurs de Dion Cassius ( Abrégé de Xiphillin ) il paraît que les Romains, sous le règne des Césars, connaissaient déjà le zèbre , et Diodore de Sicile semble le désigner, quoique confusément, dans sa description du pays des Troglodytes. On peut en tirer cette conséquence, que, dans des temps antérieurs, cette espèce occupait une zone beaucoup plus étendue qu'aujourd'hui. Quoi qu'il en soit, le zèbre se rencontre rarement dans les plaines, et semble ne se plaire que dans les pays montagneux. Quoique moins agile que le dziggetai, sa course est très-légère, et les meilleurs chevaux ne peuvent l’atteindre. Il vit en troupes qui aiment à paître l'herbe sèche des lieux les plus escarpés : son caractère est farouche , et comme il a l'organe des sens excellent, il reconnait de très-loin l'approche des chasseurs, et fuit même avant qu’on ait pu l’apercevoir. Aussi n'est-ce guère que par surprise qu'on peut l'avoir à la portée du fusil, et il est presque impossible de s'en emparer vivant, si ce n’est lorsqu'il est fort jeune et qu'on a tué sa mère.

Vainement les Hollandais du Cap ont:ils fait tout ce qu'ils ont pu pour l’apprivoiser et le soumettre à la domesticité. Quel que soit l’âge auquel il a été pris, il reste toujours indomptable, capricieux, rétif, et plus têtu qu'un mulet. Il y a quelques années que la ménagerie en possédait une femelle qui paraissait assez douce. Plusieurs fois elle se laissa atteler à une voiture de travail sans de trop grandes difficultés, mais tout à coup elle se mettait à ruer, entrait en fureur , et brisait harnais et voiture. Deux fois on Ja fit couvrir, une fois par un cheval, et l’autre fois par un âne d'Espagne, et j'ai vu le produit de ce dernier. Il ressemblait beaucoup à sa mère; il teta pendant un an et jusque-là fut trèsdoux; mais à cet âge il changea de ressemblance et de caractère: il devint d'un gris foncé, et il ne lui resta de sa belle livrée que des bandes transversales sur le garrot, les jambes et la queue. Son caractère devint encore plus méchant que celui de sa mère, et il lui est artivé plus d'une fois d'attaquer ses gardiens à coups de pieds et de dents. Il ne hennissait pas, et paraissait éprouver un grand plaisir à se rouler dans la boue ou sur la terre humide. Quoiqu'il ait vécu très-longtemps et qu'il fût très-robuste, on ne s'est jamais apercu qu'il ait été en rut; il étail certainement mulet.

Le Dauw (Equus Burchellii. — Equus montanus, BurcHEL. Equus zebroïdes, Less. Equus zebra, Burcn. Asinus Burchellii, Gray) est plus petit que l'âne, mais ses formes sont beaucoup plus légères et plus gracieuses; ses oreilles sont plus courtes; le fond de son pelage est couleur isabelle, blanchissant sous le ventre; ses jambes et sa queue sont blanches; le dessus est rayé de bandes noires, transversales, alternativement plus larges et plus étroites sur la tête, le cou et le corps : celles des fesses et des cuisses se portent obliquement en avant. Cette charmante espèce habite l'Afrique. Elle vit en troupes et peuple les karoos les plus secs et les plus solitaires, où elle se nourrit d'herbes sèches, de plantes grasses, et du feuillage de quelques mimosas, Le dauw est peut-

être le plus farouche de tous les chevaux, et il est absolument impossible de le soumettre à la domesticité. Rétif, têtu, capricieux et colère, il se défend avec fureur non-seulement contre les mauvais traitements, mais quelquefois encore contre les caresses. On en a fait la triste expérience à la ménagerie, qui en possède plusieurs depuis 1824. L'un d’eux, sans aucun motif apparent, se jeta sur un de ses gardiens, le renversa, lui fit avec les dents plusieurs épouvantables blessures, et s’acharna tellement sur lui, qu'il lui broya une cuisse. On parvint à arracher le malheureux gardien de dessous ses pieds, mais il était tellement maltraité, qu'on fut obligé de lui faire l'amputation. Les dauws produisent à la ménagerie, et plusieurs y sont nés; dans l'instant où j'écris ceci, une femelle y allaite encore son poulain.

