‹ Le Jargon et jobelinChapitre 29 sur 34 · CUVELIER · texte numérisé non relu

CUVELIER

.... Ce Dex, bon curé, Qui pend en haut fut encrouê, Sa venue propiietiza, Et de sa naissance parla.

Vie des SS. ms. de Sorbonne, ch. ix, col. 22.

Demain en serons tout pendu et encroé.

Aiol, V. 9768.

Puis fut il pris et enroés, Et sour une estace encrués.

Pu. Mousicts, V. 25459-60.

VOCABULAIRE ANALYTIQUE. api

« Il estoit pris par les deux pieds, et il escoit encroé. « Modusy ï° 165^. — « Ledit Besgue manda tous les chevaliers de l'ost et fist drecier fourches à encrouer tous les prisonniers. « Guesclin, par Ménard, p. 324. — « Nous boilà dedans, on nous prend et nous fusmes encrouei. » Aubigné, Fœneste^ I, 66.

Admettant que encrouer et escrouer sont deux verbes de signification contraire, on leur reconnaît sur-le-champ un radical commun, qui est le substantif croue; mettre en croue^ sortir de croue. D'où vient-il?

Les deux exemples tirés, le premier de Parus e la duchesse^ le second de Cuvelier, sont placés par Du Cange sous incrocare^ mettre en croc ou en croix ^ les deux termes s'employant l'un pour l'autre comme synonymes de potence. Il s'agit bien de la croix de N.-S. Jésus-Christ dans l'exemple ci-dessus tiré de la Vie des saints. De même dans les deux suivants, recueillis par La Curne dans les poésies manuscrites antérieures à 1300 :

Siggneur, or, escoutés : que Dix vos soit amis ! Vanrai de sainte Glore qui en de croc fou mis.

T. IV, p. 1363.

Siggneur, par amor Diu qui en croc fut pelé.

Ihïd. p. 1364.

Le sens de potence prévaut dans les autres exemples enregistrés plus haut, spécialement dans les vers de Ph. Mouskes, qui explique que le patient fut encrués sur « une estace «, c'est-à-dire sur un pieu.

D'ailleurs, le mot croue existe; il a été employé par Rabelais, au sens moderne à^écrou dans cette phrase : «I La viz du pressouër s'appelloit recepte ; la mets dépense;

le crouë estât », III, 214. L'écrou ou croue serre la vis comme la corde le col du pendu. Pour arriver à une écymologie qui réponde aux divers aspects de la question, il faut, je crois, s'arrêter à un mot plus ancien, crou^ cité sous coffera par Du Cange, qui l'avait trouvé dans le Catholicon armoricum. Voici le passage : « Crouy an devet, gallice : bergerie ou clais où couchent les brebis aux champs. Lat. : caula, ovile. Crou an gueffr... Caprile. Crou an morh... hara, crou an hoven, bostar. » La Curne ajoute : « Ce mot, comme on le voit, était un terme générique pour désigner un clos, un lieu où l'on renfermait, soit des moutons, soit des chèvres, des chevaux, etc. » 11 subsiste dans le breton moderne : (r Craott-dêved ; craou an dêved, etc., bergerie. » Dict. bas-breton p 1^12. Il a pour variante croufte (Du Cange sous croftum). En angl. moderne, croft esc un petit enclos.

Le sens général de crou^ craou^ croufte et crofte est un endroit resserré, une clôture qui serre, fort applicable à la croue ou écrou^ et par conséquent à la constriction opérée par la corde de la potence.

A remarquer, en plus, que le verbe croug signifie en hveioii pendre (Du Cange, sous Cruxalis -pœna]. Mais croc ne rend compte ni de croue ni à!escroue ni à^écrou. D'ailleurs, croc et accrocher ont en français, depuis le xii® siècle, leur existence et leur histoire indépendantes qui ne permettent de les confondre ni avec croue ni avec encrouer.

*ESPELICANS, subst. pi.

Espelicans

Qui en tout temps

Bail. in.

Le vieux texte porte spelicans ; mais le vers, comparé à ses similaires des couplets suivants, serait trop court d'une syllabe. Cette restitution ne saurait rien changer au sens ni à l'étymologie.

Ce mot est unique et peut s'expliquer en vertu de diverses hypothèses, parmi lesquelles j'en choisis une qui me paraît la plus correcte et la mieux appropriée aux conditions particulières de la ballade IIÏ.

Je rappelle que les spelicans ou espelicans auxquels Villon s'adresse paraissent être les sergents qui attendent la nuit, en buvant dans leurs tavernes ou dans leurs postes, que les voleurs aient accompli leurs exploits, pour les saisir et s'emparer de leur butin.

Le verbe italien spelucare^ qui est le même que spilucare, pelucare et piluccare.Q^i traduit par N. Duez : Eplucher, ronger, tourmenter : « Il cane ama l'osso infino che vi è da pilnccare, » Dante a dit, au chant XXIV de son Purgatoire :

La piaga délia giustizia, che si li pilucca.

Ce verbe piluccare^ nous le possédons sous la forme picarde epluker^ qui cache le très vulgaire éplucher. On le tire du latin pilare ou de quelque forme analogue, sans tenir compte de son radical français, qui est plue ; or le Jargon s'est précisément approprié ce vieux mot, dont j'ai recueilli de nombreux exemples (v. ci-après Plue] au sens spécial de butin.

Et n'eussiez vous denier ne plue.

Bail. II.

Le plue étant le butin, espluker signifierait enlever le

butin, ce qui convient au problème que j'examine ; espeluker fournit sans difficulté le participe présent espelukantj que j'identifie à Vespelican ou spelican du Jargon.

A côté de la forme picarde espeluker^ l'un des plus anciens monuments de la poésie française nous fournit espe-

lucher :

Un jor s'asit desor le sueil, Ses grenones apareilla, Et de ses piez s'espelucha.

Marie, fable III.

Examinons maintenant une autre étymologie.

Espelicans ou spelicans pourrait se tirer du latin spe-

îuncdj français spelongue^ caverne, et signifierait gens de

caverne, c'est-à-dire, d'après la suite de la ballade, gens

qui se cachent la nuit dans les pogois^ pour y guetter leur

proie.

Tigres, griffons, lyons, dragons horribles, En leur manoir et spelonque terribles.

Georges Chastelain.

Naudé, Saint-Simon s'en servaient, et M'""^ de Staal écrit en plein xviii® siècle : « Je me renfermai dans une spelonque et trouvai ma consolation dans la lecture. « Mém.^

Enfin, rapprochons spelicans d'une famille de mots conservés dans l'argot italien : sperlunga^ gibet; sperlungare^ pendre; sperlucato^ pendards ; recueillis par M. Francisque Michel, sans aucun texte à l'appui.

Cependant N. Duez enregistre sperlucato^ qu'il traduit par : 1° un esperlucat ; 2° un pendard. Nous voilà sur une autre piste. Esperlucat est un mot de la langue française ; mais il a sa date, qui le met hors de cause : « Imaginons s'il y avoit pas grand plaisir à voir un homme ayant la

barbe rase, et au demeurant avec sa grande perruque, bien esperlucat ; car c'est le mot duquel ils usoyent alors : voire se trouve mesmement en menot, au lieu, comme je croy, de ce que le latin dit calamistratus] aussy enlaryme d'un bon compagnon, qui a esté longtemps devant luy, nous lisons :

plus fringant et esperlucat

Et cent fois plus gay que Perot,

Ou le valet d'un avocat. »

H. EsTiENNE, Apol. pour Hérodote, p. 436.

U Apologie pour Hérodote parut en 1566; le mot était nouveau et ne peut nous servir de rien pour le Jargon du xv'' siècle. Coquillart, qui ne tarit pas en moqueries sur le sujet des perruques, appelle ceux qui en portent ou qui se parent d'une chevelure longue, frisée et teinte en blond avec une sauce à l'oignon, des perruquians :

Nos mignons fringans et bruyans...

Nos fringans, nos perruquians.

Rabelais dit esperrucqueti : « Barboilleurs de papiers, prelinguans, esperrucqueti^ clercz de greffes. » III, 242.

On n'aperçoit pas d'abord la liaison entre esperlucat. au sens moderne de freluquet et pendard, donné par N. Duez. Elle existe cependant par les vocables italiens spellare et spelliciarej écorcher, spelliciata^ écorchure, qui nous ramènent à spelucare. De plus, spelliciare signifie également secouer et spelliciata secousse, ainsi que spelliciatura. De la secousse à la pendaison, il y a le rapport de l'effet à la cause. On devine que le sperlucato de N. Duez n'est qu'une écriture francisée de speliucato; conjecture très

r9<5 LE JARGON DU XV SIECLE.

plausible si Ton considère que N. Duez n'a admis, pour la perruque elle-même, que le mot parucca^f marqué de l'étoile (*) par laquelle il désigne « des termes de quelque dialecte qui n'est pas bon François ni bon italien » . {P réface j j" col,)

ESPINCER (s'), V. réfl. Se retirer, s'esquiver.

Picquons au veau ! Saint Jacques, je mespînce.

Bail. IX.

Espincer vient du substantif espinche, qui signifie pince, avec les acceptions modernes de celui-ci. En termes de vénerie, Vespince est la partie antérieure du pied du sano;lier; Qt\i pince se dit aujourd'hui de l'extrémité antérieure du pied de tous les animaux ongulés; spécialement la parcie inféro-antérieure du sabot du cheval, etc.

J'ai beau lui faire voir toutes les différences

Des pinces de mon cerf

Molière. Les Fâcheux.

« Grant sanglier doit avoir les traches longues, presque autant comme un cerf bien marchant, et n'a mie si gros talon... et derrière il a Vespinche du pié large et reonde. » Modus et Racioj, f^ 43 ^.

S'espincer, c'est donc jouer des pattes, s'enfuir. Argot modevnQ s' esbigner (v. ci-dessus Bigner). Dans la langue normale, espincer signifiait ébranché, arraché avec des pinces.

ESSORER, Y. a. Mot de la langue vulgaire, qui, dérivant de ex aurare^ prendre le vent, a le double sens de sécher à Tair et de prendre Tessor. Voyez Halle ou Hàle,

Que le graiit Caii ne vous face essorer.

Bail. l.

L'un et l'autre sens conviennent aux pendus, qui prennent leur essor au haut de l'échelle, et qui sèchent au vent. En terme de blason, l'oiseau essorant est celui qui est peint étendant les ailes pour s'envoler. Trévoux.

Or pot cil son roucin ploreir Et mètre la pel essoreir.

Rut. I, 290.

Quant commencera)' à voler Et sur ailes me sentiray, En si grant aise je seray Que j'ay doubte de m'essorer.

Charles d'Orl. Rondeau,

A la commère il dist une soyrëe, Au plus matin que serez essorée.

Faîfea, p. 92.

Mielz se soit essorer, Musart, que esprouver.

Proverbe du viUa'm.

Tantost s'en vont tuit troi a destrc, Tant qu'il vinrent à la fenestre.

Overîe estoit pour essorer.

Renart, 9181.

Et après qu'elle ara esté Un jour et une nuit d'esté Trampée en celle yauve sus heure, On le doit traire, sans demeure, Et mettre en tel lieu essorer Que l'yauve n'y puist demorer.

Font. Gueritij t. V, p. 37.

« Puis après le mettre essorer au feu ou au soleil. » Fouilloux, Faucon j f» 16.

*ESSURGER, V. a. Essuyer.

Qu'enastez ne seye en sûrie Blanchir vos cuirs et essiirger.

Bail. V.

Le mot est d'exemple unique et veut être discuté. A première inspection, il semble formé du verbe latin exsur gere^ surgir de. Ce n'est qu'une apparence ; il le reproduit en effet, mais par confusion avec exsugere^ sucer, tarir, dessécher : « Arenam injicere oportet, aut aliud quod exsugat humorem. » Varro. R. R.^ 2. 4.

Le dernier sens d'exsugere se confond avec celui d'exsuccare et d'exsiccare^ dessécher, essuyer. La Curne ne s'y trompait pas lorsqu'il traduisait essurger par le provençal issugar, dans une note que l'édition imprimée n'a pas reproduite.

Le sens à^ essuyer est commandé, dans l'exemple cidessus du Jargon, par le verbe blanchir qui le précède. Ce dernier, comme on l'a vu ci-dessus (v° Blanchir)^ est un terme technique de tannerie; de même pour essuyer de la langue moderne : « Essui^ terme de tannerie ; lieu où l'on fait sécher les cuirs tannés. » Littré. Le passage du Jargon signifie : « Prenez garde qu'on ne vous fasse, au bout d'une potence, tanner votre peau et la ressuyer. » L'image est rude, mais elle se suit bien.

