‹ Le jardin des plantesChapitre 93 sur 100 · CHAMEAUX · texte numérisé non relu

CHAMEAUX

le tuerait plutôt que de le déterminer à se remettre en marche; d’ailleurs, si on le bat pour le déterminer à se lever, il se frappe la tête contre les rochers et se tue.

C'est, du reste, un animal extrêmement doux, tout à fait inoffensif, se bornant, pour toute défense contre l'agression et les mauvais traitements, à cracher sur ceux qui le frappent. Il est très-docile, et surtout extrêmement sobre ; il se contente de foin et d'herbe pour toute nourriture, et il peut passer plusieurs jours sans boire, parce que, ainsi que le chameau, il a une poche à

au même endroit, comme font quelques antilopes et les chevaux sauyages, et ceci dénonce aux chasseurs leur présence dans les cantons où ils se trouvent. On leur tend des piéges et des lacets, et ils y donnent assez aisément. Le temps de la gestation est de cinq mois et quelques jours; la femelle ne met ordinairement bas qu'un petit, rarement deux, et elle allaite pendant cinq ou six mois. Ces animaux croissent très-vile et ne vivent pas plus de douze à quinze ans. Leur chair est bonne, et celle des jeunes est particulièrement estimée.

Le Lama brun.

eau dans l'estomac. M. de Buffon dit en avoir vu un à l’école d’Alfort qui resta dix-huit mois sans boire, et ce fait est au moins fort singulier.

En Amérique on nomme Guanaco le lama sauvage, vivant à l'état de liberté dans les montagnes. M. de Humboldt pense que ces guanacos ne sont rien autre chose que le lama domestique qui a reconquis son indépendance, et il apporte à l'appui de son

Les naturalisles reconnaissent aujourd'hui trois espèces de lamas : celui dont je viens de parler, l'alpaca et la vigogne; mais ces trois prétendues espèces produisent ensemble des hybrides, comme le chien et le loup, et ces hybrides se reproduisent entre eux : ceci a été parfaitement observé sur le troupeau de lamas envoyé à Cadix en 1808. Or, jusqu'à ce que les naturalistes qui rejettent l'importance de ce fait, et qui prétendent que cela ne

opinion des observations assez concluantes. Quoi qu'il en soit, on ne lirouye ces animaux que sur le sommet des plus hautes montagnes, et près de la région des neiges éternelles. Ils y vivent en troupes fort nombreuses et sont extrémement farouches. Si on veul les poursuivre avec des chiens, ils se jeltent aussitôt dans des rochers inaccessibles à tout autre animal qu'eux, et franchissent les précipices avec la même légèreté que les chamoïis. Ils ont l'habitude singulière de déposer leurs excréments toujours

fait rien à l'espèce que le métis soit fertile ou mulet, jusqu’à ce que, dis-je, ils aient défini clairement ce qu'ils entendent par espèce en zoologie et en botanique, je m'en tiendrai à la définition des Buffon, Cuvier, de Candolle, etc., ete., je regarderai ces trois lamas comme de simples types de races, et j'y en ajouterai même deux aulres sans empêcher que l'espèce ne reste unique à mon avis.

L'ALpaca (Lama paco, Less. Auchenia paco, Des. Camelus pa-

cos, ErxL. Le Paco, Burr.) est plus bas sur jambes que le précédent et beaucoup plus large de corps; un bandeau de poils roides et soyeux s'étend du front sur la face; son poil est de longueur uniforme depuis la nuque jusqu'à la queue, aux poignets et aux talons; il est d’un brun marron, reflété de noir ; le dessous de la gorge et du ventre et le dedans des cuisses sont presque blancs ; sa foison, presque entièrement composée d'un poil doux et laineux, lui tombe sur les flancs en mèches longues de plus d’un pied (0,523), n’ayant guère moins de finesse et d’élasticité que celui d’une chèvre de Cachemire. L'individu qui a vécu à la ménagerie était doux, timide, sensible aux caresses, et se laissait aisément conduire à la laisse ; il donnait des ruades comme les autres ruminants, et galopait pour courir, ce que ne fait pas le chameau. Cet animal a les mœurs sauvages et vit en troupes dans les Andes du Pérou.

Le Luan ou GuANAQuE DE Morin (Lama Mohinæi) diffère des précédents par sa taille beaucoup plus grande, égalant presque, selon Molina, celle d’un cheval; son dos est voüté ; sa tête est ronde, son museau pointu et noir, ses oreilles droites , sa queue courte et droite comme aux cerfs. Son pelage est fauve sur le dos, blanchâtre sous le ventre. Cet animal habite l'Amérique australe jusqu’au détroit de Magellan. L'été il se tient dans les hautes montagnes, mais l'hiver il descend dans les vallées et les plaines. On le rencontre toujours en troupes composées quelquefois de plus de sept à huit cents.

Le Huique (Lama chili-hueque) ressemble au mouton par la tête, les oreilles ovales et flasques, et son chanfrein bossu; ses yeux sont grands et noirs, ses lèvres grosses et pendantes. Les anciens Chiliens l'employaient comme bête de somme et le conduisaient en lui passant une corde dans l'oreille.

La Vicocene (Lama vicugna, Less. Auchenta vicugna, Desn. Camelus vicugna, Lin. La Vigogne, Burr.) est de la grandeur d’une chèvre; ses jambes sont longues et menues; sa tête est d’une grosseur moyenne, et son museau s'unit au front par une légère courbure; son pelage est d’un brun fauve pâle, tirant sur la couleur isabelle en dessus, et blanc en dessous ; son poil est laineux, très-doux, extrêmement fin, long d’un pouce (0,027) sur le corps et de trois pouces (0,081) sur la poitrine.

