DEUXIÈME PARTIE
Sur les rameaux, sur les pelouses en sommeil, L'été qui m'environne accomplit un mystère, Un grand mystère, autour de moi, dans le soleil.
Et la jeunesse inépuisable de la terre
Entre et circule à flots dans mon cœur agrandi
D'où mon sang soulevé bat d'artère en artère.
C'est la fête au jardin! C'est l'été! C'est midi!
Cest la joie au jardin! Pourtant mon âme est triste. L'été rayonne en vain, joyeux de m' entourer : Car mon cœur est absent de la joie où j'assiste.
Et mon âme est en peine et je la sens errer. Je souffre une douleur dont je ne sais la cause; Je souffre et je suis triste et je voudrais pleurer.
Fleuris ton sorbier rouge ou ta bruyère rose, Fleuris toutes tes fleurs, ô jardin, sur mes pas! Moi, je suis triste, il me souvient de quelque chose.
Il me souvient ici d'angoisse et de trépas;
Dans chaque fleur qui s'ouvre un mot secret m'appelle ;
Et tout me parle ici. De quoi? Je ne sais pas.
Chaque fleur qui fleurit en ce lieu m'est nouvelle ; De son parfum présent jamais je n'ai rien eu; Pour la première fois j'ai su qu'elle était belle.
Tout en ce lieu m'ignore et tout m'est inconnu; Mon âme est étrangère, et cependant je tremble, Comme au seuil de famille où l'on est revenu.
Il me souvient d'un soir oii nous étions ensemble. Avec qui? Je l'ignore. En quel temps? Je ne sais. Dans quel étrange lieu? Rien ici n'y ressemble.
C'était un soir en un bois vaste où je passais. Comment j'étais venu, je n'aurais su le dire. D'où ni par cjuel chemin j'avais eu libre accès.
Le beau soir étoilé se penchait pour sourire; Et l'arbre ou le brin d'herbe effleurés d'un rayon Semblaient chanter ensemble en des parfums de myrrhe;