Cela étant, pourquoi n'ai-je pas restitué le passage en substituant à essurger la forme berrichonne et poitevine essuger^ qui est régulière au sens à^essuyer^ ayant pour similaires essugar et issugar en provençal, asciugare en italien ? La raison de ma réserve à cet égard, c'est que j'ai reconnu que l'épenthèse de l'r^ qui transforme essuger en

essurger. n'est ni une faute du copiste ni une erreur du poète jargonnesque; elle se retrouve en d'autres exemples, non du mot essurger^ qui est unique, mais de formes très voisines par l'étymologie et par le sens. On appelle laine surge la laine des moutons non lavée ni dégraissée. M. du Peyssonnel, dans son Traité sur le commerce de la mer Noire (t. P^', p. 117), écrivait, au xviir siècle: « Ces laines (de Bulgarie) sont toutes surges; on ne lave point les moutons avant de les tondre. » Littré cite, sans s'expliquer autrement, un texte du xv*= siècle, qui nomme ces mêmes laines lania surgia. Des laines surges^ c'est-à-dire non lavées ni dégraissées, deviendraient naturellement ej^j-wr^ex si on les lavait et desséchait.

Quant à expliquer l'introduction d'un r dans un mot qui provient sans doute de sucus ou succus^ que les étymologistes latins s'accordent à dériver lui-même de sugo^ je pourrais m'en tenir à ce qu'a dit Littré au sujet du sureau : Comment les patois ont-ils de seu fait seur par l'addition d'un r? On ne le sait, mais le fait est là. » Je hasarde cependant une conjecture, qui n'a rien d'anormal. La plupart des consonnes placées au milieu des mots demeuraient muettes dans la prononciation du moyen âge, et c'est précisément à cause de cette mutité que les copistes ne se gênaient pas pour en introduire à tort et à travers. J'ai rencontré, par exemple, dans une édition gothique de Villon, le mot haptist pour hasdtj soit bâtit en français moderne ; comme Vs n'était pas moins muette que le p;, la faute d'orthographe ne changeait pas le son pour l'oreille. On a donc pu écrire essurge? pour essuger sans croire qu'on modifiât le mot, non toutefois sans prêter à certaines confusions. Le rapprochement à'essurger

avec blanchir j c'est-à-dire entre deux termes techniques de tannerie, me suggère une explication du sens bizarre attribué par Palsgrave au mot Blanchir (v. ci-dessus). Le grammairien anglais traduit blanchir par se diriger, même de nuit, vers une côte, vers un port. Or il se trouve qiiessurgerj ou plutôt son composant sorger^ forme primitive de surgir {hûn^surgere; ha.l[en,sorgere; prov.,j'or^er), possède précisément et positivement la même signification : « Surgir^ terme de marine, s'élever vers la terre, vers le port, mouiller, jeter l'ancre. » Littré. — « La Royne, advertie... comment en ce port surgeoit le beau et pompeux convoy de vos vaisseaulx. » Rab. II, 397. — « Le bon marinier, avant de surgir du port, fait provision de ce qu'il faut pour résister à la tempeste. » Charron, Sagesse. p. 330, dans La C. La synonymie à^essurger avec blanchir. dans un sens spécial, a pu tromper l'Anglais Palsgrave et lui faire dire : o Nous blanchissions vers la côte de Douvre » pour « nous essurgions » .

*ESTERÏE, subst. f. Mot d'exemple unique, que je crois tiré de ester, v. n., comparaître en justice.

Prince, benardz en esterie

Querez, couplans pour l'emboureux.

Bail. v.

Ester j V, n. du latin stare. se tenir debout, comparaître en justice. Existe aussi substantivement. « Et il lui dist qu il se rasseist; car il cuydoit que V ester lui seroit mauvais. » Lancelot du Lac^ t. II, p. 124 v°, c. 2. — « Laissiés moy ester. » XV Joyes du mariage ^ passim.

Les uns chéir, les uns ester.

R. de Brut, fo 96 r», ci.

Dames de Paris, amez ; Laissiez ester vos maris, Et si venez à moi joer.

MoNioT DE Paris.

Laissez ester Caillette le folastre.

Pierre Faifeu, p. i.

Vesterie peut s'entendre soit de la situation de l'homme en jugement, soit du lieu où la justice le tient. Nous avons en ce sens estrie qui est une forme de estres ou aistres [a tria).

Le zincalo joint les deux sens, ce qui est le propre du Jargon : estarica^ dans cet idiome spécial, signifie coffre (Borrow) etestaripel^ prison (ib.). Voyez ci-après Staricles.

Enfin estére en français, estera en espagnol, esteira^ port., stoja^ ital., storea^ latin, signifient nattes de jonc; c'est une troisième face du même sens, car Vesterie serait alors le lieu où l'on est sur les joncs, et Ton verra plus loin, au mot/Wq^ qu'être sur les joncs veut dire en Jargon être en prison; on dirait aujourd'hui, en plaisantant, être sur la paille humide des cachots.

§ C'est peut-être une simple licence pour estrif (qui se prononçait estri]^ au sens de peine, embarras :

Venez y tost, sans nul estrif.

Rcp.fr., p. 3.

n En tel estrif et fascherie s'endormit. » Rab. IV, 160. — (f En cestuy estnf et soigneux pensement. » Ib. III, 87. — « Le malade est en grand estrif^ » Ibid. 52.

ESTREZ (d'), adv. Sur-le-champ.

Et leur monstrez d'estre^ le bric.

Bail. I.

Le texte ancien écrit des trois^ qui se prononçait des trais; l'homophonie explique ici, comme dans vingt autres passages, l'erreur du copiste ; mais elle permet aussi de la discerner et de la corriger.

Lacombe cite les formes es trous ^ estrei^ estrui; mais il ne donne un exemple que de cette dernière.

La Curne ne cite que les formes à estros^ à estrous et à estrox.

Du Cange donne estrois pour escrois^ fracas, bruit éclatant, Gl. Crus cire.

Or me le rapportez ennuit sans nul detri.

Brun de la Mont., 624.

Dame, je vois sanz detrier.

Mir. N. D., V. 394.

EVAIGE, subst. m. Voyez Ravage.

Pour le evaige et bien hault mis au vent.

Bail. I.

Ewage^ evaria. est un droit perçu sur les eaux et rivières. Evve signifie aussi loi, règlement, euva. Mais la construction du vers ci-dessus indique qu'il faut lire pour le hevaige^ sans quoi la mesure est incomplète,

FAEE, subst. f. Artifice, ruse combinée.

.... Que lors faisons La faée aux arques respons.

Bail. III.

« Mais, sire bernard, ces diables de ravisseurs n'avoientils pas un nez au visage, quand ils vous ont donné si bien \d.fée? » La Com. des proverbes . p. 16.

Le mot s'employait aussi comme adjectif : Sacïiiez, ce n'est chose fa.ée.

Rose, V. 13122,

FAÉRIE, subst. t. Enchantement, sortilège, subtilité.

Rasurez vous en droguerie Et faierie.

Bail. III .

Bendez vous contre la faerie.

Comment l'une l'autre guermente, C'est un droite faérie.

CoauiLLART, I, 49.

Prince, mon fait est droite faérie; Je hay travail, et le repos m'ennuie.

Charles d'Orl. Bail,

Il faut prononcer /me dans les deux premiers exemples.

FARCIZ, part, passé pL du yerhe farcir (v. Farj-), rempli, garni.

Farci{ d'ung lourd plumbis, à coing.

BaU. II.

Sornillez moy ces georgetz si farci:^.

Bail. VII.

Si luy doit feindre nouveaulx songes.

Tous farcis de plaisans mensonges.

Rose, V. 10256-7.

(I Et se batoient d'escorgies à neus durs de qulr farcii de petites pointelettes de fier. » Froissart, t. V, p. 275.

*FARDIS, subsc. m. Le fardeau, le chargement, qui résulte du poids des liens ou des chaînes. Par assimilation, le pendu comparé à un fardeau, tel qu'un sac de blé qu'on hisse au bout d'une corde.

Eschec, eschec pour lefardis.

Bail. I.

Quant Saturne me fit mon fardelet, Ces maux y mit, je le crois...

Villon. Dehat du ctier et du corps.

Le moi fardis est d'exemple unique.

Farda^ fardo^ fardelloy fardillo, esp, et it., ballot, paquet de linge ou de hardes; ^TOY.,fardel. — Farder ^ v. a., charger ; encore usité à Rouen et dans la marine. Farder a pu faire fardis. comme hurter^ hurtis; rijier^ rijlis ; ribler. riblis^ etc. Le Jargon a eu defarder pour décharger, c'est-à-dire voler; et deffardeur pour larron. 011. Chereau. — « Les defardeuses alloient visiter les marchés, » Av, du ch. de la Gaillardise^ p. 289.

Anfardeler^ langued. Lier, garrotter. Leroux, Dict, com. — Enfardeler. affardellare . Oudin.

Farde^ bordage d'un navire; identique k farge (v. ce mot). — Farde ^ balle de café moka pesant 185 kilog. Arabe, /arc/a.

Fardagej) d'après Jal, est le nom des objets encombrants et pesants embarqués inutilement sur un navire, et aussi des fagots avec lesquels on couvre le fond de la cale.

Il était aussi français au sens de fardeau : « Icellui Monin et ledit Olivier prinrent une jument pour porter leur fardaige. » Du Cange. Fardellus. — « Un des chevaulx qui portoient bouges et ^\xiïe% fardages ». Ibid. — VoYiMg. fardagene ; it. fardaggio.

FARGES, subst. pi. Fers des prisonniers.

De vos farges ferez besisses.

Bail. IV.

FergeSj dans la Légende du pape Grégoire le Grand, analysée par Littré (Hist, de la lang. fr.^ t. II, p. 188-9), signifie des fers qu'un pêcheur avait mis aux pieds du saint pontife, et qui se fermaient par une serrure, donc il jeta la clef dans la mer. C'est ce qu'on appelle aujourd'hui encore des enferges dans le centre de la France. Tous les maréchaux ferrants duBerry et du Poitou vendent des enferges pour les chevaux qu'on veut mettre au pré.

« Il y a un honnête homme qui avoit mis sa cavale enfargée en ses fossés. On luy a pris les enfarges avec une serrure à bosse. » Aloyen de parvenir^ ch. xxi.

Fargdj forge; f^rgo^ forger; rom.-castr. Farge et farger^ forge et forger en lyonnais. Le Laboureur, Orig. des armes y p. 128. Du Cange, v*' Farga. Fragua^ ^sp., forge.

Toutes ces formes sont régulières, venant du latin fdhn'ca^ avec l'accent sur fd^ lequel donne fahrige^ fahrge. farge.

F argue ou Farde ^ s. f. Terme de mer; nom donné à des bordages qu'on élève pendant le combat pour tenir le pont à couvert. De l'espagnol falca^ dérivé de l'arabe falaq et falq^ clôture, mur d'enceinte. Dozy, Gloss.^ p. 263.

Ce qui donne de l'intérêt à cette forme, c'est c^mq. farge. dans le vers ci-dessus^ est rapproché de besisses^ autre terme de marine. (Y. Besisses^ ci-dessus.)

FARGEZ, part. p. pi. de farger^ ancienne forme de

forger, c'est-à-dire façonnés, rompus à toutes habiletés et finesses.

Rouges goujons, farge:^, embabillez.

Bail. VIII.

Robes de nouvelle forge.

EusT. Deschamps, ms. fo 497.

Bailler ses faiz ou les escripre Sans forge

Ihid., {o 414.

Forge ton sens et ton savoir.

Gui de Cambrai, Barl. etjos., p, 86.

ff Et se trouva un cordelier forgé^ qui de kiy mesme pris débat audit frère Hieronyme. » Commines, VIII, 19. — « Nostre bonne mère avoit, le jour de devant, /or^ze le médecin, qui estoit bien adverty de la response qu'il devoit faire. « XX^ Cent nouv. nouv.

Sur l'identité de farger avec forger^ v. ci -dessus Farges. Vroy. ^fargar.

*FARS, adj. Gai, facétieux, ou farci d'argent et de bijoux. (Voy. Farcii.)