Le CouaGca (Equus quaccha, Guc. Le Couagga, Burr. Le Quacha de PENN. Le Cheval du Cap des voyageurs) est un peu moins grand que le zèbre et se rapproche plus du cheval par ses formes générales. Sa tête, son cou et ses épaules sont d’un brun foncé tirant sur le noirâtre; le dos et les flancs sont d’un brun clair, et cette couleur passe au gris roussâtre sur la croupe; le dessus est rayé en travers de blanchâtre; le dessous, les jambes et la queue sont blancs : celle-ci se termine par un bouquet de poils allongés. 11 habite les karoos ou plateaux de l'Afrique méridionale, et vit en troupes, pêle-mêle avec les zèbres. Moins farouche que les autres chevaux, il s’apprivoise vite et assez bien, se mêle avec le bétail ordinaire, et le protége contre les hyènes. S'il en aperçoit une , il s’élance sur elle, la frappe des pieds de devant, la renverse, lui brise les reins avec ses dents, la foule aux pieds et ne l’abandonne qu'après l'avoir tuée. Comme il a l’odorat excellent, il la flaire de très-loin, et ne la laisse jamais approcher du troupeau. Les colons du Cap en élèvent souvent pour s’en servir de gardien. Dans les circonstances ordinaires, il a une sorte de hennissement ayant de l’analogie avec celui du cheval, mais d’autres fois il pousse un cri aigu que l’on peut rendre assez exactement ainsi, coua-ag. La ménagerie en a possédé un qui a véeu jusqu'à l’âge de dix-huit ou vingt ans, et on lui fit couvrir une ânesse en chaleur sans obtenir de résultat. Malgré sa facilité à s’apprivoiser, je ne crois pas qu'on soit encore parvenu à le dompter, et cependant Pennant dit qu’au Cap on en a vu un qui tirait une charrette.

L’Axe (Equus asinus, Lin. L’Ane et le Mulet, Burr. L'Onagre des anciens. Le Xoulan des Tatares. Le Chulan des Kalmouks) varie beaucoup moins que le cheval dans sa couleur, mais beaucoup dans ses formes et dans sa taille. L’âne domestique est ordinairement gris de souris ou gris argenté, luisant ou mêlé de taches obscures; il a le plus ordinairement sur le dos une bande noire longitudinale, croisée sur les épaules par une bande transversale ; ses oreilles sont très-longues, et sa queue est floconneuse à l’extrémité. L’Ane sauvage ou Onagre a la taille plus grande, le poitrail étroit, le corps comprimé : les oreilles beaucoup plus courtes; il a les jambes très-longues, et il se gratte aisément l'oreille avec un pied de derrière : son chanfrein est arqué, sa tête légère, et il la porte relevée comme je cheval en marchant. Il a le dessus de la tête, les côtés du cou, les flancs et la croupe de couleur isabelle, avec des bandes de blanc sale; sa crinière est noire; il porte le long du dos une bande couleur de café, qui s’élargit sur la croupe, mais qui n’est traversée par une autre bande sur les épaules que chez les mâles.

L'onagre est connu depuis la plus haute antiquité, et Moïse défendit de l’accoupler avec l'âne parce qu'il le croyait d'une espèce différente; les empereurs romains en nourrissaient dans leurs écuries romme objet de curiosité. Aujourd'hui on ne le trouve plus vivant en liberté que dans la Tatarie, et particulièrement dans le pays des Kalmouks , qui le regardent comme un excellent gibier, et le chassent pour le manger et vendre son cuir dont on prépare le chagrin. Aucun animal de son genre n’a le pied aussi sûr que lui pour marcher sur le bord des précipices ,

