LA KASBAH
On monte toujours en zigzag, à l'escalade. Les faîtes des maisons se rejoignent presque, resserrant le ciel en un ruban d'azur. Des portes, vertes ou noires, sont closes: une main rouge s'y imprime, comme de sang ; ou bien, au mur, pend un fer à cheval ramassé sur la route, dicton figuré dont le sens est, pour les hôtes : — « Si sous ce toit tu parles inconsidérément, que le coup de pied de ta mule te casse la mâchoire ! »
Des renfoncements d'escaliers peints en bleu, des intérieurs pavés de faïence se succèdent, en une ascension d'impasses et de voûtes. Çù et là une fontaine coule, des verdures émergent de cimes de plâtre. Partout, des ombres bleues coupent les murs blancs. Cela donne l'impression de décors de théâtre, vus au jour.
Le silence a quelque chose de particulier : on sent la vie sourdre derrière ces maisons fermées, ces grillages étroits. Des rumeurs traversent les murs: plaintives chansons de femmes, disputes. Parfois, en des cours ouvertes, apparaissent, accroupies et peintes