. . , Pimpres, dorlotz et fars. 1

Bail. XI. j

Du l^Ltin farsus ^o\xr far tus^ part, passé ào. far cire. Far- j sus diOmiQ.farscommQsparsus^ épars, excarpsus^ eschars, etc. j L'exemple est unique. Cependant on lit dans le Mirouer des Erfans ingrati (réimpression textuelle de 1836) les ; quatre vers suivants :

Que dis tu de ce pinart là

Qui tant pour son filz est eschars

Que des biens du monde qu'il. ,, Na veult point conforter les fr.s.

lesquels, dits par un des coquins, se restituent naturellement comme suit :

Qui des biens du monde qu'il a, Ne veult point conforter les fars.

L'étymologie de farcer esc le fréquentatif farsare^ fait

sur farsum^ supin defarcire. La C.

Farcer, v, n.

. . . C'est grant fortune Qu'on présume d'eulx en farsant.

CoaUILLART, I, 10 1.

Mais Dieu sait si j'en {uz farce.

Id., 1, 196.

FEUILLE, subst. f. Bourse, escarcelle.

Ruez des fueilles cinq ou six.

Bail. VI,

De la hanter ma fueille est desgaudie.

Bail. IX.

Jehan mon amy, qui les fueilles desnoue.

Bail. X.

... Or entré soie en mal an Si je n'ay le georget d'Aman, Dont m3.feulle sera gaudie.

Miit. du V. Testament.

Voilà un mot, d'apparence et d'emploi jargonnesque, qui n'est cependant qu'un pur latinisme, emprunté aux meilleures sources. Cette feuille-ci ne vient pas de folium^ feuille d'arbre, qui dérive du grec çuXXov, mais de follis.

jo8 LE JARGON DU XV« SIÈCLE.

dérivé du grec çùpa ou 9Ùaa, qui désigne tout objet creux et flasque, susceptible de se gonfler, soit de vent, soit de toute matière solide ou liquide qu'on y introduit. C'est donc tour à tour un soufflet à soufller le feu (Cicér., N. J9., I, 2o)y un sac à provision (Veg. De Re militari^ 2, 20) et une bourse. Je ne citerai d'exemples que de cette dernière acception, d'ailleurs la plus répandue :

.... Et tenso folle reverti Inde domum possis.

JuvÉNAL, sat. XIV.

« Non utique si servus in folle reliqua obtulerit, liber erit. » Callistr., Dig.. 35, I, 82. Ce que Forcellini éclaircit en ces termes : « Si pecuniam in marsupio, non inspiciendam numeratamque obtulerit. » La traduction de marsupium est ainsi donnée par Isidore, lib. XX, cap. ix : « Sacculus nummorum. » Le sens de follis s'est transmis du contenant au contenu, et l'on a dit en latin follis pour certaine somme d'argent, comme en français une bourse, a Ce cinquième sera pris dans les bourses que Mustapha sera obligé de vous payer. » Volt., Lett. à Catherine^ T14. Voici des exemples latins : « Cum haberet-in sorte centum aureos, et mille argenteos, et CQnmm folles seris. » Lampr., Elog..^ 22, — « Quasi a martyribus quinquaginta folles^ mide vestimentum emeret, petivisset. » S. Aug. , Cïv. D.. 22^ S. — «Populo dédit viginti /oZ/^j- . » Le même, adv. Crescent.^ 3, 2p.

On voit que Jollis^ au sens de bourse, est un mot courant de la bonne latinité. Mais la distinction entre follis et folium a naturellement disparu dans les langues romanes ; le français a dit feuille et l'italien foglia dans les deux

VOCABULAIRE ANALYTIQUE. jop

sens; l'espagnol seul a gardé la double origine : fojaj feuille, y représente /o/zmw; zx. follet e^ soufflet, traduit purement et simplement follis^ d'où follero^ pipeur, coupeur de bourses, joueur de tours de passe-passe. Oudin.

Le langage blesquien et l'argot moderne en ont fait fouillouse, formé non plus sur follis ni &\xx folium. mais sur foliosus^ feuillu. La Vie généreuse donne feuille et fouillouie; felou^ej dans le livre du Jargon :

Que nous faut-il? Force pendus Pour bien fournir nostre foullouse...»

Force d'aubert en la. follouse.

Vie de S. Christophe.

Car pardieu dedans ma fouilïouse Il n'y a harpelu ne maille.

Mir, des Enf, ingralz,

« Plus d'aubert n'estoit en fouilïouse pour solliciter et poursuyvre. » Rab. II, 197. — « Car il arrapoit l'une par les espaules, Taultre par la bezace, l'aultre par la.foilluie. » Ib., I, 142. — « C'est pour jetter Tescu dedans jusques à ce qu'on soie au logis, pour la descharger en Icifouillouie; car à Paris il fait fort dangereux mettre l'argent dans sa pochette ou porter bourse. » Choheres, i/P matinée. — « La/oM/'Z/oMi-^^ c'est la gibbecière. » Bouchet, IH. 130,

Qui aviant bain dos métaux Dos peces dans lou fouilïouse.

Vieux Noël poil.

« Ça rapporte, reprit Joseph. Y a-t-il aubert er la fouilïouse? — Te faut- il beaucoup? — Un billet de cinq cents. » H. de Balzac, Pierre Grassou, 1839.

L'unité de diction française en feuille pour les mots

dérivés de jolium ou de follis légitime une de ces équivoques familières au Jargon. Les voleurs se sont appelés feuillarsj parce qu'ils cueillent le?, feuilles, c'est-à-dire les bourses, et parce qu'ils vivent sous les feuilles^ c'est-àdire dans les bois.

« Lesquels archiers et autres ont esté et sont feuillars et tenu toujours le parti à nous contraire. » Lett. de rém. 1478. Très, des Ch. reg. 206, pièce 65. — « Le suppliant voyant que les feuillars font plusieurs maulx et pilleries sur le pays, feignant estre de notre ordonnance. » Lett. de rém. 1479, 206-315. — « Pour doubte des bourguignons ez feuillars. » Ib., pièce 702. — Foillars. Lett. de 1478, 205-476. — Galans de Ici feuillée. Ibid. — a Les supplians, povres gens de labour, pour obvier aux entreprises de nos adversaires, se sont mis sus en armes avec autres, que communément on appeloit les galans de la feuillée. » Lett. de 1471, reg. 197, pièce 157. — « Lequel de la Vigne estoit mal renommé, veu qu'il avoitesté galant àefeulée. » Lett. de 1472, reg. 197, pièce 359. V. Du Cange, sous Foilliata,

Compagnez, escoutez mon dire :

Je suis bourreau et vous fueillars.

Jpoc. s. J.

Hé, gueux! gueux ! sus ! bonne nouvelle ! Laisser la feullade grant erre !

Vie de S. Christophe,

. . . Justice Ira chercher en la garenne Les foullars et les happerons.

Cl. Marot. Dict présenté à MZ' de Nassau.

Ce dernier exemple est à noter : il contient le seul mot

jargonnesquc que j'aie rencontré dans Fœuvre entière de Clément Marot.

Un texte décisif établit la synonymie pure et simple de feuillart et de voleur ; « Thefe^ laron, s. m. ; feuillart^ s. m.; fuillart^ s. m. « Palsgrave, p. 280.

*FLOARS, adj. m. pi. Habiles, adroits.

Gueulx affinez, allegrucs et floars.

Le mot est d'exemple unique. Il se pourrait qu'il ne fît qu'un avec froart (v. ci-après), par permutation d'une liquide à l'autre.

Cependant le verbe Jloer^ couler, latin Jluere (« Et firent la rivière d'Escault Jloer autour de la ville. » Froissart, III, 138), comme l'adjectif Jloe^ mou, flasque, et aussi tendre et délicat, peuvent justifier la création d'un adjectif .^oari-^ désignant des voleurs habiles et doux dans leurs procédés ; acception que préparent et corroborent les deux épithètes précédentes affinei^ c'est-à-dire très fins, très subtils, et allegrucs pour alaigrisj c'est-à-dire joyeux, de bonne humeur. Voici deux exemples de Jîoe sous deux formes orthographiques :

De travail et de paine fu forment feble et floe.

Bette, XXXIII.

Item je donne à Jehan le Loup, Homme de bien et bon marchant.

Pour ce qu'il est linget et flou...

Un beau petit chiennet couchant, Qui ne lairra poulaille en voie.

Villon, Gr. Test.

Linget^ qui signifie clairement léger et souple comme du linge^ se complète très bien par Jiou pour qualifier un voleur de poulaille, léger et souple à la maraude; ce que rendrait également bien V àà^]QCÛï Jloars ,

D'ailleurs, nous ne sommes pas très loin ici du moderne jloueur^ qui lui-même se rattache a.\iJîorero espagnol (voy. sous Florye] et clu. Jîoorer du slang, qui signifient l'un et l'autre filou.

Aucune de ces nuances ne modifierait le sens du passage qui contient Jloars.

*FLOGIE, subsc. f. Toison?

Et n'espargnez point la flogîe De ces doulx dieux sur les patis.

Bail. VI.

Paraît une forme voisine àejîloche^ la bourse en argot moderne. Du lutin. Jîoccus^ d'oxxjîoc Qtjlocon; soie Jîochej celle qui n'est pas tordue ; Jîochej Jlochée^ Mochie^ est un adjectif qui a le sens de lâche et mol, comme un flocon de duvet, h^filoche est une bourse pendante et molle.

Flojdy esp. Flojedady lâcheté, mollesse. — Flaggie. angl. traduit par le continuateur de Cotgrave : « flaque ^ flache, flasche, flaccide, flosche, floche, gavache, hallebote. »

A remarquer qu'un ^oc en jargon était aussi un tour d'adresse, une ruse de coquin :

Advisons quelque floc nouveau.

Mir. des Enj. ingratz.

Entre nous deux ad viser fault Quelque fioc de nouvalité.

Ihid.

FLORYE, parc. f. s. Fleurie.

Brocquans, dorlotz, grand guain, aube florye.

Bail. XI.

Si l'on admet, selon l'hypothèse indiquée v° Âube^ que Villon parle ici de lingerie, florye ne signifierait pas seulement élégant, festonné, brodé, il voudrait dire aussi volé, conformément aux doubles acceptions du Jargon espagnol, recueillies par Oudin, savoir :

« Flor^ subst. f. Entre les joueurs de farces et pipeurs, c'est la tromperie dont ils usent pour attraper et tirer quelque chose, comme disans que ce sont pauvres gentilshommes ou soldats desvalisez, ou bien qu'ils sont sortis de captivité, et autres semblables piperies, dont il y a une infinité. — Juego de lajior. Jeu de pipeurs et de brelandiers. — Florayna, tromperie. — Florear, piper, tromper . — Floreroj pipeur. — Florido^ riche. »

« Dejlorir la picorne^ voler le linge sur les hayes. » Liv, du Jargon. — « La picorne est Jlorye. La haye est garnie de linge. » Ibid.

En slang le Jioorer est un voleur de montres dans les rues, que la police française nomme voleur à la tire.

FLOT, subst. m. Foule, multitude.

Loing de son plain, de ses flots curîeuîx.

Bail. X.

Abrouerent km flot de toutes pars.

Bail. XL

Fluctusj lat., a donné fot^ puis JîottCy synonyme de muldtude.

Grand flot de gent après s'arive.

GuiLL. GuiART, Br. des royaux lignages.

Tel flot y out de gent c'on non pout apruichier.

Girart de Ross., v. 1475.

As nous vint bien atornée Et des autres i ot grant flote.

Renart, I, 2657.

« Tant comme le cheval se povoit efforcer, se plongeoit dedans les grans^o/^i- de ses ennemis. » Chron. de S. De- Tzyj-^ 1,244^. — « Tous d'un^o/. » Hist. de Bayard^^. 127. Flushy abondance, foule, en slang.

Le peuple parisien dit encore uwejiotte pour une multitude.

Un jor jouet une grant flote De garconnez à la pelote Devant les poi'taus de l'église.

Fabliau du Varlet.

a Floiar^ esp., .flotter et aussi fomenter avec les mains; jiotado^ flotté, fomenté; ^ofû^or^ qui flotte, qui fomente; fiotadura^ flottement, fomentation. » Oudin.

*FLOTERIE, subst. f. Je suppose qu'il équivaut 2ijiot et k Motte (v. Flot ci-dessus), c'est-à-dire multitude.

Entervez à la floterie.

Bail. V.

FOING, subst. m. C'est le mot de la langue vulgaire.

Gaillieurs faitz en piperie Pour ruer les ninars au foing.

