‹ Le jardin des ronces, 1889-1899Chapitre 18 sur 54 · LE CULTE DU MOIS · texte numérisé non relu

LE CULTE DU MOIS

Viv'nt les trois couleurs,

Le bruit, les lueurs, La Républifju' française!

Le peuple, serein.

Se croit souverain Et chant' la Marseillaise! {bis)

Arrive la Saint-Auc.ustin,

C'est ma fêle et j' déjeune D'un café noir et d'un p'tit pain :

Que ne suis-je encor jeune !

Je n' suis plus un saint D' puis qu'j'ai t|uitté 1' sein

De mon père et d' ma mère...

Mais j'ai toujours faim El j' trouve, à la fin,

Que la vie est amère! [bis]

V'ià la Toussaint, la fét' des Morts

Sur r boul vard de Charonne On ne voit passer (jue des corbillards el des couronnes !

Si j'étais quelqu'un, J' voudrais êtr' défunt.

C'est un sort que j'envie :

J' n'aurai jamais d'cou vert chez d' Montesquiou, Au banquet de la vie!

Non, je n' sais rien d' plus enrageant,

Quand chacun fait bombance, De n'avoir pas le moindre argent, Pas la moindre espérance !

Voici la Noël,

Ici comme au ciel.

Tout le monde est en fête...

L'on fait du potin.

L'on fait du boudin, Et moi j' fil' la comète î

L'UNION FRANCO-RUSSE (Air : La Czarinc. — Louis Gannb.)

Ou qu'où se cache, la langue de la fcmiiK' vous tlôcouvre.

[Proverbe russe.)

A RachiUc.

Une grande daioe russe,

L'antre jour, m'écrivit :

« Il faudrait que je connusse

Celui (|ui me ravit ; Je sais que la terre est ronde,

J'ai tout lu, j'ai tout vu ; Mais c'est vous, de par le monde

Qui m'avez le plus plu...

Donc, demain matin, au bois de Boulogne,

J'aurai mon traîneau,

(C'est pas un bateau).

La France, la Russie et la Poloo-ne

Seront sur le Lac :

Soyez très exact ! »

56 LE JAKDIX DES ItOXCES

Ayant lu celte missive,

Je ne fut point surpris , Tous les jours il m'en arrive,

Et de tous les pays.

Je tape dans l'œil des femmes,

Je sais Tari de charmer :

Les trottins, les grandes dames

Font des vœux pour m'aimer.

Le lendemain, vêtu de mon monocle, Beau comme un Dunois, J'arrivais au Bois...

Et calme comme autrefois Thémistocle, A l'heure du Lac Je fus très exact.

Je l'eus bientôt reconnue,

Car elle vint à moi ; Et la glace fut rompue

Par ces mots : « Quel émoi ! »

Elle m'offrit sa voiture.

Je la pris dans mes bras...

La fin de cette aventure,

Je ne vous cache pas Qu'il me tardait beaucoup que je la susse; Or, pendant neuf mois,

L UNION FltANCO-IlUSSE

Je fus seul au Bois...

Quand unbeau jdur — souvenir franco- russe Je reçus un mol Avec un marmot.

J'avais oublié la mère,

Quand j'appris, par hasard, Qu'elle s'élail fait la paire

Pour l'aniour d'un houzard !

Mon cœur se remplit de trouble

En songeant au moutard :

Si j'avais eu quelque rouble,

J'eusse été plus roublard.

Donc ne sachant quoi faire de mon fils... se Que j'avais pourvu D'un nom très connu.

Et le voyant blanc comme un petit suisse, Je mis mon Gervais Aux Enfants-Trouvés !

SONNET A L'INFIRMIERE

A Eliska ,

Sous votre petit blanc bonnet, (Blanc bonnet, bonnet blanc qu'on jette Par-dessus — sautez et tournez — Tous les moulins de la Galette !)

Vous trottez et vous trottinez, Telle, en d'autres temps, Marinelle, Souriant à quel Gros-René Sous votre bonnet de soubrette ?

SONNET A L I.M I ItM I ;:il |;

Vous prenez un air virginal Pour, avec un gesie adorable, Présenter, quoi donc ? l'urinai!..

Cependant qu'un vieil incurable, Mis en goût par son lavement, Vous mange des veux goulûment

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