‹ Le jargon et JobelinChapitre 31 sur 40 · B*1I. VII · texte numérisé non relu

B*1I. VII

Poor porres gallans morfondus

Qui ont tous leurs grains despendas...

S'il avoit des grains à l'emblée,

On lui raseroit le minois...

Tous mes grains ont pris la brouée.

Cap de Dion ! Tout est despendu...

Je suis tout ennuyé de coarre

Ras de poil, sans grains ne sans bourre...

Vie it S. Ckrislofbt.

Je vojs vendre ma marchandise

Et ne seraj pas si cosnart

Que je n'en mette ung grain à part.

Mist. du F. Tulamemt.

Grainj écu de six francs. Francisque Michel. -— Grano, anc. germania et Jargon espagnol, ducat de onze réaux; chez nous on disait dans le peuple un grain de six balles, Dict. du bas langage^ II, 23. — m J'y perds plus de cinquante grains de rente. • Jargon de Pargot.

Grain en cuivre, en acier, petite pièce de métal dont la forme approche d'un grain d*orge : 1 Lequel suppliant print deux ou trois grains d^ acier et un fer à cheval. > JJ, ia8, p. 84, an 1385»

*GRAVELISSES, pour graveleux? au sens de rude au coucher, comme des grains de sable et des cailloux»

De ces angels si gravelisses,

BaII. IV.

Mot d'exemple unique.

c Oh qu^il est gravissant! 1 Comédie des proverbes^ p. 57. — f Qu'on eslise plutost la terre graveleuse que la pierreuse. » O, de Serres, 8.

Le Jargon se sert de sableux pour voleurs, « Feignant d'avoir trouvé des sableux sur le trîmar. •

Grave y crampon, grappin, t Eschielles furent drechiés as murs à grans graves de fier. • Froîssart, II, 408. — ff Hés, graves et havés de fier. 1 Id. III, 196.

S Gravelisses pourrait signifier humbles, serviles, d'après Tallemand du moyen âge grajlich : • Grafiich dienst. • — f Ad nulla singularia servicia seu sturas sed ad sola communia servicia, vulgariter dicta graveliches dienste obli-* gâta. > Lettres patentes du sgr de Bemberg, 9 janvier 13 10, publiée par Gudenus, Codex diplomaticusj t. III,p. 139, Gœttingue, 1748. ln-4».

GREFFIR, V. a. Prendre, saisir.

Sont greffi^ et prins cinq ou six...

Luez au bec qae ne soies grejffl{,

BaU. I.

Vos contres ne soient greffi^.

Bail. IV.

' Se gr^r laissez vous carrieux.

Seroit ce point le marieuz Qui vient ici pour nous greffir ?

VU de 5. Christophe.

Si ne peusmes nous, devant hyer, De luy greffir ung harpela.

Mit. des Eufans ingraU.

Gr^fy qui s^esc conservé en français sous la forme de griffer y mais avec un autre sens, reproduit directement Tallemand greifen^ saisir ; angl. to gripe. — Au xvii* siècle, griffer conservait encore le sens de greffir ^ puisque Cotgrave traduit griffer : • To seize, or catch at violendy, greedily, and vrongfully. *

De saisir à voler il n'y a que la main; aussi grejlr est-il devenu synonyme de t dérober subtilement • dans t Argot réformé; mais, dans les exemples ci-dessus, il n'a pas d'autre signification que prendre, car les Gueux du Miroucr des En-' fans ingrati ont essayé non pas de voler de Targent, mais d'en obtenir par -mendicité. Les cinq exemples tirés de Villon et de la Vie de saint Christophe n'offrent qu'un seul et même sens, celui de prendre par la main de justice, d^arrêter,

f Graffio^ crochet ; graffare^ accrocher, ical. • N. Duez. Griffare^ de même. Cf. graphium, grafSnus, grappin, et ci-après v® Gmp,

•GREMES, subst. pi. Voyez Grumes.

Qoidant an ront faire aux gremes la mone.

Bail. X.

f Gremire, ital. Gripper, happer.* GremitOj serré, happé. ■ N. Duez.

<JrÈme ec grimaldo, grimaud, grincheux* Ce dernier adjectif, pris aux sens du Jargon et de Targot, amène gri^ maltieîlare^ crocheter les serrures ; grimaldellaio^ grimaidellierey crocheteur de serrures, grimaldellerie^ tours de larrons, etc. N. Duez.

Gremliehp ail. du moy. âge, terrible, t Er duhte si so gremlich. 1 Chriemhiîden Roche und die Klage, In-^*^. Zurich, 1757.

GRIFFER, V. a. Saisir, accrocher. V. Greffir.

Qui serre et griffe aa gart le duc.

Bail. IL

On disait aussi aggrijger. t Lb prevost. Ils ont mis au net un pauvre prestre;... si peu qu'il avoit, ils Pont escamoné et aggrijffé avec leurs argots de chappon. • La Co» médie des proverbes^ p. 86.

GRIS, subst. m. Froid.

Et voQS gardez bien de la roe Qui aux sires plante du gris.

En leur faisant faire la moe.

Bail. VI.

Grisj Jargon et gitano, froid. — « Ses habillements sont joyeulx, tant en façon comme en couleur; car il porte gris et firoid : rien davant, et rien darriere, • Rabelais, II, 372. — A remarquer que Rabelais joue sur gris^ qui se rattache à froid, et sur gris^ qui signifie fourrure. Villon plaisante de la même manière; la roue du pilori donne du gris aujt condamnés, en ce sens qu'elle les couvre de tristesse; telle esc leur fourrure. — t II fait

^nV^ on vend du ^rix, pour il fatc grand froid, t Oudin. Cur.fr, L'argot du xvi® siècle appelle le vent t le gns ». probablement par synonymie avec hist par Tintermédiaire de his^ qui est une couleur très voisine du gris.

Gris en zincalo signifie également froid. Borrov. — « En hiver, quand U gris bouesse, c'est lorsque leur estât est le plus chenastre. — Le gris bouffe ou - bousille, il fait froid. ■ Jargon réformé.

ff Faire grise mine et mauvais recueil auxdits masques. > Arr. Amor. p. 417.

Planter du gris aux sires, c'est les refroidir^ c'est-à-dire

les tuer.

Mais, oh ! quelle angoisse C'est quand le gris boisse.

Chêtuon JTargoL

Puisque la dame nous fait gris Et que Ton nous met en mespris, Desloger fault

Les divtrs propos eî joyemsu remtçmtret, ttc p.xsj.

Quel visage eus-tu d'elle? — Gris.

llAtoT, I» aoa.

GRISSES, part. pi. pour griffes^ c'est-à-dire grillés, enfermés sous des grilles.

Pour ce, gardex vous d'estre grisses Dedans ces gros cofTres massis.

Bail. rV.

Crisser, t Elles grissoient d'ardeur de le voir, t G)tgrave; qui explique grisser par to crackle; «t to crackle par grésiller, grincer et grinsser. — i Grisler, grisleaum.

A crackling noyse, as of méat in die broyling. 1 Cocgrave. Criller et grisstr pouf plisser. Ibid,

On voit que ces formel griller ^ grisser^ grincer se confondent dans Cotgrave; la lecture des mss. du xv* siècle explique et prépare cette confusion; grille (de prison) s'y écrit fréquemment grisle et même grisse, La plus ancienne des éd. sans date de Villon imprime comme suit ces vers du Grant Testament :

Lieu n'est où ce marché ne tienne Sinon en la grisse de Mehun.

Or, dans ce passage, il s'agit clairement de la grille de la prison de Mehun. Le ms. Coislin écrit la grisle.

Maintenant pourquoi grisses au lieu de grissés? Rien de plus simple. Le moyen âge employait une certaine <]uantité de participes passés sans accent sur la dernière syllabe, par exemple délivre pour délivré. .Cette diction subsiste chez les populations méridionales; les Bordelais et les Poitevins disent encore : Je suis tout trempe et j^ai les pieds gonfles j pour je suis trempé et j'ai les pieds gonjlés.

