‹ Le jardin secret, poèmeChapitre 15 sur 29 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Mais le son que f écoute a voilé tous ses bruits, Comme un soupir d'amour en une maison close, Sous les murs de feuillage éper dûment construits.

Je suis seul en silence au jardin qui repose. J'entrevois seulement de longs corps musculeux : Un sphinx ailé qui rêve érigeant son cou rose,

Un griffon roux heurté par des vols d'oiseaux bleus Ou la chimère allant auprès de la licorne. Et je regarde errer les êtres fabuleux.

Ils vont sans écarter le lierre ou la viorne; L'air calme est sur leur aile à peine frissonnant ; Rien ne sonne au gazon sous les sabots de corne.

Ils vont glissant sous les ramures ou planant, Comme des visions de brume et de fumée. Et tout est en silence au jardin rayonnant.

Au loin, dans l'étendue à mes regards fermée, Hors du jardin de paix que son feuillage enclôt, Une rumeur arrive à travers la ramée;

Une voix qui s'étouffe, un son, rire ou sanglot, Qui s'élance au-dessus des rameaux immobiles. Pareil en Vair 'paisible au bruit lointain d'un flot.

Piétinement des pas, troupeaux serrant les files. Grincement des essieux au long des longs chemins, Murmures ou chansons sur les pavés des villes,

C'est le bourdonnement de tous les lieux humains ; C'est notre voix qui vient, frémissante et légère. Autour de moi, dans les lilas et les jasmins.

J'entends des mots connus que la voix me suggère. Et, seul en mon silence aux chemins non frayés. J'écoute au loin monter la rumeur étrangère.

Je sens qu'une tendresse est au front des rosiers; Des baisers répandus semblent partout me suivre; Le sol ému tressaille et s'attache à mes pieds.

L'air insinue en moi la volupté de vivre;

Le jour éblouissant me verse un chaud conseil;

Le parfum de la glèbe et des feuilles m'enivre.

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