La vigogne est d’un caractère timide, mais sauvage et farouche; elle est incapable de s'attacher, et s'apprivoise très-difficilement. C’est un individu de cette race qui a vécu à Alfort, et qui a permis à Buffon de faire des observations. Elle cherchait à mordre ses gardiens, et crachait sur tous ceux qui l’approchaient. Malgré les soins que l’on a eu d'en prendre de très-jeunes et de les faire allaiter par des alpacas , on n’a jamais pu parvenir à les réduire à l’état de domesticité. Cet animal vit en troupes considérables près des cimes toujours glacées des Andes, où on va le chasser pour s'emparer de sa toison après l'avoir tué. On en fabrique des ponchos, étoffes excessivement fines dont ne se vêtaient autrefois que les caciques , et que portent aujourd'hui les riches Espagnols américains. On a vainement essayé d'élever des vigognes dans les plaines du Pérou et du Chili; elles y vivaient quelque temps dans le regret de leurs montagnes glacées, se couvraient de gale et mouraient. Quand les chasseurs ont reconnu l'endroit où se trouvé un troupeau de vigognes, ils tendent, du côté des défilés par lesquels elles pourraient s'échapper, des cordes auxquelles sont suspendus des chiffons de toutes couleurs, puis ils se mettent à la poursuite du troupeau, qui souvent se compose de deux à trois cents individus. Ces animaux sont si extraordinairement timides, qu'arrivés en face des cordes ils en sont effrayés au point de s'arrêter et de rester dans une immobilité complète, le cou et les yeux tendus vers les chiffons rouges, blancs et jaunes agités par le vent. Les chasseurs arrivent, les saisissent par les pieds de derrière sans qu’elles osent se retourner, et ils en tuent une grande quantité. Si un guanaco où un alpaca se trouve dans le troupeau, la chasse ne réussit pas, car il

franchit la corde et toutes les vigognes en font autant après lui. Encore aujourd'hui, au Chili et au Pérou, on tue annuellement jusqu'à quatre-vingt mille vigognes, et cependant l'espèce ne paraît pas diminuer.

2e GENRE. Les CHAMEAUX (Camelus, Lin.) sont de grands animaux qui $e reconnaissent de suite à une ou deux bosses énormes qu'ils portent sur le dos. Ils ont trente-quatre dents, savoir : deux incisives supérieures et six inférieures; deux canines à chaque mâchoire; douze molaires en haut et dix en bas. Leurs doigts sont réunis en dessous par une semelle commune qui s'étend jusqu'à la pointe.

Le CnameAu (Camelus bactrianus, Lin. Camelus Bactriæ de Pline. Le Chameau, Burr.) a ordinairement sept pieds (2,274) de la terre au garrot; il porte deux bosses, l’une sur le garrot, l’autre sur la croupe. Son pelage est d’un brun roussâtre, laineux, trèstouffu , composé d'un duvet fort long entremêlé de poils rares, plus longs et grossiers. Il est précieux dans les contrées chaudes et sablonneuses.

Le chameau, nommé par les Arabes le vaisseau du désert, parce que sans lui il serait impossible de traverser les vastes solitudes de l'Asie, paraît être originaire du pays de Shamo , vers les frontières de la Chine; du moins aujourd'hui on ne le trouve plus que là à l’état sauvage. Il est plus grand, plus fort que le dromadaire, mais moins léger à la course; il craint moins les terrains humides et la boue, mais tous deux deviennent inutiles dans les pays rocailleux, faute de pouvoir marcher sans se blesser. Leur chair et leur lait servent à la nourriture, et leur poil à faire des vêtements grossiers, principalement d'excellents manteaux que les Arabes nomment baracans. Le chameau est célèbre par sa sobriété, et en effet, sous un ciel brülant, à travers les déserts les plus secs et les plus arides, il peut soutenir la fatigue pendant trois ou quatre jours sans boire, et ayant pour tout aliment quelques noyaux de datte mêlés à un peu de riz ou de maïs. Il a dans l'estomac une sorte de poche dans laquelle il n’amasse pas une provision d’eau en buvant, comme on l'avait dit, mais dans laquelle il s’en amasse continuellement qui se forme dans son corps et se rend dans cette poche en suintant de ses parois. En contractant ce singulier organe il force l’eau à en sortir, à se mêler à ses aliments, ou à refluer jusque dans sa bouche. Hors le temps du rut, cet animal est docile et fort doux ; il obéit à la voix des chameliers, mesure son pas à la cadence de leurs chants, s’agenouille pour se faire charger et décharger, et porte aisément une pesante charge de marchandises. Mais quand il est en amour, pour peu qu'on le contrarie, il entre en fureur et devient alors très-dangereux. Il apporte en naissant ces callosités qu'il a au poitrail et aux genoux, et que Buffon regardait comme un stigmale imposé par une antique servitude. On a vainement cherché à acclimater ces précieux animaux dans d’autres pays que les leurs, par exemple en Espagne et en Amérique; ils y vivent et multiplient même, ce qui leur arrive également à la ménagerie à Paris, et cela en raison des soins que l’on en prend; mais ils y sont impuissants au travail, deviennent faibles, languissants, et finissent par périr avec leur chétive postérité. On a voulu, au Jardin des Plantes, en utiliser deux en leur faisant tourner une manivelle pour tirer l’eau d'un puits ; ce faible tra vail les fatiguait beaucoup, et ils faisaient dans leur journée moins de travail que n’en aurait pu faire la plus misérable rosse. Comme le chameau et le dromadaire produisent ensemble des petits féconds, on ne doit les regarder que comme types d'une simple race.

Le Dromapame (Camelus dromedarius, Lin. Camelus Arabie, Punk. Le Camelus arabicus d'Arisrore. Le Dromas des Grecs, et le Djemal des Arabes). Cet animal diffère du précédent en ce qu'il n’a qu'une bosse arrondie sur le milieu du dos; son pelage

MOSCHINÉES. 283

est assez doux, laineux, de médiocre longueur, d’un gris blanchâtre ou roussâtre. Ses mœurs sont absolument les mêmes que celles du précédent, mais il est beaucoup plus léger à la course et sert plus souvent de monture. Les Maures en possèdent une

variété plus petite, nommée herry, si vigoureuse et si légère, qu'elle peut faire aisément trente lieues d'un seul trait. Le dromadaire est très-répandu en Perse, en Égypte, en Arabie, en Abyssinie, en Barbarie, etc.

LES MOSCHINÉES

n’ont pas de cornes ; ils ont de chaque côté de la mâchoire supérieure une longue canine qui sort de la bouche dans les mâles.