Bail. IL

a Mettre la truie aufoin^ détourner un divscours qui em-

barrasse. On décourne la truie de ce qu'elle mange pour lui présenter du. foin dont on sait qu'elle ne voudra point. » Ducatiandy part. II, p. 542. — Dict. des -proverbes français^ par G. D. B., imprimé à Bruxelles, in-i2, 1710. — « Ce n'est que du foin^ les bcstes s'y amusent. « Oudin, Cur.fr. — fl Alaigre. Mais tournons un peu la truye au foin. )) Comédie des proverbes , p. 98. — « Je pense que je sors de propos, et vais de la truye au levain. » Moyen de parvenir, p. 138. — « ...Gargantua... disoit la patenostre du cinge, retournoit à ses moutons, tournoyt les truyes au foin. )) Rabelais, I, 45. — « Et tournant la truye 2î\xfoin, commença deviser d'autre chose. » Straparole, 6° nuit^ fable I.

Dans le chapitre des alliances, on trouve : « Un aultre appella une sienne ma truie, elle l'appela son foin. La me vint en pensement, que ceste truie voluntiers se tournoit à ce foin. » Rabelais, II, 302.

« Bailleur à.Q.foin à la mule. » Bouchet, III, loi, 107.

FONDES, subst. pi. Bas-fonds, chemins creux, fondrières.

Ruez par les fondes la poue.

Bail. VI.

Fonde, forme féminine défend, signifie les bas-fonds par opposition à la pleine mer. Trévoux et Littré. C'est le sens qui nous guide pour la traduction ; le sens du vers cidessus, complété par ceux qui suivent, est : Jetez vos pattes par les bas-fonds, car le vent du nord fait faire la grimace aux pendus.

Fonde est dit pour fronde ^ instrument balistique, dans

^î6 LE JARGON DU XV^ SIECLE.

tous les écrivains du moyen âge; mais cette acception serait sans application dans le cas présent.

Nous avons encore fonde ^our fonda ^ esp., auberge, et ^onr funddj, lat., dépôt public, entrepôt de douanes.

ff Ils boutèrent le feu en la. fonde^ là où toutes les marchandises estoient et touz li avoirs de poiz. » Joinville, 164. — Fondic de V^irdhe fondoucq. La Curne. — Fondeque^ magasin. « Les fondics sont magasins où se serrent les marchandises qui sont apportées des Indes et de Perse par voie d'Alep. » De Brives, Voy. en Turquie ^^ 34.

L'argot moderne paraît avoir employé /o/z^e et fondrière pour bourse et poche ; le vers précité voudrait dire alors : « Mettez la main dans les bourses ou dans les poches. 0 Mais cette traduction formerait contresens avec la suite du couplet.

Fonda^ ital. Subst. bourse; adj. profonde. N. Duez.

Fonde ^o\xv font ou fontaine.

Sacharie sot de clergie

Et des sept sciences la. fonde.

Ms. 7218, ap. La C.

Fondeisj fond d'une vallée. Tr. des ch. 1380. Ou éboulement, syn. fondoir, équivalant 3. fondrière.

FOURNIR, V. a. Signification obscène obtenue par le détournement du sens propre du mot. Voici les deux exemples tirés du Jargon :

Et qui aussi, pour la marque fournir.. .

BaU. Vm.

Et la marque, suivant le gaing choisie, Adrague en gier, puis dist : « Le mieux /ourniV/ »

Bail. IX.

Pour cclaircir ces deux exemples, il me suffit d'en emprunter un troisième aux vers erotiques du capitaine Lasphrise :

Car je venx fourniller en ton ]o\y fourneau.

Ainsi le premier exemple du Jargon signifie : « Et qui, aussi pour l'amour charnel de la femme , vous êtes fait mettre au pain et aux fers. » Et le second : « La fille, choisie selon le butin, boit à longs traits, puis dit : Que le plus beau me caresse ! »

Reste à établir, philologiquement, l'identité de fournir ayecfournilier; si l'on s'en tient au sens, elle n'est pas douteuse dans les trois exemples qui précédent. Du Cange et les anciens philologues admettaient que fournir vient de furnus (Du Cange, v° Furnire). J'estime qu'ils avaient vu juste. Diez et Littré préfèrent le haut allemand frumjan. sous le prétexte qu'il existe une forme provençale fonnir oufromir. Mais cette forme n'est qu'accidentelle même en provençal, où l'on écrit habituellement fornir comme en vieux français, en catalan, en espagnol et en portugais; en italien, /or/z/re. D'après Du Cange, fournir serait rendre, donner, comme fait le four dont on tire le pain. Littré fait remarquer qu'on manque de textes où le mot soit employé avec le sens métaphorique de four. Les deux exemples du Jargon remplissent cette lacune.

J'ajoute i\\xe. fournir y au sens de travailler au four, existe en poitevin sous la forme fourneyer. Or nous savons par de nombreux exemples (voir pour le Jargon aux mots Juchî'e^ entrongnie^ desmaquillie).^ que les verbes en ier ont aussi la forme parallèle en ir. De même que Juchier a

3i8 LE JARGON DU XV*^ SIÈCLE.

juchir^ entrongnier entrongnir et desmaquiller desmaquillir . fourneyer ou. fournyer donne naturellement fournir.

Enfin on verra au mot Hornangier ci-après l'équivalence de cette forme espagnole, tirée de horno^ fur nus ^ avec fournir et dans le même sens erotique.

Rabelais écrit « oncques puys n.Q fourneasnies nous ». II, iio. Ce qui suppose V mïimûï fourneer^ très voisin de la forme poitevine.

Fournier ou former. « Le bolengier pourra acheter le blé, le fera mouldre, cuire et former, » Statuts pour la ville de Provins. Tr. des Ch. 13 19.

Fornigier^ forniquer.

On m'a/orn,2^îV d'amors.

Po. av. 1300, ap. La C.

.*FRESSOUE, subst. f. Fraîcheur ou frisson.

Le vendengeur, beiïleur comme une choue. . . Noue beaucoup, dont il reçoit fressoue.

Bail. X.

Mot d'exemple unique, mais qui se retrouve, avec une très légère variante d'orthographe, àin^ frescou^ fraîcheur, du dialecte romano-castrais, lequel possède, au même sens, le mot frescuUj qui ramène k frisson,' iiû, fresone fifressone. N. Duez.

Frisson était anciennement du féminin, commz fressoue :

Rolant la voit si fut en grant /rzVcm.

Ch. de Roi. P. 88. La C.

Et encore au xvi'^ siècle :

Ariodant a ce propos se plante

Tout éperdu : une frisson tremblante

Court par ses os.. . .

Baïf, p. 145.

*FROART, SLibst. m. Froueur ou floueur. Voir ciaprès F rouer.

Prince Froart, dis des arques petis.

Bail. I.

Frodator/\idX.^ trompeur. N. D Liez. Ce mot nous indique une série possible de dérivations : frodateur^ froueur ou fr Quart y Jloueur.

Fr^Mj-^ fraude, fourberie, tromperie, crime. — Fraudare. frauder, fourber, tromper. — Fraudator^ trompeur, fourbe.

FRONTZ, subsc. m. Le front :

Les mineront trestout au front:^ Pour les sires qui sont si longs.

Bail. m.

Le mot n'a rien de jargonnesque, et je ne lui donne place ici que pour y attacher une remarque philologique. Les plus ancieas textes écrivent front, ce qui autorise à le dériver de l'accusatif frontem et non du nominatif /ro/z.f. Cependant on aurait pu s'apercevoir que Brunetto Latini, au xiii«= siècle, écrit « li frons de la maison » [Trésor. p. 176), diction très correcte qui se passe de toute dérivation, puisqu'elle reproduit intégralement le mot latin. Ainsi fait le Jargon en écrivant /ro 72/^^ où le t ne figure que par l'ignorance du copiste. François Villon employait souvent l'antique déclinaison française, ignorée ou abandonnée par la plupart des autres poètes ses contemporains.

FROUER, V. a. et n. Deux significations : i° briser ;

2° siffler ; lesquelles, réunies dans le Jargon, se sont rejointes en argot moderne sous la forme Jlouer.

Saupicquetz f rouans des gours arques...

Pour doubte de f rouer aux arques.

Bail. IV.

J'estenc les bras, je fac la roe, Je passe si roit que tout froe.

Froissart. Le joli buisson, v. 1130-1.

Car on verra, fr ouer mainte lance quarrée.

Brun de la Montagne, v. 2042.

La forme Jîouer pour frouer apparaît dès le xv^ siècle :

Nous flouerons sur le bigart

En quelque coin sur la paillade...

.... Flouons du gigard...

J'ay mon arbaleste flouée

Et le galier pieca vendu...

Il est bien force que l'on floue.

Vie de S. Christophe.

Que trois costes li a el cors froé.

Aiol, 1050.

Frouer des arques^ c'est-à-dire briser des coffres j arbaleste Jiouée, c'est-à-dire brisée; Jouons du gigard^ c'est-àdire brisons de la jambe, sauvons-nous; T argot populaire moderne dit : Je me la brise ou je me la casse dans la même acception.

D'autre part, frouer est un terme d'oiseleur qui signifie « faire un certain sifflement par lequel on imite le cri de la chouette pour attirer les oiseaux ; on f roue avant que de piper^ parce que le pipeau, qui donne un son plus aigu, n'est que pour appeler les oiseaux éloignés ». Littré. Or

piper les oiseaux, c'est les tromper ; piper a donc pris les deux sens; piper et pipeur sont synonymes de filouter et de filou (v. Pipeurs) ; pipeurs et froueurs ou floueurs, c'est tout un. C'est ainsi que la confusion s'est établie entre frouer^ briser, dévaliser, afrouer, appeler les oiseaux pour les duper. Quant à la parfaite identité de /roM^r et de Jlouer^ elle se déduit du deuxième exemple ci-dessus, tiré de la Vie de saint Christophe : «j'ai mon arbaleste ^oweV»^ pour j'ai brisé mon arbalète.

Une semblable identification s'est établie entre voler^ c'est-à-dire chasser au vol des oiseaux, et dérober. (V. ciaprès Proliant.)

On en retrouve une du même genre au mot pollir ciaprès.

Frouer est considéré, avec toute vraisemblance, comme dérivé d'une onomatopée; c'est h'ire frou-frou. Mais ici, comme partout ailleurs ou peu s'en faut dans le Jargon, le mot simple sous-entend un autre vocable qui s'y ajuste et en forme comme la doublure.

Frodare, ital. N. Duez, du latin fraudare^ et froda, it., du làimfraus. nous indiquent une suite de dérivations dignes d'examen : frodare, froder^ froer^ frouer. Le sens en est excellent : frouer des oiseaux, n'est-ce pas les frauder et \e^ Jlouer?

FYE (a la). Ceci est de la langue du xiv« siècle : à la fois, c'est-à-dire en même temps.

Babille en gier en pyant à la fye.

Bail. IX.

Si fui je aux escoles jadis, Il y a des ans plus de dis,

Et là nous lisoit à le fie Uns mestres en philosophie Liçons d'astrologie grans.

Froissart. Le Joli Buisson, v, 1556-60.

A la foys s'emploie au même sens :

Et après les regars à la foys le baissoient.

Br. de la Mont. 1056.

GAIGNEURS, subsc. pi. Libéralement laboureurs ; par extension, faiseurs de butin, c'est-à-dire voleurs.

Gaigneurs aussi, vendengeurs de costé.

BaU. VIIL

« Et pour ce sont il villains gaingneurs et gaingnent laidement. » Oresme. Thèse de Meunier, citée par Littré. — a Hardi gaigneur. hardi mangeur. Mieux vaut bon gardeur que bon gaigneur. )> Cocgrave. — « Quant elles (les eaux du Nil) se retraient li gaaingnour y vont chascun labourer en sa terre... » Joinville, i88. — « Li quatre mois serunt de blé sec et moiteen à la veue et témoignage de gaaigneurs de Verberie. » Cartul. de saint Corneille de Compiegne^ f° 182", an. 1257.

GAILLIEURS, subst. pi. Trompeurs, pipeurs.

Gaillieurs faictz en piperie.

Bail. H.

fl Galiador^ trompeur. Galliar^ fallere. « Gramm provenç. Bibl. nat., ms. 7534 latin. — « Galiéy langued. Vaurien, pendard. » — « Meschant frippon. » Oudin, Cur. fr. En ce sens : « Prenez y tous exemple vous aultres gualliers de plat pays... » Rabelais, II, 267.

Oultrecuidé, gallier, entrepreneur.

EusT. DE Beaulieu, ap. Méon. Blasons, p. 53.

Combien qu'avoit maints nobles chevaliers A l'entour d'elle bons rustres et galliers.

Chasse d'amour, p. 41.

