COTGRAVE
« Estre mis au vent. D'Auton. Annales de Louis XIl^ p. 179 », dans La Curne.
VERGNE, subst. f. Ville ou lieu de réunion habité par j les Gueux.
En ceste vergne où vostre an veult loirrir.
Bail. VIII.
■ Un gier cojs de la vergne cjgault.
Bail. IX.
Par la vergne, tout au long de la broue.
Bail. X.
Veiz abrouer à la vergne cygault...
Qui, par usaige, à la vergne jolye.
Bail. XI.
Vergne (vernc, vernay, vernois, vernay) signifie au propre un aulne et un lieu planté d'aulnes; dans cette seconde acception, il est exactement synonyme d'aulnaye. DuCange. En argot du xvi*= au xix^ siècle, il signifie ville. Il semble que dans le Jargon il possède un sens mixte et s'applique à un lieu champêtre, mais habité, comme le pourrait êcre un champ de foire ou le campement des Gueux (voyez Cygault).
« Philippin. Il faut commencer à tourner vers X-àvergne. » La Comédie des proverbes^ p. 70. — « Nous approchons de la vergne. » Ibid.
Vergne. une ville. Vie gêner. — « Iceux argotiers ordonnèrent tenir par chaque an des Estats généraux pour aviser aux affaires de TEstat; et estoient tenus anciennement juxte en la vergne de Fontenay le Compte. » Jargon réf. — « Pour venir en cesce fameuse vergne de Paris, au lieu qu'on appelle le Port au Foin. » Respcnse et complainte du grand Coesre^ éd. Techener, Joyeusetés. p. 24. Le Port au Foin était le quartier général des filous de Paris.
Vergne. Aune, verne. « Il a les yeulx rouges com un jadeau de vergne. » Rab. I, 14,6. C'est-à-dire comme une jatte de bois d'aune, c[ui rougit en vieillissant.
Vergner. Garnir une rive de vergnes. Du Cange sous Guerinagium .
S'il fallait absolument trouver une étymologie à la vergne jargonnesque, j'irais la chercher au plus près, dans la pure latinité. Verna désigne l'esclave ou l'animal domestique né dans la maison de son maître : « Vernce^ qui in villis vere nati... » Festus. Les latinistes de la corporation des Gueux auraient tout simplement transporté le sens du contenu au
contenant. De plus, l'adjectif vernaculus signifie qui est du pays, de la maison ou de la ville, d'où l'idée toute simple d'appliquer au pays ou à la ville elle-même le mot verna^ traduit par verne^ qui est la vraie prononciation de vergne^i où le g est muet>
VERNAS, subst. m. Printemps.
Ce devers coys, par un temps du veriias.
Bail. XL
Ver. lat. le printemps. Vernalus^ latin, printanier ; français vernal.
Le rameau protecteur qui semble l'ombrager Donne un nouvel éclat à sa grâce verncile.
Masson. Helvét. IL
Vernant^ printanier : « Qui esmeuc les oysillons des champs à si mélodieusement chanter, fors la vernante saison et le vert gay délectable. » Sicile. Blason des couleurs, p. 12.
VERONICLE, subst. f. Ancienne forme de véronique. mk qui signifiait « portrait du Christ ».
Belistriens, porteurs de veronîcles.
Bail. VIIL
Les porteurs de véroniques^ comme les « pardonneurs » ou vendeurs d'indulgences, parcouraient les campagnes en exhibant des portraits du Sauveur, d'après l'image de sueur et de sang que la face de Jésus-Christ laissa sur les trois plis du voile de sainte Véronique.
Vera icon ou vericona^ la vraie image ; telle est Tétymologie communément reçue, que M. Alfred Maury a discutée et critiquée dans ses Croyances et légendes de l'antiquité^ p. 334. Voyez aussi sur ce sujet un curieux article du Quarterly RevieiVy traduit dans la Revue britannique du mois d'avril 1874,
Au xvi^ siècle, véronique se prenait pour un portrait en général : « Et disoit qu'il (Charles VIII) avoit le visage « beau, doux et agréable, et Taccomparoit à un gentil- « homme près de nostre maison; et disoit que c'estoit sa « vraye semblance, en l'appellant souvent par ce mesme « mot la véronique du petit roy Charles VIII. » Brantôme, Capit. françois .