3e Genre. Les CHEVROTAINS (Moschus, Lix.) ont trente-quatre dents, savoir : huit incisives en bas, point en haut; deux canines en haut, point en bas; douze molaires à chaque mâchoire; leur taille est élégante, leurs pieds fins, à sabots conformés comme chez les autres ruminants; ils manquent de larmiers.

Le Muse (Moschus moschiferus, Lin. Le Xé des Chinois. Le Gifar des Tatares. Le Auduri, le Dsaanja et le Dsehija des Kalmoucks. Le Gloa, Glao et Alath du Thibet. Le Kaborga, le Saïga et le Bjos des Russes et des Ostiaks) est un charmant animal, de la taille d’un chevreuil de six mois; son pelage est grossier, teint de brun, de fauve et de blanchâtre; ses canines sont longues, recourbées, sortant de la bouche. Elles lui servent, dit Sonnerat, à déterrer des racines, à accrocher les branches des arbres pour mettre les feuilles à portée de sa bouche; un simple renflement remplace la queue. Les jeunes portent une livrée et varient selon l’âge; mais, vieux ou jeunes, tous ont sous le cou, depuis la gorge jusqu'au poitrail, deux bandes blanches bordées de noir, enfermant entre elles une bande noire.

On trouve cet animal dans presque toute l'Asie, et principalement en Chine, au Thibet, au Pégu et en Tartarie; il a une espèce de bourse de deux à trois pouces de largeur, en dessous du nombril, des parois de laquelle sécrète une humeur odorante, formant une masse de consistance sèche, même pendant la vie de l'animal, et connue dans le commerce de la parfumerie sous le nom de musc. C’est entièrement à ce parfum très-recherché que l'animal doit l'antique célébrité dont il jouit, mais aussi la guerre incessante qu'on lui fait.

Le muse n’habite que le sommet rocailleux des plus hautes montagnes, au milieu des rochers et des précipices, où il déploie dans sa course tonte la légèreté du chamois. Ses ongles postérieurs , fort longs et pouvant s’écarter beaucoup, lui donnent une sûreté de marche extraordinaire ; il gravit aisément les pentes les plus rapides, s’élance d’un bond au-dessus des abîmes, se précipite avec hardiesse du sommet des rocs, saute d’une pointe à l’autre avec une précision admirable, qui annonce autant de justesse dans son coup d'œil que de force dans son jarret, et tout cela avec tant de rapidité, que l'œil du chasseur peut à peine le suivre dans sa fuite; si le hasard le jette dans la plaine, il n’est pas plus embarrassé dans sa course, et il passe même de grandes rivières à la nage sans montrer la moindre hésitation. Comme le renne, il se nourrit en hiver des lichens qui tapissent le flanc des rochers et les troncs d'arbres; l'été il cherche des racines qu'il sait très-bien déterrer avec les pieds et arracher avec ses longues canines, et il mange aussi les bourgeons et les feuilles de quelques arbrisseaux, et entre autres ceux du rhododendrum dauricun. Son caractère est extrémement timide, et, comme le lièvre, il paraît passer une partie de sa vie dans des transes continuelles ; caché le jour dans un fourré inaccessible , il n'ose en sortir que la nuit pour vaquer aux fonctions de l’animalité, et c’est à cause de ses habitudes nocturnes que les voyageurs l'ont si rarement rencontré, même dans les contrées où il est le plus commun. Ces animaux vivent ordinaire

ment isolés ; mais en novembre, moment où ils sont le plus gras, ils entrent en rut et sortent de leur retraite pour aller à la recherche des femelles. Dans cette circonstance ils oublient leur poltronnerie naturelle, et se livrent des combats furieux, dont plusieurs ne se retirent qu'après avoir reçu des blessures graves ou perdu leurs longues canines. Quoi qu'on en ait dit, leur poche de parfum ne contient pas plus de muse à cette époque qu'à une autre, mais c'est en ce moment qu'on leur fait la chasse, parce qu'ils sont plus aisés à surprendre, qu'ils donnent aisément dans les piéges qu'on leur tend, et que leur chair, fort estimée par les chasseurs, est alors grasse et délicate. On a vainement essayé de les soumeitre à la domesticité; ils refusent de multiplier, s’'ennuient, et finissent par mourir de débilité.

Aussitôt qu'un chasseur a tué un de ces animaux, il enlève le plus promptement possible la poche au muse, en ferme l’ouverture avec un bout de ficelle, la fait sécher à l'ombre, et en cet état elle est bonne à livrer au commerce, Mais quelquefois son avarice le détermine à la fraude, et il fait de fausses poches avec des morceaux de peau qu'il enlève au ventre de l'animal ; il y met plus ou moins de muse de la véritable poche, et achève de les remplir avec du sang de l'animal. Souvent, pour donner plus de poids , il y ajoute une certaine quantité de plomb, et tout cela est fait avec tant d'adresse, qu'il est fort difficile aux marchands de s’en apercevoir. Les femelles n’en produisent pas, et n'ont même pas de bourse musquée. Ce parfum, extrêmement pénétrant, n'a pas la même force et la même qualité partout; le meilleur vient du Tunkin, et le moins estimé des Alpes sibériennes : ce dernier n’a pas plus d'odeur que le castoréum.

Le Memnna (Moschus meminna, ErxL. Le Chevrotain à lache blanche, Burr.) est remarquable par son pelage d'un gris olivâtre en dessus, blanc en dessous, avec des taches rondes et blanches sur les flancs ; ses oreilles sont longues et sa queue courte. Il est plus petit que le précédent et n’a pas de poche à musc. Il se trouve à Ceylan.

Le CHEvROTAIN DE Java (Moschus javanicus, Par.) est de la taille d’un lapin; son pelage est d’un brun ferrugineux en dessus, ondé de noir et sans taches sur les flancs, avec trois bandes blanches en long sur la poitrine; le bout de son museau est noir. IL habite Java. f

Le Napu (Moschus napus, FR. Cuv. Moschus javanicus, RarrL. Le Pelandok des îles Malaises et de Sumatra) n’est guère plus grand que le précédent, et sa taille ne dépasse pas celle d’un lièvre ; son pelage est brun, irrégulièrement mélangé de reflets d'un gris noirâtre ou fauve; le poitrail est d'un brun foncé, avec cinq taches blanches, linéaires et convergentes; sa mâchoire inférieure est blanche. Il habite Sumatra.