Le livre du Jargon donne g al lier pour cheval; le double , sens de gaillieurs pourrait être chevaliers; j'ai dit dans mon Discours préliminaire que les véritables compagnons merciers s'intitulaient authentiquement chevaliers de mercerie.

GAING, subst. m. Butin, c'est-à-dire le produit du vol.

Brocquans, dorlotz, grand guain, aube florye.

Bail. XI.

Et la marque, suivant le ga.ing choisie.

Bail. IX.

J'ai ja paulmé tout le gaing de machoirre.

Ibid.

Quant de gaing n'ay plus vaillant une saince.

Ibid.

Même signification dans le Jargon des mercelots.

— « J'use de ce mot de gain parce que tous les larrons en usent. » Vie généreuse. — « C'est mon heur, c'est mon guaingy c'est ma bonne fortune. » Rabel. II, 197. — « Et li empereres Henris ot rassemblés ses os qui orent amené \q\xv guains à garison tresques en l'ost. » Villehard.

« Son eskiec lor départ li rois. Et porta part à la roine Donc de gaaing la mescine. « Floire etBlanchefior^ v. 131.

— « Li gaains petis que elle a fait à moi. » Froissart, III,

j2+ LE JARGON DU XV SIECLE.

htgaing en vieux français signifie également l'automne; c'est, je crois, en ce sens qu'il faut lire le passage du Jargon :

Que le mignon ne soit au gatng- Farciz d'un lourd plumbis à coing Qui serre et griffe au gart le duc.

Bail. II.

Fromage de gaain, fromage d'automne dans Renart^ V. 18378.

GALOIS, subst. pi. Mot de la langue vulgaire, qui désigne les gens gais et voués aux plaisirs bruyants.

Et ruez deux coups ou trois Aux gallois.

Bail. III.

Comme l'oyseau en ung buisson.

Si se repaissent les galoi:^

De chanter

Mlr. des Enf. tngratz.

Et puis s'en vont pour faire les galloises Lorsque devroient vacquer en oraisons.

Ane. poésies.

J'aim toute bourde et tout galois, Tout déduit, toute druerie.

Ovide, ms.

La Fontaine s'en servait encore :

Charmans objets y sont en abondance ; Par ce point là je n'entends, quant à moj, Tours ni portaux, mais gentilles galoises.

La Font, les Rémois.

Us seront compagnons galois Se l'un grousse, l'autre depippe.

Desck., ms. f" 2701».

Je souloye rire et danser Avec ces compagnons galloys.

Chanson du xvc siècle.

a Galant, galois^ gaillards, gens frisques, mignons, poupins. » Des Perr. — « Propos qu'on oit ordinairement tenir à nos bonnes galoises et principalement à celles de Paris. » Estienne, Conform. du lang. franc. ^ 1. II, p. 19.

GART, subst. m. Jardin.

Qui serre et griffe au gart le duc.

Bail. IL

Fors de la vile aveit un gart, Une forest grant é pleniere.

Marie de France, lai de Gracient.

La sont les regardz, Ses gens, ses esgardz, Ses vergers, ses gard^.

M0LINET, p. 143.

a Comme le suppliant se alloit esbattre tout seul autour du gard ou jardin. » Du Cange, sous Gardignium. Lettre de rém. de 1412. Tr. des Ch. reg. 167, ch. 2j,

Garterij ail. ; garden^ angl. ; gardin^ picard; gctrdi^ provençal. — Vieux français, gardin et gardîng. — « Une masure, gardin^ cheillier, lieu et tenement séant en la ville de Corbie. » Cart. 2j de Corbie^ i473- — " Nicolete jut une nuit en son lit, si vit la lune luire cler par une fenestre, et si oi le lorseilnol canter en garding. » Ms. 7989, f" 7i«^. — a Si se partirent d'illuecques, mes ils ardirent toutte la ville et abattirent une partie des murs dou gart de Werchin. » Froissart, éd. Luce, II, 201.

GAUDIE, part, passé fém. de GAUDIR, v. a. Réjouir. C'est le mot de la langue vulgaire; mais il ne se trouve pas dans les autres œuvres de Villon; les Franches repues nous en oiFrent cependant un exemple.

A Parouart, la grant mathe gaudie.

Bail.

En Parouart, la grant masse gaudie.

Bail. VII.

Gaultier lua la gauldouse gaudye.

Bail. IX.

Pour gaudir et faire grant chère.

Rep. franches.

OÙ vas-tu ? — A la freperie ; J'y trouverai Martin marchant; La fourrure en sera gaudie...

Or entré soies en mal an Se je n'ay le georget d'Aman, Dont ma feulle sei'a gaudie.

Mist. du V. Testament.

GAUDINS, s. pi. Deux significations entre lesquelles on peut choisir pour le vers du Jargon qui suit, brigands ou petits-maîtres :

C'est tout son fait d'engaudrer les gaudins

A hornangier

La première, pour laquelle je penche, désigne les brigands des bois : « Godins ^ certains brigands qui se retiraient dans les bois. » Du Cange sous Gualdus. — « Hinc godins appellati quidam praedones, qui se in silvas recipiebant. » — « Comme icellui suppliant aist esté durant no2 guerres par plusieurs foiz avec noz ennemys et les

gens de campaigne et les godins^ et conversé avec eux en prenant vivres, monteures, robes, dras, etc. » Lettres de rémission de 1358. Très, des Chartes, reg. 99, ch. 144. — « Pour doute de malfaiteurs, pillars, larrons et meurtriers, appelés godins ou brigands de bois^ etc. » Autres lettres de 1337, reg. 112, ch. 53. — « Comme en l'an 1365 estoient ou pays (de Nivernois) plusieurs brigans de boys, appelez godins. » Autres de 1381, reg. 120,

ch. 137.

Povreté m'a en ses abois,

Et suis, pour brief propos final,

En point comme ung brigand de bois.

CoaUILLART, I, 147.

Le mot est tiré de gaud ou gault^ et gaudine^ bois et forêts. Ail. wald; angl. ivood; bas -latin gualdusj gualdunij walduSy ivaldum. ivalda.

Que cler chantent parmi le gaut L'oriol et le papegaut.

Renart, III, 323.

Li gaus et les gaudines, les forés grans Qui contre lui aloient tout enclinant.

Aîol, V. 397-8.

En prez, en jardins, en gaudines.

Rose, V. 1^186.

rt Bagaudœ dicti quasi sylvicolae, gau enim lingua gallica sylvam sonat. » Altaserra, Rer. aquit., p. 134.

L^autre acception de godin est donnée par Cotgrave : « Joli, mignon », et avant lui par Palsgrave : Godin. godyne^ godinety godinette^ syn. de coint, cointe, mignon, mignonne, de fade, de faicty et faictye (anc. fr. faitisse). avec la signification de « feate or proper of making » .

Gaudin^ ail. du moyen âge. Laetitia, gaudium. Cf. geuden. de gaudere^ anglais gaudy^ Ixtus.

Gaoudina [si) languedocien, se réjouir, se donner du bon temps.

GAUDTSSERIE, subsc. f. Réjouissance, gais propos; confrérie des pipeurs.

Contres de la gaudtsserie.

BalL VL

(( L'ensigne exteriore (c'est le tiltre) est communément receu à dérision et gaudisserie. » Rabel. I, 4. Prologe. — « Ils lui faisoient passer le temps à ivrogner et à dire mots de gaudisserie. » Amyot. Aie. 74. — « Et de ces viles âmes de bouffons, il s'en est trouvé qui n'ont voulu abandonner leur gaudisserie en la mort mesme. » Montaigne, I, 296. — « Les gaudisseries retournent quelquefois sur les gaudisseurs. » Des Perr., 28® conte.

On trouve gaudisseur au sens de séducteur : « Le suppliant demanda à sa femme quel argent elle devoit, en lui disant que s'estoit pour ses putanniers et gaudisours. » Lett, de rém. 1465, JJ. 194, p. jz. — « Icellui Estienne dist au suppliant : tu m'as appelé gaudisseur. » Lett. de rém. 1475, "^•^* ^95? P* ^35°*

* GAULDOUSE, subst. f. Maison de joie.

Gaultier lua la gauldouse gaudye.

Bail. IX.

Je n'hésite pas à proposer la traduction ci-dessus d'après une formation hybride de gaudir avec l'anglais house, 17

de gauldouse étant muette et n'offrant pas plus d'importance étymologique que la plupart des consonnes surabondantes dont les textes sont surchargés par les copistes et les imprimeurs à partir du xv** siècle. Cette formation se sera peut-être confondue avec good house^ la bonne maison, formé comme godale et godailler de good aie. Palsgrave employé le mot « bordel house ». Je crois que c'est précisément un lieu de ce genre que désigne la gauldouse du Jargon, c'est-à-dire le gier coys que le poète jargonnesque aperçut dans « la vergne cygault ».

Du reste, je m'en réfère, pour la confirmation de mon hypothèse, à la formation analogue que j'aperçois dans le mot bauldouse (vide suprà sous Baudrouse).

§ Il existe un verbe actif goulouser, désirer vivement, du latin gulosus :

Très que n'avoie que douze ans, Estoie forment goulousans De veoir danses et carolles.

Froissart. L'Epinette amoureuse, v. 27-9.

Jou ne sai par qui volentet,

Fors que tout ensi l'espousa

Li quens, qui moult le goulousa,

Ph. Mouskes, V. 18765-7.

GAULTIER, nom propre pris comme nom commun. j C'est ainsi que les Gueux s'appellent entre eux ; un gaul- \ tier. c'est un Gueux de grande route.

Puisque à Gaultier si serez ung peu mieulx. ' Bail. VII.

Gaultier lua la gauldouse gaudje.

Bail. IX.

ijo LE JARGON DU XV" SIECLE.

Gaultier^ si faut il regarder..., Je veulx rebigner le gaultier.

Mir. des Eufans ingratz.

S'il a au doigt quelque brocquant, Gaultier en sera souldoye.

Mist. du V. Testament.

Gaultier, où as tu tant dormi?

Vie de S. Christophe.

Ce dernier exemple ne laisse pas de doute sur la valeur substantive de gaultier^ car le gueux ainsi interpellé par un de ses compagnons s'appelle Brandimas.

Pourquoi cette dénomination générique ? parce que gaultier signifie proprement l'homme du gault^ c'est-àdire l'homme du bois (v^ Gaudin ci-dessus). Les paysans normands qui prirent les armes dans les troubles de la Ligue en 1589 furent appelés les gantiers. (D'Aubigné, III, 26-/,]

Les gantiers étant des Gueux ou seulement d'aimables fripons comme les galoisj ce mot se prenait aussi dans le même sens :

On fume, on a poste à gaultier.

COQUILLART, BlasOtl, I, 183.

« A moy n'est que honneur et gloire d'estre dict et réputé bon gaultier et bon compaignon. » Rabelais, I, 6, prologe. — « Ce gantier icy se guabele de nous. » Ibid.j 131.

Dans le sens de sot ; les archers qui laissent échapper Faifeu :

Ainsi trompés furent pouvres gaultier s,

Faifeu, 96.

GEORGET pour GORGET, s. m. Pourpoint.

Sornillez moy ces georget:^ si farciz.

Bail. VII.

Se je n'ay le georget d'Aman, Dont ma feulle sera gaudie.

Mist. du V. Testament,

Sitost qu'il sera estache, J'aurai le jorget et l'endosse.

Vie de S. Christophe.

Georget est traduit par pourpoint dans la Vie généreuse et dans le Jargon de l'argot réformé : (f Les rupins et marcandiers leur fichent les uns un georget^ les autres une lime ou un haut de tire. » — « Le cagou. Ce georget est comme si je l'avois commandé. » Comédie des proverbes. p. 60.

On peut admettre que le georget ^ gorget ou. Jorget était ainsi nommé parce qu'il couvrait la gorge et ses parois inférieures ; le mot subsiste dans l'anglais moderne sous la forme gorget, hausse-col, gorgerin.

« Esp., gorgette^ pecho, golilla ; c'est-à-dire poitrine, gorge, petit hausse-col, petit gorgerin. » Oudin. — Même langue : gorjal^ gorgerin, hausse-col ; gorjal de malla pour gorgerin de maille, pièce d'armure qui, attachée autour de la gorge, retombait sur la partie inférieure de la poitrine. Oudin.

*GIER. Ce mot de quatre lettres est employé cinq fois dans le Jargon de la série inédite* deux fois avec l'apparence d'un substantif, une fois avec l'apparence d'un adjectif, et deux fois comme suffixe aux verbes habiller et hornier :

Ung gier coys de la vergne cygault...

Babille en gier, en pyant à la fye...

