CHÈVRES
et les Géorgiens trouvent sa chair délicieuse et font des vases à boire avec ses cornes.
La Caèvre DE Nue (Capra nubiana, Fr. Cuv. Capra arabica du Musée de Vienne. Le Bouc sauvage de la haute Égypte, Fr. Cuv.), qui n’est peut-être rien autre chose qu'un mouton, est un peu plus svelte que le bouquetin ; ses cornes sont plus grèles eL plus longues, et ont environ deux pieds et demi (0,812); elles sont comprimées du côte interne, noires, ayec une douzaine de renflements saillants. Cet animal est d’un fauve grisàtre, mêlé de brun , avec une ligne dorsale noirâtre. Les épaules, les flancs et le devant des jambes sont bruns ; il a des taches blanches aux talons et aux poignets. Elle habite l'Afrique.
La CnÈvRE SAUVAGE (Capra œgagrus, Pazz. — Desu. Le Paseng des Persans) est plus grande que la chèvre domestique; elle à la tête noire en ayant , rousse sur les côtés, avec une longue barbe brune ; son corps est d'un gris roussâtre , avec une ligne dorsale noire ainsi que la queue ; ses cornes ont la face antérieure comprimée et la postérieure arrondie, elles sont recourbées inférieurement en arrière. Elle habite toutes les chaînes de montagnes de l'Asie. Le paseng a absolument les mœurs et les habitudes du bouquetin, et ce serait nous répéter mot pour mot que de donner ici son histoire. Selon G. Cuvier, ce serait la souche de toutes nos chèvres domestiques; mais si cela est vrai, il est certain aussi que ses descendants ont été croisés fort souvent avec les espèces précédentes. Quoi qu'il en soit, la chèvre domestique a conservé une bonne partie du caractère indépendant de son type, de son goût pour grimper, et de son humeur vagabonde. Son affection est intelligente; elle suit la vieille femme qui en prend soin, l'aime, soulage sa misère de son lait, allaite même ses petits enfants au berceau et accourt à leurs cris pour satisfaire leurs besoins en leur tendant sa mamelle gonflée d’un excellent breuvage: mais elle n'est docile que par amitié, n’obéit qu'aux caresses , et se révolte contre les mauvais traitements; le bouc devient même quelquefois méchant s’il est habituellement maltraité, et dans tous les cas il se défend quand on l'attaque. La chèvre a fourni de nombreuses variétés, dont nous citerons ici les principales, savoir :
La Chévre sans cornes, qui habite l'Espagne; — la Chèvre de Cachemire, à poils fins, laineux, servant à la fabrication des chàles ; — la Chèvre de Juida ou Juda, d'Afrique ; — la Chèvre du Tibet, introduite en France depuis assez longtemps ; — la Chèvre d'Angora, à poils longs el soyeux ; — la Mambrine ou Chèvre du Levant, de la Palestine et de la basse Égypte ; — la Chèvre du Népaul; — la Chèvre naine, originaire d'Afrique; — enfin notre Chèvre commune.
Les espèces qui vont suivre ont les cornes dirigées en arrière et revenant plus ou moins en avant en spirale; leur chanfrein est ordinairement convexe; elles manquent de barbe; elles ont un sinus à la base interne des doigts, dans les quatre pieds. Elles ont recu le nom générique de Mourox (Ovis, Lix.), quoiqu'elles produisent avec les chèvres des métis féconds, et que G. Cuvier les regarde comme congénères , ainsi que les regardaient Pallas, Leske, Illiger, Blumenbach, etc.
Le Mouron ORDINAIRE (Capra ammon, Lin. Ovis aries, Desw. Le Mouflon, F. Cuv. — Burr. Le Musione de Sardaigne. Le Muffoli de Corse).