Le Kaxcuiz (Moschus kanchil, RarrL.) a quatorze pouces (0,579) de longueur sur neuf (0,244) de hauteur; son pelage est d’un brun rouge foncé, presque noir sur le dos, et d’un bai brillant sur les flancs, avec le dessous blanc; il a trois raies sur la poitrine et une bandelette, qui va de la mâchoire à l'épaule, blanches; sa queue est touffue, blanche au bout; ses canines sont fort longues et courbées en arrière. On le trouve à Java, dan les forêts, où il vit de feuilles, de bourgeons et de graines d'arbres.

Ce singulier animal est extrémement rusé et plein d'intelligence; aussi les Malais, quand ils veulent désigner un adroit

voleur, disent qu'il est rusé comme un kanchil. Il n’habite que :

les forêts les plus profondes, où il se nourrit principalement des fruits de gmelinia villosa. Malgré son agilité extraordinaire, il courrait risque quelquefois d’être atteint et déchiré par les bêtes

croche par ses dents, y reste suspendu, et de là regarde tranquillement passer la meute. Quand les chiens sont éloignés, il se laisse tomber à terre et retourne sur ses pas sans plus s’en inquiéter.

Le Muse où Chevrotain:

féroces ou les chiens des chasseurs, s'il n'avait l'adresse de s'en tirer d’une manière fort extraordinaire pour un animal ruminant. Après avoir fui devant ses ennemis et avoir rusé devant eux pour leur dérober sa piste, s’il sé sent trop pressé par eux, il s'élance d'un bond prodigieux à la haute branche d’un arbre, s'y ac-

Les naturalistes ont encore signalé parmi les chevrotains des espèces qui n'appartiennent pas à ce genre. Tels sont les moschus pygmæus, jeune âge de l’antilope spinigera; les moschus americanus et delicatulus, qui ne sont que des faons du cervus rufus.

L'Élan.

LES PLÉNICORNES

n’ont point de canines; les mâles seulement ont des cornes ou bois osseux et cadues, c’est-à-dire tombant chaque année, ou à des intervalles plus longs.

4° Genre. Les CERES (Cervus, Briss.) ont trente-deux dents, savoir: point d'incisives en haut et huit en bas ; point de canines;

douze molaires à chaque mâchoire. La plupart ont un muffle; tous ont des larmiers sous les yeux. Leur taille est svelte, leurs jambes minces, leurs oreilles médiocres ; ils ont la queue trèscourte. Nous ne décrirons que les espèces vivantes, et nous adopterons la classification de M. de Blainville.

E ; PLÉNICORNES. 285

Jre secrion. Bois sessiles, plus ou moins subdivisés, sans andouillers basilaires ni médians, terminés par une très-grande empaumure digitée à son bord externe seulement.

L'ÉLan (Cervus alces, Lin. Alces machlis, Ocite. Le Moos-deer des Anglo-Américains. L'Élan de Burr. L'Orignal des Canadiens. L'Elk ou Elend du nord de l'Europe. Le Loss des Slaves. Le Lozzi ou Los des Moscovites. L'Æly des Suédois et des Norvégiens. Le Moosoa des Algonquins et des Creeks. Le Denyai des Chipewais. Le Sondareinta des Hurons) est le plus grand de tous les cerfs, et surpasse quelquefois la taille d’un cheval, avec lequel son museau renflé a quelque analogie; sa tête est longue et

léré très-vif, et peut faire trente milles tout d'une traite. Il est fort singulier que sa marche soit toujours accompagnée d’un craquement d'os qui n’a pas encore été bien expliqué. Cet animal vit en grandes hardes, ou troupes ; sa femelle est plus petite que lui. Il est bien certain que depuis nombre d'années on ne le trouve plus en France, mais il est encore assez commun dans les grandes forêts du nord des deux continents. Son caractère est fort doux, il s'apprivoise aisément, et dans le nord-ouest de l'Amérique les sauvages l’attellent à leurs traîineaux, comme on le faisait autrefois en Suède. Il est en rut de septembre en octobre , et la femelle met bas deux ou trois petits, en avril et mai. Ses ennemis les plus redoutables sont l'ours et le gloulon. La

Intérieur de la Galerie d'histoire naturelle.

étroite en avant; son bois consiste en une très-large empaumure garnie d’andouillers ou de digitations nombreuses à son bord extérieur; sa queue est très-courte; son pelage est d’un brun fauve sur le dos et sur la croupe, et d'un brun plus ou moins foncé en dessous. Il noircit en vieillissant.

Le cou de cet animal est tellement court, que pour paiître il est obligé d’écarter et fléchir les jambes de devant, qui, d’ailleurs , sont plus longues proportionnellement que celles de derrière. Aussi se nourritil plus volontiers de feuillage, de bourgeons et d'écorce d'arbre que d'herbe. Il se plaît particulièrement dans les grandes forêts, surtout dans celles qui renferment des marais, où il se plonge et reste tout le jour, pendant l'été, pour éviter la piqûre des taons; dans cette attitude, il se plaît à brouter l'herbe qui croît sous l’eau, en soufflant avec grand bruit par les narines. Quoique timide comme tous les cerfs, comme eux aussi il se défend avec courage quand la fuite ne lui est plus possible; dans ce cas il frappe avec ses bois, avec ses pieds de derrière, et plus dangereusement avec ceux de devant. Dans sa fuite il ne galope jamais, mais il court d'un trot accé-

chair de cet animal est assez mauvaise, mais sa peau est précieuse en chamoiserie.

Ile secrion. Bois sessiles plus ou moins divisés, pourvus d’andouillers basilaires et médians, les andouillers supérieurs seuls comprimés.

