DEUXIÈME PARTIE
Et la rose est tremblante à mon sein qui V abrite. Je sens à chaque 'pas, quand mon cœur a battu, Qu'elle me sacre en moi selon V ordre et le rite.
Sa splendeur et sa force à jamais m'ont vêtu; je sens qu'elle a sacré ma chair inerte et lasse, Et je porte en mes yeux sa secrète vertu.
L'ombre au chemin m'attend : j'y vais la tête basse. Car la rose à mon sein frémit dans un doux chant. Et je porte en mes yeux le secret de sa grâce.
Chaque pétale ému frissonne en me touchant; Et voici qu'à chacun des frissons d'un pétale, A chacun de mes pas vers le soleil couchant,
A chaque pas vers l'ombre ignorée et fatale. J'ai vu le jour monter, le jour immense et pur, Tandis que j'ai marché vers l'ombre occidentale.
J'ai vu le jour en moi; mon cœur est plein d'azur.
Et voici se lever, sous la clarté subtile.
Le jardin de naguère enclos d'un secret sûr.
Voici le jardin naître en le sable infertile; Voici pleuvoir en bas les faînes et les glands; Voici les beaux fruits d'or au verger qui rutile.
Et voici le rosier fleuri de flocons blancs.
Chaque fleur est sur lui comme un vol de colombe;
Un doux essaim neigeux s'y pose en vols tremblants.
Une fleur y renaît quand une fleur en tombe. Cueillez à pleines mains, cueillez, cueillez les fleurs, Cueillez à pleines mains les roses sur la tombe!
Essaim blanc! Vol neigeux! Virginales pâleurs! Les roses vont neigeant, Vair léger les entraîne. Les roses vont neigeant sans faner leurs couleurs.
Et, parmi les vols blancs, sur la stérile arène,
Une âme éblouissante éclôt et refleurit.
Elle est présente à moi, la Très-Haute et la Reine.
Elle est là pour jamais présente à mon esprit. Parmi les rameaux fous et les floraisons franches; Elle éclôt pour jamais, son regard me sourit.