A CALIGULA
Caîus Caligula, je songe à vous ce soir ! Le bord du ciel blessé rougit comme un pressoir, Et, violets sur l'air, les monts de la Sabine Tendent le rythme égal de leur pourpre divine — Parmi le myrte unique et le rare olivier, Roses de fièvre et d'or, les fleurs de février Respirent les beaux lacs et les heures foncées Où les aqueducs sont des vapeurs cadencées, Où rien ne reste plus de Rome à mon tourment Que soudain ce rappel de vous, César dément,
Somptueux insensé, tristement frénétique,
Qui traîniez vos longs cris de portique en portique;
Qui, l'empire à l'épaule et la folie au sang,
O noir voluptueux, sinistre incandescent,
Heurtiez de vos douleurs un peuple de colonnes...
O César ambigu ceint de fauves couronnes. O comme vous deviez avoir peur des matins; De retrouver, au lieu de l'ombre dans vos mains, Des parfums, des baisers, des foules et la vie... Je vous vois ! l'aurore ample arrive en fleurs d'Ostie, Et vous qui savouriez la force d'être nu, Tandis que le jour teint le palais trop connu Et glisse un feu léger au ras des péristyles, Tandis que, soutenant de vos bras immobiles Votre tête âpre et pâle où fuse un mal vermeil, Vous vous laissez vêtir de l'odieux soleil !...
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