‹ Le Jargon et jobelinChapitre 32 sur 34 · R. DE COLLERYE · texte numérisé non relu

R. DE COLLERYE

Grande assemblée. Vig. de Charles VIL

Des dampnes acrois li montjoye.

Helynand. la Mort.

L'immense cube de pierre sur lequel était bâti le gibet de Montfaucon était une montjoye,

* MOUARGIE, subst. f. Mines de singe, singeries?

plantez tost de la mouargîe, Puis cà, puis là, pour le hurtis.

Bail. VI.

Moue^mouée^ le museau. Lacombe. — « Mouard^ mouarde^ qui fait la moue ; making mouthes. » Cotgrave. D'où singe, guenon. Lacombe. Et mounard^ langued.

ff Moa^ Jarg. esp., de la monnoie. » Oudin.

MOUE, subst. f. Littéralement bouche, par dérivation grimace. C'est le mot de la langue courante, spécialisé pour peindre la convulsion qui tord la bouche des

pendus.

En leur faisant faire la moe...

Car le bizac avoir ad vis Fait au beroars faire la moe...

Mais si soient memoradis Qu'on vous face faire la moe...

Danger de grup en arderie Fait aux sires faire la moe...

Bail. VL

Quidant au ront faire aux gremes la moue.

Bail. X.

Où est Arquin? — il fait la moue A la lune.. .

Vie de S. Christophe.

Ainsi faire la /noue signifie être accroché au gibet.

« Ton père a été étouffé dans la filasse ; il est mort en l'air avec un bonnet de nuit de cheval au col, en faisant une grimace devant le Pont-Rouge, « Le déjeuné de la Râpée ^ p. i8.

Moue ^ howûïQ en français; mouth en anglais, ce qui reproduit la forme mouse :

Vous en avez pris par la moue.

— Il doit venir manger de l'eue.

Patheliii, v. 45 9-60.

Pour bouter et fourrer sa mouse.

Villon. Gr. Test.

« Cachina^ moe^ Volugena^ moe. » — Gloss. romanolatin du xv^ siècle.

MUSARS, s. pi. Niais, badaud, fol.

Pour mieulx polir et desbouser musars.

Bail. XI.

Li baron de Herupe ne sont mie musard.

Ch. des Sax. XXIX.

Cil est musart qui à tel femme bée.

Poés, av. 1300. La C.

Il est musart qui tence a foie gent.

Ms. 7218, fo 17$.

Ce scavent bien saige et musart, Qui plus est prés du feu, plus art.

Rose, 2383-4.

Je ne veul plus, dame, sur vous muser ; Vos povez bien quérir autre musart, Car m'aperçoiz qu'on m'a Tait amuser.

EusT. Desch. ms. fo 182.

« Si que par le doute des prisons li musard se castient do fere tex folies. « Beaum. XXIX, 19. — « En si ut dire que espérer et quidiers furent doi musart. » Chron, de Rains^ p. 75. — Rabelais dédie sa Pantagrueline pronostication à « gens estourdis et musars de nature » . III,

MYNSSE pour MINCE, adjectif.

Pour les duppes faire brouer au mynsse.

Bail. IX.

C'est-à-dire pour réduire les dupes à l'état mince ^ qui est l'état de ceux qui n'ont pas d'argent :

Est-il gourt ? — Mais mince de caire

Misi. de la Passion.

Et l'aultre, mince de coton,

Est lombard : regardez sa mode.

Vie de sahtct Christophe.

Haster me fault de vendre :

Je suis mince de haubert.

Cris de Paris.

Nous sommes... — En grant povreté.

— Nus. — Minches. — En nécessité.

Dial. de Marcheheau et de Galop.

'( Le roy estoic bien mincement habillé. « Chast. Chron. de Bourg. II, 38.

« Biei sur le minsu^ c'est aller sans artifice. i> Vie généreuse. — « Les orphelins... bient sur le mince^ c'est-à-dire truchent sans aucun artifice. » 01. Chereau. Ce que Vidocq traduit par : ils vont à la jian.

Le mot est resté dans l'argot du peuple parisien.

Il fait nuit, 1' ciel est opaque, Mine' que j' vas pincer de l'auber.

Jean Richepin.

En langage populaire new-yorkais : too thin^ trop mince ! veut dire : « c''est mauvais, il n'en faut pas » .

§ Le mince était aussi une petite monnaie valant un demidenier. Guiart, II, 109. V. 2809. — c Mince de ronds. Douze sols. » Jargon réformé.

« Un denier s'appeloit un mynse dans le langage des matois. » Bouchet, III, 130.

NEN, partie nég. Ancienne forme de non ou ne,

La dure bien tost nen verrez...

Voz ans nen soient rouppieux.

Bail. V.

Ronde n'y vault nen plus que en Lombardie.

Bail. VII.

C'est la forme normande, comme men pour mon :

Le fruit que Deus vous a doné Nen a en soi gueres bonté.

Mystère d'Adam.

Aine mieudre chevaliers nen ot aubère vestis.

Aiol, V. 32.

n Ma valleur, ne ma proesse ne se pourroit nen plus prendre a la vostre que la clarté de la lune se pourroit prendre à celle du soleil. » Lancelot du Lac^ II, f° 129. — « Ensi eut li conestables par sens, nen par grant fait, la ville et le chastiel de Haimbcn. » Froissart, VIII, p. 257.

NIAIS, adj. pi. Sot par inexpérience. Mot de la langue ordinaire employé par le Jargon pour désigner les voleurs qui se laissent prendre.

Espelicans

Qui en tous temps Avancez dedans le pogoiz

Gourde piarde,

Et sur la tarde Desboursez les pouvres nyois.

Bail. III.

Niaii^ qui seront attrappez

Bien tost s'enbroueront au halle.

Bail. IV.

Niais signifie proprement les petits de l'oiseau de proie qu'on vient de prendre au nid, et qui, destinés à l'éducation des chasses, ne savent rien encore : « Niais est cil oiseau , de chasse que on a trait dou nifj, et que on nourit en son ostel de sa juvente. « Brunetto Latini. Trésor^ p. 201. — « Autres faucons y a qui ont esté prins au nid et sont appelez nyais. » Alodus. f° 28.

Niais vient du latin nidus^ nid, par l'adjectif /ziVf/cMi-, — « NidicuSj ad nidum pertinens. « Varr. ap. Non. 4, 278.

Ad quos tum volucres venit pusillos Usque ad limina nidica esca vilis.

FoRCELLiNi, yo Nidicus.

On trouve nid écrit nie et nif; on aurait tort d'attribuer ces diverses transcriptions à des formations difFérentes. Le vieux français ne tenait aucun compte des finales, ce qui permettait aux copistes de les varier à leuj guise sans altérer le son, puisqu'elles étaient muettes. Cette remarque explique bien des fautes singulières jusque dans l'intérieur des mots où la prononciation supprimait les consonnes doubles. Par exemple, un copiste écrit haptist pour bastist ; pas d'inconvénient puisque Tun et l'autre mot se prononçait bâtit.

NINARS, subst.pl. Niais?

Gaillieurs faictz en piperie Pour ruer les ninars au foing.

Bail. IL

NinOj esp., petit. — Nine^ féminin de nain. La Curne. — Ninoche^ rouchi, imbécile.

Nine est une couleur rouge que ceux de Grèce trou- , vèrent en Ephèse. Sicile. Blason des couleurs^ p. 25 v". 1 C'est même chose que la mine ou minium.

NINER, V. a.

Nineronî trestout au frontz.

Bail. IIL

Ninna. it., dodo. Le dormir des enfants. Ninnare^ bercer. N. Duez.

Ninarj ningue, neiger. Gramm. prov. Bibl. nat. ms. 7534 latin.

Ninûj inf. tourner; rom.-castr.

J'ai dû suggérer les mineront pour rétablir le sens et la mesure.

NOUE, 3e pers. s. ind. de NOUER, nager. C'est le verbe de l'ancienne langue :

Le vendengeur, befîleur comme un choue, Loing de son plain, de ses tlos curieulx, î^oue beaucoup, dont il reçoit fressoue.

Bail. X.

Le voleur, perché au plus haut du gibet comme une chouette, loin du plain, c'est-à-dire la surface de la terre et des eaux, nage comme un oiseau qui étend ses ailes, et chaque mouvement lui donne une secousse avec frisson.

Au sens de s'étaler comme une personne qui nage^ Jean de Meung a écrie :

Voy comment elles portent leurs manteaulx proprement, Voy comment elles nagent dessus le pavement.

Cod. V. 1222.

« Passe la rivière de Vienne à noe, « Du Guescl. Ménard, p. 474.

Dedans nooient li poisson.

Ms. 7218, f" 359.

Les uns nouent, les aultres noient.

G. GuiARD, fo 376.

Plus aise que poisson qui noue.

Ms. fr. 7118, fo 138.

Ne mangez d'annette ne d'oe, Ne de nul aultre oisel qui noe.

EusT. Desch. f" 485.

« Elle noue par dessus les rivières ec par dessous. » Fouilloux. Vénerie j f° io8.

Les nouans sont des poissons dans le Jargon de Bouchet, ÏIIj 130.

OE pour OUE, 3® pers. du prés, du subj. de ouïr. Pour SOI eschever de las oe.

Bail. VI.

Sur la restitution que j'ai fait subir à ce vers, voyez les mots las et soue.

Voici quelques exemples qui éclairciront la conjugaison du verbe omr :

Et s'il lui plaist, il nous ourra.

Vie de saint Christophe.

Vieille ou jeune, mondaine ou nonne...

Qui ne se délite en Voant.

La Rose, v. 10319-23.

« Il semble que eie n'oe aucunement raison. » Oresme. Eth, 205.

* OSTAC, subst. Corde, ou vent d'est, le plus sec de tous.

Qviostac n'embroue vostre arerie Où accoliez sont vos ainsnez.

Ost^ ancien mot celtique et tudesque, signifie orient. Trévoux.

A rapprocher de ce passage les deux vers suivants dil Grant Testament de Villon :

Que de Costac et ses gens d'armes Ne lui riblent sa caige vert.

Mais certains mss. donnenc de Tusca au lieu de Costac.

« Osta^ it., oste^ corde attachée à la penne ou à l'aile de la voile du grand mât d'un navire. » N. Duez. « yic, terminaison du pluriel en basque et en bohémien. « Baudrimont.

PAROUART. L'échafaud sur lequel s'élève le gibet.

A Parouart, la grant mathe gaudie.

Bail. L

En Parouart, la grant masse gaudie.

Bail. VII.

L'épithète de grand peut suggérer qu'il s'agit du gibet de Montfaucon, la plus vaste construction de ce genre qui existât en France.

Le mot, si curieux qu'il semble, n'est pas indéchiffrable. Je crois que parouart^ qui contient l'un des noms des bourreaux, le rouart (v. ci-après Rouas tre)^ est simplement l'homophone jargonnesque de paroir^ mot de la langue ordinaire, qui signifie : « chevalet où sont étendues les peaux qu'on veut parer w. Littré. Notre Jargon est plein de ces rapprochements entre les opérations du métier de tannerie et le tannage naturel que le soleil, le vent et la pluie font subir au cuir, c'est-à-dire à la peau des pendus; voir notamment, à la ballade V :

Qu'enastez ne seye en sùrie Blanchir vos cuirs et essurger.

Le mot paroir en ce sens est très ancien : « Paroir^ lieu où Ton prépare les toiles et les peaux » . Du Cange sous Para-

torium. — « Paratorium locas ubi parancur telx, panni, papyrus, etc. Gall. paroir^ provincialibus paradou. » On retrouve en effet le mot paradou dan,s le dialecte romanocastrais, avec divers sens, particulièrement celui de couteau à parer.

« Paratura pannorum confectura. Hactenus inhibitum fuerat, quod Ictnx aingleni, animalia lanigera, pelles lanatx, et cetera omnia, et singulos quse ad paraturam^ tincturam, etc. » Lettres de 1332. Du C.

La contre-épreuve de cette identification du paroir des mégissiers, teinturiers, etc., avec le gibet où le bourreau prépare les peaux humaines m'est fournie par la langue espagnole. D'après Oudin, le substantif perayle signifie drapier, marchand de laine, mégissier, peigneur de draps. Or le même lexicographe nous donne, dans ses Dialogues fort récréatifs y p. 212, le fragment de conversation qui suit, espagnol et français : « Yo! por cierto sino para ponerle en Peraluillo con doze y la maestra, no se para que. — C'est-à-dire : Moy, certes, ne sçay pas à quoy vous estes bon, si ce n'est pour vous mettre sur un eschaffaut, et vous donner douze coups de barre. » Dans ses observations sur ces mêmes dialogues, Oudin fournit la glose suivante (p. 523) : « Peraluillo est un lieu eslcvé comme un eschaffaut de pierre où l'on exécute les criminels à coups de flesches. L'italien pouvait dire le forche; i. legibet. » Oudin y revient dans un autre ouvrage (Trésor des deux langues) et localise le Peraluillo espagnol : « Peraluillo j, un terrain qui est près de Ciudad Real, où la Sainte Hermandad fait justice de ceux qui sont sous sa juridiction en les condamnant à estre tuez à coups de flesches. »

On aperçoit entre le paroir des mégissiers français et le

gibet de pierre de Montfaucon, dit Parouartj le même rapport qu'entre le perayle ou mégissier espagnol et le Peraluûlo ou échafaud de pierre, où l'on exécutait les criminels.

A noter que Rabelais nomme Malparouart parmi les cuisiniers qui entrèrent dans la Truye, machine de guerre pour combattre les Andouilles (t. II, 411.) Malparouart signifie clairement « qui prépare mal, gâte sauce », mais l'orthographe de parouart est remarquable en ce qu'elle reproduit celle du Jargon.

PASSANTS. Subst. pi. Souliers.

Brouez moy sur ces gours passans.

Bail, I.

Puis eschequez sur gours passans tous neufz.

Bail. VH.

Les passans rompus il y perd.

Fie de S. Christophe,

Ce sont des souliers dans la Vie généreuse^ dans Bouchet, III, 129, et dans le Jargon réformé ^ comme dans les deux premiers exemples ci-dessus, qui se commentent l'un l'autre; quant au troisième exemple, il se pourrait qu'il fallût le traduire par les passants d'une boucle, suivant l'explication donnée par Oudin, Cotgrave, etc.

L'étymologie du mot, pris au sens jargonnesque, dérive tout simplement de l'ancien emploi du participe présent de la langue usuelle. Passant voulait dire non seulement l'objet qui passe, mais aussi l'objet qui aide à passer ; « Il fut ordonné de y faire ung pont bien passant et assez large. » Commines, IV, 9. — « Il feit secrettement faire

plusieurs vaisseaux, arrière des grans chemins passans. » Amyot. Thésée, 23. M'"'= de Sévigné nomme la Provence <( la plus brillante et la plus passante province de France » , 14 décembre 1689. En ce sens, rien de plus passant que des souliers. Ces exemples montrent le tort des grammairiens qui défendent de dire « une rue passante » .

PATIS, subst. pi. Pâturages, mot de la langue vulgaire, peut-être étable ou basse-cour.

Et n'espargnez point la flogie De ces doulx dieux sur les patis.

Bail. VI.

« Les oualles Dieu sunt li pueple et ses pastii est li mondes. » Ps. du xiii^ siècle, ap. La C. — « Car ils ont trop mis depuis dix ans le pais d'Anvers à pasti^. » Alain Chartier.

Je vous enseigneray les pâtis les plus gras.

La Fontaine, Fables, IV, 21.

Patis^ basse-cour, langued.

PAULMER, verbe a. Prendre dans la paume de la main ; voler.

Puis, dist ung gueulx, j'ay paulmé deux florins... ■J'ai ja paulmé tout le gaing de machoirre.

Bail. IK.

De palma^ la paume de la main. La forme ancienne du verbe est paulmier^ prendre, empoigner, latin palmare.

Un espiel i trouva, fièrement le paumie.

Berie, v. 62,

On disait aussi paumoier :

Là véissiez maint Turc sa lance paumoier.

Ch. d'Ant. II, 140.

Paulmer^ saisir. « Adonc Alexandre print ung glaive que ung sien chevalier tenoit, et advisa le comte Carleir qui en paulmois ung aultre moult fièrement. » Percef. I, 25. Paumée. Action de saisir avec la main.

De la foie pensée Vient la foie paumée.

Prov. du Comte de Bret, ap, La C.

« To palniy gagner ou voler; palmer^ le voleur qui enlève les bijoux d'une devanture et les fait glisser de sa main dans sa poche ; palining^ cacher des cartes dans la paume de la main. » En slang,

La signification jargonnesque subsiste dans empaumer.

§ Palsgrave àéïimtp animer subst. angl. (pron. pôlmeur) a poor man^ et le traduit en français par blistre et blistresse. {Voyez Belùtrien.)

(( Palmar, j^i'g- ^sp. Donner par force. » Oudin.

PELLE, subst. m. Chemin.

Et gourdement aiguisez le pelle.

Bail. VIII.

Et s'il advise le pelé Ou qu'il nous eschappe, quel pars?

Mist. de la Passion.

S'il advenoit, il me seroit Bien tart d'adviser le pelé.

Misi. de la Résurr.

« Le pelé^ le chemin; pelardier. pré, et pelard^ foin, » Vie gêner.

« Le CoESRE. Il faut le pelé gaigner le haut. » Com, des proverbes^ ?• 59- — Alaigre. Il faut embier \c pelé. » Ibid. p. 70.

« Aller et venir font le chemin peler. « Cotgrave.

Du latin pilus^ poil ; la figure est exacte : un chemin est de la terre pelée.

Peleux^ terre en friche. « Demi-arpent de vigne et demi-arpent de peleux^ ... onquel pel eux assez tost après il fist planter vigne. » JJ. 106, p. 259, an 1374. — « Environ ung arpent de vigne et un arpent de peleux ou désert assis delez ledit héberge. « Aveu de 1403. — Pelleure, même signification. « Item Jehan Gareau pour la pelleure feu Berthelot Le Charpentier, tenant à la vigne Blondeau. » Aveu de 1404.

PIARDE, subst. fém. Boisson, chemin, ou pioche.

Espelicans Qui en tous temps Avancez dedans le pogoiz Gourde piarde.

Bail. III.

Gourde piarde ne se trouve que dans Villon, ce qui rend très incertaine la signification de ces deux mots réunis. Les autres textes de Jargon donnent :

i" Gourd pîard. avec la signification évidente de cabaret, taverne :

Je m'en brouay au gourd piart.

Vie de saiiict Christophe.

2" Gourde pie^ une fois dans le même sens que gourd piard :

Si le roastres et ses anges

Nous trouvoient à la gourde pie.

Fie de saint Christophe.

Mais ordinairement avec le sens pur et simple de bonne boisson et de « dive bouteille » . (Voyez infrà aux mots Pye et Pyer.]

