‹ Le jardin secret, poèmeChapitre 28 sur 29 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Elle éclôt à mon sein 'parmi les roses blanches. Cueillez, cueillez en paix les roses au jardin, Cueillez à doigts pieux les roses sur les branches!

Jadis elle est venue et m'a quitté soudain : Elle est venue à moi quand je l'ai réclamée; Puis elle a fui, sachant l'heure de mon dédain.

Elle est venue à moi, fragile et désarmée, Partout à moi toujours, selon que j'ai voulu, Dans la pose et le geste où je l'avais aimée;

Partout à moi toujours, à moi, quand il m'a plu De la parer vivante en sa majesté brève. Ou quand je l'ai brisée à l'instant résolu.

Brisée et refleurie et livrée à la sève, Brisée à mon amour en la forêt du soir... Elle est venue à moi partout selon mon rêve.

Elle est venue à moi, docile à mon vouloir, Selon l'ordre attendu des gestes et des poses. Selon que j'ai voulu la connaître et l'avoir.

Et maintenant cueillez en 'paix, cueillez les roses!

Son âme impérissable a fleuri désormais

Dans les âmes des fleurs qui sont par elles écloses.

Je la cueille à mon gré dans V ombre où je V aimais ;

Et son âme est présente à mon âme éblouie.

Je la cueille à mon gré, je V ai pour tout jamais.

Je la cueille et je vais sous la neige ou la pluie; Je vais aux longs chemins d'opprobre et de laideur, Ayant à mon sein clos son âme épanouie.

Tout demeure embaumé de sa secrète odeur; Sa lumière étincelle aux fronts les plus moroses; Et je marche en ma route à travers sa splendeur.

Elle est la joie unique et la beauté des choses; Elle est comme un sourire en les regards humains. Cueillez à tout jamais, cueillez, cueillez les roses!

Et je m'en vais paisible au long des longs' chemins. Portant la floraison qui n'est jamais fanée. Cueillez, cueillez les fleurs, cueillez à pleines mains!

Page 1