BOIS DE PINS
Sur les coteaux de terre rouge, entre des dévaleinents de pierres semblables à des torrents à sec, les bois de pins s'inclinent aux ravins frais, qui sinuent en détours d'ombre, tandis que de grandes flaques de soleil baignent les champs, en face.
Des masures grises entourées d'orangers flanquent des cimes de vallons; des chiens aboient. Des fleurs sauvages poussent dans
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réboulis dos murs de roches. Des cantonniers rapiècent la roule avec des carrés de cailloux. Une eau couleur d'herbe sla^^ne dans les fossés, s'étale en mares qui reflètent un»' bianche d'arbre, un coin de ciel.
La résineuse odeur des jùns inoiili' dans l'air tiède. Les cônes bruns exhalent un pénéliant arôme de vernis, auquel se mêle l'amertume robuste des paquets d'aiguilles vertes, du bois vireux. Des flocons blanchâtres, au i>lus haut des branches, çà et là émergent : quenouilles de soie d'araignée, d'oi!i pendent des cordons de chenilles rampant processionnellement à terre. Un énorme frelon noir bourdonne, ricoche et disparaît. Des oiseaux s'envolent. Un crapaud chante sa plainte triste.
Des pins encore, d'autres, toujours pareils. Leur verdure riche et sombre se fonce jusqu'au vert noir, au bas des pentes, se dégrade en une ascension df vcri ]»liisluniint*ux,ànicsun'quele bois s'élève vers le ciel. Au soleil, ce vert prend une splendeur funéraire, tandis que les oliviers sont de cendre et d'argent, (jue les troncs d'eucalyptus ressemblent à des bouleaux pâles.
PUINTEMPS DE PHOVExXCE 115
Ce qui convient le mieux à Tliarmonie, à la noblesse monotone et digne des pins, c'est un fond de ciel vif, un pur azur, ensoleillé, sur lequel s'écrase la masse moutonnante des arbres. Rien que cela, ce vert sobre sur du bleu, et de ce simple contraste, une magie surprenante tire le plus suave, le plus profond des effets, une de ces joies delà couleur qui réjouissent l'àme et font trouver la vie belle.
Arbres de méditation, de recueillement, les pins gardent une mélancolie fière et résignée ; humbles et sauvages dans leurs paysages de terre rouge et de pierrailles, ils ont l'air de vivre pour eux-mêmes. Seuls, peut-être, ils échappent, de par leur verdure anticipée et hivernale, à la transformation radieuse du printemps.
Et pourtant, nul scintillement en aigrettes de feuilles fraîches dans le soleil ne vaut leur grave éclat, et l'harmonie séculaire, immémoriale, que propage leur immobilité sévère et odorante.
Pins amis de la montagne et de la mer, compagnons de la solitude : arbres sacrés!