JE M'EN VEUX
Je m'en veux d'être sans folie Devant tout ce qui m'obséda, Devant le parfnm qui me plie, Sur ta fleur verte, ô réséda !
Je n'ai plus l'ombre de démence, Plus un soupçon de volupté Lorsqu'on me dit : « Le jour commence, Très tôt et c'est déjà l'été. »
Naïfs comme un récit d'Esope, Les agneaux neigent sur le champ ; Le lilas de l'héliotrope Va toujours plus s'enténébrant.
Les blés pesants sentent la paille !
Que j'avais mal à mes désirs, Quand venait cette heure où défaille Toute la force des soupirs !
Que j'étais une chose morte Entre la lutte du soleil Et du vent qui battait ma porte D'un si voluptueux conseil !
Combien je pressais de brûlure Contre le jasmin étouffant Quand je lui donnais ma figure Pour tombe et pour bûcher vivant.
A présent, le besoin de vivre, Loin de l'ardeur, m'est revenu.
Je ne suis plus le grand rythme ivre, De palpiter sauvage et nu.
Je m'en veux... 21
Je ne suis plus cette musique Qui touche les sens inégaux Et tire une harmonie unique De leurs tumultueux assauts.
Qu'avez-vous fait de moi, triste heure Sur qui tant d'amour ruisselait, Pour que plus rien en moi ne meure, Du crépuscule violet ?
Pour que plus rien en moi ne monte Avec l'aube, et l'arbre et l'épi ; Que je sois la haine et la honte De l'amour qui hait le répit?
^.mK^^K^^J&tà