PREMIERE PARTIE
Sève aux âcres saveurs que fai bue à gorgées,
0 formes de la nuit, visions d'autrefois,
Dans quelle ombre Inconnue êtes-vous submergées ?
0 formes de la nuit, doux parfums, douces voix,
0 forêt ^ forêt sainte ^ ô forêt de rAmie!...
A présent tout est vide aux lieux que je revois.
A présent tout est morne au matin d'accalmie : Pas un frisson d'insecte au sable uni sourdant; Pas une herbe au sol ras sur la plaine endormie.
Tout était vide au loin. De l'aube à l'occident.
Je ne voyais plus rien qu'un grand lac gris s'étendre
En la grise clarté du matin descendant;
Et, sur le sable épais poudreux comme la cendre. Sur le sable infini sans dune et sans graviers. Je regardais au loin le matin gris descendre.
Mais j'abaissai soudain mes regards effrayés Sous la lumière grise à mon front descendue ; Et je cherchai des yeux sur la terre à mes pieds.
Alors je vis à terre une forme étendue,
Un corps voilé de blanc, rigide et long, couché,
Une forme immobile au désert gris perdue.
Et je la contemplais curieux et penché,
Seule à mes pieds et blanche au sable uni de Vaire,
Blanche et droite au sol ras comme un grand lis fauché,
La clarté de l'aurore, à chaque instant plus claire. Roulant autour de moi d'un flot sans cesse accru. Illumina d'en haut son front crépusculaire.
vis le cher visage autrefois apparu; Mais je le vis plus pâle et plus fuyant encore. Plus fuyant qu'une image au flot troublé d'un ru.
Pâle et les yeux éteints dans la face incolore... Je vis la Bien-Aimée au lit cendreux gisant. Et je connus qu'elle était morte dans l'aurore.
Morte ainsi, fleur nocturne au matin se brisant,
Morte au premier frisson des biises matinales.
Dans les lieux d'autrefois morts comme elle à présent,