Le Dam (Cervus dama, Lin. Cervus platyceros, Ray. Le Daim ; Burr. Le Platogni des Grecs actuels), moins grand que notre cerf; son pelage est d’un brun noirâtre en hiver, en été il est fauve tacheté de blanc ; les fesses sont blanches en tout temps, bordées de chaque côté d’une raie noire; la queue est plus longue que celle du cerf, noire en dessus, blanche en dessous; le bois du mâle est rond à sa base avec un andouiller pointu; aplati et dentelé en dehors dans le reste de sa longueur ; passé un certain âge, il rapetisse et se divise irrégulièrement en plusieurs lanières. On trouve des daims noirs sans taches, et d’autres entièrement blancs. Ces animaux vivent en petites hardes dans presque toute l'Europe, et leur chair est assez estimée. Ils ont les mêmes ha-

bitudes que notre cerf, mais ils se plaisent moins dans les grandes forêts et préfèrent les bois coupés de champs cultivés.

IIIe secrioN. Bois comme dans le précédent, maïs andouillers aplatis.

Le Renxe (Cervus tarandus, Lix.—Desm. Cervus rangifer, Briss. Cervus coronatus , Des. Le Caribou de Briss. Le Reen des Lapons. Le Touctou des Esquimaux. Le Tucia des Groënlandais. L'Elthin et l'Attecs des Indiens du nord) est de la grandeur d’un cerf, mais à jambes plus courtes et plus grosses; les deux sexes ont des bois divisés en plusieurs branches, d’abord grêles et pointues, et qui finissent avec l’âge par se terminer en palmes élargies et dentelées; son poil, brun en été, devient presque blanc en hiver. Il habite les contrées glaciales des deux continents.

Le renne est le cadeau le plus précieux que la nature ait fait à ces contrées du nord perdues la moitié de l’année sous de tristes frimas. Il sert à la fois de bête de traitet de somme. Les Lapons, qui en ont de nombreux troupeaux, l’attellent à de légers traineaux sur lesquels ils voyagent avec une extrême rapidité, el à de très-grandes distances. La femelle donne par jour à peu près un litre de lait excellent, remplacant pour tous les usages celui de vache ; la chair de cet animal est fort bonne et se conserve fort bien au sel; avec la peau on fait des vêtements, des harnais, des sacs, des voiles de canot, ete.; avec les tendons on fait des cordes et du fil, des outres avec la vessie, des ustensiles divers avec ses cornes et ses os; enfin il n’est pas une de ses parties qui ne soit utile. Aussi la richesse d’un Lapon se calcule-t-elle sur le nombre de rennes qu'il possède. Il les envoie paiître l'été sur les montagnes; l'hiver il les ramène dans la plaine, où ils savent trouver leur nourriture en grattant et creusant la neige qui la couvre quelquefois de plusieurs pieds. Cette nourriture consiste en lichens (Lichen rangiferinus, Lin.) et en mousse, et quand elle leur manque ils se contentent d’écorce d'arbre, de bourgeons de bouleau et de sapin, el même, faute de mieux, on les accoutume à manger des débris de baleine et des os de poisson. Cet utile animal est doux, fort docile, mais sujet, quand on le maltraite, à tomber dans des accès de fureur qui deviennent funestes à son conducteur s’il n’a pas la précaution de renverser le traineau sur lui et rester caché dessous jusqu'à ce que la colère du renne soit passée.

A l’état sauvage, il a les mœurs de l'élan, à de très-petites différences près. Ces mammifères vivent en hardes extrêmement nombreuses, et l’été, pour éviter la piqüre des œstres (OEstrus nasalis, Lix.), ils se retirent dans les plus sombres forêts de sapins dans les montagnes. Ils ont une si grande frayeur de ces insectes, que le bourdonnement d’un seul suffit pour mettre le désordre dans un troupeau de deux ou trois cents individus. Le rut a lieu en novembre et décembre, après quoi le mâle jette son bois. La femelle ne perd le sien, qui est plus petit, qu'après avoir mis bas, vers le milieu du mois de mai; elle fait deux petits dont elle a grand soin. Ces animaux s’apprivoisent facilement ; ils sont fort doux, mais non pas très-timides, et ils savent fort bien se défendre contre le glouton et les autres animaux carnassiers. Ceux qui ont vécu à la ménagerie étaient fort paisibles; on les nourrissait avec du lichen et du pain. On a vainement tenté d’acelimater les rennes dans les hautes montagnes d'Écosse, et à plusieurs reprises on y en a lâché des troupeaux assez considérables, mais tous y sont morts en assez peu de temps.

IVe secrion. Bois sessiles, à andouillers, basilaires et médians, tous coniques.

Le CEre ORDINAIRE (Cervus elaphus, Lin.) est le plus grand des animaux sauvages de la France. Il a la tête longue, terminée par

un mufle très-court; ses bois sont ronds, branchus, ayant une empaumure terminale formée de deux à cinq dagues; sa queue est moyenne; son pelage d'été est d’un brun fauve, celui d'hiver d'un gris brun; il a une grande tache d’un fauve pâle sur les fesses et la queue. Le mâle a des canines qui manquent à la femelle, et celle-ci est aussi dépourvue de bois. On doit regarder comme de simples variétés: le cerf blanc, qui n’est qu'un albinos; le cerf de Corse (Cervus corsicanus, Gui), qui est plus petit et plus trapu; le cerf des Ardennes (Cervus germanicus, Bniss.), plus grand et à pelage plus foncé. ;