Gourde piarde paraît, dans l'exemple précité de Villon, avoir également le sens de gourde pie ou gourd coys,

Piollej taverne, et pioller^ tavernier, dans le Jargon de Vargot, d'OUivier Chereau, se rapprocheraient de piard et de piarde^ étant écrits piaule et piauller. Le piar est le petit de la pie : « La pie qui a des petits piars, quand elle voit passer aucun près d'elle, tant caquette, que elle enseigne le nid de ses petits. » Nef des folj, fo iS. Piailler et piauler^ crier, caqueter comme les petits oiseaux, peut venir de pipilare^ qui a le même sens que pipire etpipare; mais nos anciens joueurs de mots ont voulu que piailler vînt de pie. Pourquoi? Parce qu'ils équivoquent sur le pie oiseau et la pie tiré du grec metv, boire. Aussi Cotgrave traduit-il piailler par boire et piailleur par buveur.

D'où il suit que le piard ou piarde serait la maison où Ton piaille y se. où l'on boit.

§ Il faut noter cependant une acception toute différente : une piarde est une pioche en français et en poitevin. — « Le suppliant faignist qu'il alast quérir une piarde et une sarpe de quoy il avoit à besongner. » Tr. des Ch. JJ. 191, p. 71, an 1454. 'L2i gourde piarde serait une lourde pioche, propre à enfoncer les volets et à forcer les barreaux. Cependant je maintiens l'interprétation la plus simple, parce que, à ce qu'il me semble, les espelicansy

qui attendent en buvant que la nuit leur livre les « nyois », ne sont pas les voleurs, mais ceux qui les arrêtent.

§ Le lang. hiarda^ cheminer, qui a fait en français hier et hiarder^ fournit une troisième traduction possible, que je me borne à indiquer :

Un gons qui rufFabo le nas Qui me faguet hiarda de fori.

GOUDOULI.

Pis s'embiarder comme une leuriere.

Muse 7iorin. p. 142,

... Je m'en hieray devant Tant que piez pourront soustenir.

Mîst. du V. Test.

Cette forme, d'origine et de valeur toute différente, vient du latin via^ prononcé bia à l'espagnole.

Bier et embier signifient s'en aller dans le Jargon réformé. — « Alaigre. Il faut embier le pelé. « La Comédie des proverbes ^ p. 70. — « Ambier^ c'est aller. Et ils demanderont où ambie le courrier? Il respondra : 'fambie au taudis, c'est-à-dire à la maison. « Bouchet, III, 130.

PICONS, subst. pi. Pics, crochets.

Plantez aux hurmes vos picons.

Bail. I.

Plantez pîcquons sur ces beaulx sires dieux.

Bail. VIT.

Pîcquons au veau! Saint Jacques, je m'espince.

Ils ont pourpoins, estendards et picons.

EusT. Deschamps.

« Il nuisoit comme le porc espic qui darde ses picons à ceux qui lui veulent nuire. » Brantôme, Cap.fr.

Pico esp., picone ital., pic, bâton de fer. — Arpicone et herpicone^ ital., crochet, crampon, d'où arpione et arpion^ qui signifie le pied en argot moderne. Se rappeler qu'en vénerie la pince ou espince désigne le pied de certains animaux. — Picaroon^ voleur en slang.

Pour comprendre ce que veut dire planter picquons, force nous est de raisonner sur le premier des exemples allégués ci-dessus. Plantei ^^■^ picons aux hurmes signifie littéralement « plantez vos crochets aux logettes du gibet » . Comme un pareil conseil est exactement le contraire de celui que Villon entendait donner aux Gueux qu'il morigène, j'en conclus que l'expression elle-même doit être prise en sens contraire; et, par ainsi, que planter picons ne signifie pas s'accrocher, mais « abandonner ses crochets H , les planter pour les laisser là. Tel est également le sens du second exemple : « abandonnez vos crocs sur ces écus d'or «, renoncez à les prendre. En se reportant au texte, on verra, je crois, qu'il n'y a pas à s'y méprendre.

Le sens clair et net de planter picons se retrouve, avec commentaire, dans ce passage curieux d'un opuscule du xvii*= siècle : « Laissez plus tost à la pluie toutes sortes d'engins, ciseaux, couteaux, tenailles, sur peine d'estre eslevés sur une busche de quinze pieds de haut. « Rei^ gleSj etc. de la Caballe des Filous.

Citons encore un morceau singulier de cette littérature sinistre :

« J'avise moncagou, qui tire de sa bezasse quatre tirefons et une grande boeste, et nous meine au pied du gibet,

€t moy, estonné, les cheveux me levoient en la teste de frayeur. Il pose l'un de ces tirefons contre un des pilliers, qui estoit de bois (ceci se passe à la veille d'une foire de Niort en Poitou), appelle ce nepveu et luy dist : Tiens, monte jusque là hault. Ce qu'il fit promptement. » Vie généreuse. Il s'agissait de couper le bras d'un pendu, que le neveu se mit en écharpe pour inspirer la compassion. — Autre expédition du même genre non moins hideuse : « Peu de temps après, nostre régiment estoit près de Beaufort en Vallée^ (c'est, je crois, Beaufort, chef-lieu de canton de l'arrondissement de Baugé, département de Maine-et- Loire), nostre cagou veid un pendu à une potence, qui n'y estoit que du jour 5 commande à son nepveu de demeurer derrière... et luy commenda que quand la nuict seroit venue, il coupast. .. » Ibid. Je ne pousse pas la citation plus loin; elle suffit, avec la précédente, pour montrer que les Gueux savaient monter au gibet autrement qu'avec l'aide du bourreau; les picons de notre ballade et les tirefons du cagou sont un seul et même instrument.

Quant au troisième exemple, où je conjecture que « au veau » est mis pour « à val », il est possible que picquons soit l'impératif de plaquer. Mais, verbe ou substantif, la signification du mot reste la même : « Picquons à val », c'est-à-dire allons-nous-en, ou bien « crochets à bas » , c'est tout un.

Piquer à val^ pour se retirer, s'enfuir, trouve sa confirmation dans ce passage des Cent Nouvelles nouvelles : « L'autre se taisoit et picquoit son chemin. » Nouvelle

Un renseignement curieux, que je rencontre dans les Souvenirs de la langue d'Auvergne, de M. Francisque

Mége, achève de fixer le sens intime du substantif j^j/cow et du verbe piquer. Un piqueur^ dans le langage du canton de Saint-Dier, arrondissement de Clermont-Ferrand, c'est un mendiant de profession, un homme qui va à la pique. et aller à la pique ^ c'est « parcourir la France soit en mendiant ou en pèlerin, soit avec une balle de colporteur, soit en se faisant, à l'aide de faux certificats, passer pour incendié, inondé, etc. » La définition de M. Mége s'applique avec une rigoureuse exactitude aux procédés des Gueux pour qui furent écrites les ballades du Jargon.

Eustache Deschamps connaissait cette nuance du verbe piquer :

Chascun qui puet prent, hape et pique Pour avoir grant estât et mise.

Ms. fo 337.

Pique assiette appartient au même sens.

Pickej to run away, en slang.

« PicOj^ esp. bec. — Picoriy esp. Un trait que Ton fait en seignant quelque chose, un trait piquant. En jargon, un pouil. )) Oudin.

hepicoeilo. picon ont fourni à l'espagnol p/cjro^ gueux, mendiant, voleur, etc.

PIETONNER, verbe n. Courir, marcher.

Et -piétonne:^ au large sur les champs.

Bail. I.

Je pietonnay toute la nuit.

Vie de sainct Christophe,

Et moy tantost de pietonner.

Franc archer de Baignolet.

*PIMPRES, ad. pi. Pimpants.

Mareux, arvés, pimpres, dorlotz et fars.

Bail. XI.

Encore un vieux mot d'exemple unique, mais qui n'a rien de jargonnesque, non plus que fars qui le suit.

Le français du xvr siècle avait le verbe pimper^ dont pimpant est le participe présent ; et le français du xiii*^ siècle, plus voisin des origines, avait pinpernele, qui dérive de pinpre ou pimpre :

Quant l'accointa la jovincelle Qui estoit jone pinpernele.

Du Cange. PipenneUa.

« INous marions la douceur des yeux des coquettes avec les affetteries des pimpreneaux. « Les Jeux de Vinconnu^ p. 357-8. Les pimpreneaux du sieur de Vaux (Adrien de Montluc), masculin des pinprenelles citées par Du Cange, signifient ici les jeunes galants, les muguets, c'est-à-dire les pimpres du Jargon.

Une plante aromatique a retenu ce nom, la pimprenelle.

Pimpar^ prov., pimpa langued., atifer, orner. Le mot pinpernele subsiste en rouchi au sens du vieux français, jeune fille éveillée et coquette.

L'autorité de Littré ne suffit pas à me faire admettre l'étymologie de pipe ou pipeau^ qui ne me semblent avoir nul rapport avec le sens du radical français pimpre^ d'où pimprenelle ou pimpernelle. Le même savant en suggère une autre plus acceptable, qui dérive pimprenelle de pampinus et de pampre. Celle-ci donne du moins la raison de Vr de pimpre ^ et pourrait expliquer la jovin-

VOCABULAIRE ANALYTIQUE. 44j

celle pimprenele. Mais la plante de ce nom ne ressemble guère au pampre^ tandis que sa saveur peut faire penser au poivre, piper; je ne sais exactement à quelle plante les Latins donnaient le nom de piperitis oMpiperidis^ qui pourrait être devenu en français la piprette ou piprelle. Enfin, un seul mot latin convient à l'étymologie de pimpre^ c'est piper. U adjectif pi'mpre aurait ainsi le sens primitif de piquant, relevé, excitant; et je crois que c'est le vrai.

A ajouter que le mot pimpernaux est ancien comme nom d'un petit poisson qui devait avoir des piquants, sous trois formes : i° pippreniau^ « quatre cens de pippreniaux)), Reg. de Corbie, Eiéchiel^ f^P^? ^^ 1221. — 2° Piperneau. « Icellui Jacquiet prit cent et demi d'anguilles et quatre ou cinq cents piperne aux. » Tr. des Ch. JJ. 154, p. 15, an 1398. — 3° Pinperneau^ « Lesquelles anguilles ou pimperneaux pouvoient valoir en tout quinze frans. » Ibid. 154, p. 15, même année. Le dict. de Trévoux, d'après Borel, identifie le pimpernau avec le sparus ou catholicum parvum.

PIPERIE, s. f. Tromperie.

Gaillieurs faitz en pîperie.

Bail. II.

Béroalde de Verville, comparant les femmes aux filles, et déclarant les premières plus parfaites que les secondes, ajoute : « Ainsi est-il du monde de piperie^ plus accort, plus joli, plus parfait, plus délicat, et mieux sentant son bien que le premier. » — « Ils peussent joyr de toutes franchises de tous cas par eulx commis, comme de meurdre, furt, larrecin, piperies. « Chr. scand. an 1467. — « Geste piperie qu'ils appellent médecine. » Dial. de Tahur, f° 90.

Béroalde se sert de Vd.d]ect[Ç pi'peux^ qui n'est que h prononciation écrite de pipeur^ comme Joncheux de Joncheur (y. Joncheur). « L'exercice a causé merveilles au progrés infini de l'univers pipeux, » Moyen de parvenir^ p. IIO.

Du substantif pipée^ artifice par lequel on trompe les oiseaux et aussi les hommes, et du verbe piper : « Les sens sont pz)?^{ par l'entendement. » Charron, p. 79; de pîpe et pipeau^ au sens de tuyau, spécialisé pour désigner le sifflet au moyen duquel le chasseur au pipeau imite le cri de la chouette, du latin pipa^ chalumeau pour aspirer les liquides. — « Par la vertu Dieu nous sommes icy bien pippei à plaines pippes. » Rab. III, 36. Corneille s'est servi du verbe piper deux fois de suite dans Pacte III du Menteur :

En matière de fourbe, il est maître, il y pipe.

Se. III.

Qu'elle pût un moment vous piper en votre art.

Se. IV.

Pipeur^ trompeur : « En ce tems fut faitte justice de plusieurs povres et indigentes créatures, comme de larrons, sacrilèges, pipeurs et crocheteurs. » Chr. Scand. an 1460.

J'avois un jour un valet de Gascogne, Pipeur, larron, jureur, blasphémateur.

Cl, Marot.

Pipeusementy adv. avec tromperie. Cotgrave. — P^P^, pahle^ qu'on peut tromper. « Je suis très pippable. » Mon-, taigne. Essais^ t. II, p. iio.

Pipon^ subst. trompeur.

Moult a en lui cruel fipon, Et traistre est. . .

Ph. Mouskes, V. 19902-3.

La Bibliothèque nationale conserve (L^ 62^ in-8°) un petit livre intitulé « Âdvertis sèment artidot et remède contre les piperies des pipeurs, auquel sont deduicts les traict'^ de finesse de un nommé Anthoine d'Anthenay^ lequel outrepassa les finesses de Villon ^Pathelin^ Ragot et autres infinits affront eur s ^ a [sans bourse deslier) emporté de plusieurs ecclésiastiques j bourgeois et marchans de la ville de Paris cent mil escus et plus. » — MDLXXXIIII.

* PIRENALLE, s. f.

Et si hurcque la pirenalle Au saillir des coffres massis.

Bail. IV.

Nous avons fait sur le mot hirenalle^ qui rime avec pirenalle. certaines observations qui leur sont communes et qu'il est inutile de répéter ici. Le radical devrait être piren. Nous avons en latin pyren^ pierre précieuse qui, d'après Pline, ressemble à un noyau d'olive, Pyrene. nom ancien de Saint-Sébastien au pied des Pyrénées^ et Pirene^ fontaine dédiée aux Muses, au pied de la forteresse de Corinthe. L'allemand donne birn ou birne, poire, qui nous ramène au latin /7/ra ou. pirum. Aucun des mots précités ne me suggère la moindre application.

Je signale encore, en abandonnant Vn du radical: 1° l'adjectif piVe, 2° le latin, espagnol et italien pyra et pira^ bûcher, pile de bois ; y birnen^ brûler, ail, du moyen âge; 4^^ le pire ou pire^ chemin ferré (moderne perré]^

pirius^ -pirgus ; 5° pirer ou birer, s'amuser, se réjouir, Lacombe; 6° le poitevin pzV^^ vie; 7° le zincalô piri^ pot de terre.

J'ai réservé, pour les discuter en dernier lieu, quelques étymologies moins éloignées de mon sujet.

1° Le zincalô donne piro^ le pied, et pirar. promener, aller, qui n'est pas sans rapport avec l'italien pirone^ qui, dans la langue ordinaire, signifie cheville et, en argot, dent ; ni avec l'espagnol pernear^ qui veut dire gambiller, branler des jambes, et pernada^ gambade (Oudin). Rapprochée du verbe hurcquer qui la précède dans le même vers du Jargon, ld.pirenalle pourrait trouver place dans une traduction comme celle-ci ; « Et ainsi la cheville vous fourche, vous accroche au sortir des cachots épais » , ou bien : « Et ainsi vous vous trouvez fourché à la gambillade », etc.

A cet ordre d'idées se rattache le mot « hironne^ s. f., un treuil, qu'on appelle en Poitou et en Languedoc gibelety de birer^ tourner. Voyez Ménage. Bironnerius ^ l^^g-j ouvrier qui fait des tarières. Du C. v*' Bironnerius .

On cite quelquefois une phrase de Rabelais « Mau de terre vous bire ». Le texte original porte « vous vire (L 218), mais virer ou birer^ tourner, c'est tout un.

2° L'espagnol perro^ le chien, donne perreria^ le chenil; on supposerait facilement une forme perrenaille^ qui équivaudrait à chiennaille^ c'est-à-dire canaille. « Et ainsi la canaille est fourchée », etc.

3° L'italien a les substantifs birroj, l'archer, le sergent, pris dans un sens de mépris, et birraria (très proche de l'espagnol perreria)., la troupe des archers ou sergents. N. Duez. Par une duplicité de sens que j'ai constatée à i^erojrj', la même désignation confond les hommes de police

avec les malfaiteurs qu'ils poursuivent. Le hirro^ comme le heroardy est tantôt un sergent et tantôt un filou. Cette dernière acception s'est spécialisée en italien dans birrone. filou, trompeur, pipeur, et bironeggiare^ tromper, piper. N. Duez. Birrone^ en quelque sens qu'on le prenne, a pu inspirer au jargon birrenaille ou birenaille; d'où une double traduction, suivant qu'on prend le birro pour un archer ou pour un voleur : « Et ainsi la fourche attend la troupe des Gueux » ou bien : « Et ainsi, la police vous conduit au gibet. »

Cette dernière interprétation me paraît la plus exacte ; mais je laisse au lecteur instruit le soin de décider.

Pour ne rien omettre, je dois enregistrer l'adjectif espagnol perenal, éternel, perpétuel, qui pourrait ouvrir un autre horizon. « Ainsi vous êtes fourché pour jamais. »

Malheureusement nous avons ici une surabondance de conjectures et une disette de certitude, que j'ai rarement rencontrées à ce degré dans mes arides recherches.

* PISANS, subst. pi. (V. Bisans.)

De paour des pisans si très durs.

Bail. I.

ISous ce mot le dict. ms. de La Curne de Sainte -Palaye renvoie à Piiaines. Coltreites piiaines^ de jazeron d'acier. : — V. sous Armaturdj dans Du Cange, un inventaire p' armures.

\ Pisantes. Jarg. esp. Les souliers et les pieds.

PLACQUER, V. a. Aplatir, abattre. C'est le sens ancien et primitif.

Pour rifler Et flacquer Les angelz dé mal tous rons.

Bail. liï.

i" Coller, aplatir comme une plaque.

Englois par lor orgueil et par oultrecuidier Se vont dessus le pré asseoir et plaquier.

GUESCL. 222^0.

C'est en ce sems que le rouchi dit plaquer pour salir avec de la boue.

Rouget, qui m'entendoit appeler dieu bigorne, M'enlève et me -plaqiiit tout dret dans ma mezon.

Muse norm. p. 83.

Plagier en français, plagar en esp. : navrer, blesser, n'a pas la même origine, mais conviendrait parfaitement à l'exemple ci-dessus.

Et la chair vaincre et plagier.

Le Roux de Lincy. Chansons, I, 109.

Se plaquer^ v. r. tomber à plat. Jean Richepin. 2^ Apaiser. Placquer son ire. Eust. Deschamps.

... S'en devez estre apaisiez, Mes je dist que vous placquie:^.

Ms. Vatican 1522, f» 159 r", c. i.

Placabhj contraire à' implacable dans la Marg. des Alarg. « Mais tous dépendent du même principe, de l'idée d'un dieu placahle. » Voltaire, dans Laveaux. — Je cite cette seconde acception pour avoir lieu de constater qu'elle serait contraire au sens bien établi par le verbe rifier^ qui

indique l'intention de blesser les sergents, bien loin de les vouloir apaiser.