GRUIS, subst. f. Fille de joie, femme débauchée. Luez la gruis s'elle est desmaquillie.

Bail. IX.

La mesure du vers y est, gruis étant monosyllabique comme simple variante de grus. Le ms. Stockholm porte, à ce que j'ai cru lire, gruice avec un e de trop ; peut-»étre grince. En tout cas le mot est altéré. C'est Du Cange qui nous le restitue : n Crus^ femme débauchée, gl. grussus. — Grus y ribaude. Lettre de rémission de 141 5,

reg. 169, pièce 61. Alias gruis. • — t Icelluî Girart appella la suppliante deux ou trois fois grusj grus; et pour ce qu'elle n'entendoit pas que c'estoit à dire desdites parolles, demanda audit Girart que c'estoit à dire : lequd Girart lui dist que c'estoit à dire ribaude, et l'appelant par pluseurs foiz : grus^ ribaude, grus^ ribaude. • JJ. idp, p. 61, an. 1415.

Le mot est encore connu à Lyon, ainsi que le prouve la curieuse anecdote que voici.

Au mois de septembre 1879, le régisseur de l'Odéon de Paris faisait répéter la Jeunesse de Louis XIV sur la scène du théâtre Bellecour, qui allait ouvrir. Les figurantes, qu'on avait engagées à Lyon même, ne paraissaient pas comprendre les indications qu'on leur donnait. Le régisseur saisit Tune d'elles par le bras et l'appela 1 espèce de grue I • La figurante se mit à pleurer et regardant le r^isseur avec l'expression d'une indignation violente, lut dit : c Monsieur, vous aurez affaire à mon mari, t Le lende* main, en efiet, le mari se présenta ; citait un honnête ou- .vrier, qui demanda, avec beaucoup de politesse et de sangfroid, s'il était vrai qu'on eût injurié sa femme, i J'avoue que je Tai appelée grue^ répondit le régisseur, mais je ne comprends pas qu'elle s^en soit fâchée; c'est un mot très usité au théâtre pour qualifier les femmes qui paraissent manquer d'intelligence. C'est comme qui dirait imbécile ou fichue bête. • — c Oh! très bien, monsieur •, répondit le mari de la figurante tout rasséréné; f si vous n'avez voulu que rappeler fichue bête, il n'y a pas de mal. » Et il se retira tranquillement. Le directeur, M. Duquesnel, me raconu la scène le lendemain, et je lui donnai le mot de l'énigme.

VOCABULAIRE ANALYTIQUE. }5i

GRUME, subsc. m. Bois de charpente et de charronnage, coupé de longueur, non équarri, mais gardant encore son écorce; le Jargon désigne ainsi la potence, qui assez souvent n'était que le premier arbre venu de la forêt prochaine.

- De paonr des hnrmes Et des grumes.

Bail. III.

■ Sous peine d'estre eslevé sur une busche de quinze pieds de haut. • Caballe des filous , Je crois qu'il faut lire à la ballade X :

Qaidant aa ront faire aux grumes la moue.

Le ms. de Stockholm porte gremes (voyez ce mot).

L'écymologie de grume est considérée par M» Littré comme inconnue. Je proposerais assez volontiers le grumus latin, qui nous a donné grumeau :

On U jage au toacher quant on la sent rugueuse, Sans lustre, sans polj, sons le doigt grumeleuse.

RlMT BBUIAU, I, 13.

I Gromaj it., croûte •. N. Duez. — Grumam seu silvam. Chr. Aistulfi reg. Lomb. ap. Ughellum, 2, 106.

Le sens général est croûte; or le bois en grume est celui qui conserve encore son écorce après avoir été abattu.

Le double sens, nécessaire au jargon, est gourme :

Et si aient plenté de grume, P lente de fièvre et de jaunisse.

jjB LE JARGON DU XV* SIÈCLE.

GRUP, subst. m. et adj. pour gruppé (voyez Grupper). Captivité, captif, accroché, pendu.

Montigny y fut, par exemple.

Bien ataché au halle^ruf .

BaU. il

Danger de gruf en arderie Fait aux sires faire la moe.

BaU. VI.

Car qui est grup^ il est tout ronpienlx.

Bail. VII.

Car qui est gruf, il a, mais s'est au mieulx.

Bail. X.

Son procès va donc à rebours, S'il est ^riif?...

Mist. dt le Pésfion.

Il s'agit évidemment de gens pris par le col. On ne saurait méconnaître Tanalogie du mot grup avec le mot croup qui désigne l'angine couenneuse des enfants, et dont les lexicographes modernes ont vainement recherché Torigine. La grippe est de la même famille.

La racine du griphus latin, du gruppo et grappo ital. et du greifen allemand est le grec Tpîf «ît qui signifie pro- -prement filet à prendre le poisson.

Nous retrouvons dans le mot grup un nouvel exemple de participe passé transformé en adjectif par Tapocope de IV final représente Vat roman : grup pour gruppé^ comme délivre pour délivréj grisse pour grissi, etc.

♦ GRUPPELINS, subst. pi. Petit pot, Dimînudf de Crupauh. (Voyez ce mot.)

Ung maquereau à tous deux gruppelins.

Bail. IX.

Gouplinej une pince de vin. Ol. Chereau.

GRUPPER, V. a. Prendre, avec ses diverses acceptions : arrêter, saisir, voler. Appartient à l'ancienne langue et subsiste dans la langue moderne sous la forme gripper.

Se gruppe^ estes descarieux.

Bail. I.

Se gruppe^ estes desgrappez.

Bail. IV.

Et force d'aubert grupperons.

Mût, dt la Passion.

Il fut gruppé et mis en roue.

Vit dt s. Christophe.

Les plus rouges y sont gruppe{.

Rep. franehts.

L ung est rusé, l'autre gruppé,

CoauiLLART, I, 198.

Tout droit devant Florence si se venoyent getter Pour piller leur finance Se l'eussent pu grupper.

Chanson de Rouit.

• Qui desrobbe ne sugse mais grappe, • Rab. II, 93. — i Ces poures ignorans icy, qui grappent (alias gruppent)j au moins mal qu'ils peuvent. • Rab. III, 216. — « Je le vous grupperay au crue. • Rab. II, 63. — f Je vous grupperai au truc. I shall take you napping, or catch you as you go by. » Cotgrave.

aï

f Gruper^ uncinare. • Oudin. Rech, fr, et ital, 2* parc. 287, col. 2, Rob. Est. Dict, in-4<>.

On trouve aussi grupée pour vol, butin :

Et tel y laissera la laine Qui n'en a ara jà la grupée.

Mist. de la Passion.

fl Parmy eulx règne la sexte essence, moyennant laquelle ils grippent tout, dévorent tout et concilient tout. • Rabelais, III, 45. — € Pourveu qu'on ne nous grippe point au col et aux chausses. » Com, des Proverbes^ P- 7'-

Car a beaulx detz les gallands le pipèrent. Et son argent subtillement grippèrent.

Pierrt Faifeu, p. 54.

GUEUX, subst. pi. C'est le mot de la langue ordinaire; les Gueux du jargon s'appliquaient entre eux cette dénomination.

Benards, voas estes roages gueux,

B*n. IV.

Gueulx gourgoarans par qui gueulx sont gourez.

BaU. vni.

Après moUer, luay ung gueulx qui vault... Puis, dist ung gueulx, j'ai paulmé deux âorins... Puis, dist un gueulx qui pourlnoit en haut.

Bail. IX.

Gueulx affinez, allegrucs et âoars...

Là ot ung gueulx son endosse polye.

Bail. XL

S'elle est fine, soyez songnenx Que de ses fins tours vous gardez, Car souvent les plus rouges gueux Y sont surprins, bien l'entendez.

Chant, du XV* iieli. G. Paus, p. zz^.

< Gueux y compagnons de l'argot. » Oudin. Cur, fr.

