‹ Le jardin passionnéChapitre 92 sur 95 · O PASSION · texte numérisé non relu

O PASSION

O passion, ô force, ô joie inespérée, Splendeur dont la beauté tranquille est de mourir, Le soir est chaud, le soir est un soir de Caprée, Et j'ai tué la foule autour du Souvenir...

Il est seul. Les pins las vont finir leur musique. La mer va s'épuiser d'avoir roulé trop loin. La lune allumera de sa main nostalgique La volupté qui couve aux douleurs sans témoin.

O passion... 217

Force d'aimer le triste et de sentir l'intense,

Passion pour le glaive et le baiser aigu, La mer est taciturne et les pins font silence, Le crépuscule épand son sourire ambigu.

O ma farouche vie, ô ma belle sauvage, Viens serrer dans tes bras Celui qui reste seul Et qui tel que la lune errant au long rivage Traîne nonchalamment du feu dans son linceul...

Comme tu le tiens fort, ô ma fauve puissante, Comme tu lui dis bien les cris que nous crions ! Et que je ne veux pas de bonheur d'où s'absente La bouche ou le regard des rouges passions.

Il te dit :« L'air, les mains, le banc sur la terrasse...» Tu réponds :« Tout cela qui fut un jour n'est plus.» Lui : « Je fais de la joie avec tout ce qui passe. » Et toi: «Pour toute ardeur, j'ai mes désirs touffus. »

Il dit : « Pense au passé qui peut encor te prendre ! A ce qu'on t'a brûlée et ce qu'on t'a menti... » Et toi : « Tous les soleils se lèvent sur leur cendre, Et tout baiser nouveau naît d'un baiser parti. »

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