Adrague en gier, puis dist. . .

A hornan^iVr^ ains qu'elle soit lubie.

Bail. IX.

Babillanj§-îVr sur tous fais et sur ars.

Bail. XL

J'ai pu me demander un instant si ce gier avait plus de signification que la syllabe va^ dont l'intercalation constituait tout le Javanais parisien, qui fit, il y a trente ans, les délices du monde galant.

Mais lorsqu'on remarque que gier ou ger^ car les deux prononciations se confondaient au moyen âge, est l'apocope de gergon^ et que ger s'est dit pour le petit de l'oie ou Jars j on arrive à soupçonner que parler en gier ou babillangier pourrait bien être l'équivalent de parler le Jars ou Jargon,

Voilà un premier aperçu.

D'autre part, les anciens vocabulaires [Vie généreuse et Jargon de Vargot réformé) donnent gy pour oui : « Je responds gis. » Vie gen. — « Chascun respond gis, gis^ gis. » Ibid. Il s'y joint un verbe gitrer^ avoir, posséder, qui se dit à la première personne de l'indicatif présent : « gitre^ j'ay «.Grandval en use encore dans son poème de Cartouche. La substance de ces vocables étranges, c'est une idée d'affirmation et de possession : « Un gier coys » , c'est « un vrai cabaret, un maître chaix, une maison à nous ».

Par une singularité, que je regarde comme la plus curieuse de celles qui m'ont frappé dans la recherche des sources inexplorées du Jargon, le triple sens de parler,

d'affirmer et de posséder, tel qu'il ressort des textes fournis par les anciens lexicographes du Jargon, se trouve appartenir identiquement et authentiquement à l'allemand du moyen âge. Voici la série des exemples que je recueille dans le Dictionnaire de Scherz :

« Ger^ g^^^- Cupidus, studiosus, cupide, diligenter, cupiditas, desiderium. « Min vollui ger min ougenweide. » Phonaseorum Maness. excerpta, olim Scherzii, t. P"", p. 2. — Inde gern^ adv. et geren^ begehren^ appetere. Ex eo fonte dérivât Germanorum nomen. Wachteri Glossar. germ. medii xvi. In-f*'. Leipzig, 1737.

« Ger^ g^^^' Seyn, cupere. « Mir est ger » cupio » . Gloss. germ. Pezii, Ratisb., 1705.

Et encore : « Gier^ gir^ gyr^ desiderium, etc. » Wachteri Gl. germ.

Puis enfin : « Gihen^ geheiij dicere, fateri. »

La rencontre est tellement significative, tellement complète sur tous les points, puisque les cinq textes du Jargon français ci-dessus allégués peuvent se traduire par l'allemand, qu'il est difficile de la tenir pour purement fortuite. Remarquons de plus que le ger et le gier de l'allemand du moyen âge, avec leurs congénères, appartenaient à la langue courante, nullement jargonnesque.

L'analogie se poursuit jusque dans l'article suivant,

*GIEREMENT ou GITREMENT, adverbe.

, î ffierement ) ■„ ■ -^ ,

Ou . on macquilloit riffault.

I gitrement ) ^

Bail. IX.

On peut lire Pun ou l'autre dans le ms. Stockholm;

et les deux versions s'expliquent par les mêmes origines.

Le sens, en tout cas, est celui-ci : « où magistralement on dévorait le rôti »,

Gierement serait F adverbe forgé sur gier ^ substantif ou adjectif.

Gitrement proviendrait du verbe actif gitrer^ avoir, posséder, qui figure dans les anciens vocabulaires de Pechon de Ruby et d'Ollivier Chereau; mais il s'appuie, comme gier et gierement;, sur l'allemand du moyen âge :

« Gitekeit^ aviditas. — Gitic^ avidus. « Jvdaz vas der pfenninge alz gitic, » Sermones Sacri S. Predigten, f*^ 189, in Bibl. S. Joh. Hieros. Argentor. A. 100. Scherz.

*GIFFAULT, subst. masc. Personnification du Joufflu. Et m'a joué la marque du giffault.

Bail. IX.

Giffe^ en vieux français, signifie la joue (v. ci-après

Giffle) :

Crassus qui dort sor les roisoles, Qui borse a dure et giffes moles. . .

De sainte Leocade. Méon, I, 306.

Por quoi as tu jà lessi œvre ?

Est ce pour encressier tes gives?

Les quatre souhais S. Martin, Ihii., IV, 387.

Giffault sera donc la personnification du joufflu par excellence- et je laisse à deviner ce qu'est le giffault d'une marque^ c'est-à-dire d'une fille de joie.

Le mot est, du reste, de formation régulière; briffer a donné hriffault; riffer^ riffault^ etc.

GIFFLE, subsf. masc. Gibet.

Qu'au giffle ne laissez la pal.

Bail. IL

En arabe, gibel^ montagne ; c'est le nom de l'Etna. — En latin, gabalus^ avec le sens de crux ou patibulum. Du Cange, v° Gabalus. On lit aussi gabulum. — « Gabalum^ crucem dici veteres volunt. » Nonius, c. 2.

Quando crucis gabulum sacrato corpore scandit.

Althelmus, de laud. Virg., c. 29 de Cliristo.

Que gabalus ou gabalum ait àoïvïié g ebel et même gibel ^ peu de difficulté. Il me semble que nous voilà bien près de gibet^ dont l'étymologie est si controversée. Personne n'ayant encore indiqué celle-là, je la risque.

Génin a proposé une étymologie singulière sur giffle. Remarquant qu'une loi de Louis le Débonnaire porte « domus vel casx eorum giffentur », c'est-à-dire « soient giffées », ce que Du Cange explique par un signe de confiscation au profit du trésor public, Génin pense que ce signe était un trait de plâtre, gypsum^ d'où giffe et giffer, ! La giffe^ étant un affront, serait devenue synonyme de ' soufflet, et le mot se serait étendu à la partie charnue qui i reçoit la giffe. Palissy désigne en effet le plâtre sous 1e nom '1 ^^ g^f- Qi-ioi qu'il en soit de cette conjecture, elle ne détruirait pas le sens de giffle dans l'exemple ci-dessus du Jargon; le gibet, qui est le suprême affront, étant, à Paris du moins, un massif de pierres et de plâtre.

GIFFLE, subst. fém. Joue, visage.

La giffle gardez de rurie.

Bail. VL

33(î LE JARGON DU XV« SIECLE.

Oui bien à force de souffler, Ce qui fait leurs giffles enfler.

ScARRON. Virg. travesti, liv. II.

*G1TREMENT, adv. Voyez c\-à.QS?>\i^Gier ^iGierement . On peut lire ainsi le vers de la ballade IX :

Où gitrement on macquilloit rifFauIt.

GOUJON, s. m. Garçon, compagnon.

Rouges goujons, fargez, embabillez.

Bail. VIII.

Entendez-vous bien, mon goujon?

Mist. du V. Testament.

GoujoTiy en béarnais, petit enfant, petit fils; en niçois, niais, imbécile. — Gouja et goujar^ garçon, aide-berger.

Paraît se rattacher au groupe dérivé de gouge j qui signifie fille, servante : goujato et goujo^ langued., même signification.

Tellement que sur toutes gouges Elle semblera la plus franche.

CoaUILLART. I, 122,

Goujat^ sous la forme gougeas^ a désigné les jeunes gens sans acception péjorative : a Les gougeas de l'hostel du duc alloient tous les jours veoir les dames à Deventel. » Oliv. de la Marche, Mém.^ t. II, p. 589.

Huet, suivi par Diez, dérive gouge du mot juif gojej servante chrétienne, de l'hébreu goj^ peuples ; goim;, les gentils. MM. Lefebvre et Léon Couture, contestant cette étymologie, proposent gaudiuni^ par l'intermédiaire du

provençal gaii^ gauch^ et du guyennais goi^ goye ; Tenfant serait ainsi appelé comme donnant la joie à la famille.

Ce qu'on n'a pas remarqué, c'est que le provençal gauch appartient à l'allemand du moyen âge, avec les sens de stultusy fatuiis^ et, enfin, de juvenis ùnberhis (voyez Scherz sous Gauch et Gouch). Le mot existe, avec les mêmes significations, dans tous les anciens idiomes du nord : cog^ en cambr. ; gœg et geacy anc. scand. ; gaivk^ angl.; gœck^ germ. ; guyckj belge, etc., etc.

GOURD ou GOURT, adj. Littéralement gros, gras, lourd, et, de là, par transition, solide, étoffé, riche, puissant, et même excellent.

Brouez moy sur ces gours passans.

Avancez dedans le pogoiz Gourde piarde.

Bail. m.

Saupicquetz frouans des gours arques.

Bail. IV.

Puis eschequez sur gours passans tous neufz.

Bail. Vn.

Et n'aymer rien qui ne soit gourt...

Bien gourt me sera ce pourpoint.

Mist. du V. Teslanieut.

Est il gourt? — Mais mince de caire... Etoffez, moussus, sains, drus, gours,

Mist. (le la Passion.

Nous sommes gours. — Nus comme vers...

Si le rouastres et ses anges Nous trouvoient à la g-ourde pie...

Je m'en brouay au gourd piard.

Vie de S. Christophe.

S'il y a point quelque gourd coys...

S'il venoit quelque gourt sirois.

Mir. des Enfans ingratz.

Baillez moy. — Quoy? — La gourde pie.

Farce du Munyer.

Pour entretenir les plus gourds, Les plus frisques, les plus peignez... Souvent gourd et bien guerdonné...

Mon souhait serait-il pas bon, Trencher du gourt?...

C'est la façon du temps qui court, De ces varletz dymencherez, Qui sont tous vestus sur le gourt.

CoaUILLART.

La dame me veit sur le gourt, Gay et gaillard selon la mode.

Roger de Collerye.

Ha, dit Rouen, si la noblesse accourt Par devers moy, j'espère sur le gourt, Montrer largesse en toute esjoyssance D'avoir le Roy.

Jean Marot, p. 22$.

Ces derniers exemples, auxquels se rattache ce vers des Repeues franches :

L'hostesse fut bien à son gourt, i

spécialisent le sens de gourt pour éléganc, à la mode. Nous ' revenons au langage jargonnesque avec le vers suivant du i capitaine Lasphrise : 1

... Tu peux gourt piailler. |

L'étymologie de gourd est connue; il reproduit l'espa- |

gnol ancien gordoy latinisé en gurdus^ qui signifiait gras,

dodu, et qui, comme crassusj prit, en sens dérivé, l'ac- :

ception d'épais et de scupide : « gurdos quos pro stolidos accepic vulgus, ex Hispania duxivSse originem audivi. » Quindl. I, 9. Le glossaire d'Isidore n'a retenu que le second, et traduit gurdus par lentus, inutilis. De même en français, la langue courante n'a retenu gourd que comme synonyme de lourd et en a composé le verbe engourdir : « Avoir les mains gourdes »^ c'est-à-dire engourdies par un coup violent ou par le froid. — « Ne se povoient aider ne tourner leurs chevaux, telement estoient gours. » La Colomb. Th. d'honneur^ l, 58.

Le mot n'est donc jargonnesque qu'au sens de solide, bon, riche, élégant, diamétralement opposé à l'usage de la langue courante.

L'espagnol a gardé ce vieux mot sous les formes suivantes recueillies par Oudin : « Gordo et gardai^ gr^s, gros^ espais. — Gordillo^ grasset, dru, en bon point, dodu. — Gordon^ un gros grasset. — Gordijlon^ gros fafelu. « Oudin cite, de plus, ce proverbe auquel il donne une glose singulière : « Tener la lengua garda j, avoir bien beu. d'autant que la langue estant spongieuse, s'enfle par l'humidité. «

Gordo signifie « plein » en argot italien.

a Quand le vin est bon, il est gourd », dit Bouchet en son petit vocabulaire de Jargon contenu dans saxv*= serée.

Le vocabulaire d'Ol. Chereau traduit « gourd plein de pivois » par pot de vin. Mais il est possible qu'ici gourd soit donné pour gourde ou bouteille.

GOURDEMENT, adverbe. Richement, puissamment, parfaitement. Voyez Gourd.

Et gourdement aiguisez le pelle.

Bail. VIII.

Mais tousjours est gourdement entrongnie.

Bail. IX.

Lors à part moy si gourdement me traite...

Muse norm. p. 23.

Gourdement est traduit par beaucoup dans le livre du Jargon.

Electre le parloit (l'argot), dit-on, divinement, Iphigénie aussi l'entravoit gourdement.

Grandval. Cartouche, chant X, p. 74.