Le cerf entre en rut au mois de septembre, et pendant les quinze jours que dure cet état, il est furieux, oublie sa timidité naturelle , se jette quelquefois sur les hommes, et crie ou brame de manière à faire retentir les forêts. À cette époque seulement les mâles se réunissent en hardes avec les femelles, et ils restent en troupes nombreuses pour passer l'hiver ensemble; mais tant que dure le rut ils se livrent entre eux des combats à outrance, et forcent les jeunes mâles à se tenir à l'écart. Au printemps ils se séparent. La biche porte huit mois et quelques jours, et ne met ordinairement bas qu’un petit qu’elle soigne avec tendresse et qu'elle garde auprès d'elle quelquefois pendant deux ans. La chasse au cerf, à cause des énormes frais qu’elle entraine en chevaux, chiens, piqueurs, équipages, a été de tout temps un plaisir de prince, ou au moins de personnages fort riches. Elle a ses lois, ses règles et son langage particulier. Son vocabulaire, aussi stupide que barbare, aussi impropre dans ses acceptions qu'ignoble dans son ensemble, porte le cachet des valets de chiens et des palefreniers qui l'ont inventé ; et néanmoins, on l'entend quelquefois parler dans les salons de Paris. Quoique fort timide et peu intelligent, le cerf ruse devant les chiens, et emploie quelquefois des moyens surprenants pour leur échapper. Entre plusieurs exemples je n’en cilerai qu'un, dont j'ai été témoin sous l'Empire. Un vieux cerf, habitant un canton des bois de Meudon, vingt fois fut mis sur pied par la meute impériale. Il se faisait battre dans la forêt pendant un quart d'heure, puis tout à coup il disparaissait, et ni hommes ni chiens n’en avaient plus de nouvelles , ce qui mettait les piqueurs au désespoir régulière ment tous les quinze jours. Enfin , un paysan que le hasard avait rendu plusieurs fois témoin de la ruse de l'animal le trahit, et le pauvre cerf fut pris. Voici comment il agissait : après avoir fait deux ou trois tours dans le bois pour gagner du temps, il filait droit vers la route de Fontainebleau, se placait en avant d’une diligence ou d’une voiture de poste, trottait devant les chevaux qui effaçaient sa piste, et sans se presser davantage, sans s’effrayer des voyageurs à cheval, à pied ou en voiture, qu'il rencontrait, il faisait ses six lieues et arrivait gaillardement dans la forêt de Fontainebleau, d’où il ne revenait que le lendemain, quand le danger était passé.

Le Waprri (Cervus wapiti, Mircu. Cervus major, Desm. Le Wa piti de Warpex. L'Elk des Américains) est d'un quart plus grand que notre cerf, et a la queue très-courte; son pelage est d’un fauve brunâtre ; ses fesses et sa queue sont d’un jaune très-clair ; ses bois sont rameux, très-grands et sans empaumure; le mufle est très-large , et le mâle seul a des canines; ses poils sont fort longs sous le cou et la tête; l’intérieur de l'oreille est blanc , et les larmiers sont très-grands. Cet animal habite Le nord de l’'Amérique; il n’a qu'une femelle qu'il ne quitte jamais, et vit en famille, mais non en troupe. Son caractère est fort doux, et il s’apprivoise facilement, jusqu'à une demi-domesticité; aussi les Indiens s’en servent-ils pour l’atteler à leurs traineaux. Un individu a vécu à la ménagerie, et l’on a vainement tenté de lui faire couvrir des biches.

Le Cere pu Canana (Cervus canadensis, Guz. — DEsm. Le Reddeer de Warpex) n’est certainement qu'une variété du précédent. Son pelage est d’un fauve obscur, sans taches jaunâtres sur les fesses : sa queue est assez longue; ses bois sont branchus, sans

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empaumure terminale, et ont six andouillers isolés , recourbés à leur extrémité, Cet animal habite l’ouest et le sud des États-Unis et se trouve aussi dans les montagnes Rocheuses, où Clark et Lewis disent en'avoir vu dont la queue avait dix-sept pouces de longueur. C’est un animal stupide, dont le cri approche du braiment de l’àâne.

Le CERF À GRANDES OREILLES (Cervus macrotis, SAx) est d'un brun päle et rougeñtre sur le corps; les flancs sont d’un cendré brunâtre ; il a le dos parsemé de poils à pointe noirâtre, lui formant une pointe distincte sur le cou; ses oreilles sont longues de sept pouces et demi (0,205); sa queue , longue de quatre pouces (0,108), est d’un cendré roussâtre , terminée et dépassée par des poils noirs aussi longs qu’elle. Il habite dans le nord des États-Unis.

Le Cerr pe WaLricn (Cervus Wallichit, Fr. Cuv.) est d'un gris brun jaunâtre , plus pâle sur les joues, le museau, autour des yeux et au ventre; il a à la croupe une grande tache blanche ainsi que la queue, qui est très-courte ; ses bois s'écartent de côté et se renversent en arrière, après les premiers andouillers, pour remonter verticalement; sur chaque bois naissent deux andouillers qui se dirigent en avant : l’un descend sur le chanfrein, et l’autre se relève un peu ; un troisième naît du merrain et se dirige en dehors. Cette belle espèce habite le Népaul.

Ve sEGTION. Bois sessiles, ramifiés avec un seul andouiller basilaire,

sans médians, et le supérieur ordinairement simple. Pelage tacheté.

L’Axis (Cervus ais, Lix. Le Cerf du Gange, Burr.) a les formes générales du daim; son pelage est d’un fauve assez vif et moucheté de blanc, avec une ligne presque noire le long du dos; le dessous du corps est d'un blane pur : le mâle manque de canines supérieures; ses bois ont deux andouillers et une seule pointe terminale. La femelle a une ligne longitudinale blanche sur les flancs. Ce charmant animal est originaire de l’Indostan , et a été introduit en Angleterre au commencement du dix-septième siècle. Son cri ressemble un peu à l'aboiement d’un chien, ét peut s'écrire ainsi houi, houi, houi. L'axis est fort doux, fort timide, mais nullement farouche. Il s’est très-bien acclimaté en France, et ceux de la ménagerie produisent chaque année. Il n’a pas de temps marqué pour le rut, et le mâle ne maltraite pas ses biches.

Le CErr-Cocuon (Cervus porcinus, Lin. Le Cerf-Cochon, Burr.) a le corps plus trapu et les jambes plus courtes que le précédent ; il est fauve , tacheté de blanc en dessus, avec une ligne un peu brune sur le dos; d'un gris fauve en dessous; ses fesses sont blanchâtres ; sa queue est fauve en dessus, blanchàtre en dessous ; ses yeux et son museau sont noirs; ses bois sont grêles, n'ayant que trois petits andouillers. Il habite l'Inde, où il vit en grandes troupes. Il est timide, mais néanmoins il s’apprivoise facilement et devient très-familier. IL est à demi domestique au Bengale, où on l’engraisse pour le manger, comme le précédent.

VIe secTION. Bois comme les précédents, mais pelage sans taches.

