JE T'APPORTE MES MAINS
Je t'apporte mes mains, mes mains toujours tendues Et dont le geste ouvert ne tombe que sur toi ; Mes mains qui vont cueillant aux foules éperdues Les cœurs où l'on a chaud, le sort où l'on a froid.
Mes mains qui sentent l'aube et les vergers nocturnes Et les coffrets d'Asie aux poisons parfumés, Plus molles que les eaux, plus tristes que les urnes, Plus lourdes que le sol des tombeaux trop aimés.
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Je t' apporte mes mains... 201
O croise-les sur tes genoux, ces mains flottantes, Lasses d'avoir tenu tout leur désir fumant. Comme le grand désert qui souffle autour des tentes, Verse à leur vol fermé ton ardeur lourdement.
Soigneuses de cacher dans leurs paumes bien closes Le mal qui les jetait vers tous les horizons, Mes mains, sœurs des azurs, mes mains, veuves de roses, Ont pâli de lever le poids des oraisons.
O mains, folie immense, ombre étroite et petite ! O mains chaudes de cendre, ô mains pleines d'étés, Qui savouriez dans l'air que la lumière habite Le contour des beaux lieux et des belles cités ;
Qui bâtissiez des blancs palais aux blanches chambres Ou les roses arceaux d'un caravansérail ; Mes mains où circulaient l'or fluide de l'ambre Et le lait de la perle et le sang du corail ;
Qui pétrissiez la nuit des baumes narcotiques Et les senteurs où la mort vient avec l'amour ; Croisez-vous à présent, mes mains mélancoliques, Car vous ne saurez plus de matin ni de jour,
Car vous ne saurez plus ni de matin ni d'heure, Ni de balcon pierreux, ni de jardin penché. C'est aux pensives mains d'un vivant que demeure Tout l'infini brûlant que vous avez cherché.
HH
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