PREMIÈRE PARTIE
Morte au chant furieux des folles bacchanales,
Morte en V effroi divin des baisers de V époux,
Quand mes doigts Vont touchée à ses mains virginales!
Je vis qu'elle était morte en le matin jaloux.
Et mon front se courba sous le poids du mystère;
Je tombai sur le sable auprès d'elle à genoux.
Les deux bras étendus d'un geste involontaire, Poings crispés, haletant de cris et de sanglots. Je me tordis près d'elle à genoux sur la terre.
Je me traînais ainsi, les yeux sur ses yeux clos. Et le jour qui coulait sur sa prunelle éteinte Affluait autour d'elle en coulant à longs flots.
Le sol déjà moins gris, changeant de teinte en teinte,
Suait en rougissant une légère humeur.
Il courait dans la glèbe un son de glas qui tinte.
Et c'était dans la glèbe une obscure rumeur, Comme si tout à coup, la terre unie et ferme Eût tressailli de joie aux pas d'un lourd semeur.
Sable épais qui s'entf ouvre ou grain caché qui germe. Peuples inaperçus qui vont et qu'on entend, Un bruit la soulevait du cœur à Vépiderme,
Comme un frisson qui tremble au flot las d'un étang, Le sang mystérieux qui sommeillait en elle Arrivait jeune et rouge à son sein palpitant.
Et le corps blanc jonchait la terre originelle; J'étais à son côté comme un mourant qui gît. L'aurore était sur nous, joyeuse et criminelle.
Lentement le ciel pâle à l'orient rougit; Une flamme y courut en ardentes traînées; Et le soleil au fond de l'orient surgit,
Tel qu'il vient chaque jour au matin des journées. Sur le front de la Morte aussi calme et vermeil. Tel encore aujourd'hui qu'aux antiques années.
Il surgit glorieux en royal appareil;
Ses rayons d'or épars semblaient lui faire escorte.
Et tout se réveilla sous l'antique soleil.