PLAIN. C'est le mot de la langue ancienne, dans le sens actuel de plaine.

Que stat flain en gaudie ne se mauve... Loing de son plain, de ses flos curieulx.

Bail. X.

Quant on cuide en ferme joie estre En un plain laissier le convient.

Jean de Condé, II, 56, 227.

Le premier exemple signifie : « que celui qui se tient en joie sans alarmes ne se meuve. » Et le second : « loin du plain^ c'est-à-dire de la terre, en l'air, pendu, h

« Le bois acquiert le plain. « Loysel, 257. En termes de marine, la haute mer.

« — Au plairij) au plain.;, ne nous entrebatons point au cymetiere. » Tr. des Ch. JJ. 147, p. 266^ an 1395. — (f Ils se meirent en chemin, et tenant toujours les plains de la forest, faisoient joyeuse chère. » Percef. IV, 22. — « Li monne orent si grand paour que ils laissierent tout en un plain et s'en alerent. » Froissart, II, 70.

louste un bois, lez un flain, Encontrai un vilain.

Ms. 7218, fo 249.

Je crie par bois et par -plains.

Marg. de la Marg.

PLANT, subst. m. t. Confrérie des Gueux. 2. Signification actuelle d'être en plant et non en plan^ comme on l'écrit d'ordinaire,

Marques de plant, damés et audinas.

Bail. XI.

Qui est plant en ce coffre joyeulx.

Bail. X.

Le premier exemple signifie « filles affiliées aux voleurs » ; le second exemple s'explique de soi-même, o qui esc en plant dans cette prison joyeuse » . De là le plan pour la prison :

Sans tracquer de tomber au plan.

Chanson d'argot. Y idocq., t. I^r, p. xxij.

ff PlaUj, s. m. zincalo. Brother, hermano. English Pal. Cant expression, in use amongst thieves, "which signifie a comrade or brother in villany. » Borrow.

« Planij s. f. zinc. Sister. » Borrow.

Signification obscène. Voir Planter^ ci-après.

PLANTER, verbe a. C'est le verbe de la langue usuelle, appliqué aux besoins particuliers du Jargon.

Plante:^ aux hurmes voz picons.

Bail. I.

Mais plante^ ilz sont comme joncz.

Bail. III.

Allez ailleurs planter vos marques.

Bail. IV.

Plantes ailleurs, contre, assegier.

Bail. V.

Qui aux sires plante du gris...

Plante:^ tost de la mouargie.

Bail. VI.

VOCABULAIRE ANALYTIQUE. ^s»

Planve:^ picquons sur ces beaulx sires dieux... Antonnez poix et marques six à six, Et les plante:^ au bien en paillardie... Plante:^ vos histz jusques elle rappasse.

Bail. VII.

On trouvera les diverses acceptions des exemples cidessus en consultant le présent vocabulaire sur les sub^ stantifs que planter gouverne comme régime : Picons, Marquesj Gris^ Mouargie^ Hist^^ etc.

L'emploi de planter dans les deux exemples suivants se rapproche des sens jargonnesques :

Et qui vouldra planter si plante.

Villon. Petit Test.

SouventefFois s'esbat et rit A planter une gente bourde.

Ch, d'Orléans, rondeau 29.

En italien, piantar carote.

Egli, che ben conobbe al primo tratto Ch'era in un campo da piantar carote.

Lalli. En. Irav. II, st. 21.

« Piantar canne o carotte ; en bailler à garder, en faire accroire. » N. Duez.

Piantar^ jarg. esp. enterrer; fr. planter^ mettre en terre. To plant ^ enterrer, cacher, en slang.

« Planter le dé, c'est-à-dire le jeter avec adresse et ramener ce que Ton veut. » Oudin.

Planter y obsc. c Vous recouvrerez vostre fille... Ce bon gentilhomme l'a si bien plantée qu'elle viendra bientôt. — Voilà le goust de la noix, ce plantement là. » Com, des proverbes^ p. 75. Cette dernière acception du verbe

planter est encore d'usage courant dans l'argot contemporain, et je l'ai entendue tout récemment dans la bouche d'un des principaux fonctionnaires du service actif de la préfecture de police. Elle s'applique aux vers précités du Jargon :

Allez ailleurs planter vos marques...

Et les plante:^ au bien en paillardie.

Et à un vers du Petit Testament de François Villon :

Et qui voudra planter si plante.

On lit dans les Reigles de la Caballe des filous j-^^. 154: « Que si par copulation, conjonction féminine, plantation d'homme, c|uelque pauvre diable va au pais de Suéde. »

PLANTEUR, subst. m. Fourbe; c'est le sens italien dans piantar canne 0 carotte^ tromper. V. ci-dessus Planter.

Prince planteur, dire verte vous veulx.

Bail. VII.

Prince planteur et bailleur de saffirs.

Bail. VIII.

Cornette court nul planteur ne se joue.

Bail. X.

Planteur y sign, obscène. V. ci-dessus Planter :

Prince planteur, quant vous sauldrez la hye.

Bail. IX.

« Plantador^ jarg. esp. Fossoyeur. » Oudin.

PLOMMEURS, subst. pi. Forme ancienne de plorn^ beurs.

Croqueurs de pain et plommeurs affectez.

Bail. VIII.

Ploinme, subst. f. Sonde, Joinville^ « gicce ta. plomme », 283. — Plommer^ v. a. Plomber. — Plommée^ subst. f.

Aussi ces fols en mainte guise, Qui d'amors portent la devise, Vivent sans règle et sans plommée.

Bl, des f. amours.

« Lesquelz moines getterent plommées d'acier et de plonc. » Du Cange. Plumbata. — « La siste chose con doit apenre les batilleurs, est ferir de mâches plomées pendues à chaînes de fer à un baston gros, et celé plomée donne très grant cop... » Du C. sous Plumbata. — <; Là furent abattus vilainement et mortellement l'un sur l'autre et férus de haches et de plommées. » Froissart, II, m, 30.

Plometj subs. m. Niveau de plomb. — Plomerie^ subst. f, rouchi. Plomberie. — Plomier^ subst. m. Plombier. — Plomierey subst. f. Plaque de plomb. — P/om^ provençal. — Plomb. PlomOy esp. — Plomero, esp. Plombier. Oudin.

Plommeur^ subst. m., traduit par Palsgrave. « Plommar, a craftesman », p. 256. Il est vrai que le même Palsgrave traduit craftisman par mécanique ; mais il donne crafte sleyghtj malengin, regnardie ; crafte science^ art, artifice ; crafte subtylte^ astuce; craftie feloive^ regnart; craftie dealyngy trafficque, p. 210. — Le vrai sens de craft'sman est artifex-, craft signifie ruse et crafty rusé.

... Je croy qu'il repose; Il est ung petit aplommé.

Patheîin, v. 41S-9.

* PLONGIS, p. passé sing. D'une des formes alternatives plonger et plongier. qui donne plongir, en vallon pîonkir. verbe de la langue ordinaire, au sens jargonnesque de faire le plongeon, c'est-à-dire un mauvais coup.

Berart s'en va chez les jonche urs Et babigne qu'il a pîongis.

Bail. IV.

Quant veneit que li jucs ert en la nuit plungie^.

ThOM. de CaXTERB. 102.

t Itenij avec ce doivent estre garnis de certains hommes duitz et appris de plongier en l'eau, i Le Jouvencel.

Ploncreur. arçot. Misérable.

Aussi rupin qu'un plongeur.

Chmmsou d'argot. ViDOca, t. I"', p. xsj.

PLUC, subsc. m. Forme ancienne de peluche. En Jargon, pitance, ration, c'est-à-dire ce qui s'épluche. C'esc le butin en denrées comestibles, par opposition au butin en

argent.

Et n'eussiez vous denier ne plue.

Bail. n.

S'il n'y a gaing, du moins il y a plue.

Cijssi d'amour.

. . . J'eus longnement le plue De pain et d'eau, tenant aux gectz.

Fie de saimt ChrisU

. . . Foison de plue et d'aubert.

Verger tfbottneur

Ne te laisse point vendenger, Si tu as pain, aubert et plue...

VOCABULAIRE ANALYTIQUE. iSS

Puisqu'il n'y a ne gain ne plue, Les duppes demeurent en crue.

Alisl. de la Passion,

Sus ! tost t'habille, il y a plue.

lue. "t nat. de N.-S.

Il y a heur, honneur et plue.

La résolution d'Amours.

Il n'y a ne plue ne pasture, Allons ailleurs fourrer nos bouges.

Hist. de l'Evangile en vers.

Le point de départ étymologique est le latin pilusj poil ; qui a donné pelu et peluche, revêtement de poils velus. Plue est la forme ancienne.

Mauldis l'acointance Qu'as fait pour le plue D'avoir a oultrance Enfraint l'alliance Dudit arceduc.

Peiit Traictié du malheur de France.

Par allusion aux armes de Bretagne, qui portent de plue y c'est-à-dire d'hermine. Vocab. de la Dance aux aveugles j éd. Panckoucke.

Eplucher y c'est épiler^ arracher le plue ; par extension, dépouiller les aliments végétaux de leurs parties inutiles, d'où, par métonymie, le pluc^ c'est-à-dire la partie épluchée, devient l'aliment lui-même.

De plue le Jargon a fait encore plucaille^ qui est à plucher ce que mangeaille est à manger :

Mais myeulx la moitié au butin, Je ne quiers rien que la pluquaille.

Mist. de la Coneepiion.

Marot s'est servi (ïempîucher au sens de piller :

Prebstres, clers, bourgeois et marchans Sont empluche:^ par gens meschans.

Diciic à Me de Nassau.

Pluquer^ rouchi, béqueter. — Plucséner^ rouchi, ramasser les miettes.

To plucky cueillir et déchirer, en slang.

*PLUMBIS, subst. m. Poids de plomb.

Farciz d'un lourd plumbis à coing.

Bail. II.

Le mot, d'exemple unique, ne présente pas de sens particulièrement jargonnesque.

Sa manche sera enfermée En deux poingnets de plomb pesant.

Rec. de farces, p. 427.

Plomber y assommer avec une plombée.

Par coups de ping soient meurdris et plombe^.

Marot, IV, p. 146.

POE et POUE, subst. f. Patte.

Eschec qu'accoliez ne soiez Par la poe du marieux.

Bail. V.

Ruez par les fondes la poe.

Bail. VI.

Et desbousé de son cuer ou sa poue.

Bail. X. Si dessus eussiez mis la poue.

Mist. du V. Test.

VOCABULAIRE ANALYTIQUE. ^y/

Hé gueux ! advance moi la poue.

Vie de saint Christophe.

En sa goule boute sa poue.

J. DE BovES, Fable du loti et de Voue.

Royne d'enfer, c'est ce qui vous renomme, L'on coucheroit en vostre gueule une oe. Vous n'avez doit qui ne semble une poe.

EusT. Desch. ms. fo 211, c. 3.

Car gentil est, et n'a pas longue poe.

Ib'id. fo 229, c. 2.

Maistre Hervé de Crocque Poue.

CoaUILLART. I, 61.

Quelle que soit l'écymologie de patte ^ qui n'apparaît en français que vers le xv^ siècle, celle de poe ou poue n'est pas douteuse ; elle procède du grec ttoû?, tto^o?, pied, base, qui a donné le podium de labasse latinité. La vieille forme d'appuyer est appoier, qui subsiste dans le picard apoier et dans le poitevin appouer où le radical poue s'aperçoit clairement. Poue suppose une forme intermédiaire poda ou pota^ qui pourrait également donner patte; mais les exemples de la filiation manquent.

POIS, subst. pi. C'est un des sens anciens du mot de la langue ordinaire ; ce qui cause oppression, chagrin, dommage, la cause de l'oppression.

Et pour soustenir voz pois Les duppes sont privez de caire.

Bail. III.

Normendie prendront et tendront sur leur poi{.

Roman de Rou.

Sor le pois mes ennemis.

Gautier d'Argies. Ibid.

L'amor ne la haine ne pris je pas un pois; Et se ge Tai prisiée, ça esté sor mon pois.

Ms. de S. G. dans La Curne.

Que je ne soie de ceus Qui aiment de sor lor pois.

Ane. po. fr. Ibid.

« Peso^ jarg. esp. Saisie, arrêt. » Oudin.

POIX, subst. m. voleur.

Antonnez poix et marques six à six.

Bail. VII.

L'argot moderne a poisse^ voleur, et poisser^ voler. L'ancien français disait poissard.

Ce sont poissars, pipereaulx mal mondains.

R. DE Collerye.

« Poix dont vient poissard pour un larron. « Rob. Estienne. Gramm.fr. p. io8. — « Poissard : a fîlcher, nimmer, parloyner, pilferer; one whose fingers are as good as so many lyme-twigs. » Cotgrave.

Ainsi le poissard (le sens de poissard^ dérivé de poisson^ est plus moderne) est le larron dont les doigts, comme s'ils étaient enduits de poix^, ne se séparent plus des objets qu'ils ont touchés. Les Latins connaissaient cette figure :

. . . Nihil est furacius illo :

Non fuit Antolyci tam piccata manus.

Martial. Epigr. in furent fuscum.

Le Jargon a dit poix pour le voleur lui-même.

Je renvoie pour le développement de ce sujet aux articles Poissard de Littré et Poisser de Francisque Michel. Je suggérerai seulement une remarque subsidiaire que je crois nouvelle. La poix^ en latin pi'x^ a donné par l'accusatit pi'cem^ le berrichon pège^ le genevois pège et pegue; le verbe poisser vient du latin picare. d'où l'espagnol pegar et le berrichon péger. Or pege^ étant synonyme de poix. qui en Jargon signifie voleur, me paraît être la forme primitive de l'argot moderne pègre, qu'on avait tiré jusqu'ici de l'adjectif latin piger. Cette filiation paraîtra corroborée par cet autre fait étymologique que péger est devenu piger. V. act., qui signifie prendre et voler, et qui n'a plus de rapport avec le latin piger.

J'ai traduit au' mot Ântonner le vers de la ballade VII :

Antonnez poix et marques six à six,

par « mariez à l'église voleurs et filles » . Quoique cette traduction m'ait été suggérée par l'interprétation régulière des mots ântonner ^ poix et marques, elle pourrait sembler invraisemblable; c^est pourquoi j'ajoute ici que la Vie généreuse donne les formules argotiques pour qualifier « le mariage des gueuz et gueuzes quand ils vont epouzer à la messe », plus deux couplets de vers obscènes qui complètent la célébration.

POLLICEUR, subst. m. Celui qui ^o//iV^ c'est-à-dire qui vole, (Voyez infrà Poîlir.)

Pour avancer au polliceur de pye.

c'est-à-dire au voleur de boisson.

^6o LE JARGON DU XV« SIECLE.

Du latin polire^ polir, rendre luisant. Polioj gén. polionisy a été employé par Julius Firmicus en sens d'armurier, fourbisseur.

Le polisso du Hainaut, ce qui unit, ce qui polit (spécialement le fer à repasser), indique le trait d'union entre polliceur et pollisson; pollisson a signifié d'abord voleur, comme pollicsur. coiiii qui po//iV^ c'est-à-dire par un calembour gallo-latin, qui joue du pouce. On va voir, au mot pollir^ par quel autre jeu de mots pollir et voler deviennent synonymes. Le Jargon de V argot réformé indique les polissons comme une classe de Gueux, les plus gueux de tous, ceux qui vont presque nus.

Pollir, farder, déguiser. « Sans rien pollir ne celer. » Instructions du chev. de la Tour^ f° 48 .

Polidoy jarg. esp. Rusé. Oudin. — Polidor^ j^i*g« ^sp. Le larron qui vend ce que les autres dérobent. Oudin. Littéralement polisseur,

Polisher^ prisonnier, en slang.

K Lycurgues le policeur de Sparte. » La Boétie. Serv. vo~ lontaire. — « Législateurs et policeurs d'estats. » Charron, Sag. 223.

Pol^ pouce, doigt.

En un trou de tarere 11 boutent erranment Ses deus pois..,

Berle, XCIV.

« Une bombarde merveilleusement grande, laquelle avoit cinquante-trois pois de bec. » Froissart, X, p. 60.

POLLIR et POLIR, v. a. Au propre polir ^ au figuré, en Jargon, voler.

Pour mieulx polir et desbouser musars... Là ot ung gueulx son endosse polye.

Bail. XI.

Le premier vers signifie : « pour mieux voler et dévaliser les niais « . Le second : « Là un gueulx se laissa voler son pourpoint. « L'argot moderne dirait, au même sens: « on lui nettoya son habit ». Locution qui se justifie par l'usage de la langue courante et même de la langue littéraire : « Nettoyer une personne, i. luy gagner tout son argent. » Oudin. Cur. fr. — « Le Prévost. Ils ont mis au net un pauvre prestre. » La Com. des prov. p. 86.

Nettoyer le gousset et plier la toilette.

Claveret. l'Esciiyer ou. les faux Nobles,

... Et c'est un passe-temps De leur voir nettoyer un monceau de pistoles. La Fontaine, Fables, VIII, vu.

La relation de nettoyer à polir est évidente, l'une et l'autre signifiant rendre net en parlant des objets matériels.

Pollir avec deux // rappelle le radical pollex; pollir^ c'est donc aussi « jouer du pouce » ; enfin, dernier rapprochement, bien fait pour charmer les philologues raffinés qui écrivaient le Jargon du xv^ siècle, polir est le synonyme de fourbir, et fourbir peut être compris pour « agir en fourbe », c'est-à-dire voler. Or /(7M/'Z>i!V dérive du haut allemand y^rZ^a/z^ qui signifie nettoyer. Donc nettoyer ^ fourbir ^ pollir sont trois parfaits équivalents qui se résument en un quatrième verbe : voler. (V. plus loin Sorniller, au sens de brunir.) Diez regarde /wrZ^o comme ayant le même radical que /oMrZ^zV, nettoyer, et par suite dépouiller. « C'est d'une

i6'i LE JARGON DU XV« SIÈCLE.

façon analogue », ajoute Litcré, « que polir a donné polisson. » J'ai donc la satisfaction d'appuyer mon interprétation sur l'autorité de deux maîtres en philologie, qui, cependant, ne connaissaient pas l'emploi que les ballades jargonnesques, que je mets au jour pour la première fois, donnaient aux mots polliceur et pollir.

Polir ^ farder. En parlant de la chaste Suzanne :

Que sa char jpolir et corrompre.

EusT. Desch. £•> $20.

Le verbe polir se trouve encore dans deux autres vers du Jargon inédit, mais, à ce que je crois, au sens propre :

Et le macquin, qui se polyt et coinsse.. . L'autre pollist martins et dollequins.

Bail. IX.