Le Roussa-Iran ( Cervus hippelaphus , G. Cuv. Non l’Hippelaphe d’Aristote. Le Mejangan-banjoë ou Cerf d'eau des Javanais. Le Rusa ou Roussa-itan de Sumatra. Le Barensing-ha du Bengale) est de la taille de notre cerf; son poil est plus dur et plus rude, plus long et plus hérissé en sorte de barbe sur le cou, les joues et la gorge. Son pelage d'hiver est d’un gris brun plus ou moins foncé : celui d'été est d’un brun plus clair et plus doré. Sa croupe est d’un fauve pâle ; sa queue brune, terminée par des poils assez longs et noirs. Il habite les deux presqu'iles de l'Inde et son archipel. Plusieurs ont vécu à la ménagerie. Le Cervus malaccensis, de Fr. Cuvier, est très-voisin de cette espèce.

Le Cerr Des Mariannes (Cervus mariannus, G. Cuv.) ne dépasse

pas la taille d’un chevreuil ; il est entièrement d’un gris brun ; sa queue est courte ; il a, comme les précédents, un mufle et des larmiers ; son bois a deux andouillers à une seule pointe termipale, dirigés l'un en avant et l’autre en dedans. Il manque d'incisives. On le croit originaire des Philippines, d'où il aurait été apporté aux Mariannes par les Espagnols. Dans tous les cas, il s’y est prodigieusement multiplié. La femelle met bas en mars, et son faon ne porte aucune livrée. Il nage ayec une prodigieuse vitesse, et lorsqu'il est trop pressé par les chiens il se jette à la mer et leur échappe au milieu des brisants qui déferlent avec le plus de fureur.

Le Cerr de LeseueNAULT (Cervus Leschenaultii, G. Cuv.) n’est connu que par son bois envoyé de la côte de Coromandel par Leschenault. Ce bois est aussi grand que celui du cerf d’Aristote, mais il est moins grand, quoique aussi tuberculeux, que celui du cerf d'Europe; il donne de sa base un andouiller médiocre, et sa pointe se partage en deux corps presque égaux, faisant chacun le quart de la longueur totale.

Le Gac-Orinx ou le CErr »'Arisrore (Cervus Aristotelis, G. Cuv. L'Hippelaphe d’Aristote, selon G. Cuv. L’Ælk venalor des Anglais de l'Inde. Le Saoumer des habitants de Ramgubr) ressemble beaucoup au roussa-itan, mais il est plus grand et ses larmiers sont aussi plus grands et plus profonds; le bois a de l’analogie avec celui du mariannus; l’andouiller de la base s'élève à plus de moitié de la hauteur du merrain, tandis que l'andouiller supérieur, très-petit, est tout près de la pointe à laquelle il est postérieur; son pelage est le même, à cette différence que la queue est brune au lieu d’être noire. Il est commun dans le Népaul , et vers l'Indus.

Le Cerr Noir (Cervus niger, BLAINY. — Des.) a la taille et les formes générales de notre cerf; son pelage est d’un brun presque noir en dessus, plus clair en dessous, tandis que les parties superieures du dedans des membres sont blanches. Les bois n'ont qu'un andouiller conique à la base d’un merrain allongé. Il habite l’Inde, et n’est peut-être qu'une variété du roussa-itan.

Le Cerr pe DuvauceL (Cervus Duvaucellii, G. Guy.) a été établi par G. Cuvier sur un bois envoyé de l’inde par Duvaucel. Le merrain est dirigé d’abord un peu en arrière et de côté, et recourbé en avant par sa partie supérieure, de sorte qu'il est concaye en avant; un seul andouiller sort de la base, dirigé en ayant; des deux ou trois andouillers terminant le merrain, l'in férieur, qui est ordinairement le plus grand, se bifurque ou trifurque, suivant l’âge, en sorte qu'on peut compter de cinq à sept cors à chaque perche, les quatre ou six cors supérieurs formant une sorte d'empaumure. Quelquefois il y a ua petit £ubercule dans l’aisselle du maître andouiller.

Le Cerr pe PÉRON Cervus Peronii, G. Cuy.) a été établi sur une tête envoyée de Timor par Péron. Il a des canines ; la tête a une saillie assez marquée entre les bois, mais point de convexité à la base du nez; l'angle postérieur de l'orbite est relevé d'une manière particulière; l'andouiller postérieur est presque égal à la pointe du merrain, qui est d’un brun pâle.

Le CERF-CHEvAL (Cervus equinus, G. Cuv. Le Rusa-itam des Malais. Le Méjangan-banjor de Jaya. Le Jambor-stag des colons anglais) est presque aussi grand qu'un cheyal; son museau est noir, son menton blanc ; son pelage est d’un brun grisâtre, plus obscur sur le ventre, tirant sur le ferrugineux aux parties postérieures et à la queue ; l’intérieur des membres est blanchätre ; les deux sexes ont des canines; l’andouiller supérieur est plus petit et dirigé en arrière. Il habite Sumatra.

VIE secriox. Bois sessiles, ramifiés, avec un andouiller médian, sans andouiller basilaire. Une ligne blanche, bordée de noir, coupant obliquement le museau chez la plupart.

Le CuevreuIz (Cervus capreolus, Lix. Le Chevreuil d'Europe, G. Cuv. Le Zarchodia des Grecs modernes. Le Dorcas des anciens.

Le Caprea de Puine) est plus petit que le daim, dont il a à peu près les formes générales ; il est fauve ou d’un gris brun, avec les fesses blanches et la queue très-courte ; il n’a ni canines ni larmiers; ses bois sont rugueux, rameux, assez petits, à deux andouillers, dont l’un dirigé en avant, l’autre en arrière.

