TOI, TU NE ME DIS PAS
J'ai marché jusqu'au bout de ia belle avenue
Et je ne t'ai pas vu venir ; Et ma face était libre, et ma lèvre était nue
Que tes lèvres savaient couvrir.
Tes mains ne sont plus là pour voiler mon visage
Et baiser mes yeux abattus.
J'entendrai tous les bruits de deuil et de ravage
Si ta voix ne me parle plus.
Ah ! sauve-moi d'entendre au loin toute la terre
Se briser d'amour et crier.
Je suis celle qu'un rien comble et qu'un rien altère,
Je suis l'ombre et toi le pilier.
Toi, tu ne me dis pas que l'automne et les bouches
Sont cruelles comme des faulx, Et que lèvent mielleux qui chante autour des couches
Aussi chante autour des tombeaux
Toi, tu ne me dis pas que les mains les mieux jointes Se quittent pour se mieux meurtrir,
Et que tous les poignards usent leurs dures pointes Contre la pointe du désir.
Toi, tu ne me dis pas que la pluie est mauvaise Sur les jardins quand il fait froid;
Qu'il est des oreillers plus brûlants que la braise, Plus hantés que le cercueil droit.
Ah ! je voyais la vie à travers toi si claire !
Mais, si tu ne viens pas, j'aurai Un grand soulèvement de bras et de paupières
Vers notre azur désespéré.
gegçse&esee&se