‹ Le jardin du passéChapitre 5 sur 13 · LA PÊCHE AUX OURSINS · texte numérisé non relu

LA PÊCHE AUX OURSINS

Sabot blanc à ventre rond, le bateau de péclie amarré au mur de la petite baie de roseaux glisse, au refoulement de la perche surla(iuelle l'homme appuie de tout son ])oids, glisse dans l'eau tranquille et Iraii^pan'iitc. leau lourde et salée.

On voit le fond, et de l'or liquide tremble en taches ocellées. Le sable sous-marin est gris, avec un ton d'ocrc, et veiné de sillons parai-

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lèles et ondiikints, qui sont le flux et le reflux figé des vagues. Des rochers creux ont l'air de grosses éponges noires. Des clievelures d'algues, des floraisons grasses et dentelées tremblent d'une vibration continue : jardin d'un brun glauque et d'un rouge terne, où un oursin barbelé de piquants semble, en sa pourpre violette, un chardon bizarre, un hérisson nain.

L'eau est lourde en sa pureté, trompeuse. Le roseau fendu du bout, dont un caillou ficelé maintient l'écartement, s'enfonce malaisément et, en vertu d'un mirage, se rompt et se coude, n'atteint l'oursin et ne le détache, d'un tour de main, qu'une fois sur deux. Quand la profondeur augmente, l'eau devient d'émeraude claire, prend une fluide pâleur verdâtre, d'une limpidité froide, vierge et lacustre.

A peine quelques rides; une goutte d'huile, secouée d'une plume qui trempe dans une fiole accrochée à l'avant du bateau, aplanit la surface moirée, les ondes de cristal molles. Au large, la mer est d'un bleu doux, velouté, à mille reflets laiteux. Les murailles bises de la petite ville plongent dans le bleu du ciel et de

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la iiKT: ou (lirait un pan de carrière jaune prolongeant sa transparence affaiblie. Un or éteint dori dans la belle lumière. Et il règne un silence profond.

Un léger clapotis tout à coup s'éveille. Une risée brise en miettes le miroir d'eau. Les avirons, aux bras vigoureux du pêcheur, coupent la mer d'un tranchant vert pâle et secouent des perles vives : un petit cri plaintif accompagne leur ràpement sur le plat-bord. Le fond a disparu. Un vent frais court sur les écailles mouvantes de la baie. La barque fend une nappe de lait, de lait bleu qui a une mollesse de crème. La plaine aride devient vivante. Le vont la caresse d'un souffle âpre qui tombe dès qu'on rentre dans une petite anse, bordée de varechs amassés par les vagues et pourris de soleil.

De nouveau l'eau claire, le sable stratiffé, les éponges de pierre, les oursins que guette le roseau droit, coudé dans leau. L'heure paresseuse coule, tout semble endormi. Un émoi. Le pécheur, de son trident long, pique une forme rougeâtre, qui bouge. Elle lui échappe. Il repique, d'un jd dur, le bras roidi. Et c'est,

aux dents de la perche, un nid de serpents qui s'enroule, une petite pieuvre.

Il la prend à deux mains, la mord entre les yeux, reçoit au visage un crachat d'encre noire, remord la bête et d'un coup de couteau circulaire Tentame, la dépouille; elle pend maintenant grisâtre, comme un gant aux doigts flasques, avec un rond rougeâtre d'écorchement, signe expressif de ce court et puéril drame.

Et de nouveau l'on pêche, d'un roseau indolent, dans l'eau lourde et claire, qui ondule, en sa respiration de sommeil.

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