‹ Le jardin du passéChapitre 7 sur 13 · TERRE D'ARLES · texte numérisé non relu

TERRE D'ARLES

A Alphonse Daudet.

Jamais je n'avais autant senti la mélancolie ensoleillée d\ine terre et d'une ville de silence, le charme mort qui s'exhale d'un paysage de cendre et de rouille, la paix des ruines jaunes, des maisons froides et des rues pavées de cailloux pointus. Une auie vieille flotte en cette cité d'Arles que je ne puis parvenir à croire vivante, et où les beaux yeux graves et la noble démarche des femmes ont une grâce de fantômes.

Pour l'étranger qui passe, il est peu d'endroits aussi mystérieusement tristes, et je ne connais que Blidah, avec son entêtante odeur d'orangers, ses étroites rues arabes où des

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clwmlsdc llùt(^ ri, (l(>s cncons do crdre luùli' lillr("n( à Iravcis les iiuirs, (|iii rocrlc avoc une ri^alr int('nsil(> do sploon luiniiioiix ot doux la iiostaliiio d'un do ces coins perdus où les llours mônios ont une beauté dolenlo, où les luuils semblent engourdis, où Tàme est coiiunc ])ai'alysée, et que l'on pourrait appoloi' 1rs Jardins du rove et de la niorl !

Sont-ce les ruines seulement, ces arènes dont les gradins, même sous la foule (]ui se presse aux courses de taureaux, gardent une solennité mortuaire, ce cloître de Saint-Trojiliiiuo aux bas-reliefs effrités parb^ soleil et le veut, ces Aliscamps bordés do loniboaux vides au fond desquels poussent les graminées ou moisissent les mousses, toutes ces dalles, toutes ces pierres vétustés que les peureux lézards gris strient de leurs zigzags en fuite? Est-ce laMortqui a li'op saturé collo terre qu'on ne peut fouiller sans y trouvor d(>s osseniouls'? Une magie du passé envelo|)po ici toutes choses d'un sommeil do fée, et l'on y léve d'existences murées à l'ombre do jardins solitaires, on do vastes pièces sombres e( humides, au Joug

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d'escaliers de prison, derrière des portes à gros clous.

Le printemps lui-même est sans éclat encore dans la campagne sèche, mais il prend, sous le ciel pâle et plat, une indicible poésie. Il étend un frêle tapis vert entre les pierres de Crau, s'épanouit en aubépine le long des chemins poudreux de Camargue; les prairies s'avivent et les aliziers et les saules se dentellent de feuilles frileuses comme uu duvet, A TinfinijCn grandes perspectives lisses que coupent les murailles bises d'un mas ou des rideaux de cyprès qu'on dirait mangés d'escargots sous uu envahissement de noix de galle, un paysage s'étend, à peine égayé d'ormeaux lointains. Ce n'est plus la Provence rouge des environs de Marseille, ni l'assombrissement funéraire des pins, des romarins et des cistes, c'est la Provence blanche de lumière et de poussière, blanche de la farine des routes, du blanc des cerisiers et des pruniers en ileur, toute dorée du scinlillement faibh' et léger des oliviers de Crau.

Un tel décor si pareil à lui-même, si mono-

toncment calme, si paisiblement large, ne présageait guère le changement à vue, le prestigieux coup de baguette féerique qui, après un trajet de deux heures de voiture, nous fit voir les abords de l'étang de Valcarès. Au creux des talus, plus d'arbres, des joncs (jue courbaient les souffles rudes du Sud-Est, el, sur un sol ras, immensément ras, la morne végétation des < enixanes », buissons à fleur de sable, espacés, et dont les tiges courtes et rosées se hérissent de brindilles vertes, de chenilles lisses que gonfle une eau salée.

Il n'est pas de chemin sur ce déserl où les roues de la voiture tracent deux ornières nettes et glacées d'un reflet de sel, car le sel de l'eau vient parfois givrer ce terrain sec, et le vent qui souffle et se déchaîne en muirissant vous apporte un relent de mer et sale vos lèvres d'amertume. Les « enganes » s'éparpillent <it disparaissent; au loin, une liune Ideue se confond au ciel, c'est l'étani; ; et, pour y arriver une étentlue nue s'étale, une grève aride et désolée, du 11 t'iii uniformément giis, où, cà e( là, des infiltrations successives ont déposé des co-

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