‹ Le jardin secret, poèmeChapitre 26 sur 29 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Rêve, amour ou colère, intérêts, passions, Voici souffler sur eux les souffles implacables. Et je m'en vais aussi parmi les nations.

Mon vestige effacé se perd parmi les sables.

Ainsi que cVautres pas s'y sont perdus avant.

Je passe en mon chemin, semblable à mes semblables.

Je vais dormant comme eux et mangeant et buvant; Je vais au milieu d'eux, leur pareil et leur frère ; Je vais selon ma vie et je suis un vivant.

Mais partout où je vais j'ai la fleur funéraire Endormie à mon sein comme un oiseau qui dort. Je sais que nulle main ne peut me la soustraire.

Je sais qu'elle est en moi comme elle y fut d'abord; Je sais que je l'ai prise et que je l'ai baisée. Je sais que je l'ai prise au jardin de la Mort.

Les hommes vont sans voir en notre route usée; Quand je passe auprès d'eux les hommes ne voient pas. Mais la rose invisible à mon cœur est posée.

Et partout où mes pa$ vont mêlés à leurs pas, Partout à tout jamais, cachée en moi, j'emporte, Ainsi que je Vai prise au jardin du trépas,

La fleur mystérieuse où refleurit la Morte.

Je vais aux longs chemins des pays inconnus ; Je vais ayant au sein la fleur que fai ravie; Je vais où d'autres pas avant moi sont venus.

Et, la fleur à mon sein, je vais selon ma vie; Je m'en vais d'heure en heure aux jours de mon dest .Par les temps et les lieux où mon pas lent dévie.

M Je dévie au hasard vers le soir incertain. Le vent souffle sur moi; jamais je ne recule. Et je suis loin déjà des heures du matin.

Un vol gris de fumée autour de raoi circule : J'aperçois déjà poindre au ciel bleu des midis Les premières vapeurs du lointain crépuscule.

Un air pesant s'attache à mes os engourdis^

Un air qui vient de loin, d'on ne sait où, dans l'ombre;

Je respire avec peine en les vents alourdis.

Et sur le sol pierreux que la broussaille encombre

Il sera nuit bientôt dans les chemins mauvais.

Je sens l'heure approcher, l'heure où tout sera sombre.

Je sens que l'heure approche. Et cependant je vais. Et je suis loin déjà des heures de l'aurore; Et je suis loin déjà de l'aube où j'arrivais.

Je vais sans épouvante aux chemins que j'ignore; Et je sens battre en moi mon cœur ému d'orgueil A ma poitrine ardente où la fleur est encore.

Je songe au clair été qui riait dans mon œil;

Je songe au jardin clos d'où mon âme est proscrite;

Je songe au sphinx assis qui veille auprès du seuil.

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