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comme des idoles barbares, de grasses Mauresques, impures.
Et l'on monte, l'on monte toujours, d'escaliers en escaliers, de détours en détours. Des femmes en blanc descendent, qui vous dévisagent avec ce regard lascif où ri( l'ironie. Quelque Arabe gratte à une petite porte, échange un mot de passe mystérieux, entre en se courbant et referme aussitôt les verrous. Du haut d'une ruelle solitaire, une Mauresque sénile, courbée en deux sur un bâton, semble une très vieille fée.
En des rues bizarres, des cabarets où Von racle de la musique sentent Faniseltc d'Espagne ; de vieilles créatures se tiennent aux portes ; des femmes, accoutrées comme des saltimbanques, hèlent les passants en « sabir », en italien, en espagnol.
Des ordures jonchent le sol et fermentent. Et l'on respire enfin, tout en haul, lorsqu'en plein air, au pied de l'ancienne Kasbah transformée en caserne, on aperçoit du vert, l'espace et la mer.
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Autre est la Kasbah de nuit.
Jusqu'à dix heures, elle bruit d'une vie soldatesque. Des zouaves, agiles comme des chats-pards, grimpent ou dégringolent les escaliers. Des marins en goguette battent les murs. On entend des cliquetis de sabre et des refrains d'ivrogne.
Les échoppes des tisseurs de soie et des brodeurs d'or sont closes. De loin en loin, un café maure. Des Arabes y jouent aux dames, ou un narrateur conte une histoire : des formes humaines, enveloppées du suaire de leur burnous, gisent sur des nattes.
A mesure que l'on monte, la Kasbah devient méconnaissable ; toutes ces rues, étiquetées au jour, apparaissent mystérieuses, inconnues. On s'y perd. Elles montent, descendent, se croisent et s'enchevêtrent en un dédale inextricable.
Une clarté jaune tombe des réverbères ; ils s'espacent, et la nuit grandit. Il y a des flaques de lune et des trous noirs de coupe-gorge. Des coins d'ombre et de clarté alternent. Des esca-
liers exhalent des fraîcheurs de cave. Des impasses gardent et interdisent certains lieux. On voit l'arête des maisons se découper, lumineuse ou noire, sur l'azur constellé d'étoiles. La lune blanchit les murs d'un éclat de phosphore, et des spectres d'Arabes, attardés en des conciliabules, projettent sur le sol une ombre de statues.
Des fuites silencieuses de chats profilent un galop d'ombre , des rats font curée sur des monceaux d'immondices. Au seuil des portes, une bougie allumée à terre éclaire les pieds nus et le bas du visage d'une Mauresque, assise sur la première marche de l'escalier, attendant quelqu'un. Des visages fardés s'encadrent aux étroites lucarnes, des voix parlent aux judas des portes ; on entend des musiques en sourdine, un rire qui meurt. Une odeur de musc et de chair traîne dans le vent doux.
Les rues se vident de plus en plus. Le sabbat des chats pousse sa clameur hystérique. Les derniers matelots ont disparu, happés en (les entrebâillements louches. Même une petite llùtc, qui laissait tomber. un lilet de musique,
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grêle et mélancolique comme Feau, s'est tue. Plus rien que la paix et le froid de" la mort, d'une mort où la vie couve.
Le silence plane, un silence équivoque et chuchotant. Alors il semble que la ville entière parle une langue inintelligible, à voix basse. L'on ne perçoit plus qu'un pas monotone, sonnant sur les escaliers polis, usés par une centaine de générations. Le rêve vous gagne, le mystère vous enveloppe, l'hallucination entre en vous : des yeux de femme paraissent vous contempler à travers les murs, comme sous des voiles de pierre ; des souffles errent sur votre visage, des mains invisibles vous frôlent.
Et peu à peu un malaise délicieux vous hante, l'angoisse de ne pouvoir jamais plus sortir de ces rues enchantées, où un charme vous retient, comme si vous étiez condamné à y errer éternellement.
Hier soir, à plusieurs, nous avons exploré la Kasbah.
Le clair de lune rayonnait sur la ville et la mer. Il faisait tiède et pur.
Non loin de la synagogue, au bas d'un large escalier plat, s'empressaient des Biskris. Les yoii ! you ! glapissants de femmes que Ton ne voyait pas encore, perçaient l'air.
Et tout au haut des marches, nous vîmes houler un flot de Mauresques blanches ; des lanternes, que des hommes portaient au bout de bâtons, oscillaient dans le noir. Lentement, avec des arrêts, cette théorie blanche s'écoula, le long de l'escalier, en se massant pour pousser les you! you! aigus. Toutes ces têtes de