Le mouton sauvage ou mouflon, que l’on regarde, avec l’argali, comme la souche des moutons domestiques, a le pelage ras, composé de poils courts et roides, nullement laineux, d’un fauve terne, plus ou moins foncé en dessus, blanchâtre en dessous ; sous ces poils on en trouve d’autres très-fins, très-doux, laineux, assez courts et en tire-bouchon; ses cornes sont trèsgrosses, arquées en arrière et recourbées en avant: la femelle a les cornes moins fortes, et la taille plus petite que le mâle : tous deux se revêtent d’un pelage plus noir et plus fourni en hiver. Le mouflon se trouve en Corse, en Sardaigne, dans la Turquie
d'Europe et les îles de la Grèce, enfin sur presque toutes les montagnes élevées du midi de l'Europe. C'est près de leur sommet, dans les lieux les plus arides et les plus inaccessibles, qu'il se plaît davantage.
Le mouflon était connu de Pline sous le nom d'ombre, et de son temps l'on savait déjà que les métis sortant de lui et de la brebis étaient féconds, d'où l'on concluait, comme aujourd'hui, que ce n'est rien autre chose que le mouton sauvage. Ses habitudes sont en tout pareilles à celles du bouquetin, mais à cela près qu'il manque totalement d'intelligence. « On le voit sauter de rochers en rochers avec une vitesse incroyable, dit Geoffroy ; ‘sa souplesse est extrême, sa force musculaire prodigieuse, ses bonds très-étendus et sa course très-rapide ; il serait impossible de l’atteindre, s’il ne lui arrivait pas fréquemment de s'arrêter au milieu de sa fuite, de regarder le chasseur d’un air stupide, et d'attendre que celui-ci soit à sa portée pour recommencer à fuir. » Telle est aussi l'habitude de nos moutons. Les mouflons vivent en troupes assez nombreuses, et la société de leurs semblables est si nécessaire pour eux qu'un individu isolé ne tarde pas à tomber dans le marasme et à périr. Fr. Cuvier a consigné dans les premières livraisons de son Histoire nalurelle un fait observé à la ménagerie, prouvant que le mouflon a tout l'idiotisme du mouton domestique. « Si le mouflon est la souche de nos moutons, on pourra, dit-il, trouver dans la faiblesse de ce jugement qui caractérise le premier la cause de l'extrême stupidité des autres, et les moyens d'apprécier avec exactitude la nature des sentiments qui portent ceux-ci à la douceur et à la docilité : car c’est sans contredit à cette faiblesse qu’on doit attribuer l'impossibilité où sont les mouflons de s’apprivoiser; ils nous ont donné souyent les plus fortes preuves des bornes de leur intelligence. Ces animaux aimaient le pain, et lorsqu'on s’approchait de leurs barrières, ils venaient pour le prendre : on se servait de ce moyen pour les attacher avec un collier, afin de pouvoir sans accident entrer dans leur pare. Eh bien, quoiqu ils fussent tourmentés au dernier point quand ils étaient ainsi retenus, quoiqu'ils vissent le collier qui les attendait, jamais ils ne se sont défiés du piége dans lequel on les attirait en leur offrant ainsi à manger ; ils sont constamment venus se faire prendre sans montrer aucune hésitation, sans manifester qu'il se fût formé la moindre liaison dans leur esprit entre l’appät qui leur était présenté et l'esclavage qui en était la suite, sans qu'en un mot l’un ait pu devenir pour eux le signe de l’autre. Le besoin de manger était seul réveillé en eux à la vue du pain. »
