‹ Le jardin secret, poèmeChapitre 18 sur 29 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Ta douceur est ici dans la douce chaleur; Ces champs mystérieux d'où tu semhlais issue Ont lié pour jamais ta substance à la leur.

Le sol originel en ses flancs fa reçue;

Et tu dors sous son herbe, 6 Morte; et maintenant,

Là y tout auprès de moi, le gazon se bossue.

Là le trèfle est plus vert, le lierre est plus traînant; Les lauriers sur ce tertre entre-croisent leurs branches; Un grand rosier s'y dresse, épais et buissonnant ;

Et, sous le grand rosier fleuri de roses blanches. Sous les rameaux sans nombre êchevelés et forts, La terre lourde enclôt ta poitrine et tes hanches.

Quelle main sacrilège a couché là ton corps?

— Si ma main f effleura, qu'elle soit pardonnée ! —

Et depuis quand dors-tu sous cette herbe où tu dors?

Le jour après le jour. Vannée après Vannée, Ont-ils passé nombreux sur ton front refroidi? Ou Vherbe a-t-elle cru dans une matinée?

Est-ce en un seul matin que la terre a verdi? Et le jardin sublime est-il né dans une heure? Je V ignore à jamais. C'est l'été ! C'est midi!

Tout sourit, tout rayonne au jardin, ta demeure; Tout chante autour de toi, tout vit, tout est joyeux. Mais moi je me souviens de l'ombre antérieure.

Je me souviens du soir où tu vins en ces lieux, Sur ce sol de mystère où ton parfum subsiste; Je me souviens du soir étoilé par tes yeux;

Je me souviens de l'ombre, ô Morte, et je suis triste.

Je me souviens ici de U ombre et du matin. L'air est en feu; midi, radieuse avalanche, Descend à larges flots sur le champ du destin;

Et dans le clair été, sous midi qui s'épanche.

Sous les pétales fous envolés en essaim.

Je ne vois que le tertre où dort la Morte blanche,

La terre où verdit Vherbe a pesé sur son sein. Ta Fille est reconquise, aime Mère, ô Nature; Tu ras reprise en toi pour ton secret dessein.

Ton ver affreux qui rampe en a fait sa pâture; Veau du sol a couru dans son crâne arrosé; Sa splendeur a subi l'ombre et la pourriture.

Et ton œuvre s'est faite en son beau corps brisé, Un germe éclos s'élance entre ses mains chéries y Où mon toucher futile un instant s'est posé.

Les plantes du tombeau, que sa chair a nourries,

Érigent de la terre en bouciuets orgueilleux

Des lambeaux de son être à leurs branches fleuries;

Et l'air que je respire emporte au vent des deux Les émanations du corps saint cjui fermente; Et tout est rempli d'elle au jardin merveilleux.

Oui, l'œuvre est faite, ô Morte, en la terre inclémente, 0 Morte, 6 douce Morte, 6 corps prédestiné; Et tout s'est accompli sous le trèfle et la menthe.

Oui, ton souffle a couru dans l'air illuminé.

Et c'est ton sang qui bat dans le sable et l'argile,

0 Morte, ô douce Morte, ô toi d'où tout est né!

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