On sait que gueux est une forme de queux^ en latin coquusj cuisinier, d'où dérive également coquin. C'est la tradition romaine qui tenait pourvile et déshonorante la profession des cuisiniers, taverniers, garçons d'auberge, etc., et leur interdisait le service militaire; témoin ce texte du code théodosien : c Inter optimas lectissimorum militum turmas, neminem a numéro servorum dandum esse decernimus, sive ex caupona ductum, vel ex famosarum ministris tabcrnarum, aut ex cocorum aut pistorum numéro, vel etiam eo quem obsequii deformitas militia secernit, nec tracta de ergastulis nomina. • Cod. Theodos. 11b. VII, tit. XIII. — f Le duc trois gueulx pour sa bouche. » Olivier de la Marche. Estât de la maison de Philippe le Hardy pour 1474, t. II, p. 520, éd. Petitot.

• Il n'est festin que de gueux^ quand toutes les bribes sont ramassées. » Com, des Prov, p. 55.

*GUOBLE, subst. Vin, boisson. Le contenu étant pris pour le contenant.

Adraguerent de fruoble maint crapault.

BaU. XI.

Gobello^ bourguign. ; gubellusj b. -latin. Gobelet, de cupa. — Gobeauj gobelet, verre à boire. Lacombe. — Kufelj gobelet, polonais.

H AIRE, subst. f. Tourment, peine, affliction, et, par extension, exclamation douloureuse, gémissement. C est un vieux mot de la langue vulgaire.

Sans faire haire Ne haalt braire.

Bail. m.

Car aucuneffois poar bien faire On n'a fors maltalant et haire,

Rostf V. 10752-3.

Crucifié à douleur et à haire...

Se femme prend, j'auray douleur et haire.

EosT. Deschamps.

Mes je di Et affi Que sus mi N'a fors que doel, painne et haire.

Froissart. Par. éPamours^ ▼. 12s i>4.

D'où haria et le verbe harier. On a aussi le verbe héer^ soupirer et pleurer, c'est-à-dire faire haire. Peut-être vientil de haire y vêtement de poil rude, par assimilation.

Porter la haire et la souffrance.

MOLIMET, p. X96.

HALLE pour HALE, subst. m. Air sec et chaud qui brunit le teint. C'est le mot de la langue courante. Être mis au hàle signifie clairement être accroché à la potence. Voyez Essorer.

Nyaiz qui seront attrapez

Bien tost s'en broueront au halle.

Bail. IV.

Gardez vous bien de ce mau haie Qui noircit les gens quant sont mors.

Villon. Gr, TestamenS, Orc veut l'ombre, or veult le halle.

Coût. d*i femmes.

Cler fut le jour^ greveus le halle.

G. GuuRT, I) 108, V. 2172.

... Au vent les ont halUs.

Cb, d'Antioehe, v. 56.

Il est fort et puissant, et moult noir et halle\.

GoXSCLIM, V. 1622.

Fors que pain noir, dur et hasléf Tout muisi et tout très sale.

RuTBBsur. II, 173.

c Si li airs esc mult caus et mule ses ec mule halleux, » Allebrant, f° 22.

Du flamand haël^ sec.

§ De précédents éditeurs avaient arrangé Texemple tiré du Jargon en écrivant aux halles. Le sens se pouvait accepter; aula lac, hall germ., signifient cour de justice, salle, marché, etc. 1 De la loy d^une ville faut adjourner baillif, hommes, majeur ec eschevins, selon ce que les villes sont ordonnées de loy, et faire assembler en halle ou en chambre, c'est-à-dire au lieu où ils ont accouscumé à tenir leur siège. » Bout. Somme rurale j cit. III, p. 13. Mais on obtenait ainsi à la rime un pluriel qui ne se retrouvait pas aux rimes correspondantes.

Signalons encore hâle^ échelle, en vallon, de scala; très acceptable pour gibet; mais il aurait encore fallu lire aux hâlesj et Ton rentrait dans l'objection précédente. (V. Hallegrup ci-après.)

Levez ces cuevrechiefs plus hault Qui trop cuevrent ces beaulx yisaiges. Oe riens ne servent telz ombraiges Quant il ne fait haie ne chault.

Charus d'Orl. Chanson,

De fil dW eut cousues ses manches,

Et pour mieulx garder ses mains blanches

De halUr, elle eut ung gans blancs.

Rose, V. S74-^'

HALLEGRUP, subst. ra. Gibet.

Montign}' y fut, par exemple.

Bien atache au hallegrup,

BaII. II.

Il fut gruppé et mis en roe Par [le] deflTaut d'un allegruc.

Vie de S. Christophe.

Grup et haie au sens d'échelle (scala) composent ce mot, qui signifie V échelle où Ton grappe ; le gibet où Ton pend et étrangle les criminels. Les anciens gibets de Paris s'appelaient des échelles^ telle que réchelle du Temple, etc.

Il ne faut pas négliger cependant l'analogie du mot hallegrup employé par Villon et de Vallegruc employé par Chevallet dans la Vie de saint Christophe (l'un et l'autre se prononçant allegru)^ avec le halcret^ halecret ou hallecretj corselet de lames de fer à l'usage des soldats de l'ancienne armée. (V. sur ces mots le P. Daniel, Hist, de la Mil. franc. I, 408; Jean d'Auton, Ann. de Louis XII j 1506-7; Flores de Grèce, ms. P» xxi r« ; Trévoux, V** Halcret^ etc.) Nous connaissons d'autres comparaisons faites par Villon entre l'armure militaire et l'instrument du supplice; par exemple, le i hault gorgerin d'escossois •, c'est-à-dire la corde autour du col qu'il donne à maître François de la Vacquerie, en son Grant testament ; et les pisans dont il est question à la ballade I du jargon. (V. ci-après, y^ Pisans.) 1 Vous serez

un jour capitaine d'une grande réputation : on vous donnera le hausse-col en Grève. • Com. des proverbes^ p. 78. — • Le halecret sur le dos, le casque en la teste, le pistolet au poing. » Sully, Mém, II, 20.

L'exemple de la Vie de saint Christophe signifie qu'on roua le criminel faute d'avoir un gibet à portée.

f Deux hommes de guerre que, selon Tusage du temps présent en fait de guerre, on nomme halagrés. • JJ. 201, p. 56, an 1477.

Donner pour Dieu, c'est un fort halecret Pour batailler au public ou secret Contre le diable, à ce qu'on le surmonte.

Tr. de Ja nohh Damt, f^ 90.

Hallegrupj gibet, et allegruc pour allègre (voyez ce mot) sont homophones, ce qui permet au Jargon de sousentendre une plaisanterie à propos de chacun d'eux; le gibet comporte une idée de joyeuseté, qui se retrouve dans mathe gaudie (voyez Mathe) et l'allégresse des Gueux rappelle le nom du gibet.

Parmi les rébus expliqués par Rabelais (I, p. 37) se trouve celui-ci : • Non et un alcretj pour non dur habit. • {non durabit),

HARPES, s. pi. Griffes, grilles, barreaux.

Prince des gayeulx, en les harpes Voz contres ne soient greifis.

Bail. IV.

Harpej en grec àpmj, croc, signifie en vénerie la griffe du chien; en construction, une pièce de fer coudée reliant

i6o LE JARGON DU XV« SIÈCLE.

les poteaux aux murs ; en fortification, une espèce de herse.

— I Harpe^ barreau de fer grillant une fenêtre de prison. Harpe se dit aussi d'une grille de fer. » L. Larchey.

f Le coesre. C'est lorsqu'on estnanty qu'il faut craindre la harpe, t Com. des proverbes^ p. 59.

Il y a en même temps jeu de mots entre harpe^ instrument, et harpe ^ griffa; harper^ jouer de la harpe, harperj prendre et serrer avec les mains, par extension voler.

— « Jouer de la harpe 1, tromper au jeu. Av. de d'Assoucyj p. 29.