VOLANT, s. m. Manceau.
J'en suis mieulx prins que voilant à la foyre.
Bail. IX.
La signification précise de volant est attestée par les anciens vocabulaires de Jargon, par Bouchet (xv^ serée), et quelques exemples authentiques :
« Laissons nos volans et le reste de nos habits à ces pauvres diables. » La Comédie des Proverbes j p. 60. — « Voicy du monde sous ces arbres, qui joue à la ronfle (qui dort), qui ont quitté leurs volans avec leurs habits, de peur d'avoir trop chaud. » Ibi'd.
Voici le titre d'un opuscule publié à Paris, en 1727, in- 12 : « Satire sur les cerceaux^ paniers^ criardes et manteaux Yola.nis des femmes. )) — « Deux hommes dont Tun vêtu d'un volant cannelle. » Pièces du procès de Damiens. t. I^^", p. 62 et 63.
Les deux derniers exemples, bien qu'ils ne datent que du dernier siècle, sont très voisins des anciennes dictions qui qualifiaient volants et volantes toutes pièces légères et mobiles de l'habillement des hommes et des femmes. « Cottes d'armes armoyez au duc, les deux justes et les autres volans. » Etat des officiers de la maison des ducs de Bourgogne j XV® siècle, p. 238. Oudin nomme la visière d'un casque le « volant » d'une salade. De nos jours, on nomme volants la garniture flottante des robes de dames, qu'aux xvii^ et xviii* siècle on appelait /Îz/Zjj/u'j-^. de l'espagnol/a /c?a^ pli-
Volantiuj même signification :
La coverture fur moult chiere, D'un riche paile volantine Jusques a la terre il traîne.
Fchl. S. G. fo 193.
Bien que la signification de volant pour manteau soit certaine, elle me fournit l'occasion d'une dissertation entièrement neuve sur les mots vol^, voler^ voleur^ au sens actuel. Le mot voleur, spécialement, est un mot nouveau qui ne remonte pas au delà du xvi* siècle. Voici ce qu'en dit Etienne Pasquier [Rech. de la France^ éd. de 1645, P* 7'^9) '• " Qi-iant au mot de voleur^ l'ordonnance du roi François I"" faite contre eux, nous enseigne l'origine, quand elle die, qu'il y avoit des meschans hommes, lesquels faisans semblant de voler l'oiseau, aguettoient les marchands sur les chemins. Si cela n'est vray, il est bien trouvé. » Pasquier a négligé de nous fournir un renseignement que, en sa qualité de magistrat, il devait avoir sous la main, c'est la date de l'ordonnance. Cette date, je l'ai
VOCABULAIRE AN.ALYTIQUE. SJj
découverte; c'est le 15 janvier 1536-7; quant à l'ordonnance elle-même, c'est autre chose : nos dépôts publics ne la possèdent pas. Je la trouve seulement citée dans un édit de Henri II, donné à Fontainebleau le 5 février 1549-50 « contre les volleurs ou voleurs .^qi les voile- « ries commises tant es chemins publicqs que es maisons de « nos subjectz. » Galiot du Pré, in-8°, 1554" L'édit de Henri II ne répète pas la définition que Pasquier avait lue du mot voleur dans l'ordonnance , c'est-à-dire dans les lettres patentes de François P*". Maintenant que j'en ai fixé la date, il est probable qu'on en retrouvera quelque exemplaire, et qu'on pourra vérifier l'allégation de Pasquier. Celle-ci ne présente rien d'inacceptable en soi. Le mot voleur peut avoir désigné d'abord les gens qui faisaient semblant de voler (l'oiseau) et qui volaient réellement, avec ou sans faucons et éperviers.
C'est sans doute en ce sens qu'il faut comprendre les vers suivants de Coquillart :
Danceurs, mignons, fringans et gentz, Chasseurs, volleurs^ tous telles gens.
Mon. de la holle de foing, I, 190.
Cet exemple, qui avait échappé jusqu'ici à tous les lexicologues, recule d'un siècle et demi la date du mot volleury que Littré cite d'après Pasquier seulement. L'étonnant, c'est que le mot soit né si tard, comme aussi l'assimilation de vol et voler en chasse, avec larcin et dérober.
