LES BOEUFS
n'ont point de larmiers, et le noyau de leurs cornes est en partie celluleux; leurs cornes, plus ou moins arrondies, sont dirigées
de côté et reviennent en ayant vers le haut en formant le croissant.
18e Genre. Les BOEUFS (Bos, Lis.) ont trente-deux dents, savoir : point d'incisives en haut et huit en bas; point de canines; douze molaires à chaque mâchoire. Ils ont un large mufle, le
corps épais, les jambes fortes et assez courtes ; des onglons derrière les sabots; la queue assez longue , terminée par-un flocon de poils, et quatre mamelles inguinales. Tous ces animaux sont lourds et de grande taille.
Le Boœur oRDINAIRE (Bos taurus, Lin. —Desm. Bos indicus, Yariété le Zébu. Le Zébu et le Bœuf, Burr.) est originaire de l’ancien continent, et particulièrement de 1 Europe, comme on a pu
s'en assurer par ses nombreux débris fossiles, qui ne sont pas rares en France, surtout dans la vallée de la Somme. Sa taille est plus ou moins grande, selon les climats et les variétés. Son peläge varie beaucoup, mais généralement il est blanc, brun, noir, ou plus souvent encore d’un rouge fauve, toujours lisse et ras; un large fanon lui pend sous le cou jusqu’entre les jambes de devant ; son front, concave, est paré d’un épi de poils frisés ou crépus; ses cornes sont arrondies, latérales, arquées, et le plus ordinairement déjetées en dehors.
Le zébu de Buffon (Bos indicus, Exr1.) en est une variété extrêèmement remarquable, et qui s’en distingue particulièrement par sa taille généralement plus petite, et surtout par une ou deux bosses graisseuses qu’elle porte sur le garrot. Cette race, comme celle du bœuf ordinaire, présente aussi un assez bon nombre de variétés, parmi lesquelles nous distinguerons celle de Madagascar, la plus grande de toutes, n'ayant qu'une seule loupe graisseuse, et dont la chair exhale une désagréable odeur de muse; celle de l'Inde, dont la taille quelquefois ne dépasse guère celle d’un cochon, eic. Ordinairement le pelage de ces animaux est gris en dessus, blanc en dessous, mais il est très-sujet à varier. Cette race se trouve dans les parties chaudes de l'Inde et de l'Asie. C'est à elle qu'il faut rapporter le Taureau brahmine, privilégié dans les Indes et consacré au dieu Siva, parce qu'un individu de celte race, le bœuf Nandi, a seul le privilége de porter Ja statue de ce terrible dieu. Ces bœufs vivent dans des temples où on leur prodigue mille soins respecteux, et toutes leurs fonctions se bornent à servir de monture aux brahmes. Comme le peuple les respecte beaucoup, ils peuvent impunément, quand tel est leur bon plaisir, dévaster les champs cultivés, pénétrer dans les clos, même dans les maisons , pour aller prendre et gaspiller la nourriture des habitants jusque sur leur table. A cela près, ce sont de tous les bœufs les plus inoffensifs.
Notre bœuf ordinaire offre aussi de nombreuses variétés, en raison des localités, et l’on pourrait en compter jusqu'à seize assez bien tranchées, sans sortir de la France. Cela seul suffirait pour constater la haute antiquité de sa servitude, si l’on n'avait pas des documents sur ce sujet dans la plupart des écrits qui nous sont restés des plus anciens peuples de Ja terre. I serait plus difficile de déterminer à quelle époque le type sauvage de cette espèce a disparu; cependant, il paraîtrait qu'au quinzième et même au seizième siècle on trouvait encore des bœufs sauvages dans les forêts de la Pologne et de l'Angleterre , si toutefois les auteurs n’ont pas confondu l'espèce du bœuf avec celle de l’aurochs. Quoi qu'il en soit, le bœuf est un des animaux indispensables à l’agriculture, et de première utilité pour l'homme. Au joug et à la voiture, il rend les mêmes services que le cheval, et s'il est plus lent, il est aussi plus vigoureux et plus sobre. Dès qu'il vieillit, on l’engraisse , et sa chair excellente est notre principal aliment; sa peau, sa graisse, ses cornes, jusqu'à ses os, tout est utilisé et d’une haute importance dans les arts industriels. Le lait de sa femelle a des emplois aussi nombreux que variés, et souvent il devient l'unique ressource des pauvres familles de culivateurs. Enfin, je le répète, il n’est pas d'animal que l’on puisse mettre en comparaison avec celui-ci, sous le rapport de son importance économique, et avee la vache et la brebis on pourrait se passer de tous les autres. Faire ici l’histoire des mœurs de cet être paisible par tempérament, bon serviteur plus par stupidité que par affection , d’une obéissance passive, sobre, infatigable, nullement capricieux, ne se rebutant jamais, serait tout à fait hors d'œuvre, car il n’est personne qui n'ait été à même de l'observer. Seulement nous ferons remarquer que cette pesanteur de corps, cette lenteur d’allure qu'on lui reproche, tient plus aux habitudes qu’on lui donne qu’à son organisation. Dans quelques pays on dresse des bœufs pour monture, et on les forme à marcher, à trotter, à galoper même, avec presque autant de vitesse qu'un cheval. En Allemagne les bœufs de cha-
riot ont une allure deux fois plus vive que les nôtres, parce qu’on les y a habitués dès leur jeunesse. La vache porte neuf mois, et ne fait qu’un petit par portée.