Qu'auroient fait de plus des filous ?

Tu sais donc jouer de la harpe ?

J. MoRBAU, suite du Virgilt travesti, XII.

f Harpiasj arg. esp. Agent de police, officier de justice, sergent. » Oudin.

HAVAGE, subst. masc. Droit du bourreau.

Là sont bleffleurs au plus hault bout assis Pour le havagé et bien hault mis au vent.

Bail. L

Le texte de 1489 porte : pour le evaige. Le vers étant trop court, je le rétablis en aspirant hevaige^ ce qui me donne à la fois la mesure et le vrai sens.

i Le droit de havage est le droit de prendre une poignée de grains dans les sacs apportés sur le marché dfe Paris; le bourreau avoit autrefois ce droit, mais à cause de l'infamie de sa profession, on ne lui laissoit prendre le grain qu'avec une cuillcre de fer blanc. 1 Tall. des Reaux. —

Le havage de chascun sestier de blé vendu en la ville

VOCABULAIRE ANALYTIQUE. j6i

de Chartres hors franchise. Se cil qui le veut Ta acheté, il doit un havagiau. i Reg. des cens et fiefs du comté de Chartres j f« i6. — « A conclu à ce que les droits de havage qui se perçoivent sur les grains... par ledit Doublet, exécuteur, soient réunis aux droits de minage. • 1684. Minage de Montargis,

C'est pourquoi le texte emploie ici, pour beffleur^ la métathèse bleffeur^ qui nous reporte au radical bleif^ forme archaïque de blé.

La poignée de grains dont Tappréhension constituait le droit de havage s'appelait une havée : t Item la havée des fruiz qui sont venduz à jour de marché à Chauny dont chascun sur qui Ten prendra la havée^ se pourra rachater par mi avec obole païant. > Ch. des Comptes de Paris,

Item mon procureur Fournier Aura, pour toutes ses corvées, Simple seroit de l'espargner, En ma bourse quatre havêes,

ViLLOx. Gr. TestamiHt.

L'exemple suivant, emprunté au même poète, confirme le sens jargonnesque de havée ou havage pour droit du bourreau sur les pendus :

Aux povres duppes? — La havée,

Dîaî. iê Maîîtpayt et Baîlîevent.

S Ne craignons pas d'indiquer une autre version aboutissant naturellement au même sens ; le ^121;^/ est un crochet :

Leurs ancres ont geté li maronnier briefment A grans havés de fer qu'ils getent rudement.

Baud. it Steh. VII, i6.

j(Sa LE JARGON DU XV« SIÈCLE.

€ Plus de trois cens caudrons pendans à havés de bois. • Froissart, t. II, 177. — « Ils avoient gros croqs et hav€ts de fer tenant à chaisnes. » Ibid, I, p. èj.

Pour enseigne y mis ung havet,

ViLLOH. Gr. TêstamtHt.

Il y avait au xv^ siècle une enseigne du havei dans la rue Sac à lie, aujourd'hui Zacharie.

Littré donne comme étymologie du havet Tallemand hafij agrafe; en gothique hafjan^ soulever; ail. moderne heben. Ces indications demandent à être rectifiées. L* ancien ail. haft ne signifie pas agrafe, mais engagement, obligation et droit de contrainte (Scherz). L'ail, moderne possède hebe et hebelj qui signifient levier; heben en est le verbe, qui signifie lever, faire monter, etc. Quant au crochet proprement dit, ou agrafe, il se dit hakertj et le même vocable sert de verbe pour accrocher. L'analogie est évidente avec hangerij pendre, accrocher, etc. '

Si Ton admet ce double sens, on pourrait comprendre à volonté le passage ci-dessus du Jargon : • Là sont les voleurs au plus haut bout assis pour le droit du bourreau (droit de havage) ou pour le droit du crochet », ce qui revient au même.

HAVRE, subst. m. Port, refuge; c'est le mot propre.

Jour verdoiant, havre du marieux.

Bail. X.

Techniquement, un havre est un port qui est à sec à la marée basse; mais il se prend d'ordinaire pour un port quelconque : 4 Quand se départirent des havres d'Angle-

terre. » Froissart, II, 11, zj, — f Et veulx saillir du havre de seurité pour toy noyer dedans la mer. • Al. Charder, le Cwrial. — Dieu est le havre, le grand havre, où le pécheur trouve son salut : f Havre de Grâce, s'escria Rondibilis, que me demandez vous ? > Rab. II, 1 56. — Havre ou grand Havre ^ Dieu. Jargon réformé. — Le grand havre^ l'hôtel-Dieu. Franc. Michel, v» Aîillard,

Mais on peut croire aussi que si Dieu a été nommé le grand havre^ c'est sous une forme orthographique qui déguise à peine le grand favrej le grand artisan de Punivers :

Andlie dou paîs qae Ion havre Vulcain

A bourgat é batut, etc.

GuiLL. Ader. Lou GiHiiîome gtueoun, \. III, p. 104.

♦ HIRENALLE, subst. f. Evidemment fabriqué et dont le sens demeure aussi impénétrable que l'origine.

Oestirer fait la hinnalU Quant le gosier est assegis.

Bail. IV.

Hirenalle rime avec pirenalle, qui n'est guère plus intelligible. (Voyez ce mot.) L'un et l'autre sont d'exemple unique. En supposant qu'il fallût mouiller les deux 11^ on aurait hirenaïlle et pirenaille, c'est-à-dire deux mots de la formation qui a donné canaille^ grenaille^ tenaille. Et comme Vn dans ces trois derniers appartient au radical, canis^ granum^ tenacula (de tenere), il faudrait chercher pour hirenaille un radical tel que hiren. Le français n'en offre aucun, sauf iraigne (araignée) qui se prononçait irainej mais qui est inacceptable ici à cause de Vh aspirée que donne à la fois le texte et qu'exige

la mesure du vers. Arène et arenal^ déjà plus éloignés, sont écartés pour la même raison. Nous sommes donc conduits à nous rejeter sur l'allemand hirn^ cervelle, qui sonne hiren et nous fournit le radical cherché. Les deux vers de la ballade IV signifieraient, en ce cas : • Le gosier, quand il est attaqué ou asséché (par la corde du gibet), fait détirer la cervelle. • Je ne me dissimule pas que la composition hybride d'un substantif allemand avec une finale péjorative française rencontrera peu de créance. Je propose l'explication sans la donner pour meilleure que je ne la juge moi-même.

Si l'on renonce à Vn du radical et qu'on le suppose appartenir à un suffixe naille^ dont je ne connais pas d*exemple dans la langue, le radical se réduirait à hire. On trouve alors :

1 . Hire^ qui signifiait horreur, dégoût ; terreur, dans la vieille langue et qui subsiste dans le dialecte poitevin, c Et estoit nommé pour sa mauvesté la Hire, i Journal d'un bourgeois de Paris sous Charles Vil^ Mich. et Pouj. III, 264. Il faudrait traduire alors : i La terreur fait détirer les membres quand le gosier est pris. • Le sens est ici meilleur que Tétymologie.

2. Hire ou Hie^ l'outil à hier^ demoiselle de paveur, mouton, etc. (V. ci-après Hye et Hyer.) Le vers aurait peut-être alors un sens obscène : i La pendaison fait détendre la hire • , par allusion à un phénomène physiologique bien connu.

3. Hiraj l'intestin, dans Plaute. t La pendaison fait détirer les boyaux. 1

4. Hir^ en latin archaïque, la paume de la main (Lucil. ap. Cicer.), du substantif grec x^tp, la main. Le sens ne

VOCABULAIRE ANALYTIQUE. j6s

se raie pas mauvais, mais une dérivation si éloignée de sa base manque de vraisemblance. Voyez toutefois Littré sur Hir^ v° Hirondelle.

Nous avons encore hireté pour hérédité et hiraudus, français hiraud^ hiraux^ hiriaux, trouvère. Le chef des Enfants sans souci de Calais s'appelait le roi des Hiraulx. Je ne cite ces derniers mots que pour ne rien omettre.