Ficher la colle gourdement.

Le Jargon de l'Argot.

Le Misùre du Vieux Testament nous fournit le substantif gourderie^ qualité de ce qui est gourdj et Gournay^ nom propre dérivant de la même source :

Gournay, c'est toute gourderie.

GOURER, V. a. Tromper. C'est un mot de la langue vulgaire, quoique Bouchet et Cotgrave l'attribuent à l'argot.

Gueulx gourgourans par qui gueulx sont goure:^.

Bail. VIII.

« Le marchand pensant que ce fussent gens attiltrez pour gourrer sa chasuble. » Bouchet, III, 107. — « Tantost après voicy arriver les maistres cordonniers... se doutans qu'ils estoient gourrei. » Ibid.^, 127. — « Pour m'engarder d'estre ajfïîné (qu'ils appellent gourré) des mattois qui mattent, je voudrois entendre leur jargon. » Ibid. 129,

VOCABULAIRE ANALYTIQUE. j+i

Pourtant quand je resonge o tretz £etz par un garde, Qui ont ainsi goiirré nostre povre mestier.

Muse norin. p. 239.

Pour gourrer les pauvres gens Qui leur babil veulent croire.

Parnasse des Muses.

« — Raminagrobis, lequel en secondes nopces espousa la grande Guorre^ donc nasquit la belle Bazoche. » Rabelais, II, 1C7.

Il existe une comédie à! Arlequin gouré^ par Farin de Hautemer, jouée à la foire Saine-Laurent en 1750. Ânecd. dfamatiqueSy iJJ'^^ in-i2, I, p. 100.

D'après M. Francisque Michel, le mot gourer s'est conservé à Bayeux et à Mortagne, avec le sens de tromper.

Goura, langued., tromper quelqu'un. — Goure^ rouchi. Réprimande, tromperie. Gourer^ tromper. « De même à Bonneval » , ajoute M. Hécart, auteur du Dict. rouchi-franfa/j-^ sans indiquer de quel Bonneval il s'agit parmi les nombreux Bonneval qui se trouvent répandus sur la carte de France depuis l'ouest jusqu'en Savoie. — Gourer y auvergn. et poitevin. Tromper. M. L. Favre le fait venir de gour^ en celtique, malice, inimitié, ou d'un autre celtique, gogéi. Le celtique a bon dos.

L'Académie française consacre goure et goureur^ signifiant drogue falsifiée et droguiste qui falsifie ses denrées. . M. Pihan, dans son Glossaire des mots français tirés de l'arabe (Paris, 1847, ii^"8°), fait venir gourer du Levant. Littré donne l'arabe gharo^ tromper, gharur^ tromperie. — « Et que tout le creson qu'on vendera et qu'on tenra à vendage, que cascune manière on mece par li et sans kourer. » Tailliar. Recueil^ p. 268 (xiii° siècle).

Je préférerais, sans aller si loin, le tirer tout simplement du latin gurrire^ contrefaire le chant du rossignol et par extension des autres oiseaux, c'est-à-dire piper. (Voyez Piperîe.)

« GurOj^ arg. esp., archer ou sergent. — Gorra^ escornifleur. — De gorra, d'escorniflerie. » Oudin.

GOURGOURANS, part. pi. Trompeurs, par redoublement de gourer ou peut-être par adjonction de gourd^ au sens de gourd gourer^ c'est-à-dire tromper fortement, archi-tromper (voyez Gourd et Gourer) ; cette qualification paraît s'appliquer aux archers et sergents.

Gueulx gourgourans par qui gueulx sont gourez.

Bail. Vin.

Du reste, nous trouvons guroj dans l'argot espagnol, au sens d'archer ou sergent. Oudin.

On a dit au xv® siècle gourgousser pour gronder. — « Icellui Michel tenant toujours félonie et courroux en son cuer et gourgoussant contre ledit Lorens. » Tr. des Ch. JJ, 97, p. 176, an. 1366. — « Icellui Alain reproucha : ceste vieille ne cessera meshuy de gourgousser, » JJ, 197, p. 182, an. 1471.

Gourgoux et gourgoij discussion. « Avecque lequel Jehannin on ne sçauroit nulles foiz estre sans noise etgourgoi, » JJ, 176, p. 751, an. 1450. — « A ce record que messire Pierre fit, estoient plusieurs chevaliers de la chambre du roy, et par especial messire Jehan de Guistalles de Haynault, cousin au comte de Flandres qui mettoit en gourgoux toutes les paroles du chevalier, et tant que finalement il ne se put taire, j) Froissart, t. 2, f° 28, 2® éd.

d'Ant. Verard. Ne se trouvent ni l'un ni l'autre dans La Curne.

Si l'on identifiait gourgourans avec gour gaussants j le vers de la ballade VIII signifierait « gueux murmurants, c'est-à-dire parlant doucement, enjôleurs ». Cette acception fournit un rapprochement curieux, et peut-être Fétymologie même de gourgousser et gourgoux. D'après le Dictionnaire d'histoire naturelle de Déterville (t. XIII, p. 331), goura est le nom indien du pigeon, qui fait entendre, lorsqu'il désire sa femelle, une voix lente et plaintive, que nous appelons en français roucoulement. Gourgour serait une onomatopée fort expressive, qui rendrait parfaitement compte de gourgousser et gourgoux.

§ Le mot gourgouran possède cependant une existence indépendante, que je constate, quoique je n'en aperçoive pas l'application au passage ci-dessus du Jargon. On appelle gourgouran^ subst. m., une étoffe de soie travaillée en gros de Tours et qui vient des Indes. Dict. de l'Ac. franc, éd. de 1762 et suivantes.

Elle est ailleurs définie : « étoffe de soie des Indes unie et à bandes formées d'armures diverses » . On en dérive le nom de Gour ou Gaur^ aujourd'hui Lucknow, ville de l'Hindoustan anglais, la Gunga régla de Ptolémée. — « Ma sœur... tient des pièces de velours, de Pékin, de levantine, de percale, de pou de soie, du gourgouran. des mousselines, des batistes, du piqué, du linon, des dentelles. « Parade du boulevard du Temple^ dans Brazier, Chronique des petits théâtres de Paris, t. P*", p. 324. Paris, 1837. — « Les appartements de M'"® Bonaparte (hiver de 1800) étaient meublés avec goût, mais sans aucun luxe; le grand salon de réception était tendu en quinze-seize jaune; les

meubles meublant étaient en gourgouran. les franges en soie, les bois en acajou. » Mém. de la duchesse d'Abrantes^ t. III, p. 14.

GRAIN, subst. m. Ecu, monnaie. On mesurait autrefois le titre de l'or et de l'argent en douzièmes de fin ou deniers, et chaque denier valait deux grains ; de là le sens de monnaie ou d'écus pour les grains d'or ou d'argent.

Et n'abatez de ces grains neufz et vieulx.

Bail. VII.

Pour povres gallans morfondus

Qui ont tous leurs grains despendus...

S'il avoit des grains à l'emblée,

On lui raseroit le minois...

Tous mes grains ont pris la brouée.

Cap de Diou ! Tout est despendu...

Je suis tout ennuyé de courre

Ras de poil, sans grains ne sans bourre...

Vie de S. Christophe.

Je voys vendre ma marchandise

Et ne seray pas si cosnart

Que je n'en mette ung grain à part.

Mist. du V. Testament.

Grain^ écu de six francs. Francisque Michel. — Grano, anc. germania et Jargon espagnol, ducat de onze réaux ; chez nous on disait dans le peuple un grain de six balles. Dict. du bas langage^ II, 23. — « J'y perds plus de cinquante grains de rente. » Jargon de V argot.

Grain en cuivre, en acier, petite pièce de métal dont la forme approche d'un grain d'orge : « Lequel suppliant print deux ou trois grains d'acier et un fer à cheval. )> JJ, 128, p. 84, an 1385.

*GRAVELISSES, pour graveleux? au sens de rude au toucher, comme des grains de sable et des cailloux.

De ces angels si gravelisses.

Bail. IV.

Mot d^exemple unique.

« Oh qu'il est gravissant! » Comédie des proverbes^ p. 57. — ff Qu'on eslise plutost la terre graveleuse que la pierreuse. » O. de Serres, 8.

Le Jargon se sert de sableux pour voleurs. « Feignant d'avoir trouvé des sableux sur le trimar. «

Grave ^ crampon, grappin, a Eschielles furent drechiés as murs à grans graves de fier. » Froissart, II, 408. — « Hés, graves et havés de fier. » Id. III, 196.

§ Gravelisses pourrait signifier humbles, serviles, d'après l'allemand du moyen âge grajiich : « Grajiich dienst. » — ff Ad nulla singularia servicia seu sturas sed ad sola communia servicia, vulgaricer dicta gravelicKes dienste obligata. » Lettres patentes du sgr de Bemberg, 9 janvier 13 16, publiée par Gudenus, Codex diplomaticusj t. III, p. 139, Gœttingue, 1748. In-4«.

GREFFIR, V. a. Prendre, saisir.

Sont greffi:^ et prins cinq ou six...

Luez au bec que ne soies greffl:^.

BaU. I.

Vos contres ne soient greffi:[.

Bail. IV.

Se greffir laissez vous carrieux.

Bail. V.

i^ô LE JARGON DU XV<^ SIECLE.

Seroit ce point le marieux

Qui vient ici pour nous greffir ?

Vie de S. Christophe.

Si ne peusmes nous, devant hyer, De luy greffir ung harpelu.

Mir. des Enfans ingratz.

Greffir y qui s'est conservé en français sous la forme de griffer j mais avec un autre sens, reproduit directement l'allemand greifen^ saisir ; angl. to gripe. — Au xvii^ siècle, griffer conservait encore le sens de greffir, puisque Cotgrave traduit griffer : « To seize, or catch at violently, greedily, and wrongfully. ;»

De saisir à voler il n'y a que la main; aussi greffir est-il devenu synonyme de« dérober subtilement » dans /'^r^or réformé y mais, dans les exemples ci-dessus, il n'a pas d'autre signification que prendre, car les Gueux du Aliroucr des Enfans ingrati ont essayé non pas de voler de l'argent, mais d'en obtenir par mendicité. Les cinq exemples tirés de Villon et de la Vie de saint Christophe n'offrent qu'un seul et même sens, celui de prendre par la main de justice, A^arrêter.

fl GraffiOj crochet; graffare^ accrocher, ital. » N. Duez. Griffare^ de même. Cf. graphium, grafBnus, grappin, et ci-après v° Grup,

*GREMES, subst. pi. Voyez Grumes.

Quidant au ront faire aux gremes la moue.

Bail. X.

« Gremire^ ital. Gripper, happer. Gremito^ serré, happé. » N. Duez.

Grime et grimaldo, grimaud, grincheux. Ce dernier adjectif, pris aux sens du Jargon et de Pargot, amène grimaldellare. crocheter les serrures ; grimaldellaio^ grimaldelliere, crocheteur de serrures, grimaldellerie^ tours de larrons, etc. N. Duez.

Gremlichj ail. du moy. âge, terrible. « Er duhte si so gremlich. » Chriemhilden Rache und die Klage. In-4". Zurich, 1757.

GRIFFER, V. a. Saisir, accrocher. V. Greffir,

Qui serre et griffe au gart le duc.

BalL 11.

On disait aussi aggrijffer. « Le prevost. Ils ont mis au net un pauvre prestre;.., si peu qu'il avoit, ils l'ont escamotté et ag griffé avec leurs argots de chappon. » La Comédie des proverbes, p. 86.

GRIS, subst. m. Froid.

Et vous gardez bien de la roe Qui aux sires plante du gris, En leur faisant faire la moe.

Bail. VI.

Grisj Jargon et gi^ano, froid. — « Ses habillements sont joyeulx, tant en façon comme en couleur; car il porte gris et froid : rien davant, et rien darriere. » Rabelais, II, 372. — A remarquer que Rabelais joue sur gris^ qui se rattache à froid, et sur grisj, qui signifie fourrure. Villon plaisante de la même manière; la roue du pilori donne du gris aux condamnés, en ce sens qu'elle les couvre de tristesse; telle est leur fourrure. — « Il fait

gris y on vend du gris^ pour il fait grand froid. » Oudin. Cur.fr. L'argot du xvi^ siècle appelle le vent « le gris )> . probablement par synonymie avec hise par Tintermédiaire de his, qui est une couleur très voisine du gris.

Gris en zincalo signifie également froid. Borrow. — « En hiver, quand le gris bouesse, c'est lorsque leur estât est le plus chenastre. — Le gris bouffe ou bouzille, il fait froid. » Jargon réformé.