Le mouton domestique est, après le cochon d'Inde, le plus idiot de tous les animaux soumis à la servitude; et la domesticité, en achevant de le dépouiller de la faible part d'instinct qui lui avait été dévolue par la nature, en a fait une sorte de machine vivante, dont toutes les conditions d'existence gisent dans les soins intéressés que l’homme lui accorde. Abandonné à sa propre conduite, dans le elimat le plus favorable, un troupeau n’existerait pas deux mois, et tous seraient morts de misère ou par la dent des animaux earnassiers avant ce terme. Non-seulement les moutons n'offrent aucune résistance à l'ennemi qui les attaque, mais ils ne cherchent pas mème à prendre la fuite, et ils se bornent à un vain simulacre de courage en frappant la terre avec leurs pieds de devant. Qu'un loup se présente, aussitôt le trou peau entier s'arrête, le regarde avec une stupide curiosité, et, si l'animal féroce cesse d'approcher, eux-mêmes iront à sa rencontre en frappant du pied. Lorsque le loup s’élance pour en prendre un, tous fuient avec désordre et en se pressant les uns contre les autres; mais en cessant de voir leur ennemi ils oublient leur crainte, et à cent pas de là ils s'arrêtent et se retournent pour le regarder de nouveau ; d'où il résulte que si le ravisseur a manqué son coup une première fois, il ne le manquera pas une seconde ou une dixième fois. Lorsqu'il gagne les bois en emportant une victime, tous le poursuivent au pas de course, et le ber-
de NN
ger a beaucoup de peine à les retenir. Lorsque des moutons sont en marche, si l’un de ceux qui va en tête s’arrète devant la plus légère barrière, tous les autres en font autant, et on les tuerait plutôt que de les faire avancer; le berger, dans ce cas, n’a qu'une ressource, c’est d'en porter un de l’autre côté de l'obstacle, et alors les autres passent. Mais si, au contraire, poussé par quelque imbécile frénésie, le premier mouton se jette dans un précipice ou dans une rivière, les autres s’y lancent après lui sans la moindre hésitation. Cette stupidité automatique se retrouve dans toutes les habitudes de leur vie. Je ne m'étendrai pas sur l'utilité que
l'homme retire de ces animaux , seit par leur laine, soit par leur
chair. Personne n'ignore les divers services qu'ils rendent aux arts industriels, à la consommation alimentaire et à l'agriculture. Aussi le mouton est peut-être de tous les animaux celui qui a été le plus travaillé par l'homme, et celui dont il a obtenu les résultats les plus variés. Nous nous bornerons ici à mentionner les races les plus remarquables, en faisant observer que toutes ne paraissent pas descendre uniquement du mouflon, mais bien de son croisement avec les ovis et avec les capra. Ceci est si vrai . qu'il serait impossible aux naturalistes de décider si certaines variétés doivent être classées avec les chèvres ou avec les mouflons. 4° Le Mourox oRninaiRE (Ovis europæa), que l'on trouve dans presque toute l'Europe, ct dont les moutons d'Espagne on mé-
sont : — le Sfeatopyga (Ovis steatopyga) de la Perse, de la Russie méridionale et de la Chine; — le Mouton à grosse queue, qui ha-
Le Bélier de Barbarie.
bite la haute Égypte; le Jouton sans queue (Ovis ecaudata) du même pays, mais dont la loupe graisseuse est aux fesses et dont
Enclos des Chèvres près de la serre tempérée.
rinos d'Angleterre ne sont que des variétés fort nombreuses en sous-variétés.
20 Le MouTron AUX LONGUES JAMBES (Ovis guineensis), remarquable par sa grande taille. Ses principales sous-variétés sont le Morvan; — le Mouton d'Afrique (Ovis africana), dont nous représentons ici le bélier ; —1e Mouton d'Éthiopie (Ovis æthiopica).
30 Le MourTon À LARGE QUEUE (Ovis laticaudata), si remarquable par la loupe graisseuse qui entoure la queue et la fait peser quelquefois jusqu’à cinq ou six kilogrammes. Ses principales variétés
la queue, très-grêle, n'a pas plus de deux pouces (0,054) de longueur; — le Mouton d’Astracan, dont l'agneau fournit une trèsbelle fourrure ; le Mouton du Cap, ete. Quelques-uns de ces animaux ont la queue si lourde, que dans certaine partie de l'Afrique on est obligé de la faire porter par un petit chariot que l'animal traine après lui.
49 Le Mourox n'Iscanpe (Ovis policerata, Tax. Ovis gothlandica, PALL.), que nous avons représenté avec quatre cornes, et qui quelquefois en a cinq, six, jusqu'à huit, et d’autres fois seule-