au milieu des rochers ; aussi aime--il de préférence les sentiers escarpés et étroits, et cet instinct primitif s’est transmis de génération en génération jusqu'à notre âne domestique. Il court avec une vitesse extrême, et soutient cette allure plus longtemps que les meilleurs chevaux arabes et persans; enfin sa sobriété en ferait un animal parfait, si l’on pouvait le dompter assez bien pour le monter sans danger; malheureusement il n’en est pas ainsi. Les Persans, qui tiennent à honneur d'avoir de beaux ânes pour monture, élèvent de jeunes onagres qu'ils apprivoisent et croisent avec des ânesses. Les individus qui en résultent sont très-estimés pour leur force, leur légèreté, et ont une grande valeur, mais ils sont un peu plus vicieux que les autres, et comme on a encore l'antique habitude de leur peindre la tête et le corps en rouge pour les distinguer des ânes ordinaires, ils ont donné naissance à ce proverbe vulgaire qui a passé jusqu'à nous, «méchant comme un âne rouge. » Cette habitude de les peindre a aussi fait croire à quelques voyageurs peu observateurs, qu'en Perse il existait des ânes rouges. Du reste, les onagres vivent en troupes innombrables, et se défendent avec courage contre les bêtes féroces. Ils emploient pour cela, comme pour leurs marches dans le désert, la même tactique que les chevaux sauvages, Lorsque les éclaireurs qui vont en avant de la troupe apercoivent un homme, ils jettent un cri, font une ruade, s'arrêtent, et ne fuient que lorsqu'on en approche; alors toute la bande détale au plus vite. Pour les prendre on emploie des piéges et des lacs de corde, que l’on tend dans les lieux où ils ont l'habitude d'aller boire.

L’Ane domestique, si chétif et si dégénéré chez nous, n’en est pas moins un animal extrêmement utile, et que l’on ne sait pas . assez apprécier parce que l'on est trop porté à le comparer au cheval. « Il est de son naturel, dit Buffon, aussi humble, aussi patient, aussi tranquille, que le cheval est fier, ardent, impétueux ; il souffre avec constance, et peut-être avec courage, les châtiments et les coups; il est sobre et sur la quantité et sur la qualité de la nourriture; il se contente des herbes les plus dures et les plus désagréables, que les autres animaux lui laissent et dédaignent ; il est fort délicat sur l’eau, il ne veut boire que la plus claire et aux ruisseaux qui lui sont connus. Comme on ne prend pas la peine de l’étriller , il se roule souvent sur le gazon, sur

les chardons, sur la fougère, et sans se soucier beaucoup de ce qu'on lui fait porter, il se couche pour se rouler toutes les fois qu'il le peut, et semble par là reprocher à son maitre le peu de soin qu'on prend de lui; car il ne se vautre pas dans la fange et dans l'eau, il craint même de se mouiller les pieds, et se détourne pour éviter la boue ; aussi a-t-il la jambe plus sèche et plus nette que le cheval; il est susceptible d'éducation, et l'on en à vu d'assez bien dressés pour faire curiosité de spectacle. L'âne est peut-être de tous les animaux celui qui, relativement à son pelit volume, peut porter les plus grands poids; et comme il ne coûte presque rien à nourrir, et qu'il ne demande pour ainsi dire aucun soin, il est d’une grande utilité à la campagne, au moulin, etc. Il peut aussi servir de monture, toutes ses allures sont douces et il bronche moins que le cheval; on le met souvent à la charrue dans les pays où le terrain est léger, ete.»

Si l'âne a de bonnes qualités, il a aussi ses défauts. Son cri ou braire est aussi désagréable que retentissant; quoique son caractère soit généralement doux et inoffensif, cet animal est capricieux et si têtu, qu'on le tuerait plutôt que lui faire faire ce qu'il s'est mis dans la tête de ne pas faire. Du reste, c'est à grand Lort qu'on l’a accusé de stupidité, car son intelligence surpasse celle du cheval. Il est très-courageux, se défend avec autant d'adresse que de fureur contre les chiens et autres animaux , et si un loup est seul pour l’attaquer, l’âne vient aisément à bout de le mettre en fuite, et même de le tuer.

Par le croisement du cheval et de l’ânesse, on obtient les bardots ou petits mulets; par celui de l’âne avec la jument, on à le mulet proprement dit. Tout le monde sait que ces précieux animaux sont stériles, qu'ils ont une force prodigieuse, la sobriété de l'âne, mais aussi son entêtement.

Le Kaur (Equus khur, Less. L’Ane sauvage, Isis de 1825) a les formes assez semblables à celles de l'âne; cependant sa tête est plus longue, et ses membres sont plus forts. Son pelage est d’un gris cendré en dessus, et d’un gris sale en dessous; son cri ne paraît être qu'un fort grognement. Il habite l'Asie et vit en grandes troupes, avec les mêmes habitudes que l'onagre ; mais il descend dans les plaines pendant l'hiver et ne se retire dans les montagnes que pendant la belle saison. Je crois que ces raisons ne sont pas suffisantes pour le séparer spécifiquement de l’onagre.

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