DEUXIEME PARTIE
Puis je me suis levé sans souci d'autre chose; Et, la fleur à la main, j'ai fui comme un voleur. Car j'ai cueilli son âme en cueillant une rose.
Et je l'ai respirée au parfum de la fleur.
Je t'ai cueillie, ô Morte , et je fai respirée; Et je me suis enfui, f emportant à mes doigts. Et maintenant, repose en paix, Morte adorée.
Repose au sol antique où tu vins autrefois,
Seule avec le grand sphinx attentif à se taire
Ou Voiseau bleu qui va sans bruit d'aile et sans voix.
Seule en ton lieu sacré, repose, ô Solitaire.
Je te confie au sable, au ver qui rampe, au grain
Caché; je te confie, Ame auguste, à la terre.
Je te confie au trèfle avide, au romarin,
Aux buissons que ta chair a fait surgir en elle,
Aux arbres où ton sang frémit dans chaque brin,
A l'oiseau qui f emporte en tremblant sur son ai/e, A la lumière, aux vents de V espace, à Vété ; Je te confie, ô Morte, à la Mort maternelle!
A la Mort d'où ton être éclôt ressuscité, A la Mort maternelle en qui tout fructifie! Car la Mort te fut bonne, 6 Morte, en vérité!
Car la Mort te fut bonne à qui je te confie, La Mort qui Va touchée en tes sentiers divins, La Mort, la grande Mort qui touche et purifie!
La Mort qui Va touchée à l'heure où tu survins, 0 blanche Voyageuse, ô Morte, u Bien-Aimée, Dans la forêt nocturne où riaient les Sylvains !
Tu venais pâle et douce à travers la ramée; Les rayons de la lune étoilaient tes cheveux; Il fumait des encens sur ta chair embaumée;