« Faire grise mine et mauvais recueil auxdits mascpes. » Arr. Amor. p. 417.

Planter du gris aux sires, c'est les refroidir ^ c'est-à-dire

les tuer.

Mais, oh ! quelle angoisse C'est quand le gris boisse.

Chanson d'argot.

Puisque la dame nous fait gris Et que l'on nous met en mespris, Desloger fault

Les divers propos et joyeuses rencontres, etc. p. xxj.

Quel visage eus-tu d'elle? — Gris.

Marot, I, 202.

GRISSES, part, pi, pour griffes^ c'est-à-dire grillés, enfermés sous des grilles, <

Pour ce, gardez vous d'estre grîsses Dedans ces gros coffres massis.

Bail. IV.

Crisser. « Elles gris soient d'ardeur de le voir. » Cotgrave; qui explique grisser par to crackle; et to crackle par grésiller, grincer et grinsser. — « Grisler^ grislement.

A crackling noyse, as of méat in die broyling. » Cocgrave. Griller et grisser pour plisser. Ibid.

On voit que ces formes griller^ grisser^ grincer se confondent dans Cotgrave; la lecture des mss. du xv siècle explique et prépare cette confusion; grille (de prison) s'y écrit fréquemment grisle et même grisse. La plus ancienne des éd. sans date de Villon imprime comme suit ces vers du Grant Testament :

Lieu n'est où ce marché ne tienne Sinon en la grisse de Mehun.

Or, dans ce passage, il s'agit clairement de la grille de la prison de Mehun. Le ms. Coislin écrit la grisle.

Maintenant pourquoi grisses au lieu de grissés? Rien de plus simple. Le moyen âge employait une certaine quantité de participes passés sans accent sur la dernière syllabe, par exemple délivre pour délivré. Cette diction subsiste chez les populations méridionales; les Bordelais et les Poitevins disent encore : Je suis tout trempe et j'ai les pieds gonjiesj -^^oviv je suis trempé qz j'ai les pieds gonjlés.

GRUIS, subst. f. Fille de joie, femme débauchée.

Luez la gruis s'elle est desmaquillie.

Bail. IX.

La mesure du vers y est, gruis étant monosyllabique comme simple variante de grus. Le ms. Stockholm porte, à ce que j'ai cru lire, gruice avec un e de trop; peut-être grince. En tout cas le mot est altéré. C'est Du Cange qui nous le restitue : « Grus^ femme débauchée, gl. grussus. — Grus ^ ribaude. Lettre de rémission de 141 5,

jSO LE JARGON DU XV« SIECLE.

reg. 169, pièce 61. Alias gruis. » — « Icellui Girart appella la suppliante deux ou trois fois grus^ g^^^j et pour ce qu'elle n'entendoit pas que c'estoic à dire desdites parolles, demanda audit Girart que c'estoit à dire : lequel Girart lui dist que c'estoit à dire ribaude, et l'appelant par pluseurs foiz : grus ^ ribaude, grus ^ ribaude. » JJ, 169, p. 61, an. 1415.

Le mot est encore connu à Lyon, ainsi que le prouve la curieuse anecdote que voici.

Au mois de septembre 1879, le régisseur de l'Odéon de Paris faisait répéter la Jeunesse de Louis XIV sur la scène du théâtre Bellecour, qui allait ouvrir. Les figurantes, qu'on avait engagées à Lyon même, ne paraissaient pas comprendre les indications qu'on leur donnait. Le régisseur saisit l'une d'elles par le bras et l'appela « espèce de grue ». La figurante se mit à pleurer et regardant le régisseur avec l'expression d'une indignation violente, lui dit : « Monsieur, vous aurez affaire à mon mari. » Le lendemain, en effet, le mari se présenta; c'était un honnête ouvrier, qui demanda, avec beaucoup de politesse et de sangfroid, s'il était vrai qu'on eût injurié sa femme. « J'avoue que je l'ai appelée grue, répondit le régisseur, mais je ne comprends pas qu'elle s"'en soit fâchée; c'est un mot très usité au théâtre pour qualifier les femmes qui paraissent manquer d'intelligence. C'est comme qui dirait imbécile ou fichue bête. » — « Oh ! très bien, monsieur « , répondit le mari de la figurante tout rasséréné; (f si vous n'avez voulu que l'appeler fichue bête, il n'y a pas de mal. » Et il se retira tranquillement. Le directeur, M. Duquesnel, me raconta la scène le lendemain, et je lui donnai le mot de l'énigme.

GRUME, subst. m. Bois de charpente et de charronnage, coupé de longueur, non équarri, mais gardant encore son écorce; le Jargon désigne ainsi la potence, qui assez souvent n'était que le premier arbre venu de la forêt prochaine.

De paour des hurmes Et des grumes.

Bail. III.

« Sous peine d'estre eslevé sur une busche de quinze pieds de haut. » Cahalle des filous.

Je crois qu'il faut lire à la ballade X :

Quidant au ront faire aux grumes la moue.

Le ms. de Stockholm porte gremes (voyez ce mot), L'étymologie de grume est considérée par M. Littré

comme inconnue. Je proposerais assez volontiers le gru-

mus latin, qui nous a donné grumeau :

On la juge au toucher quant on la sent rugueuse, Sans lustre, sans poly, sous le doigt grumeleuse.

Remy Belleau, I, 12.

« Groma^ it., croûte ». N. Duez. — Grumam seu silvam. Chr. Aistulfi reg. Lomb. ap. Ughellum, 2, 106.

Le sens général est croûte; or le bois en grume est celui qui conserve encore son écorce après avoir été abattu.

Le double sens, nécessaire au jargon, est gourme :

Et si aient plenté de grume, Plenté de fièvre et de jaunisse.

XXIII Man. de Vilain. .

j5a LE JARGON DU XV« SIÈCLE.

GRUP, subst. m. et adj. pour gruppé (voyez Grupper). Captivité, captif, accroché, pendu.

Montigny y fut, par exemple, Bien ataché au hallegrup.

Bail. IL

Danger de grup en arderie Fait aux sires faire la moe.

Bail. VI.

Car qui est grup, il est tout roupieulx.

Car qui est grup, il a, mais s'est au mieulx.

Bail. X.

Son procès va donc à rebours, S'il est grup?. . .

Mist. de la Passion.

Il s'agit évidemment de gens pris par le col. On ne saurait méconnaître l'analogie du mot grup avec le mot croup qui désigne l'angine couenneuse des enfants, et dont les lexicographes modernes ont vainement recherché l'origine. La grippe est de la même famille.

La racine du griphus latin, du gruppo et grappo ital. et du greifen allemand est le grec 7P'?w;, qui signifie proprement filet à prendre le poisson.

Nous retrouvons dans le mot grup un nouvel exemple de participe passé transformé en adjectif par l'apocope de IV final représente Vat roman : grup pour gruppé^ comme délivre pour délivré^ grisse pour grissé^ etc.

* GRUPPELINS, subst. pi. Petit pot. Diminutif de Crupault. (Voyez ce mot.)

Ung maquereau à tous deux gruppelins.

Bail. IX.

Goupline^ une pinte de vin. 01. Chereau.

GRUPPER, V. a. Prendre, avec ses diverses acceptions : arrêter, saisir, voler. Appartient à l'ancienne langue et subsiste dans la langue moderne sous la forme gripper.

Se gruppe:^ estes descarieux.

Se gruppe:^ estes desgrappez.

Bail. IV.

Et force d'aubert grupperons.

Misl. de la Passion.

Il fut gruppé et mis en roue.

Vie de S. Christophe.

Les plus rouges y sont gruppe^.

Rep. franches.

L ung est rusé, l'autre gruppé.

CoaUILLART, I, 198.

Tout droit devant Florence Si se venoyent getter Pour piller leur finance Se l'eussent pu grupper.

Chanson de Rome.

(( Qui desrobbe ne sugse mais gruppé. » Rab. II, I 93. — « Ces poures ignorans ic/, qui grappent (alias i ë^'^FP^^^)? ^^^ moins mal qu'ils peuvent. » Rab. III, \ 216. — « Je le vous grupperay au crue. » Rab. II, 63.

I— « Je vous grupperai au truc. I shall take you napping, or catch you as you go by. » Cotgrave.

« Gruper, uncinare. » Oudin. Rech. fr. et ital. 2^ parc. 287, col. 2. Rob. Est, Dict. m-40.

On trouve aussi grupée pour vol, butin :

Et tel y laissera la laine Qui n'en aura jà la grupée.

Mi st. de la Passion.

« Parmy eulx règne la sexte essence, moyennant laquelle ils grippent tout, dévorent tout et concilient tout. « Rabelais, III, 45. — « Pourveu qu'on ne nous grippe point au col et aux chausses. « Com. des Proverbes^ p. 71.

Car a beaulx detz les gallands le pipèrent, Et son argent subtillement grippèrent.

Pierre Faifeu, p. 34.

GUEUX, subsc. pi. C'est le mot de la langue ordinaire; les Gueux du jargon s'appliquaient entre eux cette dénomination.

Benards, vous estes rouges gueux.

Bail. IV.

Gueulx gourgourans par qui gueulx sont gourez.

Bail. VIII.

Après moiler, luay ung gueulx qui vault... Puis, dist ung gueulx f j'ai paulmé deux florins... Puis, dist un gueulx qui pourluoit en haut.

Bail. IX.

Gueulx affinez, allegrucs et tloars...

Là ot ung gueulx son endosse polye.

Bail. XI.

S'elle est fine, soyez songneux Que de ses fins tours vous gardez, Car souvent les plus rouges gueux Y sont surprins, bien l'entendez,

Ckans. du xv^ iècle. G. Paris, p. 129,

« Gueux j compagnons de l'argot. » Oudin. Cur. fr. On sait que gueux est une forme de queux^ en latin coquusj cuisinier, d'où dérive également coquin. C'est la tradition romaine qui tenait pour vile et déshonorante la profession des cuisiniers, taverniers, garçons d'auberge, etc., et leur interdisait le service militaire; témoin ce texte du code théodosien : « Inter optimas lectissimorum militum turmas, neminem a numéro servorum dandum esse decernimus, sive ex caupona ductum, vel ex famosarum ministris tabernarum, aut ex cocorum aut pistorum numéro, vel etiam eo quem obsequii deformitas militia secernit, nec tracta de ergastulis nomina. » Cod. Theodos. lib. VII, tit. XIII. — « Le duc trois gueulx pour sa bouche. » Olivier de la Marche. Estât de la maison de Philippe le Hardy pour 1474, t. II, p. 520, éd. Petitot.

« Il n'est festin que de gueux ^ quand toutes les bribes sont ramassées, » Corn, des Prov. p. 55.

*GUOBLE, subst. Vin, boisson. Le contenu étant pris pour le contenant.

Adraguerent de guoble maint crupault.

Bail. XI.

Gobelloy bourguign. 5 guhellus^ b. -latin. Gobelet, de cupa. — Gobeauj gobelet, verre à boire. Lacombe. — Kufelj gobelet, polonais.

HAIRE, subst. f. Tourment, peine, affliction, et, par extension, exclamation douloureuse, gémissement. C est un vieux mot de la langue vulgaire.

Sans faire haire Ne hault braire.

Bail. III.

Car aucunefFois pour bien faire On n'a fors maltalant et haire.

Rose, V. 10752-3.

Crucifié à douleur et à haire...

Se femme prend, j'auray douleur et haire.

EusT. Deschamps.

Mes je di Et affi Que sus mi N'a fors que doel, painne et haire.

Froissart. Par. d^amouis, v. 122 1-4.

D'où haria et le verbe harier. On a aussi le verbe héer^ soupirer et pleurer, c'est-à-dire faire haire. Peut-être vientil de haire^ vêtement de poil rude, par assimilation.

Porter la haire et la souffrance.

MOLINET, p. 196.

HALLE pour HALE, subst. m. Air sec et chaud qui

brunit le teint. C'est le mot de la langue courante. Etre mis au haie signifie clairement être accroché à la potence. Voyez Essorer.

Nyaiz qui seront attrapez

Bien tost s'en broueront au halle.

Bail. IV.

Gardez vous bien de ce mau haie Qui noircit les gens quant sont mors.

Villon. Gr. Testament.

Ore veut l'ombre, or veult le halle.

Coût, des femmes.

Cler fut le jour, greveus le halle.

G. GuiART, I, 108, V, 2172.

... Au vent les ont halles.

Ch. d'Anlioche, v. $6.

Il est fort et puissant, et moult noir et halle:^.

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