AÏTj pour av (aer) et pour colère (de adirare) donnerait encore deux variantes de sens, à la condition d'écrire l'airenalie ou même Cahirenalle (cette dernière forme n'apportant aucun changement au texte). V. sur air^àirer, etc. le Dict. imprimé de La Curne.

Signification : i° Vaérement^ c'est-à-dire la pendaison ; 2** le dépit, le chagrin.

Atrer est écrit ahirer dans un certain nombre d^exemples cités par La Curne.

* HISTZ, subst. pi.

Plantez vos hist^ jasques elle rappasse.

Bail. VII.

L'anglais dit iohoist pour hisser et drisser (dans les autres langues germaniques hissa^ hissen)^ c'est-à-dire tirer sur le cordage qui doit amener un objet à sa place. Il n'est pas impossible que histi signifie ici des cordes, t Plantez • vos histi f , accrochez vos cordes, dressez vos tentes, c'està-dire restez en repos jusqu'à ce que le guet ait passé. (Voyez au même sens c planter /7ico/w •, v«* Picons,)

*l<rTiov, voile de navire, et toute sorte de tissu ; de loro;, mât de navire, chaîne de tissu, tissu, toile, étofie et bâton que l'on dresse comme pour une tente.

l66 LE JARGON DU XV« SIECLE.

* HORN ANGIER, v. a. Même sens obscène que Fournir. (V. ce mot.)

C'est tont son fait d'engaudrer les gaudins A hornangîer, ains qu'elle soit lubie.

Bail. XX.

De l'espagnol hornoy four, d'où le verbe hornearj qui donnerait en français hornieryfourneyer^fournier o\i four» nir. On peut voir dans hornangier l'intercalation du gier caractéristique du Jargon. (Voyez Gier,) Peut-être hornat^ gier reproduit-il l'ancien verbe espagnol hornaguear qui signifiait proprement échauffer ou brûler à la manière d'un four.

L'argot espagnol ancien détourne le four horno pour en faire le synonyme de cachot ; mais ce sens n'est pas applicable à l'exemple ci-dessus.

* HURCQUER, V. a. Accrocher, pendre.

Et si hurcque la pirenalle Au saillir dts coffres massis.

Bail. IV.

Le verbe hurcquer^ qui est d'exemple unique, paraît se rattacher directement à la horca espagnole, fourche, d'où ahorcar, pendre, f Horcdj maquina compuesta de très palos, dos hineados en la tierra, y el tercero encima, trabando los dos, en el quai, à manos del verdugo, mueren colgados los delinquentes condenados a esta pena. Furca, crux, patibulum, gabalus. Doner en la horca, lo mismo que ahorcar. » Dicc. esp, Fr. Canes. In-f», Madrid, 1787.

A défaut d'exemples français du verbe hurcquer^ hour-

quer ou fourquer^ nous avons du moins le mot jourques (alias /orques)^ dans notre sens exact :

Si dient qu'il seroît à fourques bien pendas.

Baud, de Sethurg, X, 679.

Ains demain miedi z forces penderés.

A!ol, 777Î.

Hoîiquer^ v. a. normand, qui paraît venir de l'anglais hookj crochet, signifie accrocher et pendre.

Enfin N. Duez traduit orcare^ ital., par « pendre à un croc i.

* HURME, subst. fém. Littéralement la forme ou compartiment réservé au condamné soit dans le pilori, soit dans le gibet de Montfaucon, dont la disposition comportait une série de cases superposées comme des cellules.

Plantez aux hurmes voz picons.

Bail. I.

De paour des hurmes Et des grumes.

Bail. m.

Et que point à la turterie En la hurme soiez assis.

Bail. VI.

Le mot hurme représente horma^ qui est la diction espagnole du mot forme, • Horma, el moldo en que se forman à hacer los zapatos. Modulus, mustricolx, forma calcei. Hormero el que hace hormas, formarum opifex. 1 Dict. de Francisco Canes, précité.

hz forme , en technologie, est le moule ou le creux dans lequel se fabriquent ou s'emboîtent les objets. Forme de TiAvïre, forme de papeterie, etc. Le condamné ou le pendu occupait, soit dans la roue du pilori, soit dans les étages

j68 LE JARGON DU XV* SIECLE.

superposés du grand gibet de Montfaucon, un compartiment, une forme. Cette explication, qui m'est venue à la pensée par la discussion des dictions espagnoles horma^ hormeroj etc., est pleinement confirmée par l'emploi du mot français forme^ pour désigner des sièges séparés descinés aux prêtres, chanoines et religieux dans le chœur des églises et que nous nommons aujourd'hui des stalles. Une forme était aussi un banc d'honneur en ce qu'il étale rembourré et ne pouvait recevoir qu'une seule personne; c'était encore un siège séparé.

Belles chaieres et beaux bans, Tables, tretiaux, fourmes, escrans.

EusT. Dbscb. Mît. dt mariage.

Cage, t On le fait entrer dans la nasse du mariage comme l'oyseleur fait venir les oyseaux de rivière dedans l^ fourme.,, » Quinie joyes^ p. 137. — t Et doit-on mettre tn fourme ung coulon qui soit ramier, et tous les autres s'i viendront asseoir en fourme dedens les deux roys, t Modusj f» 126. — t Le seigneur foncier peut avoir si^e d'une forme. » Coût, général ^ t. I«', p. 142. — t Je tout armez, alai parler au roy, et le trouvai tout armei, séant sur une forme, t Joinville, 172.

Le texte de Modus et des Quinie Joyes convient parfaitement aux formes de gibet destinées aux i pigeons qui sont en essoine • , pour rappeler une expression de ViUon

lui-même.

HURTERIE, subst. f. Bagarre mêlée de vol.

Et frappez en la hurterie Sur les beaulx sires bas assis.

B«ll. VL

C'ést-à-dire saisissez, pendant la mêlée, les écus, qui sont toujours f bas assis 1 puisquUls gisent au fond de la bourse.

Le mot est curieux en ce quHl est hybride, confondant, sous une forme unique, le double sens de hurter ou heurter j qui signifie en français frapper, et du hurtar espagnol (prou, fur far) ^ qui signifie voler.

Si durement l'a hurté et mal mis, Que li deux oil li sont volé du vis.

Ger. dt Fiantf p. 18.

La hurter ie ou huterie n^était qu'une dispute plus ou moins violente avec ou sans voies de fait. Le hurto espagnol reproduit lefurtum latin.

f Hurtar^ tomar los bienos de otro contra su voluntad. Quidpiam alicui vel ab aliquo furari, subtrahere, clam auferre, furto eripere. — Hurtado^ robado, subreptus, furtivus, furto sublatus. — Hurto^ furtum. — A hurtadillosj a escondidas, absconditè, occulté, clam. 1 Fr. Canes.

• To hurt^ blesser, faire mal. » Cotgrave. — « Le hourt

de deux armées. 1 Rabelais, II, 116.

Je ne pretens ne plaid ne hurterie»

Cl. Makot, p. 20Z.

HURTIS, subst. m. Bagarre mêlée de vol.

Puis ça, puis là pour le hurtis.

Bail VI.

Hurtis^ bruit qu'on fait en se poussant au combat. — « Le hurtis des harnois. 1 Rabelais, II, 116 et 466. — I La eut de première venue grant hurteis et lanceis. 1

Froissart, V, 293. — • Et y ot des hurteis et bouteis d'une partie. 1 Trésor des Chartes, an 1363. — t keUui Bourgois frappa à Tuis de Tostel, et advint que quant lehannin de Claelles oy ledit hurtis. 1 Ib, 141 2.

Les observations que j'ai faites sur hurterie^ en ce qui touche l'équivoque du sens français de heurter ^ frapper, avec le sens hispano-roman de hurtar^ voler, s'appliquent identiquement à hurtis.