Ainsi voly d'après les plus anciens textes, signifie uniquement chasse à l'oiseau, c'est-à-dire au vol de Toiseau de proie. De même pour volerie et voiler (Eustache Deschamps, Comynes, Rabelais). D'une pièce, telle que per-
drix, caille, colombe, etc., prise au vol^ on disait qu'elle avait été volée. Comment l'équivoque ne s'est-elle pas établie entre la chasse et le larcin? Je ne sais; ce qu'il y a de certain, c'est qu'elle apparaît pour la première fois au xvi^ siècle, authentiquement d'abord avec Pédit de Henri II du 5 février 1550, puis bientôt après dans Brantôme : « Pour l'enormité du fait il s'enfuit à Venize, où, estant retiré, il fut tué par deux déterminez soldats de volleries (c.-à-d. des pillards), où il y en a tous jours de bons. » Capit, estr. II, 23. Enfin, le verbe moderne acquiert son droit de cité dans la langue vers la fin de ce même xvi'' siècle : « VOLER, peculatum facere » . Trésor des mots français y Rouen, 1597.
Il est donc bien établi que le Gueux du xv*^ siècle qui se lamente d'être mieux pris par sa maîtresse que « voilant à la foire » , n'entend pas par là c[u'il est mieux pris que s'il eût été arrêté à la foire en flagrant délit de voly mais qu'il est mieux pris « qu'un manteau en foire ». Ceci rappelle, d'ailleurs, l'amusante plaisanterie d'un vaudeville du théâtre des Variétés^ les Trois épiciers : « le silence était complet, on aurait entendu voler,,, un foulard. » Le XV* siècle ne disait pas voler au sens de prendre.
Et cependant, le latin et le bas-latin avaient formé les mots involare^ voler^ et involator^ voleur ^ sur vola^ paume de la main. Les exemples classiques abondent : « Remit te « pallium mihi meum quod involasti, » Catulle, 25, 6. — « Hereditatem accepit, ex qua plus involavit^ quam illi relictum est. » Pétrone. Sat. 43. — « Anuli, quos amicx tu3e involasti. » Frag. trag. 56. Burm. apud Forcell. Nous retrouvons involare synonyme àefurari^ à presque toutes les pages des capitulaires mérovingiens et carlovingiens :
« Si quis alicujus amissarium involaverit... Et si ille talem equum involaverit quem Alamanni marach dicunt... De eo qui alterius caballum involaverit. » Bal. I. 77 etpassim. Les écoliers du moyen âge apprenaient encore dans le Donet, c'est-à-dire dans la grammaire latine d'^lius Donatus, composée au iv^ siècle, que « vola dicitur média pars manus... unde et involare dicimus, quumaliquid furtim vola manus subtrahitur ». Du Cange cite encore des exemples à'' involare. et même de volare^ dans la latinité du moyen âge : « Si per furtum illum involaverit » . Canones S. Patricii, cap. 32. — Volare^ gallicè voler ^ anc. charte citée par Du Chesne. Ânn. Massil. 1266.
Il est certainement fort curieux et même extraordinaire que les verbes involare ou volare^ conservés par le baslatin du xiii^ siècle, n'aient pas été recueillis parla langue française. Ce phénomène appelle une explication, et elle m'apparaît plausible, parce qu'elle est simple. Du Cange traduit involare par empaulmer, mettre en paulme. Rien de plus exact ; la paume de la main est synonyme de la vole. Ce dernier mot a laissé quelque trace dans notre littérature :
Et d'un sierf à vole puant,
Boisteux, fauz hermite et truant.
Ph. Mouskes, p. 685.
