DEUXIEME PARTIE
Tout ici garde un peu de ta beauté fragile. Le sphinx ailé qui rêve a ta calme grandeur; Ta grâce est dans les bonds de la licorne agile.
Le chêne a pris en toi sa sève et sa verdeur.
Les corolles de soie ont ta peau satinée;
Ton haleine odorante est dans leiir frêle odeur.
L'oiseau bleu qui s'envole et la plante étonnée^ Élevant vers les deux leur mystérieux flair, Te respirent aux vents de l'espace entraînée.
Le baiser de ta bouche attiédit au loin l'air; La clarté de tes yeux, sous midi qui s'éploie, Est mêlée aux rayons du jour immense et clair.
Ta mort partout présente est vie ardente et joie;
Ton âme épanouit la gloire de l'été...
0 Morte, ô Souvenir, ta splendeur est en proie!
Et tout m'est odieux au jardin de beauté!
L'air est impur ici; ses douceurs me sont vaines;
Je hais les fleurs de l'herbe et je hais la clarté !
Je foule avec effroi les thyms et les verveines : Quand mon pied les écrase à ses pas incertains, Le suc épais qui coule a couru dans tes veines ;
Et c'est toi que je blesse à leurs rameaux atteints; C'est toi-même, ô mon Ame, ô Morte blanche, ô Vierge, Que f écrase en foulant la verveine ou les thyms!
Dans tout rayon qui passe un regard triste émerge ; Bans tous les vents qui vont saigne un sacré lambeau. Le soleil qui m'éclaire est sur moi comme un cierge;
Et toute la nature est comme un grand tombeau Que le soleil funèbre en frissonnant éclaire.,. Je regarde éperdu vers l'été jeune et beau.
Je regarde éperdu d'horreur et de colère. Et je vois sur le tertre, immobile et puissant, Je vois à mon côté le rosier tumulaire.
Sa racine a glissé sous la terre, en suçant,
Par tous les brins aigus d'où jailliront les talles,
La sève vigoureuse et la pourpre du sang.