Hurtis a été fait de hurter^ comme riblis de ribler, rijlis de rifler, etc.

HYE, subst. fém. pour HIE. Au propre, billot de bois qui sert à enfoncer des pavés, des pilotis, des portes ou des murailles; demoiselle dans le premier cas, mouton dans le second, bélier dans le troisième. Au figuré, force, volonté, puissance.

A hie âerent plus de cent chevaliers Si que les huis font des gons arachier.

Garin,x. I*, p. IJS-

Les murs assaillent par defors et à hie.

Du C. HimtùT,

Du saint Esperit c'est la hye Qui froisse, desrompt et esmye Orgueil et yre où Dieu n'est mye.

J. Di Mbuno. Tett. T. 101-4.

Le Jargon a réuni les deux sens dans un troisième :

Prince planteur^ quant vous sauldrez la hye.

Bail. IX.

C'est-à-dire c quand vous ferez sortir ou saillir Izhie *. La suite de l'exemple est

Luea la gruis s' elle est desmaqaiilie.

VOCABULAIRE ANALYTIQUE. jyi

C'est-à-dire i regardez le visage de la fille de joie s^il est défait et retirez- vous si... •

D'où l'on devine que cette hie^ cette puissance, c'est la puissance virile incarnée dans une partie de Thomme. L'assimiladon de cette partie avec un instrument de force tel que le mouton ou bélier ne laisse pas l'ombre d'un doute. La période entière ne s'explique d'ailleurs que par des recommandations de la plus révoltante obscénité.

HYER, V. n. pour hier^ employer l'instrument nommé Aie. (V. ci-dessus.)

Pour mieulx hyer desriver la couloire.

Bail. IX.

A la tour sont venus chascun i Aert et hie Tant que par force en ont la porte peçoîe.

Cb. d'Ant. X. III, p. s 14.

JARGON, s. m. langage inintelligible, mot ancien de la langue usuelle. Le premier exemple en est du xiii« siècle.

Lors tuit disetent en lor jargun Que cil oisax qui si canteit...

Maui de Fkamcb, fable 22.

Il n'y a ne beste n'oyseau

Qu'en son jargon ne chante et crie.

Les hoirs du deff'unct Pathelin Qui sçavez jargon jobelin.

Reputs frêMshtt.

t II courut wnjergon que humains auront redempdon. » Inc. et nativ, de N.^S. et rédempteur J.^C, Inc. du

XV* siècle, f<> 44**. — « Lioias. Puisque nous sommes avec

les loups, il faut hurler et dire noscre râtelée de ce /or-

gon. » La Corn, des proverbes^ p. 69. — t Je vous envoyé

dans la présente un chiffre et un Jargon. » Ambass. du

maréchal de Bassompierre en Suisse^ I, p. yj.

Diminutif ou fréquentatif, gergonnois et gergonnetj ce

qui est tout un, la prononciation des deux mots étant

identique.

. . . Pris est en gerfronnois.

Mît. dis Emfans ingratt,

OÙ le joly rossignolet

Si chantera son gergonnet.

Chanson nouvelle, xvic siècle.

Une lettre de rémission de 1426 (Très, des Chartes, reg. 173, ch. 456), citée par Du Cange, y^ Dupliciias^déènït le mot Duppe (y.suprâ) : t une manière de parler que ilz (les vauriens de Rouen) nomment jargon » . Il est à remarquer que Du Cange a placé sa note relative au mot Duppe sous la rubrique Duplicitas^ dubietas^ ambiguitas.Je n^oserais affirmer qu'il ait prétendu dériver Duppe de duplicitas ; mais ce dernier mot caractérise très exactement la langue du Jargon, Le texte de la lettre de rémission semble donner une priorité à la plèbe normande dans Temploi du Jargon. Ce point de vue donne quelque importance aux mots yargole ou jergole^ jargoliers ou Jergoliers^ qui, dans l* argot moderne, désignent la Normandie et les Normands.

J'ai discuté, dans mon Discours préliminaire, les origines du mot Jargon. Il me reste à préciser quelques points du problème.

£tant donné que le Jargon signifie proprement le langage du Jars (il a conduit les oies, il entend le Jars^ prov.).

il faut rechercher le passage àtjars à Jargon, Le mot primitif se présente en français sous les cinq formes suivantes : jas^ jarsj gartj jarc et gerc. Il paraît, à première vue, que ces deux dernières formes ont donné directement Jargon et gergoTiy comme le latin draco, par l'intermédiaire du vieux français drac^ a donné dragon; comme furca a donné fourgonj ce qui suppose, au moins théoriquement, les mots Jarco et gerco^ avec l'accusatif /arconem et gerconem.

Maintenant qu'est-ce que jars^ jarc^ ou gerc f On aperçoit une ressemblance entre Vanser latin et l'allemand ^j/ij qui signifient oie. Mais là transition au français Jars n^est guère plus facile de gans que d'anser. Il devient, dès lors, intéressant de s'arrêter à une forme ancienne de Jars qui estjas (les deux mots étant identiques par la prononciation : Jars se prononçant jâs^ comme gars se prononce gàs). Or il se trouve précisément que ce Jas signifiait anciennement non pas le mâle de Toie, mais le mâle de la poule, c'està-dire le coq. Ce que prouve sans contestation le passage suivant : i Cil (saint Pierre) desnoiet devant toz et se dit : Ne ni sai, ne ni n'entent ce ke tu dis. Si issit fuers davant la cort. Se chanteit le Jas, t Fragment de la Passion selon saint Matthieu. Mém. de TAcad. des inscr. t. XYII, p. 725. Quel rapport trouver entre le Jas et le coq? C'est ce que je vais examiner.

Le gallus latin a pour étymologie, d'après Vossius, le grec xoXXata : f Dici rubens illud, quod de mento gallorum barbât instar propendet. » Les dictionnaires modernes conservent en efiet xoîXXua pour le jabot rouge qui pend sous le bec du coq, et même, mais rarement, xoxXia au même sens. On sait qu'un grand nombre de mots latins qui contiennent une / dans leur pénultième syllabe donnent en français une

finale en au; malus ^ mau; altus^ haut; camelusj chameau; peZ/iV^peau; /7Z(z/zre//um^ manteau, /i6e//a^ niveau, etc., ecc. Si gailus n'échappait pas à cette règle générale, il devait donner en français gau; c'est ce qui est arrivé en effet. A côté de l'orthographe gai et galjj nous trouvons la prononciation figurée gauj gaus^ g^^^j g^^lî 1^ °^oc se prononçait ainsi lorsqu'on traduisait galli soit par gaulois, soit par coqs, ce qui permet de démêler les calembours suivants : t Quant Hylaire fut entrez au concile, li pape U disi : • Tu es Hylaire li gaui (le gaulois). • Et Hylaire li respondi ; • Je ne suis pas gâli (coq), c'est-à'-dire pous (poulet) ; mais je suis de France et ne suiz mes nez de geline (fils de poule), i Ms. du fonds Saint-Victor 28, f» 28 c.

De gau ou gaui à eau ou cos il n'y a d'autre distance que de la consonne faible à la consonne forte. Par conséquent, si ma conjecture est juste, on doit trouver dans les textes cos pour gaui. Je n'en connais qu'un exemple, mais il suffit puisqu'il est décisif :

• . . Âvecques eux emmenoient Un que roy des Cos appeloient.

Gbof. à la suite du Roman tit Fauvel, f* $1.

Ainsi, voilà un roi des Gaulois nommé roi des Cos; Tidentité de coq avec gailus^ gali ou gauîi se trouve ainsi dé* montrée. Je propose cette dérivation avec d'autant moins de scrupule qu'elle est nouvelle, ni Diez, ni Littré n'ayant suggéré aucune étymologie du mot coq. Diez pense que c'est une onomatopée, mais le caractère de Tonomatopée est de reproduire un son saisissable aux oreilles de tous les pays. Or le coq gaulois eût été bien restreint comme ono-

matopée, puisque le latin dit gallus, l'espagnol et Titalien gallo et Tallemand hahn.