Maïs il faut aller ensuite jusqu'à Rabelais pour en trouver un nouvel exemple: « De la main dextre, il frappa du doigt milieu contre le muscle de la vole. « I, 315. Il est visible que la vole a été remplacée par la paume dans la langue courante; d'où cette conséquence naturelle que voler et envoler^ dont le radical s'oubliait, cédassent la place à paulmer et empaulmer ^ ce qui eut lieu; comme on le peut
Si6 LE JARGON DU XV'' SIECLE.
voir sous ces deux mots au présenc vocabulaire. Quant à la suggestion de Litcré, que envoler aurait fait double emploi avec embler^ qu'il en dérive, je ne la repousse pas; je la réserve seulement, d'abord parce que l'étymologie dJembler par imolare n'est pas prouvée, et, que faute de textes qui permissent d'établir les transitions, on en pourrait essayer d'autres, par exemple cVablatio et d'ablatus^ le verbe auferre possédant par lui-même le sens de vo/e/-^ auquel l'a employé Tite-Live (Forcellini sous Aufero. p. 285, col. 3), comme synonyme defurarij, lequel, d'ailleurs, s'explique communément « clam alienum auferre»; ensuite parce qu!envoler coexistait dans la vieille langue, Littré lui-même en cite des exemples du xiii'' siècle, avec embler ^ et cette coexistence permet de présumer pour ces deux mots une origine différente.
Ce n'en est pas moins un cas philologique fort singulier que de voir un groupe de mots latins et bas-latins perdre pendant cinq ou six siècles leur droit de bourgeoisie ou du moins leur signification primordiale, pour les recouvrer ensuite en vertu d'un concept nouveau, aboutissant au même sens.
WALCQUERINS, subst. pi. Mot d'origine germanique qui reproduit le français pèlerins^ au sens étymologique de peregrinus^ voyageur, étranger, coureur.
Brouant au bay à tous deux jvalcquerins.
Travellié somes et pené,
Et moult avons par mer jvalcré.
Par ton. 3429
Mais ades xvaukrent et cancelent Car trois jours dura li orés.
Roi Guill. p. 133.
Ainsi vaucrant alla Lyonnel par la forest.
Percef. II, f>> 82.
Le chevalier vaucrunt parmy la praerie.
Ibid. f" 126.
Vaucrery errer. « L'armée qui toute Tannée s'estoit tenue sur mer, vaucrant et frontenant le pais de Bretagne. « Froissart, III, f» 357. — « Ilprint deux vaisseaux de mer. . . et commença à vaucrer et errer sur la mer. » Modusj f° 329. — « Ala tant par mer ivaucrant qu'elle arriva au castel de Biaucaire. » Ms. 7989, f° 79.
Du Cange enregistre les verbes ivalkrer^ ivaucrer^ vaukrer^ vaxare^ qui rappellent le verbe latin vagare.
En allemand du moyen âge, ivalch et waller^ pèlerin ; ivalckeriy être ballotté sur les flots ; ivallen^ voyager, aller en pèlerinage. Scherz.
En ail. moderne, ivalken^ fouler aux piedsj îia/Z^w^ aller en pèlerinage 5 iv aller ^ pèlerin.
En anglais anc. er moderne, walk^ promenade; to ivalk. marcher, se promener.
En italien, lalchera^ lieu où l'on foule (les draps). N. Duez.
YS, huis, porte, cordons ou cordes.
Et babignez toujours a.\x^ys Des sires, pour les desbouser.
BaU. I.
Men ys vous chante que gardez Que n'y laissez et corps et pel.
Bail. II.
Et autour de vos y s lurie Pour la poe du marieux.
Bail. V.
Voici quelques exemples à'^us pour huys^ forme intermédiaire entre huys et ys :
Et vint courant jusques à Vus.
Fabl. ms. S. G. fo iv, c. I.
Pus a très bien les us fermés.
Ihid. fo 2 ro, c. I.
En Vus ot de fer une barre.
Perceval.
L'orthographe ancienne est uis :
Mais li uis de la chambre li fu mult defenduz.
Th. le Mart. 128.
Mais cil qui garda Vuis ne li laissa entrer.
Ibiâ. 49.
Quar vous oez dire à la gent :
A Vuis, à Vuis qui n'a argent.
Rut. II, 41.
J'inclinerais cependant à identifier y s et histi (v. ce mot) au sens de cordes (issas]^ cordages, cordons. Il s'agirait, dans le premier exemple, des cordons qui soutiennent les escarcelles des seigneurs qu'on se propose de « débourser » ; dans le second, « autour de vos ys » se traduirait par autour des cordages qui soutiennent vos tentes, c'est-àdire autour de vos repaires ; enfm, dans le troisième, men ys signifierait au propre ma corde; prenez-y garde de peur d'y laisser le corps et la peau.