« Polido^ -îarg. esp., rusé. — Polidor^ Receleur, celui qui vend ce que les autres volent. Polinche^ id. Receleur. » Oudin.

« M. Langlois, pour nous servir d'une expression soldatesque, a donné très clairement à entendre qu'il se faisait un /oMrZ>f abusif, surtout en matière de rations de fourrage. » Constitutionnel du lo mai 1876.

Rabelais nomme le fourby parmi les jeux de Gargantua, I, 80.

* POLUER, V. a. C'est, je crois, un latinisme, de polluere^ corrompre, et l'un des sens de polir (v. ci-dessus au dernier exemple).

Pour mieulx polir et desbouser musars, On jpolua des luans bas et hault.

Bail. XL

Étant donné que les luans (v. ce mot) fussent des dés, dont on se servait pour dépouiller les « musars » , poluer des luans signifierait assez naturellement « corrompre les dés », c'est-à-dire jouer avec des dés pipés.

fi Maie pense ki la polie bealteit del anme rende laide et pollue. )) Job, p. 483.

Polluer y dans son acception simple et primitive, signifie mouiller, du latin luere ; si les filous se servaient de cartes, poluer des luans voudrait dire salir des cartes ou mouiller des cartes, suivant l'habitude si connue des gens du peuple qui mouillent leurs pouces pour distribuer les jeux, et nous retomberons ici, par le voisinage de pollex^ dans l'ambiguïté caractéristique du Jargon.

"^ POUGOIS, subst. Bouges, logis obscurs, peut-être

corps de garde.

Espelicans Qui en tous temps Avancez dedans le pogoi:^ Gourde piarde, Et sur la tarde Desboursez les pouvres nyois...

BalL III.

Ce mot unique, qui ne se rencontre que dans le Jargon de Villon et en ce seul passage, rime avec nyois^ c'est-à-dire niais et en conséquence se doit prononcer po^jiV ou. pogeais^ ce qui, en tenant compte de la variante pougois de quelques anciennes éditions, nous conduit k pougeais. Cette pronon-- I dation fait apparaître le vieux mot pouj et , pouget ou. puget^ en langued. poM/V^ forme romane àQ podium ^d.rpodge. Podium signifiait tertre, monticule, et aussi les rangées de sièges d'un théâtre ou d'un cirque ; nous y trouvons difli-

cilemenc notre affaire. Mais si l'on admet, avec Diez et Littré, l'existence d'un bas-latin bodium^ qui ne diffère de podium que par l'adoucissement de la labiale initiale, on arrive à bougetSj c'est-à-dire petits bouges, cabarets, repaires; et notre sens s'éclaircit : « Gens de cavernes (les sergens et non pas les voleurs), qui, en tout temps, buvez dans vos repaires et, la nuit, détroussez les pauvres niais... » Littré (v» Bouge) a établi le passage du sens de bourse à celui de logis. Il reste à établir la permutation du b en p^ ce qui m'est justement fourni par la pougeoise^ petite monnaie du temps de saint Louis, que son exiguïté rendait commode à mettre en bourse, c'est-à-dire bougeoise. Le mot subsiste dans le slang, qui dit pouch pour bourse et poche.

« PoyOy esp. un siège de pierre long, qui est ordinairement devant les maisons, au pied de la muraille; il y en a aussi au dedans de la maison, en la cuisine et autres lieux, qui servent de banc pour s'asseoir. Item un perron. » Oudin.

* POURLUER, V. a. Eclairer, allumer, observer (voyez Luer)^ mot d'exemple unique.

Pais, dist un gueux qui pourluoit en hault.

Bail. IX.

C'est le superlatif de /«er^ comme pourchasser àe chasser ^ pourlécher de lécher, pourpenser de penser^ etc. Il se réfère à la forme latine perlucere ou peliucere^ comme luer à lucere.

POURQUARRE, ^ouv pourquerre^ mot ordinaire de là langue ancienne ; chercher, essayer, poursuivre.

Maint coquillart. . .

Pourquarre bien, affin que on ne le noe.

Bail. X.

Moisès li hermites le porquiert et porcache.

Jiol, V. 85.

« PourquerrCy chercher de tous côtés, faire de grandes perquisitions pour découvrir quelque chose. » Lacombe.

— ff Pourquerés messages hastéément qui bien saeenc cet message furnir. » H. de Valenc. XIX. — Pourquerre j tosearch. Cotgrave. — « Il avoit assez k pourquerir, ainçois qu'il m'eust trouvé. » Perceforest, t. III, f"^ 108 r", c. i.

— « Et avec ce pourquerrei et faites pourquerir diligemment par chacune maison nefs, graniers, recez, etc. » Ord. du 25 décembre 13 15. I, 60^^ c. 2.

§ « Se quarrer », dit Monet, « piaffer, marcher en brave, faisant de ses bras deux anses sur ses flancs, pour faire montre de la quarrure de son corps » , et, par conséquent ff pour empêcher qu'on ne l'attache » , ce qui traduirait assez exactement l'exemple du Jargon ci-dessus, pourquarre étant alors considéré comme le superlatif de quarrer. Voyez plus loin v° Querei.

PROYE, subst. C'est le mot de la langue vulgaire.

Rebecquez vous de la montjoye Qui desvoye Vostre yiroye.

Bail. III.

Il n'y a pas de raison d'affirmer que proye ne soit pas employé ici dans son sens naturel, qui est butin, produit du pillage. Cependant il faut noter que, dans la Vie généreuse et dans la langue du Jargon réformé y on trouve que

466 LEJARGONDUXV «SIECLE.

proais ou proye avait la signification de ci. « Sur peine d'estre bouilly en bran et plongé en lance jusqu' au juroye. « — « Oncfrotte à seziere tant son proye qu'il ne .... morinie d'un mois après. » — Quige-proye^ testicule. Vie généreuse. — Forest du /7royi-^ même signification dans Richepin. — Haut-de-chausses. Ibid. — Filler du proye jCa.ciire. Ibid. — Un garde proye est un jupon de femme et une garde-robe dans Ollivier Chereau.

Auquel cas l'exemple ci-dessus signifierait : « Défiezvous du gibet qui vous donne la colique. »

Proye j drogue, poudre de magicienne: « Elle tira de son aulmoniére ne scay quelle proye et la gecta dessus Lyonnel. » Ferceforest^ t. II, p. 79.

PUIST, 3® personne sing. de l'indicatif présent de pouvoir pris impersonnellement, s'il vous puist^ c'est-à-dire si vous pouvez.

Berard, se vous puist^ renversez.

Bail. V.

Chose que on ne puist a nul blasme atorner.

Berle, III.

« Et c'est bien resons que cil a esté à mon conseil un avocat en ma querele, ne puist puis estre contre moi en celle meisme querele. » Beaumanoir, V, 4.

Voici comment Palsgrave s'exprime sur la conjugaison du verbe pouvoir à l'imparfait du subjonctif: « The indiffinite shulde make, Je péusse^ and so Alayn Chartier and Frossart useth theym : but I fynde more in use je puysse^ Tu puysses, il puist ou puysse^ etc. «^ p. 105. Il donne ensuite, p. 547, l'infinitif pw/r pour puer^ du lat. putire.

. . . Li fumiers Qui de puir est coustumiers.

Rose, 9223.

On pourrait traduire, en ce sens, l'exemple du Jargon : Berard, s'il vous puist, renversez.

par : renversez ou chassez Berard, s'il vous incommode, s'il vous pue au nez.

PYE, subst. fém. Boisson, vin. — Gourde pye, bonne boisson.

Pour avancer au polliceur de pye.

Bail. IX,

Berger qui a sa touppie De sa bouteille coppie Plaine de gourde pie.

Nativité de N. S. J.-C.

Ma bouteille n'est point remplie De gourde pie à ce matin.

Mist. (lu V. Test.

Cnans rois bois, j'avallions gourde pie... ' Dans le chelier estet le gourde pie.

Muse normande.

Pier de la plus gourde pie.

CoauiLLART. Gend. cassé, I, 150.

Baillez moy. — Quoy? — la gourde joiV.

Farce du munyer.

Si le roastres et ses anges

Nous trouvoient à la gourde pie.

Vie de sainct Christophe.

Il semble qu'en ce dernier exemple gourde pie signifie le

cabaret plutôt que la boisson. (Voyez plus haut v° Piard.) Pie^ pier^ pion^ la boisson, boire, buveur, dérivent évidemment du grec Tit'êtv, boire. Mais il faut toujours, en français, compter avec le jeu de mots, qui tient une grande place dans nos écymologies populaires. Pie^, la boisson, a fait équivoque avec pie^ l'oiseau, probablement par comparaison entre le corps noir de la pie et le pot noir de faïence dans lequel on sert encore le vin en quelques villages.

Et y boit on du vieil et du nouveau, On l'appelle le desduit de la pie.

Ch. d'Orl. rondeau.

Gendarmes auront la coppie De sainct Piat et saincte Pie.

Le Calendiîer de Molinet. p. 197.

Croquer la pie^ c'est boire; cf. avec l'expression argotique moderne : étouffer un perroquet ^ pour boire un verre d'absinthe.

« De ce fut dite en proverbe commun, boire d'autant et à grandz traictz, estre pour vray crocquer la pz^ «^ dit Rabelais, dans l'ancien prologue de son quatrième livre, où il développe facétieusement l'étymologie de cette locution. III, 188.

Or, va, n'arreste point, beau sire; Si irons crocquer ceste pie.

Mist. du V. Test.

Tiens, prendz cela legierement ; C'est argent, pour crocquer la pie.

Vie de S. Christophe.

Palsgrave traduit / ivete my ivhistell^ as good drinker

do (c'est-à-dire littéralement j'humecte mon sifflet comme font les bons buveurs)^ parye crocque la pie. p. 780.

Enfin, lorsque le buveur est complet, lorsqu'il ne peut plus croquer la pie^ c'est que X^pie est juchée, c'est qu'elle est au perchoir et qu'il est temps que l'homme fasse comme elle, en s' allant mettre au lit :

Eschecquer fault quant la fye est juchie.

Bail. IX.

Corne home beu, qui chancelle et trépigne, L'ay veu souvent, quand il s'alloit coucher, Et une foys il se feit une bigne, Bien m'en souvient, pour la fie juchier. ..

Villon. Gr. Tesl.

On trouve encore pience pour boisson :

Vecy bon fons pour la fience.

Mist. du V. Tesl.

Et piot pour vin. « Celle nectarique, délicieuse, précieuse, céleste, joyeuse et deificque liqueur, qu'on nomme le piot. )) Rabelais, I, 220.

Le mot piony buveur, est fréquent dans la langue du moyen âge.

Pions y feront mathe chère.

Villon. Gr, Tesl.

. . . Hoé ! franc pion, Je crois que nous entrequeron. . .

Mist. de la Ptission.

Trois chevaliers par fantasie, S'en vont, estant un peu pions. . .

Muse iiormande, p. ^80.

Ces pyons en avalleront Mainte chopine pour le halle.

Vie de S. Christophe.

Et pionne r^ refait sur pion ^ signifie boire :

Corne il pionne gros et dru!

Le plaisant quinquct.

Pivoisj du vin. Jargon de Boucher, Pivois de rougement^ vin rouge; pivois de hlanchementj vin blanc. III, 12p. De même dans le Jargon réformé. — Pivo ^ russe, boisson, breuvage. Dict. russe-français de Ch. S. ReifF. Saint- Pétersbourg, 1835. — Piwo est le nom de la bière en polonais et en tchèque. — Piti^ russe, boire (sanscrit pî^ d'où pîvâ^ eau. Rapprocher le grec ttisiv, boire, latin bibere).^ au présent piou, je bois. — Piti^ tchèque, boire. Piva otsia. Langue des Boh. Baudrimont. — Piar. Id.

Pyement^ s. m. « C'est a savoir vin claret, vermaille et blanc, Item de vins doucetes, comme de vin de Grèce, Ipocras, Montrose, Runney, Vernage, Malvoisin, Osey, clarrey et pyement. » M. Paul Meyer traduit ce dernier mot par « vin épicé ». La manière de langage ^ etc. Revue critique^ l'èjo^ p. 392.

PYER, V. a. Boire.

Babille en gier en pyant à la fye.

Bail. IX.

Nous pierons en ceste grant mathe

Gourdement.. .

Mist. du V, Test,

Et gre je y ay de ma part cave et queux Espouseray pour rifiler et pyer.

Crétin, p. 230.

Fier de la plus gourde pie.

CoauiLLART. Gend. cassé, I, 150,

Je vous pry que j'aie à fyer

Un coup de quelque bon vin vieux.

T. de Pathelin.

Toudis pîant du meilleur...

Dont me rapporte à Petiot, Fors aux pians et aux crupaux.

Tain GUI.

« Il a pié un corpaulc de pivoi's^ c'est-à-dire il a bu un pot de vin. » Bouchet, III, 129.

Pi'er de lance, boire de l'eau.

nieiv, grec. — Pié^ polonais. — Piar^ j^rg. esp. Boire. Piïanstii'O; pol. Ivrognerie.

QUANQUES, pronom. Tout ce que. Ce mot n'est pas du Jargon; mais Villon ne l'a pas employé dans ses œuvres.

Quanques vous aurez desbousés.

Bail. V.

« — Quand je fus prins sur l'eau, alors je perdis quanque ce que j'avois. » Joinville.

Il n'est pas or quanque reluit.

Proverbe.

Noter que je l'ai restitué ici d'après l'édition Trepperel, mais qu'il n'existe pas dans l'édition princepsj où le vers est altéré et incomplet.

QUEREZ, impér. pi. de querre ou quérir.

Prince, benardz en esterie

Quere:^, couplans pour l'emboureux.

Bail. V.

Je soupçonne que querei est un latinisme d'après le verbe queri et signifie, non pas « cherchez », mais « plaignez^ déplorez » .

Cette acception se retrouve dans querelle^ du latin quereldy plainte 5 et avec querimonie ^ plainte en justice; dans querine^ sujet de plainte ; dans querinéj plaint.

Il faut cependant considérer une autre acception, purement jargonnesque, comme une hypothèse digne de quelque intérêt. On a lu, sous le mot Pourquarre, ce passage de la ballade X: .

Maint coquillart.. .

Pourquarre bien affin que on ne le noe.

Ce qui se peut traduire « maint coquillart... se débat pour empêcher qu'on ne l'attache «. On entrevoit par là que « querei couplans » reproduirait la même idée ; il faudrait alors transcrire et interpréter comme suit les vers de la ballade V :

Prince, benardz en esterie, Quere^ couplans pour l'emboureux.

« Princes, nigauds qui vous laissez prendre par justice, débattez-vous contre les liens du bourreau. »

QUILLE, subst. fém. Jambe.

Poussez de la quille et brouez.

Bail. V.

Sans plus dire despesche toy, Incontinent trousse tes quilles...

Mendolle, sus à la justice !

Troussez vostre sac et vos quilles... ]

Mist. du V. Test.

Je ne suis pas si aveuglé Que je ne jouasse des quilles.

Mist. de la Re'surr.

. . . Tirèrent leurs quilles.

Vig. du roi Ch. VII.

L'un va sottement de travers, L'austre estourdy tombe à l'envers, Quilles à mont sur la pelouse.

Saint-Amant. Rome ridicule.

Messire Jehan trousse ses quilles Et s'en va droict devant le roy.

Georges Chaste lain, Chron, des ducs de Bourg. III, 185.

« Quilles^ jambes. » Vie généreuse. — « Il faut... gagner le haut et mettre sevS quilles à son col. « Com. de proverbes^ p. 59. — « — La madame du pavillon qui met ses bas. — Plus que ça de quilles! » Gavarni, cité par L. Larchey.

RAIZ, sing. fém. Racine.

Et tirez tout de raî^ au temple.

Bail. II,

Le vieux texte donne droite avec le vers trop court. La prononciation dret m'a conduit à de raii qui remplit la mesure et le sens : de la racine au temple, c'est-à-dire de la plante des pieds à la tête.

De la rais jusquen la cime.

GuiLL. GuiART, II, V. 146.

« De rayiy esp. : du tout, de fond en comble, dés la racine. » Oudin.

On lit dans les Reigles^ statuti et ordonnances de la ca~ balle des filous reforme-^ depuis huit jours dans Paris : « Se feront conduire dans quelque cabaret, là détrousseront leurs conducteurs... Seront courtois : et feront la courtoisie entière, c'est-à-dire osteront le chapeau et manteau tout ensemble. » P. 12. C'est précisément l'opération indiquée par le vers ci-dessus du Jargon.

* RAMBOUREUX, subst. m. Celui qui rembourre^ le bourreau. Voyez Lamhoureux et Emboureux.

Prince, benardz en esterie Querez, couplans pour ramboureux.

Bail. V.

Rembourer^ garnir de bourre. « Refaire et rembourer plusieurs de sielles des officyers de la ville. » Caffiaux, Abattus de maisons, p. 18, apud La Curne.

Reinbourreur^ ouvrier qui rembourre. Cotgrave.

RA PASSER, V. n. Ancienne forme de repasser.

Plantez vos histz jusques el'e rampasse.

Il commande à son serviteur Qu'il die au marinier loial Que il les passe outre sans mal Et râpasse à leur revenir.

Bl. etjeh. v. 507e.

Princes qui l'appellerent En passant, beau Cousin, Rapassant luy baillèrent A muser d'ung coussin.

MOLINET. p. 182.

En une heure fut rapassée En icel liu que moult ot chier.

S. Mar. l'Eg. Soib. LXI, c. 31.

Ont li troi la mer rapassée.

G. GUIART, fO 108.

Prince, ne m'en puis aller, Sans doubte de rapasser En ces montaignes cruels.

EusT. Desch. fo 273.

« Et rappasserent toutes les montagnes de Roncevaux, et tout au long du pays des Basques. » Froissart, II, m, 87. Voyez aussi Mantellier, II, 192.

RASUREZ, impér. de rasurer^ pour rassurer.

Rasure:^ vous en droguerie

Et faierie.

Bail. m.

Je n'ai pas rencontré d'autre exemple où rasurer fut employé pour rassurer; mais on a écrit asurer pour assurer, ce qui suffit au cas présent.

Li quens Rollanz mie ne s'asoûret.

Roland, CVIII.

Quant la saison du douz temps s'aseûre.

Couci, p. 125.

Rasurer signifie raturer dans le Gr. Coût, de F. IV, 548.

RAVAULT, subst. m. Perche, bâton; c'est le mot usuel de l'ancienne langue, employé ici au sens de Ligne à pêcher le poisson.

Truye maris sans avancer ravault.

Bail. XL

c'est-à-dire qu'on mangea du poisson de mer sans avoir eu la peine de le prendre à la ligne. Cf. dans les Franches repues j « la manière dont ils eurent du poisson « .

Bellot a ses deux filles grosses :

Quel descharger d'une massue

Et d'ung ravault sur leurs endosses?