D'ailleurs, dans l'ancienne langue, le q final ne sonnait qu'en liaison ; la prononciation ordinaire était ro; et Ton écrivait indiÉFéremmentro^ picard; cô, berrich.; cot^ Coire; quoq, cas et cox, ce qui était tout un, les finales g^ Sj t et X étant muettes.

A côté du coq^ mâle de la poule, gallus gallinaceus des Latins, coç^^âu ou gaui gardait sa signification générale de mâle dans Tordre des oiseaux. Un cox de cisne se trouve dans Bat. de Quar.^ ms. de S.-G. f* 91, pour cygne mâle.

Le gai ou gau^ de formation primitive, a subi la même déformation orthographique que plusieurs autres mots commençant par un g; on Ta écrit par un J^ ce qui donne les formes parallèles /j/ oa Jaujjaulxj Jausj Jaux ttjaui. Jau^ coq. Touraine et Poitou. Dict. de Favre, p. 199. — f Jau ne geline. • Lettre de rém. de 1479. Très, des Ch. JJ. 205, p. 145.— ■ Le quatriesme jour de février, auquel jour les enfans de Tescolle avoient entreprins pour parfaire leurs esbatemens de la jourte des Jaulxj d'aller courir la poulie aux champs. » Très des Ch. JJ. 208, p. 200, an 1482.

Les Jaux sont bien prés des Jâsj et les jâs^ par la prononciation du moins, ne différent pas des Jars ^ non plus que les gâs des gars). 3e n'affirmerai pas cependant l'identité de /iW^coq,et de y'drj^ oiseau mâle. Le seul scrupule qui m'arrête, ce n'est pas l'introduction d'un r, qui fait doublement difficulté avec le gans allemand, puisqu'il y faut non seulement introduire un r, mais encore supprimer un n; c'est l'ancienneté de la forme Jars avec une signification distincte. On lit dans le Roman de Renartj v. 12662 :

Totes sont pleines les caisines De jarSf de cos et de gelines.

Un glossaire roman-latin du xv« siècle écrit gari en le traduisant par ancer.

Cependant le werhe Jardirj qui signifiait faire l'amour, i les oïseAixx Jardissent i, berrich.,et qu'un écrivain moderne a très exactement employé : « A cet âge-là on ne songe qu^k Jardir comme les oiseaux • (Delvau,Frj7ifoixe^p.72); le verbe Jardir^ dis-je, conserve l'empreinte* de la signification spéciale du radical Jâs ou Jar^ au sens de mâle des oiseaux. Il se pourrait donc que le sens se fût dédoublé très anciennement en se spécialisant : Jâs pour le coq, Jarsj jarcy jar et gerc pour Toie mâle. Ce qui revenait à dire un coq d'oie, comme on disait un coq de cygne.

Ajoutons que le sens du mot Jargon ne s'altérerait pas à dériver du coq plutôt que de l'oie mâle, puisqu'il s'agirait toujours d'un langage ou gloussement inintelligible. Les Latins avaient les verbes gallulare et gallulescere pour exprimer la voix incertaine des adolescents, rauque comme le chant du coq. i Puerum mulieri praestare nemo scie, quanto melior sit, cujus vox gallulascit, cujus jam ramas roborascit. • Novius Exodio apud Nonium. C'est l'instanc précis où le jeune homme commence ijardir.

Quoi qu'il en soit, revenons à Jargon. J'incline à croire que la forme gerc^ qui donne gergon^ doit être tenue pour prépondérante ; car elle se retrouve dans le polonais g^r^^ dans le picard gergon^ dans l'italien gergare, gergOj ger^ gonare^ gergone et {ergo^ et enfin dans l'espagnol xerga^ xerigonia^ gerga et gerigonia,

V2Ld]eciï( Jargonnesque a été employé par Henry Estienne.

JARGONNER, v. a. et n. Parler Jargon, mot de la langue usuelle.

Et y jargonnast il le tremple.

Bail. II.

Je congnois pipeur qui jargonne,

Villon. Ballade des Mouches en laict.

S'il est vrai ce qu'il me jargonne, Enfin nous trouverons parents.

Aftes des Afôtres.

C'est ce qui le fait, je me vante, Gergonner en limosinois.

Pathelin, ▼. 844-$.

. . . C'est bien dit^ On ne sçauroit mieux jargonner,

^^ Journée de la Passion J .-C, éd. Vérard.

Sachiez c'est un fol christicole Qui a prins leçon à Tescole, Dont il va ainssy gergonnant.

Conv, de 5. Paui. Jusimàl, I, 31.

Je ne vueil point qu'on me jargonne De telz fatras...

Mari, de S. Denys. Ihid, 1 1^.

Ung jour d'apvril, come ung vray. catholicque Que les oyseaulx commencent jargonner,

Pierre Paifeu, p. X4.

J'oy d'autre point le pivert jargonner.

Makot, I, 333.

On a dit d'un chardonneret f sa chanson gergonnée t. Opusc, d'Enocj p. 100, ap. La C. — c Quant les oyes, canes et canars s'espluchent et ensemble Jargonnentj c'est signe de pluye. » Paré, Animaux^ 2. — t Ils jargonnent comme les y jrj^ ils roucoulent comme colombes. > Ibid^z^,

On a formé, à côté de jargonner^ les formes gardonmer, jargouUler^ Jargauder^ jaspiner; je crois bien que Jaser est de la même famille.

Quant cil ne sait plus que respondre, Pour l'abaubir, pour le confondre, A pardonner et à mesdire Se prent, et lui commence à dire.

Do Camgb, y^ Gardt.

Or ça, vieillart de pute affaire, yïen jargoullier au commissaire.

Mart. de S. Dtnys. ]vtntki,, I, 1 17.

Ils fosptnoient argot encor mieux que françois.

Gramdval. Cartouche»

Je lui jaspine en bigorne N'as-tu rien à morfiller?

ViDOCQ,

* JARTE, subst. fém. ou plutôt GARTE, le garrot, la gorge.

Qu'en la jaru ne soiez emple ; Montigny y fut, par exemple, Bien ataché au hallegrup.

BaU. n.

Le sens indique qu'il s'agit ici de la gorge et non du jarret. Les étymologistes acceptent d^ailleurs un radical gar^ qui serait le même pour garrot et pour jarret. — Garret en anglais ; galetas ou mansarde, traduit en slang par tête, c*est-à-dire la partie la plus élevée de Thomme.

Être i ample de la jarte » ou du garrot^ c'est y donner prise ; et quand on y donne prise, on est pendu comme Régnier de Montigny.

Le mot garrot a deux sens distincts en français : le pr&-

VOCABULAIRE ANALYTIQUE. i79

mier indique Tencolure du cheval à partir des épaules ; le second, un morceau de bois qui sert à serrer une corde ; or les deux sens se rejoignent dans un troisième, le supplice du garrot j où l'on serre le garrot de l'homme avec un garrot de bois. Ce supplice parait avoir été connu en France :

Homme véreux et digne du garrot.

P. DU Cerceau.

• Garrotej esp., palo de un grueso medianô, /«j/w. La muerte que se occasionna de la compresia de las fauces per medio de Tartificio de un hierro. Strangulatio, — GarrotUla. Angine, i Dicc. esp,'lat.^arab. de Franc. Canes.

Garuche est un mot d'apparence argotique que Cotgrave traduit ainsi : ■ A torturing vheele upon vhich the accused having heavies bolts or yrons on his legs is hoysed on high, until he confesse. ■ Cette roue de torture i torturing 'vheele i ressemble bçaucoup à c la roue de babiller I dont Villon parle en sa ballade II* du Jargon.

Gargaite^ gargate, gosier.

O grant couteaux et o coingnies Lor ont les gargaites trenchies.

