‹ Le jardin secret, poèmeChapitre 24 sur 29 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Et tu n'es plus ici qu'un ancien souvenir^ Une voix dont f adore à jamais le mensonge^ Un œil limpide et doux que rien ne peut ternir.

Ta jeunesse immortelle à jamais se prolonge; Rien ne la décolore et rien ne la flétrit : Car tu n'es à présent que le songe d'un songe.

Salut! Dans les rayons ton regard me sourit;

Tu cours jeune et légère au bord des fleurs écloses,

0 Morte, ô Morte ailée ^ insaisissable esprit!

Et c'est pourquoi, sur le sépulcre où tu reposes. Dans l'air où nul écho ne jette un ris moqueur. J'ai cueilli gravement la plus blanche des roses.

J'ai cueilli la fleur blanche où bat ton noble cœur;

J'ai bu ta douce haleine à ma lèvre altérée.

Puis j'ai surgi, front haut, debout comme un vainqueur.

Et j'ai bondi d'un bond vers la lointaine orée, Dressant comme une proie à mon poing ferme et fort La fleur que j'ai cueillie et que j'ai respirée,

La fleur que j'ai cueillie au jardin de la Mort.

Et fai bondi hors du jardin de solitude. Des voix tintent là-bas et semblent m'avertir. Il est l'heure d'aller parmi la multitude.

Il n'est plus de retour et plus de repentir :

Des doigts mystérieux m'ont ouvert mon passage

Le sphinx aux yeux profonds m'a regardé sortir

Et le seuil en arrière a fermé son feuillage; Et les vents ont soufflé dans les deux obscurcis, Tandis que je marchais au chemin du voyage.

J'entends mon pas qui sonne en les graviers durcis; Je sens mon pied qui heurte aux tournants de la route; Et je suis loin du seuil où le sphinx est assis.

Des voix tintent là-bas sur la terre où f écoute; Des voix tintent là-bas, carillon, glas, tocsin. Et déjà la fleur sainte à mes doigts frémit toute.

Et j'ai baisé la fleur et Vai mise en mon sein, Pour que nul ne V approche et que nul ne la voie; Puis j'ai repris ma route emportant mon larcin.

Alors le vent des deux m'a poussé dans ma voie. La rose est à mon cœur et je vais au chemin; Je vais humble et docile où mon destin m'envoie.

Et maintenant j'irai par le pays humain; Hors du secret, hors du souvenir, hors du rêve, J'irai vers l'inconnu, vers dehors, vers demain.

Le tintement des voix se rapproche et s'élève : J'irai comme il convient vers les voix que j'entends; J'irai loin du rivage au flot qui mord la grève.

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