Coa. I. i$i.

Mais du ravault du grand rouart.

Vie de S. Christ.

Raveauj t. de chasse. Grandes perches garnies de branches pour battre les oiseaux dans la chasse aux flambeaux.— Ravel ou raveau. perche. « Qui veult prendre les fl coulons raviers à ceste raiz, le tems est en y ver, quand « ils descendent à terre pour mangier la fayne et comment « elle cueille contre le trait, pour mettre au ravel de la « fainne. » Mod. f» 83.

« Ravaioj it. Sorte d'arme à long fust. » N. Duez.

Rave, s. f. Terme de pêche : se dit des œufs de morue. Rave de poissons ; appât pour les sardines et maquereaux. Syn. de rogue. Littré. On pourrait admettre que le ravault du Jargon dérivât de rave pour appât, sans modifier le sens de l'exemple fourni par la ballade XI.

REBECQUER (se), réfl. Détourner le bec, éviter, se défier (v" Bec ci-dessus).

Rebecque:^ vous de la montjoye.

Bail. m.

Signifie dans le langage ordinaire « se défendre du bec «^ en italien ribeccarcj rimheccare. Littré signale l'accep-

tion genevoise « être antipathique, dégoûter » , qui se rapproche du sens employé dans le Jargon.

Rehecquer [se]^ répliquer, résister. Nicot. — Rebequeur. Qui rebecque, riposte. Monet.

REBIGNER et REBINER, V. a. (Le second est la prononciation réelle du premier.) i" Examiner, 2» admonester, 3° repousser rudement.

Se gruppez estes descarieux, Rebigne:^ tost ces enterveux.

Bail. L

Joncheurs jonchans en jontlierie, Rebignex bien où joncherez.

Bail. V.

Je veulx rebigner le gaulrier

Et par signes admonester

De mignonnement le traicter.

Mir. des enfans ingvatz.

Les trois sens distincts qui correspondent aux trois exemples ci-dessus se déduisent du sens propre de rebiner ^ itératif de bigner ou biner (voyez ce mot), qui est faire un rebinage^ c'est-à-dire de donner un troisième labour, une troisième façon à la terre. « On fouit la vigne devant le premier jour de may, on bine devant la Magdeleine, et Qw rebine devant vendange. « Coût. gén. t. ï"', p. 884. Au figuré, rebiner c'est refaire, reprendre, corriger. « Donner tel poids à vos mœurs qu'il ny ait rien à elles à rebiner. » Lettres de Pasquier, t. lïl, p. 252.

Rebiner ^ poitevin. 1° Repousser de la même souche, et, au figuré, recommencer la même chose; 2° se regimber, se révolter.

Rebiner a signifié « se rétracter devant le juge », Lacombe, Nicot.

Rebinée, reprise.

Par trois rebinées me prist Et a chacune fois m'assist.

Ms. 7218, io 212.

REBOURCER, v. n. Forme ancienne et régulière de rebrousser,

Rehource^ tous quoy que l'on vous en dje.

Que du col jusqu'au haterel Li a reboisée la pel-

R. de Renart, 4482.

Faictes vostre broche endurcir

Que ne rebourse en nostre ouvraige.

Ane. th. fr. t. II, p. 95.

« Il rebroussa la rivière du Tybre dedans la galère capitainesse du roy Perseus. » Amyot. P. yEmile, 50. — « Entre autres y fut tué ung nommé Jacques de Metz, homme très hardi et vaillant gentilhomme, qui ne voulut oncques tourner le dos à ses ennemis, ne rebourser. « Bibl. de FÉc. des chartes^ iv« série, t. II, p. 559.

Rebours^ adj., hérissé, reproduit purement et simplement le bas-latin rebursus. « Ma femme sera preude... non mie armée, rebousse ne ecervelée ». Rab. II, 62.

Boileau écrivait à Brossette le 2 décembre 1706 : « Je me suis ressouvenu que vous sériés peut-estre bien aise de sçavoir le sujet de la dispute que j'eus avec Sa M^^ . Je vous dirai donc que c'estoit à propos du mot de rebrousser chemin, que le Roy pretendoit mauvais, et que ]ë

mairitenois bon par l'autorité de tous nos meilleurs auteurs qui s'en estoiea: servis, et entre autres Vaugelas et d'Ablancourt. Tous les courtisans qui estoient là m'abandonnèrent, et M. Racine tout le premier. Cependant, je demeure encore dans mon sentiment, et je le soutiendrai encore hardiment contre vous, qui avés la mine de n'estre pas de mon avis, et de m'' abandonner comme tous les autres. « De quoi Brossette se défendait, avouant que le mot était autorisé par un usage général et que quem -pênes arhitrium est et vis et norma loquendi. On voit, par les exemples que j'ai cités, auxquels on eût pu ajouter, d'après Montaigne, la Satire Ménippée et Pélisson, que le mot avait, dans la langue, d'autres garants encore que Vaugelas et Perrot d'Ablancourt.

RESPONS, part. pi. Cachés. Mot de l'ancienne langue.

. . . Que lors faisons La fée aux arques respons.

Bail. III.

« Fut crié de par le roy à son de trompe que tout homme ou femme qui sçauroient aucuns tenans la partie du comte d'Erminacq, respons oumuchiez, le nunchassent au prevost. v Lefebvre de Saint-Remy. Hist. de Ch, VI.

De reponere^ repoinre. La Curne.

L'ancien texte gothique donne :

La fée les arques vous respons.

Le vers, dans cette leçon, est trop long de deux syllabes. L'imprimeur a probablement ajouté vous parce qu'il ne comprenait pas. Si respons appartenait au verbe

48o LE JARGON DU XV« SIÈCLE.

répondre, reponere^ il serait gouverné par la fée et Vs serait inexplicable comme la phrase elle-même.

Nis pitié s'est réponse pour mi.

Poés. avant 1300, ap. La Curne,

« Reponte^ maladie », dans la Chron. de Saint-Denis. Dom Bouquet, III, 221^. Repontement ^ secrètement. Ibid. 199. Et reposement. Monstrelet, I, 250. — ReponnUy caché. Eust. Deschamps, i^ 132. — Reposj caché. Eust. Desch. f° 382.

En tel trou preniez-vous repos.

La vraie leçon est repost^ participe passé de reponre, « Quand Solehadins vit que sa première eschiele desconfisoit, manda son agaist que il avoit repost. » Men. de Reims j g 43. — « Comme le suppliant eust par manière furtive et en repost ^n^ et emporté. » Tr. desCh. vU. 161, p. 285, an 1407. — Ou enterré.

Li ocis devaient les ondes Dessaisis de commun respons,

G. GUIART, fo 10 1.

Reponniausy jeu de cache-cache.

Juiens nous au Roy qui ne ment...

Et aussi aux adeviniaus,

A l'avainne et aux reponniaus.

Froissart. VEsp. am. v. 226.

* RETRALLER, v. réf. Se retirer, rétrograder.

Et retralle:^ se le bizouart saince.

Bail. IX.

Voici un moc crés iiicéressanc.

On pourrait croire, d'après le sens, qu'il présenterait une formation hybride de rétro avec aller.

Mais le poitevin conserve le verbe se traler^ qui paraît identique avec se retraller^ sauf l'apocope de re^ et qui a le sens de se mettre de côté, se retirer à l'écart ; retrahere. Nous avons aussi le substantif traille^ ^^^^g- tralio^ latin tragula. dont l'ancienne orthographe est nécessairement trallej et le verbe trailler^ anc. orthographe traiter ^ dont retraiter est l'inverse. Une tr aille est un filet abandonné au cours de l'eau, un bac, ou la corde du bac, ou le câble d'un puits à roue. Trailler^ c'est tirer le filet, mettre en mouvement le bac ou, la traille. Retrait 1er ^ c'est faire rétrograder ces divers engins.

Traille vient de tragula (lat. et ital.), qui lui-même tire son origine de trahere. Je ne puis souscrire à l'opinion de Littré qu'il y faille voir une contraction de tiraille et de tirailler^ traille est plus prés du radical que tiraille; ensuite, tiraille^ subst, , n'existe pas, et Littré lui-même n'en allègue pas un seul exemple.

Traites^ jambes. Le vieux français traiter^ aller, courir.

Raison a suivre c'est traller.

Tristan, v. 1488.

Tragula pour traha^ herse, Varron. « C'est tout à fait, comme forme, le français traille^ pont volant. « Diez. Intr. à la gramm. des langues roni. p. 30.

Traivlingj trawler, pêche et pêcheur au filet. Discours tdu professeur Huxley à la Société des arts de Londres, le 10 mai 1882, sur le système des pêches anglaises.

48a LE JARGON DU XV« SIÈCLE.

RIFFAULT, subst. m. Le pot-au-feu ; tout mets cuit et brûlant.

Où gitrement on macquilloit riffault.

Bail. IX,

Les anciens livres de Jargon donnent n'ffis et ruffe pour feu {rijie est une faute), riffer et riffoder ou riffauder, pour cuire ou brûler. Par conséquent, le riffault est la chose riffée^ c'est-à-dire cuite, comme le hriffault est la chose hriffée^ le giffault la chose giffée^ etc.

Un paragraphe du Jargon d'Oll. Chereau spécifie les ruffej ou riffodei « feignant avoir eu de la peine à sauver leurs mions (enfants) du riffe qui ruffoit leur creux (maison) ». C'étaient les faux incendiés.

« Rufe^ le feu. — Abbaye rufante^ un four. » Vie généreuse.

Mettons le riffle, ami, dans toutes leurs maisons.

Chanson socialiste de mai 185 1.

Bouchet explique riffe , du feu, riffauder^ se chauffer. I, 130.

« Les marquises du grand Coesre et des cagoux ont soin d'allumer le riffe et de faire rifoder la criole. » Jargon réformé. — « Le marmouset riffode^ le pot bout. Ibid. — Rifoder j cuire ou brûler. » Ibid.

Le fourbesque ruffo, rouge, d'où arnifare^ chauffer, brûler et cuire, est entièrement latin, puisque rw^o et arrufare reproduisent purement et simplement le latin rufus et rufare du latin.

Il ne faut pas confondre riffe et riffer avec riJle et rijler (v. infrà Rijler)., de sens et d'origine tout à fait différents.

Cependant, d'après Littré, on donnerait dans quelques provinces le nom de rajle à une maladie éruptive de la vache, qui se nomme aussi échauboulure, rave ou feu.

Malgré son apparence jargonnesque, le mot rifaut appartient à la langue générale ; le poitevin nomme le radis rifaut j, c'est-à-dire brûlant, acre à la bouche ; dans le centre de la France, riffage signifie âpreté ; cette comparaison explique la synonymie, fournie par Littré, de rave avec échauboulure et feu. Riffort. aujourd'hui raifort : « Rijfort^ qu'on appelle au même pais rave. » Triomphes de la noble dame y f° 1 17.

RIFLER, V. actif. Au propre, limer; par extension écorcher ; au figuré piller, voler.

Pour rifler

Et placquer

Les angelz de mal tous rons.

Bail. ni.

Comment avez-vous tout rifflé Sans mettre un lopin en réserve ?

Ad. des Apôtres.

Ces deux feront bien leurs devoirs De bien riffler quoy qui aveingne.

EusT. Deschamps.

Espouseray pour riffler et pyer.

Crétin, p. 230.

9 Si se trenchièrent, si cume fud lur usages de cultels et rijlerent\a. charnjesque il furent sanglenz, » Rois^ p. 317. — rt Les deux chevaliers de leurs glaives se vont tourner et les coups s'en vont à néant en rijlant parmy les escus. »

484 LEJARGONDUXV<=SIECLE.

Perceforest. — « Le plat pais fut tout rijlé; couru et mangé. » Froissart, 1. III.

A tout propos (les femmes) Sans nul repos Sont demandantes...

Mais ravissantes, Rifflantes.

GuiLL. Alexis. Bl. des f. amours.

Rijîer^ qui signifie limer, raboter avec le rijlard ou le rfffloir^ subsiste en ce sens dans le langage des tonneliers; en anglais, to rijîe a précisé sa signification technologique au sens de rayer un outil ; rijîed guns sont des canons rayés 5 le corps des rijlemen est armé de rijies ou carabines rayées.

Au moyen âge, riJle était chez nous tour à tour substantif et adjectif, au sens de pilleur et de pillerie par écor-

chure :

Un rifle qu'on nomme sergent.

EusT. Deschamps.

Maistre Mathieu de Hocheprune, Recepveur de riffle pecune.

CoaUILLART, I, 62.

Rijiej dans l'opinion des étymologistes, est une forme de rajie qui aurait son radical dans le rapere du latin.

Rifle a donné rijlis dans Froissart [Panth. litt. I, p. 457), et Rijîart est un nom de sergent comique dans les Mystères, comme riJîe dans le texte précité d'Eustache Deschamps.

Rijîartj sergent. « Vint incontinent à la notice du suppliant, qu'il y avoic deux rijlars en Tostel de Bonnet qui avoient un mandement pour les prendre au corps. » Tr. des Ch. JJ. 187, p. 295, an 1457.

Trois choses sont de quoy je ne faiz compte... Un rifle que l'on nomme bon sergent, Qui jusqu'au lit va tout exécutant.

EusT, Desch. fo 231.

* RIFLERIE, SLibst. f. Volerie, pillerie.

Mestant à jus la rifflerie Des angelz et leurs assosez.

ROASTRE ou ROUASTRE, subst, m. aliàs roart, rouardy rouart^ rouhart ^ rohastre ^ rouastre ^ rouhastre. — Le bourreau, celui qui roue, et par extension les archers et gens de police, ou leur chef, probablement le prévôt des maréchaux.

Luez au bec, que roastre ne passe.

Bail. VII.

Anges bossus, rouastres et staricles.

Bail, Vill

Le roastres et ses subiectz Me mirent aux coffres massis...

Si le rouastres et ses anges Nous trovoit a la gourde pie...

Prends toi bien garde du roastre Et des anges.. .

Mais du ravaut du grand rouart Fusse ta efile facit fouillouse.

Vie de S. Christophe.

Rouardsj archers des prévôts des maréchaux. Miroir des François^ 5*^ partie, p. 539. — Roiias^ les archers. Jarg. réf.; rouLiiy le prévôt de la maréchaussée. — Rouarti. bourreau, camifex^ Lacombe. — Rouariier^ le prévôt des

4«.'î LE JARGON DU XV^ SIÈCLE.

maréchaussées de France qui fait pendre et rouer les scélérats, ibid. : prévôt des maréchaux. Nicot et Monet; prevost de campagne. Oudin. — « Rouhard, qui a l'habitude de rouer ». Cotgrave.

« Aultres avons ouy sus Tinstant que Atropos leurs couppoit le fillet de vie, soy griefvement complaignans et lamentans de ce que Pantagruel les tenoit à la guorge. Mais (las) ce n'estoit mie Pantagruel. Il ne feut oncques rouart ; c'estoit Pantagruelion faisant office de hart. » Rabelais, II, 235.

« Comme les escholiers à Thoulouse qui à la survenue du rouard se mettent tous sur luy, combien que auparavant ils s'entrebatissent. » Eutrapel, p. 217.

Un texte législatif définit avec une précision féroce la besogne que le touastre ou rouart devait accomplir sur les patients :

« Les bras leur seront brisez et rompuz en deux endroicts tant hault que bas, avec les reins, jambes et cuisses, et mis sur une roue haulte, plantée et enlevée, le visage tourné vers le ciel, où ils demeureront vivans pour y faire pénitence tant et si longuement qu'il plaira à nostre seigneur les y laisser, et mors jusques à ce qu'il en soit ordonné par justice. » Ord. de François I'^'', de Paris, janvier 1534-5-

Sur la roue de torture ou garuche^ voy. plus haut Jarte,

« Rotarioj it. Soldat armé légèrement. » N. Duez.

Ce sont sacres et roiiaulx...

Si ce n'étoient les rouïns.

RONT, subst. m. C'est le mot de la langue ordinaire,

dans Facception ancienne de ronde, en rondj c'est-à-dire en compagnie.

Quidant au vont faire aux gremes la moue.

Bail. X.

C'est-à-dire pensant ou craignant de faire la moue au gibet dans la ronde des pendus.

Soissante ans vesquit touz entiers, Et vint filz ot de vint molliers, Et trente tilles en roont.

Rom. de Brut, v. 1577.

« Je suis touc saoul ; je danserois bien un rond. « Cotgrave.

Cela n'aurait pas besoin d'explication s'il me fallait prévenir le lecteur qu'il n'y a pas à s'occuper ici du sens de ront dans certains exemples de Jargon fournis par d'autres textes que celui de Villon, par exemple les suivants :

Et entonne ce ront au creux.

Mist. du V. Test.

Le ront est pelé et tondu.

Vie de S. Christophe.

Ront signifie un sol ou une pièce de douie sols dans ce premier exemple, dans Bouchet, III, 130, et dans le Jargon réformé^ et chapeau dans le second.

ROUGE, adj. Malin, traître, artificieux,

Benardsj vous estes rouges gueux.

Bail. IV.

Rouges goujons, fargez, embabillez.

Bail. V:il.

Les plus rouges y sont gruppez.

Franches repues.

Bref les plus rouges y sont pris;

Bl. des faulces amours.

Les plus rouges y sont prins.

..^'Alliant retidu cordelier.

V. aussi l'Ainsné fds de la fortune. Mém. de VAc. des inscript. t. VIII.

Au pas d'armes de 1449, Louis de Beauvau portait un heaume orné d'un panache rouge^ son cheval harnaché de rouge^ un écu rouge, et en lettres d'or « les plus rouges y sont pris ».

Car souvent le? plus rouges gueux Y sont surprins. . .

G. Paris. CXXVIIe chanson.

ROUPIEUX, adjectif. Qui a la roupie au nez.

Poussez de îa quille et brouez, Car tost vous série: roupieux...

Voz ans nen soient rouppieux.

Bail. V,

Car qui est grup :1 est tout roupieulx.

Bail. vu.

Il devient sec et froit, baveux et roupie ux,

Cad. ce J. de Meung, v. i8i.

Eî quant il le vit si breneux, Il s'en alla tout roupieux.

R,p. fraiickes.

Pour ce qu'ils sont en yver roupieux.

EusT. Desch. fo 249,

Paix ! roupieux. Paix ! paresseux.

Farce de la pipée.

Cet adjectif vient de la roupie qui pend au néz :

Meuz vaut ruhye par b ■ Ke ne feet rupie par p ; Se bourse eust taunt de ruhies Cume le nées ad de rupies, Riche seroy.

Walter de Bibelesworth. Ms. Br. Mus.

Roupieux est pris dans le Jargon au sens du nez qui s'allonge comme à ceux qui ont la roupie. J'y entrevois un jeu de mot sur la roue^ c'est-à-dire le dernier supplice; [si vous êtes pris, vous serez roupieux^ c'est-à-dire mis à la ^roue.

