‹ Le jardin du passéChapitre 10 sur 13 · LA KASBAH · texte numérisé non relu

LA KASBAH

La Kasbah!...

Ce mot magique a intrigué mon enfance. Il m'a poursuivi des années, tant il lleurait le mystère et me suggérait de choses vagues et inquiétantes. Prononcé, il avait un son particulier. Dans la bouche des ordonnances de mon père, il s'accompagnait d'un rire et d'un clignement d'œil spécial. La Kasbah!... Je savais seulement que des rixes sanglantes y éclataient, la nuit, entre Arabes et soldats, et aussi qu'il y avait là des femmes. Quelles femmes ? Je l'ignorais. Sans doute des créatures peu naturelles et très différentes des autres. Je me représentais un repaire dangereux et enchanté des Mille et une Nuits.

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Aussi, en revoyant la rue de laKasbah,mon imagination s'est brusquement réveillée : c'est avec une curiosité de petit garçon que je suis monté, m'essoufflant le long des plais escaliers.

Cet aspect de jour déçoit presque, au premier abord. Il n'y a rien de très mystérieux dans ces échoppes: métiers divers, épiceries mozabites, bains maures, cafés maures aux linteaux desquels s'ajourent des festons de papier de couleur. Toutes les rues, pavées de pierres bleuâtres, portent la plaque municipale, qui déconcerte.

Cependant, sous un étroit passage couvert, un bazar reste original ; on y vend des choses en cuir : babouches, gaines de miroirs et de couteaux. Une agglomération de boutiques à auvents de bois remplit la rue : des légumes s'y amoncellent, des pâtisseries frites, du couscouss arrosé de beurre et des figues de Barbarie.

Des femmes emmitouflées de voiles marchandent avec âpreté. Des senteurs de pétrole dominent, et de musc.

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