DEUXIÈME PARTIE
Fleurit, de toute forme et de toute couleur^ D'or, de neige ou d'azur ou de sombre écarlate, Tout réblouissement des floraisons en fleur.
Partout, rameau feuillu, tige rampante et plate, A mes pieds, sur ma tête, à mes côtés, partout. Un beau fruit somptueux dans la verdure éclate.
Partout, dans le feuillage, au grand tronc lisse, au bout Des branches, les bourgeons se hâtent pour éclore ; Tout semble à V instant naître et mûrir tout à coup.
Et c'est au grand jardin le fouillis d'une flore Étrange, où sont unis les végétaux divers. Dans le jardin d'été que midi bleu colore :
Tous unis, confondus, mêlant leurs rameaux verts; Brin frêle ou fût géant, blé d'or, herbe maligne. Ceux des étés, ceux des printemps, ceux des hivers;
Oliviers et sapins mariés à la vigne;
Ceux que nous voyons croître aux lieux où nous semons.
Ceux qui sont sur le pôle ou sous l'ardente Ligne;
Fourmillement confus, lichens et goémons,
Ceux que l'océan traîne au flux de sa marée
Ou ceux que l'aigle effleure en planant sur les monts;
Et ceux peut-être aussi d'une étoile ignorée,
Éclos loin par delà nos lointains horizons
Dans une autre atmosphère au fond de Vempyrée;
Tous accourant à moi de toutes les saisons Dans le jardin d'été qu'emplit l'étrange flore. Et je suis seul ainsi parmi les frondaisons.
Seul ainsi, je regarde, au soleil qui les dore. Errer dans la lumière un vol de grains dansants; L'air plein de germes blonds me bride à chaque pore;
Et, du sol ou de l'herbe ou des fruits mûrissants, Partout jusqu'à mon âme un parfum chaud s'élève, Chaud comme les parfums des corps adolescents.
Du grain caché dans l'ombre au bourgeon haut qui crève. De la fleur qui tressaille aux rameaux lourds de fruits, J'entends sourdre et monter le frisson de la sève.