Bas-latin ropida^ roupie. Ropidus^ roupious. Du Cange. [On connaît les Grandes et récréatives prognosticadons... >ar M. Astrophile le roupieux, Paris, Martin, in-8° [xvi* siècle).

^RUBIEUX, adjectif.

Voz ans nen soient rubieux.

Bail. V.

Quatre hypothèses pour ce seul mot : 10 il est peut-être

[identique à roupieux qui précède; 2° il peut dériver du

'latin ruber ; rubieux voudrait dire rougissant, couleur de

rubis; 3° on le peut dériver du languedocien roub^un tronc

d'arbre; rubieux serait alors la qualification propre de

ceux qui meurent branchés, c'est-à-dire accrochés à une potence ; 4" ruhieux peut avoir été écrit pour ruvieux^ forme de i' adjectif rouvieux, qui signifie, en termes de vétérinaire, atteint de la gale à la naissance de l'encolure ; autre figure qui convient aux pendus. L'adjectif est ancien ; on le trouve employé, pour galeux, dans un texte du xiv« siècle : « Il (mon cheval) a les quatre piez rouviaus. » Machault, p, 80.

Cinquième hypothèse: cï.ruha et ruhare^ ital. pillage et piller. N. Duez. Rubare est synonyme de rohare^ voler, du bas-latin. Du Cange.

Rubye pour roupie,

RUER, V. actif. Jeter, frapper, lancer, pousser, abattre, etc., du latin ruere^ pousser, lancer, renverser ; tous ces sens se trouvent dans un passage de Térence : « Ceteros ruereni, agerem, raperein^ tunderein^ prosternerem, » Adelphesj) III, 2, 21. C'est un des vieux mots de la langue.

Gaillieurs faitz en piperie Pour ruer les ninars au foing.

Bail. II.

Pour ruer Et enterver.

Bail. III.

Rue:^ des feuilles cinq ou six.

Bail. VI.

Et rue:^ deux coups ou trois Aux gallois.

Bail. IH.

Nous ruons, bâtons, rebatons.

Vie de S. Christopiie.

« Pois ruèrent Absalon en une grant fosse de celé lande, et jetèrent pierres sur lui. » Rois, p, 187,

Et li vilains qui vint après Leva la hache quant vint prés, Son coup rua de grant aïr.

Renart, v. 2073.

RUFFLE, subst. m. Venc d'orage.

Ou vous aurez o le rufjle en la joue.

Bail. X.

Le sens indique que le ruffle^ c'est le vent^ la rafale ; si vous êtes pendu, vous aurez le vent sur la joue. L'examen philologique vérifie cet aperçu à priori. Le mot ruffle est anglais ; Palsgrave donne le verbe to ruffle dans le sens de plier (du linge ou des étoffes), froncer, froisser, ce qui est identiquement le verbe languedocien rufa^ froncer, rider.

« Un gons que rufabo lou naz », cité par Lacombe, c'est-à-dire un chien qui fronçait le nez.

Les dictionnaires modernes dédoublent cette signification : i" fo ruffie^ V. actif, froncer, froisser, chiffonner, déranger, inquiéter, etc. » 2^ to ruffle, v.n. s'agite**, devenir orageux. Le substantif ruffle conserve le double sens : 1° chose plissée, spécialement manchette; 2° désordre, tumulte. En combinant le sens du verbe anglais avec son substantif, on conclut que le ruffle c'est le plissement de l'air, qui se trouble, se ride, et produit le vent d'orage.

L'allemand a rûffel^ qui nous renvoie à riffel^ et nous retombons dans les origines et le sens primitif de riffler (voyez ce mot), qui signifie plisser et rayer.

RUMATIN, SLibsc. m. Romarin?

Adraguerent de guoble maint crupault, De rumatin et puis mol sucre gras.

Bail. XI.

Infiniment probable qu'il faut lire rumarin pour roma^ rin. Cet aromate, que les Italiens emploient encore comme condiment du riz, et dont l'infusion est très excitante, passait chez nos ancêtres pour aphrodisiaque.

D'autre part, reumaticus signifie humide dans le texte bas-latin, « qui locus valde reumaticus fuie « . S. Apollin. ap. Du Cange. — « Laquelle église qui est très froide, rumatique et malscine. » Tr. des Ch. JJ. 189, p. 412, an 1460. Le rumatin serait simplement un liquide, ce qui convient d'ailleurs au passage ci-dessus.

Enfin, on trouve çà et là rumat^ brûlé; ruman^ brûlé; rumat, julienne^ herbe de Sainte-Barbe, plante vulnéraire.

* RURIE, subst Coup, atteinte.

La gifïle gardez de rurie.

Bail. VI.

Mot unique; pas d'autre exemple connu.

Rurie paraît formé de ruer (v. ci-dessus) comme lurie de luer, comme tuerie de tuer, sûrie de suer, etc.

Notons toutefois le verbe rurer^ éloigner. « Je vous prie, faites rurer le mary d'icelle femme et je vous prometz en bone foy la vous baillier... Rurei vous d'ici. » Tr. des Ch. JJ. ipi, p. 68, an 1454.

SAINCE, subst. f. Torchon, guenille.

Quant de gaing n'ay plus vaillant une saince.

Bail. IX.

Le mot est tellement rare qu'on ne saurait pas qu'il a existé si Cotgrave ne nous l'eût conservé en cet article de son dictionnaire : « Since f. A dish clowt, shoe cloet, to wipe down tables, or to rub the house. « Le poitevin l'a conservé sous cette forme : « Sinse^ c, m. torchon qui sert à essuyer le four avant de mettre la fournée » , et de cince. long bâton à l'extrémité duquel sont attachés des chiffons pour nettoyer le four. Il est probable que ces deux explications données par M. L. Favre n'en font qu'une en réalité.

Saiiice est le même que l'italien cencîo^ qui signifie également haillon, chiffon, et qui fait cenci au pluriel. Nous avons à Rouen la rue des Chinchers, qui est précisément la rue des Fripiers, comme l'a très bien établi Génin. Récr. phil. II, 404. Des chinchers supposent des chinches^ c'est-à-dire des chiffons; mais Génin lui-même n'en saurait citer un exemple. Heureusement, si chinche nous manque, nous retrouvons chincheux pour déguenillé, c'est le cencioso italien.

Si li convint sa reube vendre

Et canger, coi que nus en die,

A une povre hiraudie

Qui molt estoit povre et chincheuse.

Le Chevalier au harisel.

Cheincerie existe aussi, au sens de lingerie : « Cheincerie une fois par an 2 deniers » . Coutume de la vicomte des eaux de Rouen, citée par Génin.

Saince^ sinse et chinche tiennent de prés à chaùise. qui signifiait autrefois vêtement de lin, casaquin de femme, peut-être chemise. Quant à l'identité que Génin veut

établir entre chainse et camisia^ voyez la note de Littré (v^ Chemisé) où ces étymologies sont discutées d'après Diez. Le plus clair est qu'on n'en sait rien, et que l'étymologie de la chemise elle-même est inconnue. Le slang a le mot chink qui signifie argent.

SAINCER, V. a. Deux sens, qui expriment ici la même image dégoûtante : i'^ nettoyer comme avec la saince ; 2^ saigner.

Et retrallez se le bizouart saince.

Bail. IX.

i*^ « Sincer, v. To whipe, to rub, to make clean with a clowt. » Cotgrave. — Cincer^ v. a. poit. Nettoyer le four avec la cince.

2° Saine j sang. « Boudins de saine. » Livre des me s tiers.

Sangler. « Le suppliant regarda sa dague qu" il trouva plaiée et sanglée. » Tr. desCh. JJ. 190, p. 161, an 1460. Sans. sang. « Se li sans qui descendi de mon visage. » Men. de Reims ^ § 270.

SARPES, subst. pi. (voyez à Arpes la variante que j'ai

adoptée, le vers ci-dessous n'offrant aucune construction

saisissable).

Prince des gayeulx les sarpes.

Bail. IV.

Sa sarpe et sa coignie prist Dont aguisie avoit son pieus.

Ren. V. 16424.

Sarpe ^ s. f. ancienne forme de serpe. — « En cas de résistance, mettez la main à la sarpe et frappez comme

des sours. » La Comédie des proverbes ^ p. 12. — « Voire mais (dis -je) vous vous dampnez comme une sarpe^ et estes larron et sacrilège. « Rabelais, I, 302.

Sarper^ v. a. Terme de marine. « Le vent fut doux et la mer tranquille tant que l'armée des François et de Gennes firent ancres sarper et voiler tendre. » J. d'Auton, p. 271.

SAULDREZ. Deuxième personne pluriel du futur de sauldrcj v. a., ancienne forme française intermédiaire entre saillir et saulter^ dont elle comporte les deux significations. Il signifie, je crois^ saillir dans l'exemple suivant :

Prince planteur, quant vous sauldre:^ la hye.

Bail. IX.

« Pourtant qu^il soit suffisant à sauldre les vaches. » Ane, coût, de Bret. ï^ 157 r°, dans La Curne. — « Sauldra en la rue tout prestet ira à cheval devant le logis du chief. » W. de la Colombière. Théâtre d'honneur ^ I, p. 71.

Et adonc quant les Anglols voient Que nulz de Paris ne sauldroit, Ils se partent le chemin droit.

EusT. Desch. ms, fo 575, c. 3.

Sauldroit au même sens dans le Petit Jehan de Saintré^ p. 285. On conjuguait '.je saul^ tu saus^ il saut; Je sauldray^ etc.

Saudre^ payer.

Se sainte yglise excommenie, Li frère pueent bien assaudre S'escommeniez a que saudre.

Ms. 7218, fo 327, ap. La Curne.

^ç6 LEJARGONDUXV^SIECLE.

SAULVE, subsc. f. Forêt, sûreté.

Brouezj benards, eschequez à la saulve.

Bail. X.

Le latin sylva a donné en français silve^ selve. sauve et seauve (v. Cocheris, Noms de lieu, p. 27), et l'adjectif sauvage, littéralement qui vit dans les bois.

Cependant il est possible d'interpréter à la saulve en ce sens : « Fuyez pour votre salut, allez- vous en à la saulve m . — « En ce cas laditce ordonnance sera gardée jusques à la saulve de la légitime. » Coût. gén. II, 384.

François costoiant mainte selve

Se vont logier sous Monz en Pelve.

G. GuiART, fo 351.

« Sauver à la fuite », s'enfuir. — « Eussions poursuivy jusques en Ast, auquel lieu eussions trouvé le marquis du Guast se sauvant à la fuitie, .auquel, y estant arrivé, les portes furent refusées. » Du Bellay, p. 536. Mich. etPouj. ' — « Et fict Solehadins par sa courtoisie renvoier la dame, H disme des crestiens, et des damoiselles en Acre; et là elle fu a sauvetée. » Men. de Reims. §211. — «Et sitost qu'ele pot, elle se mist hors de son pooir pour estre à sauve té. » Beaum. XXX, p 95.

SAUPICQUETS, subst. m. pi. Gens éveillés, subtils. Saupicque:^ frouans des gours arques.

Bail. IV.

Le saupicquetj c'est-à-dire sauce piquante, est ainsi défini par le dictionnaire de Trévoux : « mets assaisonné

avec du sel et des épices pour irriter l'appétit. Il se dit de toutes sortes de sauces qui sont de haut goût. »

Pour leur faire leur saupicquet,

Il ne vous faut point d'autre espice.

Vie de S. Christophe.

Ou que l'autre, qui fist en vers un sopiquet.

Régnier, sat. VI.

« C'est Virgile dans son poème intitulé Moretum, ragoût composé de ces huit ingrédiens : coriandre, ail, oignon, persil, rue, fromage, huile, et vinaigre. Il faut écrire Saupiquet. Joachim du Bellay a traduit en vers françois le Moretum de Virgile. » Note sur la satire VI de Régnier, dans l'éd. de Londres, 1729, in-4°, t. I^'", p. 88. — « Le saupicquet pourconnin et pour oiseau de rivière. » Alenagier, t. II, p. 5.

Eveillé comme ung saupiquet.

CoaUILLART, I, 195.

11 y avait en 1401, à Melun, une prison dite saupicquet. Mat. du sgr. de Cholieres^ p. 68.

Salpicon^ esp,, viande froide hachée et assaisonnée.

« Je prie les honnestes dames qui liront dans ce chapitre aucuns contes... me pardonner s'ils sont un peu gras en saupicquets. » Brantôme. Dames frai. t. P'^\ p. 2p6.

L'exemple tiré de la Vie de saint Christophe compare au saupicquet les préparatifs du supplice réservé aux brigands. Saulceéi^iïX. anciennement usité en ce sens.

Ces serments vains et peu dignes de foi Meriteroient qu'on vous fist vostre sauce.

La. Fontaine. La Confidente,

Un poi devant noue l'autrier En aloie par un sentier Qui estoit bien prés del essart A un vilain punés Lietart Qui m'a ceste sauce meue.

Rmart, II, 367, v. 16847.

Que fais tu là? — Je plume ongnons Pour faire saulce de gibet.

Misl. de la Passion.

Oudin traduit saulse par réprimande et punition. Il esc encore usité en ce sens dans la langue du peuple.

SAUVE, s. f. Sève; pour moelle épinière.

Maint coquillart, escorné de sa sauve.

Bail, X.

« Sabe de coing, liqueur faite avec du jus de coing. >> Cotgrave. — Sabcj, poitev. ; sabo.la.ngued.'j saba^ prov. et esp., sève. — Sapa^ lat. suc, jus.

Voyez Saulve ci-dessus.

SAUVE, adj. fém., pris adverbialement \)Ou.r sauf .

C'est mon advis, tout autre conseil sauve.

Bail. X.

Il est clair que le poète veut dire o sauf tout autre conseil M , et non pas que tout autre conseil peut sauver ceux qu'il admoneste. Il restait à trouver un exemple justificatif de sauve pour sauf^ accompagnant 'un substantif masculin; Rabelais me le fournie : « Les truyes en leur gesine [saulve rhonneur de toute la compaignie). « II, zc^z.

SEYME, adject. Septième. Patrouille du guet ou des sergents, composée de six hommes et ua capitaine.

Se seyme oyez, soyez beaucoup broueulx; Plantez vos histz jusques elle rappasse.

Bail. VII.

« Simcj s. f. Patrouille grise ; désignait autrefois le guet. » Vidocq.

Les formes anciennes de septième sont sedme et seme^ tirées directement de septimus. Littré.

Et Tabors ert li sistes et Nustrans ert li semés.

Aiol, 4974.

Une seine signifiait aussi un service de sept jours pour les morts. Lacombe.

Sayme^ïilet dépêche, aujourd'hui seine. — « Au travers des filets et de la seine. » Mont. II, p. 181.

Je suis avec les orgueilleus...

Qui mondaines honneurs convoitent...

Et la povreté ilz vouz preschent,

Et les grandes richesses peschent

As saymes et as trainiaus.

Rose, V. 11548-70.

SEYE, y personne du présent du subjonctif de seoir^ pris au sens de convenir, decere.

Qu'enastez ne seye en sûrie Blanchir vos cuirs et essurger.

Bail. V.

« Je veulx que l'esprit s'y seye^ non qu'il s'y couche. « Montaigne, IV, 295. « — Ja Dieu ne plaise que je seye jamais en chaire. » Amyot, Lyc. 43.

Je cite ces deux exemples de la conjugaison du mot seoir, quoique le sens y soie au propre : sedere. Les textes anciens portent :

Quen astes ne soies en suerie Blanchir vos cuirs et essurger.

Le premier vers écrit ainsi contient dix pieds au lieu de huit. On a vu au mot enaster la raison de ma première correction. La réduction de suerie à la forme contracte siirie ne fait pas difficulté. Reste soies dont l'j- était manifestement surabondante. Cependant s'il fallait lire, à l'impératif, « soiei en surie », on ne saurait la retrancher. Ne resterait nécessaire, car le poète ne peut conseiller aux Gueux de se faire brancher au soleil. Heureusement, la difficulté du second vers m'a permis de vaincre celle du premier. Il fallait trouver le verbe dont les infinitifs blanchir et essurger sont le régime; or ce verbe ne pouvait être que soies. C'est encore l'homophonie qui m'a guidé. Supposé que soies ne soit pas un impératif, Vs devient muette, le mot sonne comme saie ou seye, et ce dernier mot fournit un sens qui explique toute la période. « Qu'il ne seye pas que votre peau soit exposée à reluire au soleil (voyez Blanchir) et que vous soyez hissé au sommet d'une potence. »

SIEURS, subst. pi. Seigneurs; les pendus. Voyez Sire ci-après.

Que vueille ou non ne soit fait des sieurs.

Bail. VII.

Car des sieurs pourriez bien devenir Se vous estiez happez en tels bouticles.

Bail. VIII.

Ces deux exemples sont fort clairs quant au sens. Etre fait des sieurs ou devenir des sieurs, c'est être pendu. On dirait qu'il s'agit d'être élevé non à une potence, mais à une dignité. C'est peut-être dans cette idée d'élévation qu'il faut chercher le sel de la plaisanterie et l'origine de la locution.

A remarquer que sieurs est de deux syllabes et se prononce si-euXj rimant dans la ballade VII avec délicieux ; si-eurs dissyllabique reproduit d'ailleurs fort exactement se-nior dont il dérive.

« Je suis sieur de la maison. » Les Quiuie j'oyes. p. 132. — « C'est folie d'abandonner son cœur à homme du monde, car ils ne font conte des pauvres femmes, quand ils sont sieurs d'elles. » îbid. p. 73.

SIRE, subst. masc. Seigneur (v. aussi Sieurs),

Et babignez tousjours aux ys

Des sires pour les desbouser...

Prince froart, dis des arques petis, L'un des sires si ne soie endormis.

Bail. I.

Mais plantez ilz sont comme joncz Pour les sires qui sont si longs.

Bail. III.

Et vous gardez bien de la roe Qui aux sires plante du gris En leur faisant faire la moe...

Danger de grup en arderie Fait aux sires faire la moe.

Bail. VI.

Sur la sorne, que sires sont rassis.

Bail. VII.

... A mon beau pourpier !

Trouveray je point quelque sire Pour en acheter pour confire ?

Les Cris de Paris.

Dans le même sens siroi's et syrois :

Embuschons nous sous la feullée Pour attendre quelque syrois.

Vie de S. Christ.

S'il venoit quelque gourt sirois De qui nous fuissions estrenez.

Mir. des Enfans îngratz.

Beau sire et beau sire Dieux :

Saupicquetz frouans des gours arques Pour desbouser beaussire dieux.

Bail. IV.

Et frappez en la hurterie Sur les beaiilx sires bas assis.

Bail. VI.

Couplez vous trois à ces beaulx sires dieux.

Bail. X.

