‹ Le jardin secret, poèmeChapitre 2 sur 29 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Et la petite fleur qui soupire en rêvant, Bans Vortie et la ronce invisible et blottie, Ne jetait même plus sa frêle haleine au vent.

Rien ne respirait plus dans la ronce ou V ortie; Rien n'était plus vivant sous le silence épais; L'ombre aux longs plis tombants dormait appesantie.

Et tout autour de moi, dans l'ombre où je rampais, Sans une voix, sans un rayon, sans un arôme. L'âme obscure des bois se répandait en paix.

Seul en la grande nuit, j'allais comme un fantôme : Mes pas ne sonnaient point dans les sentiers moussus; Le brin d'herbe à mes pieds ne ployait pas son chaume.

Bercé par les gazons, je glissais au-dessus, Sans effleurer du front la feuillée à la voûte. Sans me heurter dans l'ombre aux troncs inaperçus.

Ma chair en la forêt semblait s'être dissoute;

Mon cœur n'osait plus battre et mon sang se mouvoir;

Bans l'ombre et dans les bois ma vie avait fui toute.

dallais à pas de songe et me mêlant au soir

En la forêt nocturne à Ventour endormie;

Et je n'étais plus rien qu'un songe et qu'un espoir.

J'allais à pas de songe au devant de l'Amie,

Or, tandis que f allais en mon rêve et mes vœm Dans Vomhre où je glissais sans remous ni sillage, Voici qu'un vent léger passa dans mes cheveux.

Le frôlement d'un souffle effleura mon visage; Et le soir fut troublé d'un vol frêle et ténu : Il me sembla qu'une âme errait dans le feuillage.

Et le soir fut troublé d'un essor inconnu;

Et, dans l'ombre agitée où passait l'âme errante,

Ma chair avait frémi comme un arbrisseau nu.

Mon sang fluait joyeux comme une eau murmurante ; Mon cœur avait bondi sous un esprit secret. Je regardais en haut vers la lune mourante.

Et, comme un âtre éteint qu'un souffle empourprerait, Je vis rougir au loin, sous l'âme enfin surgie^ Le soir sinistre et rouge où la lune mourait,

V astre, ayant ravivé sa fuyante énergie,

Étincelait plus rouge à son foyer fumant ;

Des formes se levaient dans V ombre au loin rougie.

Et je sentis soudain ce rouge flamboiement Flamboyer rouge et long jusqu'en mon âme obscure; Et mon âme en la nuit s'éclaira brusquement.

La brume où tout sombrait sans couleur ni figure, Pleine des visions des rêves poursuivis. S'évanouit dans la lumière immense et pure.

Je m'arrêtai, front bas, comme un prêtre au parvis. Sous l'esprit qui passait dans la nuit inanimée. Mes yeux furent ouverts dans la brume. Et je vis.

Page 1