‹ Le jardin secret, poèmeChapitre 20 sur 29 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

Ton âme est emportée aux tiges végétales; L'âpre corruption qui s'acharne à tes flancs Fleurit joyeuse et pure à tous les blancs pétales;

Du fond du corps lugubre où dorment les relents, L'âcre poison qui sue au bout de la racine Arrive en doux arôme aux frais pétales blancs.

Et le rosier surgit, son éclat me fascine ;

Je sens que ta chair souffre à la dent qui te mord,

Je sens ton âme errer sur la plante assassine.

Et le rosier surgit, suscité par ta mort;

Les buissons du tombeau lui font cour et cortège;

Il est là devant moi comme un vivant remord.

Oh! me ruer sur lui, le rosier sacrilège!

Ecraser ses rameaux jusqu'aux derniers tronçons!

Piétiner follement ses floraisons de neige!

Mon cœur est agité de furieux frissons.

J'ai tordu mes deux poings devant la plante infâme,

Efj'ai couru terrible à travers les buissons.

Sous l'été funéraire où se dissout ton âme.

i J'ai couru sur le tertre au jardin lumineux, ÏMuet, aveugle et sourd, et les deux mains tendues, Et déchirant ma chair aux buissons épineux.

J'ai couru pour frapper selon les peines dues. Mais je n'ai pas touché le feuillage, et voici : Mon geste lent retombe à mes mains suspendues.

Et je reste immobile, ayant donné merci, Comme un fauve élancé qui retombe et recule; Et je m'étonne en moi d'être immobile ainsi.

Je tiens comme un brin d'herbe au sol du monticule. C'est y du fond de la terre ou du fond du passé ^ C'est un bras qui me lie en un fin réticule.

C'est tout autour de moi^ sur mon corps hérissé, Une étreinte inconnue, à la fois douce et forte, Qui m'étreint et m'arrête et me tient enlacé.

Oh! Je sais! Je comprends! Le vent des deux m'apporte Un grand mystère; une âme est là; je me souviens! Je sens partout présente autour de moi la Morte.

C'est elle qui m'attache à ce sol où je tiens; Et c'est elle à mon front c[ui vole insaisissable. Souffle, arôme ou lumière, esprit des soirs anciens;

Elle, présente aux deux, dans les fleurs, dans le sable; Elle qui vient à moi dans l'herbe ou le soleil, Sur cette tombe où gît sa beauté périssable .

Elle est là qui m'entoure en son divin réveil.

Je vois sa main qui tremble au frisson d'une palme

Et son regard sourire en un rayon vermeil;

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