Dans le langage ordinaire :

Pardonne moy, beau sire Dieu .^

Pierre de Nesson^ ms. de l'Ars.

Et sont à genoux ou à terre Comme devant beaux sires dieux.

Débat des deux sœurs.

Beau sire dieux était aussi un juron.

§ Sur beaux sires bas assis : « Nous feirent sus une selette asseoir. Panurge disoit, gallefretiers mes amis, je ne suis que trop bien ainsi debout : aussi bien elle est trop

basse pour homme qui a chausses neufves et court pourpoinct. » Rabelais, III, 48.

Sirois est une forme de siretj diminutif de sire. Du Cange, JJ. 133, p. 106, an 1388. — « Vng beau sire est autant comme de l'appeler coux. » JJ. 143, p. 143, an 1450.

SONGEARS, adj. pi. Songeurs, rêveurs, endormis.

Songeurs ne soiez pour dorer.

C'est le mot picard qui s'écrit en orthographe moderne songeard^ en français songeur.

Tout endormy, songeard, mélancolique.

Faheu, 14.

Songeurs maulditz plains de melancolje.

nu. I.

Voire, mais il est si songeart Que a peine se peult remuer.

CoauiLLART, I, 194.

iMais pour l'adieu je fus taciturne et songeart.

Cap. Lasphrise.

« Mais tout le monde souppoit, exceptez quelques resveurs songears. » Rabel, II, 7p. — « Telle humeur active plaisoit fort à François P'", en ses enfans et aux gentilshommes françois, ne les estimant point s'ils restoient songeards et lourdauds et endormis. » Brant. III, p. 108.

SORINE, subst. f. La nuit, la brune.

Sur la sorne que sires sont rassis.

Bail. Vil.

Quant Abrouart sur la sorne a brouez.

Bail. VIII.

Ou brouent ilz présent sur la sorne ?

Misl. lie la Passion.

« Lorsque sur la sorne ils prenoienc sobrement leur pain et vin. H Pasquier. Recherches^ VIII, p. 703.

Le languedocien a sour^ noir, obscur; le provençal sorn. Franc. Michel. L'argot allemand ancien sorna.

Le Jargon réformé donne sorgne^ qui nécessairement^ au moyen âge, se prononçait sorne.

Le mot était ou avait été du langage usuel. Nicot le traduit par hruney substantif; Cotgrave par the evening^ le soir, mais remarque qu'il est vieux et peu usité. Oudinle traduit par prîncipio délia note. L'aube ou le matin, c'est la blanche; la sorne ou le soir, c'est la brune.

Chose curieuse, tandis que la sorne était du français pour Estienne Pasquier, Bouchet signalait la brune comme un mot de Jargon (fil, 130); en quoi Bouchet avait tort, car « sur la brune » se rencontre déjà dans Monstrelet : « Et sur la brune rencontroient en leur chemin. » T. Il,

L'ancien français avait, et nous avons conservé en certains cas Y adjectif saur j qui signifie une couleur jaune tirant sur le brun et sur le roux; cheval saure^ hareng saure ou soret ^ oiseau saure (t. de fauconn.). Je n'en citerai qu'un exemple, qui nous met sur la voie des origines : « Le visage est de belle forme en toutes façons, sur le clair brun, assez couloré, et bien barbu, et de poil brun sur le sor. )) Bouciquaut, IV, I.

Ru/a est traduit par sora dans le Gloss. de Reichenau.

VOCABULAIRE ANALYTIQUE. 50s

Sur le sor noUvS conduit à entendre cette expression tirée des trois exemples du Jargon ci-dessus : sur la scrne. Celleci semble être le féminin de celle-là; du moins, on aperçoit que saur, tiré, comme le dit Littré, du bas-latin sauras et soriusy a du aboutir à sorne par une forme intermédiaire, telle que saurinus^ saurina^ saurijiia.

Sournois et le verbe^poitevin sorgner, se retirer à l'écart, faire le sournois^ se rapportent évidemment aux origines de sorne.

Le latin avait le subst. serum^ le soir; l'adverbe sero^ c'est-à-dire au soir ou tard ; l'adjectif serus^ c'est-à-dire du soir ou tardif; l'ital. dit sera^ le soir ; ec la forme seretino^ qui, dans la même langue, signifie sournois, achève d'établir le rapport étymologique entre le soir et la sorne.

Sur personnes brunes et sor es,

Fist Diex mainz biaus miracles lores.

GuiLL. GuiART, î(> 245 1".

* SORNÎLLER, v. a. Brunir, au figuré voler.

Sornille:^ moy ces georgetz si farciz.

Bail. VII.

Sornilhr paraît être un verbe tiré du substantif jor/ze sous forme de fréquentatif et ne peut vouloir dire que brunir^ au sens de faire disparaître, voler.

Le mot sorner^ dont sorniller pourrait être le diminutif, a existé dans la langue, au sens de dire des sornes ou sornettes ; mais il a une toute autre origine. V. Littré v° Sornette et Du Cange v° Subsannatio.

Brunir^ dans son acception primitive, la plus usitée au

So6 LE JARGON DU XV« SIECLE.

moyen âge, signifie essentiellement polir, rendre brillant ; voilà pourquoi sorniller (brunir), polir et fourbir sont, avec nettoyer ex]. argot moderne, les synonymes de voler. On reconnaît ici la persévérante logique des créateurs du Jargon (v. suprà Pollir),

« Sornar^, jarg. esp. dormir. » Oudin.

Dreites ces hanstes, luisanz ces espiez bruns.

Ch. de Roi. LXXXVL

SOUE, subs. f. Etable à porcs.

Prince, cil qui n'a bauderie Pour soi eschever de la soue.

Bail. VL

Soue^ en auvergnat, et quelquefois en français, s'écrit pour sou ou. seu, avec la même signification d'étableàporcs, tirée du bas-latin sudis. Du Cange.

Le fils du roy passa, Il m'a tant regardée, Dans la soue aux cochons Il m'a tant bousculée...

Chanson dit. Maine, citée par Ch. NisArd.

Soue est identique à souille^ lieu bourbeux, dans les deux sens indiqués au mot Sou^ ci-après : « Le sanglier vient de mangier, si vient au seul g. » Modus^ f^ XXXII. — « A plusieurs mariniers qui ont amené ladicte galleace de la soulle en place prés la tour dudit Havre, » Despence faicte^ dans Jal. C'est le substantif du verbe souiller.

Le mot s'adapterait donc très bien au passage ci-dessus de la ballade VI, qui signifierait « pour éviter la souille «,

c'est-à-dire le cachot humide, et je Tadopterais s'il résolvait la difficulté de sa position dans le vers. Mais il est visible que le fil de la phrase est rompu; il se renoue, au contraire, en divisant la soue en las oue, (V. Las et Oue ci-dessus.)

SOUS, subst. pi., littéralement : étable à pourceaux.

Levez les sous et si tastez lesquelz.

Bail. VIII.

Tel est le vers fourni par le ms. Stockholm. J'y propose une triple correction, qui lui donnerait cette forme :

Luez les sous et si tastez les coys.

Le sens deviendrait ainsi parfaitement clair : « Surveillez (litt. éclairez) les repaires et sondez les cabarets » , ce qui se relie parfaitement à la suite du couplet : « De peur qu'il ne s'y trouve des sergents munis de poucettes, en cette vergne (ville ou foire) où vous vous proposez d'exercer votre industrie. »

« Sou ou seuj étable à pourceaux. » Trévoux. Bourguignon sô. De sus. lat. et sudis^ bas-1.; jon-, angl. Truie. Sueja^ niçois, latrine, fosse à ordures. Ancienne forme seulg. lieu bourbeux.

En espagnol porqueron (fr. porcheron), conducteur de porcs, est « un archer ou sergent chargé d'arrêter les malfaiteurs. » Oudin. Les sous pourraient se dire ici des lieux où s'embusquent les « anges » de la ballade VIIL

« Sou^ t. de marine. La terre qui est au fond de l'eau. » Trévoux. On traduirait alors: « sondez les fonds », c'està-dire « éclairez le terrain », ce qui reviendrait au même.

5o8 LE JARGON DU XV° SIECLE.

"^STARICLES, subs. m. pi. Prévôt, lieutenant criminels, bailli; juges en général, peut-être geôliers, gardiens de prison.

Anges bossus, rouastres et staricles.

Bail. Vin.

Les langues slaves nous offrent stank^ vieux ; starike^ vieillesse en russe ; stary, vieux, starosc^ vieillesse en polonais, d'*où, dans Tune et l'autre langue, staroste : en russe, ancien du village, bailli, préposé ou prévôt, inspecteur; en polonais, préfet, etc.

Le sens de senior pour starik et stary est de la même valeur en dignité que staroste et starosta.

La provenance de starike ne peut être douteuse, aucune langue romane ou germanique ne nous fournissant l'ombre d^une étymologie ni d'une explication. La ballade donne plusieurs rimes telles que maTiicles^ bouticles^ veroniclesy qui se ramènent naturellement à manigues, boutiques et véroniques. Semblablement staricles se ramène à stariquesy qui est précisément le mot slave au moyen duquel le sens du vers est complété de la manière la plus naturelle : « sergens maudits, bourreaux et juges ».

Les significations du starosta polonais vont, par dégradations successives, depuis souverain jusqu'à intendant, régisseur, surveillant et garde.

Le zincalo donne les mots estarica^ s. f.; ark, cheste (coffre), arca. — Estardo^ subs. et adj. Prisoner, captive. — « Estarîpely s. m. Prison. » Borrow. — M. Francisque Michel donne ostariben comme variante à^estaripel.

Ces divers vocables fournissent les éléments d'une variante, qui, au lieu de juge ou prévôt, selon les sens

slaves, ramènerait les staricles aux simples fonctions de gardiens de prisons.

STAT, c'est la 3"^ pers. de l'ind. présent du latin stare^ avec sa signification usuelle.

Qui stat plain en gaudie ne se mauve.

Bail. X.

« Que celui qui se tient en joie. »

Villon en fournit un autre exemple dans la ballade de la grosse Margot :

S'ilz jouent bien, je leur dis que bien stat.

Et Rabelais s'est servi de la même expression à la seconde personne :

Puisque bien stas (grâce au souverain Jove).

Espilre au Lymosîn. III, 278.

SURIEj subs. f., action de suer.

A l'assault ! tost, sans suerie.

Bail. II.

Qu'enastez ne seye en sùrie Blanchir vos cuirs et essurger.

Bail. V.

Mais bien qu'il soit hors de surie,

Que cette gale soit guérie,

Cela ne se peut nullement.

Parodie de Berthelot sur les stancc de Malherbe.

Nous iiij tous montés es chevax de Surie.

Brun de la Moût. v. 1234.

Sio LE JARGON DU XV<^ SIÈCLE.

Le calembour sur le pays de Surie et de Syrie est vieux comme la langue française.

« Celluy n'est pas réputé vaillant champion, qui n'a fait cinq ou six voyages en suerie. » Apol. pour Hérodote^ p. 97. — « Vous faites suer le bonhomme, tel est votre dire quand vous le pillez. » Harangue du capitaine la Carbonade aux soldats de M. le Prince en iCi^^ p. i8c). — ff J'ai achevé aujourd'hui ma douche et ma suerie. « M'"« de Sévigné, 4 juin 1676.

TALLE, subs. fém. Queue.

Plus n'y vault que tost ne happez La baudrouse de quatte toile.

Bail. IV.

Je n'hésite pas à traduire : « Le fouet à ^-Mewe de chat. » Ceci demande une explication assez longue, car le couplet entier de la ballade était à restituer, et l'on va voir que l'explication comme la restitution tiennent à un seul s.

Voici le texte fourni par l'édition de 1489, sauf la ponctuation que j'ajoute pour ne pas épaissir inutilement l'obscurité.

Niaiz qui seront attrappez Bien tost sen brouent au halle ; plus ny vault que tost ne happez La baudrouse de quatre toile.

Des tires fait la hirenalle Quant le gosier est assegis, Et si hurcque la pirenalle Au saillir des coffres massis.

La mesure des vers est régulière, sauf le second qui se redresse aisément en mettant broueront au lieu de brouent;

d'ailleurs, cette correction s'imposait par Faccordciu temps avec seront qui précède. Lorsque nous aurons substitué des tirer à des tires au cinquième vers, nous n'aurons plus rien à changer. Il ne restera qu'à élucider et à comprendre. Il subsiste cependant une difficulté : elle semble minime et elle est majeure. L'adjectif numéral quatre qui précède talle voudrait que ce dernier mot portât Vs^ marque du pluriel, tdlles; mais alors talles ne rimerait plus avec halle ni avec hirenalle et pirenalle qui sont au singulier. Des éditeurs anciens ont écrit A^Z/ei- un peu au hasard; on a vu, sous ce mot, que je n'adopte pas leur conjecture; il ne s'agit pas des halles^ mais du hâle, c'est-à-dire de l'air du gibet ou de l'échelle patibulaire elle-même [scala). Halles rimant avec talles ne mènerait à rien, sinon à marquer la disparité des rimes plurielles du premier cjuatrain avec les rimes singulières du second. Il y a lieu, d'ailleurs, de se montrer ici fort circonspect, puisque nous avons affaire à une portion de texte exceptionnellement saine.

Ne pouvant raisonnablement toucher au mot talle. mon attention s'est portée sur le mot quatre qui devait renfermer le nœud du problème.

Commençons cependant par la discussion du mot talle.

On a vu v° Baudrose qu'il faut vraisemblablement traduire ce mot par fouet; maintenant que signifie talle?

Talle j considéré étymologiquement et abstraction faite de sa valeur expressive, est la figure ancienne du mot taille. Le substantif grec 6aUd;, branche, et le verbe grec bdlKtiv.) pousser du feuillage, sont représentés en latin par thallusj avec le même sens , et par talea^ branche d'arbre coupée par les deux bouts pour être plantée. Pline.

De talea sont venus, en bas-latin, taleare ou taliare^ inter-

taliare, taliatura^ tailler des arbres, taille des arbres.

Talea a passé dans les langues romanes sous les formes taglidy ital.; taja^ tala et talla, esp. ; talla^ cat. ; talha^ provençal et portugais; talle et taille en français; teie^ en wallon. Cette dernière forme donne le passage aux langues germaniques : t ail en anglais; theil en allemand.

Le français moderne garde les deux orthographes talle et taille en leur assignant des acceptions différentes; talle est une branche enracinée qu'un arbre pousse à son pied; it. tallo; il s''accompagne du substantif tallement et du verbe taller. En poitevin, taie est une feuille de légumes. Talle^ dans le même dialecte, est le nom du châtaignier. La taille comporte bien des acceptions diverses, dont la plus ancienne et la plus proche de l'origine est la taille de bois sur laquelle certains marchands, tels que boulangers et charbonniers, marquent leurs fournitures journalières.

Ainsi, rigoureusement parlant, la taille est un tronçon, une certaine longueur prise à part. Le theil allemand, partie, division, signifie aussi organe, membre^ c'est-à-dire partie du corps prise à part.

Cette partie du corps prise à part, les Anglais Font spécialisée pour désigner la queue dun animal, tail. Palsgrave donne tayle of a beast^ queue, en même temps que tayle of ivodde^ taille de bois. La preuve que le tail anglais,, anciennement écrit tayle, n'est autre que la talle ou taille française, c'est que les origines germaniques lui auraient fourni schivani ou schiveif^OMV désigner la queue de l'animal.

Ceci exposé, retournons à notre exemple. La talle dont il s'agit dans le Jargon pourrait être : i° une branche ; 2° une taille^ pour indiquer une longueur quelconque, la taille

d'un homme par exemple; 3° une queue, en prenant talle dans le sens spécial de la langue anglaise.

Ce serait alors, en négligeant pour un moment la difficulté du pluriel : 1° la lanière ou la corde à quatre branches, soit la potence avec ses quatre piliers fondamentaux; 2" la corde de quatre tailles d'hommes ; 3" la lanière ou corde à quatre queues.

Maintenant, il faut en revenir à ce pluriel si nécessaire et si impossible, au cas où l'on persisterait à lire quatre avant talU. La première supposition ne nous conduit à rien de tangible. Il n^en est pas de même des deux autres. Et ici je demande au lecteur la permission de le faire repasser par la filière d'inductions qui m'a conduit moi-même de la deuxième hypothèse à la troisième, qui me paraît la vraie.

La correction d'une seule lettre dans le mot quatre^ qui deviendrait quatre^ m'ouvrit un horizon nouveau.

Le verbe moderne cacher est représenté dans les anciens idiomes romans et français : par le provençal quaîty tapi, caché; par l'italien quatto^ même sens, quattare^ cacher; quattamente^ d'une manière cachée; espagnol cacho, serré; vieux français quaicher ; dauphinois se quaisié^ se taire; bourguignon, queichai; normand et poitevin, car//-, cacher; enfin, en picard, quatir.

Ajoutons que cacher se confond anciennement avec chasser, de cacciare.

D'où il suit que quatte talle pourrait signifier cache ou chasse talle^ soit la lanière de cuir qui chasse ou cache la taille du supplicié en s'enroulant autour de son corps. La difficulté du pluriel exigé par l'adjectif numéral quatre disparaît, et nous n'avons rien à changer au texte.

Arrivé là, je ne pus pas n'être pas frappé de la ressemblance de quarte talle avec Panglais cat tail^ queue de chat. Cat o nine taïlsj, le chat à neuf queues, est le nom bien connu du fouet dont se sert la justice anglaise. Observez que Vo de o' nine tails est l'ancienne conjonction française od ou 0, avec. J'adopte donc définitivement la traduction de baudrouse de quatte talle par le fouet à queue de chat. Que le copiste ait pu prendre quatte pour quatre^ on me le passerait aisément. Mais pourquoi quatte pour chat? Parce que c'est l'orthographe ancienne : « Catte a beest^ chat » , nous enseigne Palsgrave. Et cette orthographe est fort congrue, s'il est vrai, comme le dit Isidore, que le latin cattus vienne de cattare, voir, guetter, se. captare ; esp., catar. Consulter sur cette curieuse étymologie Yossius, v° F élis.

Il n'y aurait pas non plus à s'étonner qu'une expression anglaise se trouvât dans le Jargon (v. Gauldouse)^ si l'on se souvient que dix ans à peine séparent l'époque approximative où furent composées nos ballades et l'évacuation des provinces de Normandie et de Guyenne par les Anglais qui les occupaient depuis si longtemps.

§ Tales^ au sens de dé à jouer, n'a pas d'application ici; j'en recueille cependant quelques exemples : « Ce que des dez, ie vous ay dict, je diz semblablement des taies.,. Et ne m'alléguez au contraire le fortuné gect des taies que feit Tibère dedans la fontaine de Apone à l'oracle de Gerion. « Rabel. II, 58. — « Es membres plus inférieurs de ces animaulx divins, ce sont les pledz, y a un os, c'est

le talon, l'astragale.... duquel l'on jouyoit antiquement

au royal jeu des taies... » Ibid. 293.