Le BuorrLe (Bos bubalus, Guz. — Des. Le Buffle, Burr. Le Gamich des Persans.Le Djamouz des Arabes. Le Bense de l'Indoustan) est de la taille du bœuf, ou très-peu moins; il a le front élevé, arrondi, ce qui fait paraître son chanfrein concave; son pelage est noir, à poils durs et assez clair-semés; son fanon est peu développé; ses cornes sont noires, très-écartées l’une de l’autre, avec une arête saillante en ayant; sa queue est longue et pendante; ses mamelles sont sur une même ligne transverse. Il vit en troupes nombreuses dans les prairies basses et marécageuses où il aime à se vautrer dans la fange. Son caractère est farouche, indomptable; et pour tirer quelque service de ceux qui sont le mieux apprivoisés, il faut leur passer dans les narines un anneau de fer au moyen duquel on les dirige. Il est originaire de l’Asie méridionale, d’où on l'a amené en Afrique et en Europe.Il s’est parfaitement naturalisé en Grèce et en Italie dans les Marais Pontins.
On doit regarder comme simple variété de cette espèce:
L’Arni (Bos arni, SuaW), qui n'en diffère que par ses cornes plus grandes, longues de quatre à cinq pouces (0,108 à 0,155), ridées sur leur concavité, et un peu aplaties en avant. On le trouve principalement dans les hautes montagnes de l'Indostan et dans les îles de l'archipel Indien.
Le Gour ou Gaour (Bos gour, Trait. Le Purorah et le Gourin des Indous) a de l’analogie avec l’arni, mais son pelage est d'un noir assez foncé, tirant sur le bleuâtre; ses cornes sont courtes, épaisses, très-recourbées vers le bout et un peu rugueuses ; son pelage est ras, sa queue épaisse, et le mâle n’a pas de fanon pendant sous le cou ; une singulière rangée d'os épineux et accessoires lui voütent régulièrement le dos. Cet animal est stupide jusqu'à la férocité, et son courage brutal ne recule devant aucun danger. Il vit en troupes de quinze à vingt dans la profondeur des forêts de l'Inde, où il se nourrit de feuilles et de bourgeons d'arbre.
Le JunGu-Gau (Bos frontalis, G. Cuv. Bos sylhetanus, Fr. Guy. Le Gyall, Laws. Le Bœuf des jongles de Duvauc. Bibos subhæ— malachus, Hopcs. Le Shylet-catle, Gyall et Byson des Anglais de l'Inde. Le Câte-yrme des Tamouls) a de l'analogie avec notre taureau domestique, et comme lui il porte un fanon pendant sur la poitrine. Son pelage est constamment noirâtre, avec les quatre jambes blanches; il à le front gris, ainsi qu'une bande longitudinale sur le garrot; le tour de son œil est cendré, et celui des lèvres blanchâtre ; il a une loupe graisseuse peu saillante sur les épaules ; sa queue est cotonneuse. Il habite l'Inde, principalement au pied des montagnes du Sylhet.
L'Aurocus (Bos urus, Boon. — Des. Bos ferus, Lin. L’Aurochs et le Bonasus de Burr. Le Bonasus d'Arisrore. Le Zubr des Polonaïs. Le Tur des Lithuaniens) est le plus grand des bœufs vivants, et sa taille approche beaucoup de celle du rhinocéros. Son pelage est composé de deux sortes de poils, celui de dessous laineux et doux. Le devant du corps, jusqu'aux épaules, est couvert de poils bruns, durs et grossiers, surtout à la pointe, longs de près d'un pied (0,525); le dessous de sa gorge, jusqu’au poitrail, est garni d’une longue barbe pendante; tout le reste du corps est couvert de poils ras, courts, d'un blanc noirâtre ; son front est bombé; ses cornes sont grosses, rondes, latérales; sa queue est très-longue. Enfin il a quatorze paires de côtes tandis que les bœufs n’en ont que douze.
Il paraît que cet animal habitait autrefois toute l'Europe, et qu'il était assez commun, même en France, dans les forêts marécageuses ; aujourd'hui on ne le trouve plus que dans un canton de la Lithuanie, et encore grâce au seigneur dont il peuple les forêts, et qui les fait garder avec soin. Le lendemain du jour où un noble palatin laura ordonné, un des plus puissants animaux de la terre aura complétement disparu de dessus le globe, et ses