Les chevreuils vivent par couples dans les forêts élevées de l'Europe tempérée, et ils ne sont pas rares en France. Ils entrent en rut en novembre; la chevrette porte cinq mois et demi, et met bas en août deux faons qui restent en tout huit ou neuf mois avec leurs parents. Pendant cet espace de temps le père et la mère les soignent avec tendresse, et s'ils sont rencontrés par des chiens, le mâle se présente, attire leur attention, puis fuit avec rapidité

La biche de

en entraînant ia meute après lui, tandis que la mère emmène les enfants d’un autre côté; mais ni l’un ni l’autre n’ont le courage de les défendre. Si le courage manque à la chevrette, l'amour maternel sait quelquefois y suppléer, et voici un fait dont j'ai été témoin oculaire dans la forêt de Fontainebleau, et qui le prouvera. Je vis une chevrette, surprise par un loup, saisir son faon par la peau du dos avec sa bouche, l'enlever de terre et fuir en l'emportant avec une rapidité qui dérouta bientôt son ennemi. Cette action me parut d'autant plus extraordinaire que le chevreuil n’a pas la bouche faite de manière à pouvoir saisir et porter un objet d’une certaine grosseur, et le faon était au moins de la grandeur d’un lièvre. Le père et la!mère ne se quittent jamais et passent toute leur vie ensemble, à moins que la mort ne les sépare; ils ne s’enfoncent guère dans la profondeur des forêts, et ils préfèrent habiter les pointes de bois taillis environ= nées de champs cultivés sur les collines et le revers des montagnes. Quoique indigènes dans nos pays, ils craignent cependant l'intensité du froid, et tous ceux de la Bourgogne périrent pendant les grands hivers de 1709 et 1789. Lorsqu'on surprend ces animaux, le mâle en partant fait entendre un cri assez aigu, auquel je trouve de l’analogie avec la voix d’un chien. Leurs mœurs sont douces et timides, et, réduits en esclavage, ils se familiarisent assez aisément; mais je ne crois pas qu'ils sy multiplient. Le bois du mâle tombe en automne et se refait en hiver. L’Auu (Cervus pygargus, PAL. — Desm. Le Chevreuil de Tartarie, G. Cuv.) n’est certainement qu'une variété du précédent. Il approche de la taille du daim, et sa queue consiste en un simple tubercule ; son pelage est long et serré, d’un gris brun: les fesses sont blanches et le ventre jaunâtre; il manque de canines; ses

bois sont médiocres, très-rugueux , à deux andouillers, dont le postérieur forme une fourche avec la pointe du merrain. Il habite la Tartarie, et n'est pas rare dans les montagnes élevées, au delà du Volga.

Le Cerr DE VIRGINIE (Cervus virginianus, GuL. — Des. Le Daim des Anglo-Américains. Le Cerf de la Louisiane ou de Virginie, G. Cuv. La femelle est le Cariacou de Daur.).

Il a la tête fine, le museau pointu, et la taille moins grande mais plus svelte que notre cerf. Son pelage est d’un fauve clair en été, d'un gris roussâtre en hiver; le dessous du corps est d'un blanc pur ; le bout de son museau est d’un brun foncé; son bois est médiocre, très-recourbé en avant, et à trois ou quatre

Virginie.

andouillers; il a des larmiers, mais point de canines. Il habite l'Amérique septentrionale, jusqu’à la Guyane.

Le Gouazou-Tr (Cervus campestris, FR. Cuv. Cervus leucogaster, Scres.) est plus petit que notre cerf; son pelage est ras ou serré, d'un bai rougeâtre en dessus, d’un beau blanc en dessous et sur les fesses; les poils du ventre sont plus longs que ceux du dos; sa queue est moyenne; ses bois sont médiocres, assez minces, rugueux; les merrains sont à peu près droits, à andouillers antérieurs horizontaux, puis courbes et verticaux, avec deux andouillers postérieurs obliques. Il habite les pampas du Paraguay, et on le trouve dans les grandes plaines jusque dans la Patagonie. C’est le plus agile de tous les cerfs, et il exhale, dit-on, une odeur infecte.

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Le Gouazou-Poucou (Cervus palustris, Fr, Cuv. Cervus paludosus, Desm. Le Quantlamazame de HERNANDÈS) n’est pas aussi grand que notre cerf; il a le museau noir, très-gros, formant un mufle comparable à celui d’un bœuf ; son pelage est d’un rouge bai en dessus et sur les flancs ; le dessous de la tête, la poitrine, et un cercle autour des paupières, sont blancs; les paupières sont noires, ainsi qu'une tache veloutée qui occupe la lèvre inférieure ; il a deux taches triangulaires de la même couleur, l'une sur le chanfrein , l’autre à la hauteur des yeux; ses bois sont assez grands, terminés par une fourche ayant quelquefois cinq dagues.

canines. Il habite l'Amérique méridionale, et il est commun dans les Ilanos de l'Apure, où le voyageur Humboldt en a vu beaucoup de tout blancs.

VIIIe SECTION. Bois sessiles simples et en forme de dague.

Le Gouazou-Bira (Cervus nemorivagus, Fr. Cuv.— Des. Le Cariacou des habitants de Cayenne. Le Tememazame d'HERNAND ?) a vingt-six pouces (0,704) de hauteur sur le garrot, et trente et un 0,859) à la croupe; son pelage est d’un brun grisâtre en dessus

La Girafe.

Il habite les bords marécageux des grandes rivières et de la mer dans le Paraguay et de quelques autres parties de l'Amérique australe.

Le Cerr pu MExIQuE (Cervus mexicanus, PENN. — Desu. Le Chevreuil d'Amérique, Burr. Le Chevreuil du Mexique, DAuBENT.) ne

serait, selon l’opinion de G. Cuvier, qu'une variété d'âge du cerf de Virginie très-vieux. D'une autre part, Fr. Cuvier le regarde comme une variété du précédent. Ses bois sont médiocrement longs, gros et très-rugueux, écartés, ayant plusieurs andouillers, dont l’antérieur est fort, conique et non arqué; il manque de

et d'un brun teint de fauve en dessous; les fesses et le dessus de la queue sont fauves ; ses larmiers sont très-petils, et le mâle n'a pas de canines. Cette espèce passe tout l'été dans les bois pour éviter la piqüre des taons, et ne vient dans la plaine que dans les mois de septembre et d'octobre, pour y passer l'hiver. Ainsi que

tous les gouazous, elle est très-douce , s’apprivoise fort bien, et se familiarise même au point d'en devenir importune; mais elle ne s'attache jamais à personne. Elle vit solitaire dans le Paraguay et à la Guyane.

Le Gouazou-Pira (Cervus rufus, Fr. Cuv. Moschus delicatulus,

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