* TARDE, adj. f. La tarde pour l'heure tarde ^ la nuit.

Et sur la tarde Desboursez les pouvres nyois.

Bail. III.

Le mot est d'exemple unique, dans le Jargon comme dans la langue usuelle, à laquelle il semblerait appartenir; je ne l'ai rencontré dans aucun texte ni dans aucun dictionnaire.

Cependant « sur le tard » est français ; on le trouve dès le XIV® siècle, n Et quant vient sur le tari. » Modus^ ï° XLVIII; encore dans Comines au xv« siècle : « Il estoit jà sur le tard. » II, i. Parallèlement on disait : « l'heure tarde «. — « Et, pour l'heure tarde^ aurions continué et remis ladite assemblée à deux heures de relevée. » Coutiim. gen. I, f° 709. — « Alors elle, pour Pheure tarde^ le baisa et puis luy dist. » Jehan de Saintré^ 18.

Il était aussi naturel de prendre substantivement le féminin que le masculin dePadjectif r^r^i; la tarde semble donc légitime au même titre que le tard; cependant l'Académie française n'enregistre que celui-ci. Elle est dans son droit ; son dictionnaire, ne recueillant que l'usage, devait rester fermé à une locution absolument exceptionnelle, enfouie dans une ballade du xv® siècle. Cet isolement donnerait à penser que la tarde serait jargonnesque, si je n'en avais découvert la source dans une des langues du midi, la seule qui l'ait adoptée, je veux dire l'espagnol. Oudin ( Trésor des deux langues) nous fournit l'article suivant : « tarde ^ le soir, l'apres-disnée, la vesprée » .

§ Je ne cherche pas à compliquer les énigmes suffisamment embrouillées que nous propose le Jargon; cependant je

Si6 LE JARGON DUXV^ SIÈCLE.

crois Utile d'indiquer une variante possible de la tarde. On

verra, sous l'article targer, qui suit, que ce verbe n'est qu^une

forme ancienne, et très répandue, de tarder. Puisqu'on a

dit couramment targer pour tarder^ même dans le Jargon,

n'aurait-on pas, par hasard ou pour le besoin de la rime,

opéré la mutation contraire, en écrivant tarde pour targe?

Targe signifie, en général, toute espère de bouclier, ec,

par une appropriation spéciale, rempart ou protection

quelconque :

. ,- . Une petite rivière Dont faisoient leur apuy.et targe.

Fig. de Ch. VII, -p. 87.

<r Deux mil archiers de pied, targei d'une haye, de bois et de vignes. » Hïst. de la Toison d'or^ f** 109. Or voici la phrase entière du Jargon où je recueille le mot tarde :

Espelicans

Qui en tons temps Avancez dedans le pogoiz

Gourde piarde.

Et sur la tarde Desboursez les pouvres nyois. . .

Cette portion du premier couplet de la ballade III comporte une première équivoque, assez difficile à résourire, sur les mots gourde piarde qui, d'après certaines analogies précédemment déduites sous les mots Gourd et Piarde^ peuvent se traduire par « bonne boisson », mais qui, cependant, pris à la lettre, signifient en langue usuelle « lourde pioche » . Si l'on admettait ce second sens, « sur la tarde » se traduirait alors « sur le rempart », c'est-àdire sur les établis des marchés où les truands cherchaient

un refuge nocturne, témoin ce passage du Petit Testament de Villon :

Et aux piétons qui vont daguet

Tastonnant par ces establys. . .

Lequel désigne les archers cherchant à tâtons les malfaiteurs dans l'ombre. Cf. ce passage de VHistoire de Bertrand du Guesclin (485): « Pionniers bien /jr^/e^ lesquels portoient picques et houes, x

TARGER, V. n. Forme ancienne de tarder.

Bignez la mathe sans targer.

Bail. V.

Lors s'en part que plus ne se targe.

Cité par Lacombe,

Que perte que g'en doie encourre, Ne targerai de vous secourre.

G. GuiART, i'^ 109.

Targer et targier^ norm. ; targer^ rémois et poitevin. Du bas-latin tardiare^ tardjare.

TEMPLE, SLibst. m.

changez vos andosses souvent Et tirez tout de raiz au temple.

Bail. II.

Il n'a [ne] tirandes ne endosse, Aubert, temple, ne pain ne poulce.

Mist. de la Passion.

On disait autrefois temple pour tempe :

J'ay de leurs bontez mille exemples Voire par Dieu plaines mes temples.

EusT. Deschamps.

SiB LE JARGON DU XV<= SIÈCLE.

Et le mot était masculin :

De Sun cervel li temple en est rumpant.

Roi. CL VI.

Au xvr siècle le genre devient indécis. Ambr. Paré le fait tantôt masculin et tantôt féminin : « Je luy conseille de se faire ouvrir l'artère du temple. » XV, 4. — « Si un malade a les yeux caves, les /e/TZjo/^j abatues... » Introd. 23.

Au xvii« siècle l'Académie confirme temple^, condamne tempe^ et fait ;e//zp/^ du féminin. Obs. sur Vaugelas. p. 180, dans Pougens.

Etym, lat. temporal pi. n. de tempus^ d'où tempra ou templa par permutation des liquides.

Que le coup brisât l'os et fît pleuvoir le sang De la temple, du dos, de l'épaule et du flanc.

Chapelain, la Pucelle,

Portez en (des mouches) à l'œil, à la temple. Ayez en le front chamarré.

Chans. dans Tall. Histor. t. II, p. 335.

Temple^ bas-ventre.

Temple^ au sens de manteau, donné par M. Franc. Michel, est inapplicable à notre Jargon, cette signification toute moderne dérivant du marché du Temple à Paris. J'ignore ce que c'est que le temple du Mystère de la Passion^ placé entre l'argent (aubert) et le pain ; ce qu'il y a de certain, c'est qu'au temps de Bouchet (III, 129), on disait volant pour manteau, que remplaça le vieux mot français tabar, lequel persistait au temps de Grandval (1778), qui ne connaît pas encore le mot temple.

Temple tte^ bandeau qui va d'une tempe à l'autre. Du Bellay, 242.

TERRANT, subst. m. Terrain, c.-à-d. pays, spécialement ici pays habité.

Par le terrant pour le franc ront quérir.

BaU. VIII.

Terrant est le participe présent du verbe terrer ^ habiter. Eust. Desch. ms. ï° 317. — Terran^ terrane^ qui se loge dans la terre. Littré. Il est employé ici substantivement. De même l'adjectif terrien, qui se prononçait terrian (Palsgrave, p. 63), de terenus^ est devenu le substantif terrain^) qui n'apparaît qu'au xvi*' siècle.

Italien terragno^ terroir. N. Duez.

TREMPLE pour TREMBLE, subst. m. Tremblement.

Et y jargonnast il le tremple.

Bail. II.

« Sans que la femme en patist qui demeura longtemps en tremble et aux alertes. » Brantôme. Dames galantes. t. I- p. 15.

La permutation des deux labiales b etp fait d'autant moins de difficulté qu'elles étaient muettes l'une et l'autre, ainsi que le prouve la rime de branle avec tremble dans Villon, Grant Testament. On prononçait tranle. Beaumanoir écrit saule pour semble : « Ce nous sanle grans profis. » LXIV, 10.

TROIS, prononcez très. Je crois qu'il faut lire tout

simplement dans le premier exemple qui suit : les traicts, c.-à-d. les cordes.

Et leur monstrez des trois le bris.

Bail. I.

Couplez vous trois à ces beaulx sires dieux.

Bail. X.

« Tendoit le vêle, montoit au matz par les traicti. » Rabel. I, 90.

Et si faut un cordier des très.

Desch. fo 500.

Très. Tente d'armée. « Li très ert toz de soie fine. » Partonop. f° 126.

Et ceus qui n'avoient hostez Faire loger et tendre très.

Roman d'Artus.

Il signifie aussi poutre ou perche fort longue. Lacombe. Sans doute du latin trabs.

De deux très qu'ils taillent égaux Ils font aussi des mangonneaux.

Froissart.

Du Cange donne les sens suivants : i. Tente, pavillon. Gl. Treffa. — 2. Voile de navire, id. — 3. Proche, auprès, gl. Très. — 4. Dès, depuis :

Je ne manjai très avant hier.

Renari, v. 23348.

TROYS. Quelque chose comme turlututu ou le lut des gamins de Paris.

Chantez leur troys sans point songer.

Bail. V.

N'as tu rien apporté? — Troys! troys!

Par nos dieux, j'ai tout oublié.

Vie de S. Christophe,

S'ils veulent servir, oui dea troys^ Marotte les met à l'office.

Al or. des Enf. de Maint.

Troupt ! troupt ! vivons hardiement...

Tproupt ! tproupt! où que soit passé Diex.

Li Jus de saint Nicholai.

Truc ! avant ! ce n'est que redtcte.

Mor. des Enf. de Maint.

Trut ! trut! povre homme n'a que honte.

Conv. de S. Paul, Jub. I, p. 52.

Trout ! au gibet ! ne nous boujons.

Mart. de S. Denis, Ib. 152.

Trout! je n'y donne un brin de bourre,

Mir. de sainte Genev. Ib. 231.

Trut ! trut! baille ca!...

Ibid. 243.

Nous baillez vous de vos trudaînes?.., Trut! à qui parlé je.

Palhelin, v. 568 et éo8.

« Trut avant, Nostre féal, estes vous marié i^ » Rabelais, II, 174. — « Le seigneur Basché jouoit aux troys cens troys avecques sa femme. » Rabelais, II, 321.

On voit par ce nombre d'exemples que trut n'était pas si rare que Ta cru Génin. Pathelin^ p. 284.

Trut. « And some be interjections of indignation : trut! as trut avant, trut! » Palsgrave, p. 889.

« Trut^ tour, ruse, finesse. Gl. Trufa. « DuC.

L'identité de troys et de trut ou truc résulte de ce passage des Jeux de l'Inconnu^ p. 128 : « Contente-toy de manger ton lard en repos, joue au truc avec ta femme. » C'est le jeu du Sgr Basché.

TRUYE, subst. f. Truye maris ^ la truie de mer; c'est un poisson.

Truye maris, sans avancer ravault.

Bail. XI.

On ne devine pas pourquoi l'auteur n'a pas écrit truia ou troga maris ou truye de mer^ qui entraient également dans la mesure du vers.

Dans la classification des ichtyologues modernes, truie de mer est le nom vulgaire de la scorpène scrofa ou truie (Lacépède), famille des acanthoptérygiens de^Cuvier. Mais comme on donne encore, dans nos ports de Normandie, le nom de truie à la morue verte de basse qualité, il est permis de supposer que la truye maris du Jargon était tout simplement de la morue, que mangeaient les convives de la « vergne cygault « pour s'exciter à boire, et qu'ils avaient pêchée sans ravault, ligne ni hameçon, c'est-à-dire volée; cf. avec cette locution « vendenger sans couteau » sous Vendengeurs.

« Porc de mer^ marsouin, pourpris est tout un. » Menagier^ II, ip8.

TURQUIE, subst. f.

Ou qu'elle soit de l'assault de turquîe Pour les duppes faire brouer au mynsse.

Bail. IX.

Le ms. Stockholm porte bien lisiblement turquie. En étudiant les significations possibles de ce mot, je crois prudent de laisser de coté la Turquie géographique, c'est-àdire le pays des Turcs. Les Ballades du Jargon sont à peu prés contemporaines de la prise de Consrantinople. Villon, en son Grant Testament ^ ne connaît encore que l'empereur d'Orient, Je n'ai rencontré aucun emploi du mot Turquie au xv« siècle.

Revenons aux sources françaises. L'ancienne langue avait un verbe turker^ dont voici deux exemples :

Espagner voel un mien ami Ki ier soir se turka à mi,

Poés. av. 1300, IV, 1346.

Mais Valencenois s'ont turkié.

Ph. Mouskes, V. 25015.

La traduction de turker donnée par La Curne, se faire turcj est évidemment sans valeur. Le premier exemple doit se rattacher à torcher ^ au sens latin de torquere ; c'està-dire 'i se tordit à moi », s'est attaché à moi, ne m'a pas quitté.

On pourrait expliquer d'une manière analogue le vers de Philippe Mouskes, dont le sens visible est « mais les Valenciennois sont incertains, ou trahissent ». Le savant éditeur de Ph. Mouskes, M. le baron de Reiffenberg, pense qu'il faut identifier ici turkiés avec truchiés pour trucheursy trompeurs ou traîtres, de l'allemand trug.

C'est précisément à cette interprétation que je me suis arrêté pour le vers du Jargon qui m'occupe ici. Je crois qu'il faudrait lire :

Ou qu'elle soit de l'assault de truchiés

c'est-à-dire « à moins qu'elle ne soit occupée à quelque entreprise fructueuse contre la bourse des dupes » .

Cependant, peut-être n'est-ce que la continuation du sens obscène des vers précédents, et faudrait-il lire torchie. Il me suffit d'indiquer cette hypothèse sans insister.

Le Jargon espagnol donnerait, d'après Oudin, turquia^ une pistolle ; et turco^ du vin. Mais rien d'analogue dans les Jargons français, anciens ou modernes, ne permet de s'arrêter à ces deux vocables.

§ Une expression proverbiale « prendre le turc » mérite cependant qu'on s'y arrête. Je donne la parole à Brantôme :

« Un gentilhomme rencontrant M. de Bussy au lever du roi (Henry III) lui dit : « Vous estes tost endormi à ce matin, Bussy; vous avés la mine d'avoir couché cette nuit avec une dame. » Bussy répondit : a Vous pourriez bien dire vrai, et possible encore mieux, si vous disiés que ce fut avec une de vos parentes. » Uautre, sans s'étonner, lui répliqua : « Ah ! mon Dieu ! je ne prendrai pas le turcy non plus que vous, car il n'y a pas deux nuits que j'ai couché avec une des vôtres qui me plaisoit fort. » C'estoit un petit quolibet qui se disoit de jadis, que qui n'avoit aucune femme galante en sa race pourroit prendre le turc; de sorte qu'il est encore en proverbe. » Brantôme. Qu'il ne faut parler mal des dames. Disc. VII. Ainsi rapporté en marge de la page 557, t. II, dans mon exemplaire du Dict. comique de Leroux, Pampelune, 1786^ préparé avec des notes manuscrites pour une nouvelle édition.

TURTERIE, subst. f. Le gibet.

Et que point à la turterie En la hurme soies assis...

Aller fault à la torterie C'est à dire au joliy gibet.

Mist. du Vieux Test.

Ces deux exemples d'un mot qui ne se rencontre pas dans nos ballades, mais qui s'y rattache par d'étroites affinités, montrent que, comme la plupart des mots de Jargon, il offre deux sens figurés, indépendamment de sa signification effective :

1° La turteriej c'est le pigeonnier, le gibet où les pendus sont accrochés, chacun dans sa hunne ou cage (v° Hunne], Tourtre^ c'est la tourterelle ^ latin turtur; la turterie est donc le pigeonnier, le haut perchoir, soit prison, soit gibet :

Et tous les jours plain pot de Seine Aux pîgons qui sont en essoine Enfermez sous trappe volière.

Villon. Pclit Test.

La tourtre, désolée et plaignant son veuvage, Remplissoit tous les bois d'un long gémissement.

Perr.

2^ La torterie^ c'est le même lieu envisagé au point de vue de la corde, c'est la corderie. Torta en arg. it. c'est la corde. Tourtouse est la corde du gibet {Jarg. réf.) et le gibet lui-même. « Hard. ce mot signifie les cordes dont on étrangle une personne; mais ces coxdes ne s'appellent pas aujourd'hui de la sorte par le bourreau de Paris. Il les nomme tourtouse et les cordiers les appellent mariage. » Richelet. Voyez suprà v° Mariage.

Que pleust aux dieux que le taulard Vous eust branchés en la tourtouse.

Vie de S. Christ.

Ils m'ont mis la tortouse.

Chanson d'argot du x\iïl^ siècle. ViDOCa, t. Icr^ xxv.

Tourtouser^ argot. Attacher avec des cordes.

VENDENGEUR, subst. m. Récolteurs, c'est-à-dire voleurs.

Car vendengeurs des ances circuncis.

Bail. I.

Et vendengeurs des ances circoncis.

Bail. VII.

Gaigneurs aussi, vendengeurs de costé.

Bail. VIII.

Le vendengeur, befïleur comme une choue.

Bail. X.

Vendengeurs de costé signifie, à ce qu'il me semble, coupeurs de bourses, lesquelles se portaient suspendues au côté.

Vendange y subst. f. Récolte, butin.

As-tu de l'or, teste estourdie ?

— Nous en aurons assez vendange.

Vie de S. Christ,

Le mot est de la langue ancienne dans l'acception ci-dessus :

Li bon paulmiers fait grant vendenge De Sarrazins. ..

Htst, des trois Maries, dans La. C.

Rabelais décrit la perception des impôts et revenus dans l'île des Apedefces sous l'allégorie d'un pressoir de vendange, III, 212.

Vendenger^ verbe actif. Récolter , butiner , arrêter, pendre.

Nous y allons luer au bec Pour le vendenger à l'efFray...

Ne te laisse point vendenger Si tu as pain, aubert ne plue.

Mist. de la Passion.

Si une fois vous puis reveoir, Je ne vous garderay qu'ung peu; Vous ferez raisin de vismeu :

Vendenge:^ serez à l'eschelle,

Act. des Apôtres.

Bouriaus fu, n'ot autre mestier.

Oreilles aprint à trenchier Par son pechié, par son anui ; En la fin en ot tel loïer Qu'ainsi li covint vendengier Ses oreilles comme les otrui.

Renart.

Tout est vendengié et grapé.

Br. de roy. lign.

Je l'ay pris en ceste boteille.

— Tu as vendengé sans cousteau.

Vie de S. Christ.

Lorsque le fils de Dieu, vengeur de son mespris, Viendra pour vendanger de ces rois les esprits.

D'AuBiGNÉ. Tragiques, éd. Lalanne, p. 126.

Vendengier les oreilles, ms. 7218 f° 78. — « M. de Montluc et tous les Siennois estoient vendangés ou bien fricassés. 1) Brantôme.

RacimOy gî'^PP^ ^^ raisin, pour pendu en argot espagnol et allemand.

Toutes les acceptions ci-dessus dérivent l'une de l'autre par extension.

VENT [mis au). Expression figurée et proverbiale pour pendu.

Là sont blefïleurs au plus hault bout assis Pour le havage, et bien hault mis au vent.

Bail. I.

S'esciliez ers de la terre Ou se ge cre mis au vent.

Renart, v. 17684.

On disait également mettre à la bise.

Gel féisse mètre à la bise.

Ihid. V. ] 7792.

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