RoUy ciré par Du C

f Gargata^ g^^g^^^ ^ gavion, ructa, — Gargatirij gorce, • Gloss. ms. 7684.

Gargamellej gorge, t Le suppliant coppa la gorge audit Guillaume, ou quoy que ce soit, la gar gamelle ou gosier. » Lett. derém. 1468, JJ. 197, p. 59.

Jarte est conservé dans le nom propre de la Jarte^ qui

|8o LE JARGON DU XV* SIECLE.

esc un nom de terre. — La Jarrhe^ Dordogne, deux châteaux de ce nom, communes de Coursac et Trélissac.

Le ms. du musée britann. Harl. 3988, publié par M. Gascon Paris, nomme parmi les diverses parties du corps humain le gorger pour la gorge, et en interligne f vel gargate i. Revue crit, d'hist, et de lit ter. 1870, p. 383.

JOBELIN, subst. m. et adjectit. C'est le langage décevant des Joncheurs^ de ceux qui trompent par la parole. (Voir Joncher.)

JobjYoleuT] do a job y voler en slang; jobber, tripoteur, agioteur en anglais.

Qui sur la roue avei lardons clamei En jobelin, où vous avez esté.

Bill. VUI.

Les hoirs de detfanct Pathelin Qui sçavez jargon johelin.

Rtpuês Jrtmchts,

Aux po vres duppes ? — La havée ; Et aux rustres? — Le jobelin.

Dialogue dt MaUp. tî Baîli,

Ha, maistre Pierre Pathelin, Le droict joueur de jobelin^ Ayez en Dieu confidence.

Ttttminemt iê PathtUn.

Les ungz, par leur fin jobelin Fournissent à l'apoinctement. . .

CoQyiLLAKT.Afow. du Gtnd, cmsté^ l, l>S«

Pour entendre son jobelin Amener le fault.

La vtngtnet N.-S. Jtsucrist.

Je n'entends point son jobelin,

F»Tct HOuvelU dt Coiium

VOCABULAIRE ANALYTIQUE. j8i

Jobj Jobety Jobelirij Jobelot^ sont rprigine et l'équivalent de Jobard, f He, pauvre Job, te souvient-il pas qu'il me le promit la nuit? i Confess, de Sancy, u, chap. i.

. . . Combien de financiers Et de jobets voit-on, qai, pour estre officiers...

Pmrnasst sMyt.

Il n'est qa'any'a^f/in, il n'est qa'un jean farine.

D*AssoocT.

€ La Motte... dressa à notre jobelin bridé une bonne et gentille partie. • Contes d^Eutrapelj ch. xx,

Jobelot, ■ Iceluy suppliant oyt et entendit que Pierre Pèlerin le nommoit et appeloit par manière de injure et moquerie jobelot. i Lettre de rémission de 1454.

Le jobelin est le langage avec lequel on trompe les jobelins; il tire son nom des niais et des crédules qu'on enjobelinej c'est-à-dire de ceux à qui on le parle, et non pas de ceux qui le parlent.

Vous sçavez bien pateliner, Mais, pour mieux Vtnjobeliner, Dictes lu}' ce qu'il ne fut onc.

Farce d* Calbain.

Joben'ej niaiserie. — ■ Ce qui donna sujet à l'auteur de se mocquer de leur joberie, • Muse «ormanrfe^/» partie, p. 115. — Joberie j plaisanterie, bas langage rémois.

Jobe^ jobard j poit. Sot, niais, imbécile. — t Servir et faire le mignon longtemps, qui est l\)ffice d'un jobe ou caillette, t Noël du Fail, ch» vi.

Mez aile est tant 70^^ Quo Test un grand cas.

Cbamsou poUevint.

jBa LE JARGON DU XV« SIÈCLE.

Jobinerj Jobeliner, poitev. Jouer, s'amu'ser. — Jobir, se moquer. Lacombe.

§ Tout compte fait, on ne voit pas bien quel est le rôle de Job dans cette succession de mots. Job fut un héros de patience ; il ne fut m un niais ni un sot. J'inclinerais k croire que le point de départ est gober (comme dans le gobe mouches f qui est un vrai jobard^ c'est-à-dire gobard) et que Jobelin vaut autant que gobelin. Le radical gob se sera transformé en Job^ qui n'en peut mais, grâce à cet instinct d'incarnation d^une idée dans un homme, qui tourmente l'imagination du peuple français, et qui lui a fait commettre, en philologie, tant d'assimilations bizarres en même temps que bibliques ou historiques, telle qu'une Rebeccûj un Agrippa^ etc. C'est par une ressemblance extérieure et sans aucun rapport de sens que Rebecca, Agrippa et Job sont entrés dans le langage populaire, pour désigner une fille qui se rebecque^ un homme qui agrippe j et un homme qui gobe,

c On demanda une fois quelle sorte de gouvernement c'estolt que la Rochelle ; c*est une Jobelinocratie^ répondit un galant homme, i Tallemant des Réaux. VI, p. 45c.

Au moins, donnez nous une pesche Pour faire an peu gobe quinault.

La CondauMaâom de Banequtl.

Battre Jobj dissimuler, faire le niais. Vidocq.

JONCHER, V. a. Tromper par paroles subtiles.

Par joncher et enterver.

Bail. m.

VOCABULAIRE ANALYTIQUE. jSj

ionchevLTS jonchans en joncherie, Rebignez bien où joncher e^.

Bail. V.

. . . Ne me jonche point.

Mut. du V. Testament.

Dancer, joncher, patheliner.

COQJDILLAKT, I, 9$.

... La dame et la chamberiere Me jonchèrent, l'une derrière.

L'autre devant me regardoit...

Ibid. 194.

Jonchons 1 le voicj à sa porte.

— Jonchons fort...

Pour babiller piteusement

Et joncher beau, c'est mon mestier.

Mîr. des Enf. ingratz.

Aucune conjecture n^a jamais été proposée pour Texplicacion des mots joncher^ joncheriez joncheur^ au sens de tromper, tromperie, trompeur, usité depuis le xiv* siècle. Ils dérivent cependant du mot jonc; mais où est le rapport? Je Tai trouvé, et il est bien simple. Ces trois mots descendent d*un quatrième, ïsl jonchée j dont voici le sens : c Tous engins de bois, soient nasses d'ozier, nasses pellées, jonchéesj ou autres engins ,quelsconques. ■ Ord. t. P', p. j^, — f Item la pescherie aux usagiers en laditte rivière à panier, à verge, aux jonchiées et à la main. • Très, des Ch. JJ. 56, p. 253, année 13 18. Lsl jonchée étant un engin prohibé pour prendre le poisson, joncher c'est pécher à la jonchée j c'est prendre au piège.

On verra ci-après qu'on disait également leurre ou loere pour engins de pêche et pour tromperie ou vol (v« Loirre et Lcnrnr),

JONCHERIE, subsc. f. Tromperie de ceux qui jonchent.

Jonche ors jonchans en joncherie,

BaU. V.

Il congneut bien la joncherii.

Repues frauchts.

S'avisa de grant joncherie.

lUd,

Par mot! dorez, par joncheries,

CoaciLiAKT, I, as.

Les grans jaremens menteries ; Les statutz, ce sont joncherie.

Ibid. l, 90.

Aux fins espritz les joncheries.

Les rases, les termes nouveaulx.

Ibid. 182.

Ne hil falloit user de joncher te,

Vig. du rm CharUs VU.

JONCHEUR, subst. m. Trompeur, celui qui jonche,

Berart s'en va chez les jonchiurs.

Bail. IV.

Jonchiurs jonchans en joncherie.

Bail. V.

Fourbe, joncheur, chacun de vous se saulve.

Bail. X.

Jangleurs, joncheurs, détracteurs, fiatereaulx. Sont eslevez et bien entretennz Au temps qui court.

Roger dk Collbkti.

Nous avons, dans un registre du Parlement de Paris du 7 septembre 1389 (Archives, X 14.74, P* 33a v®), iMie jo-

VOCABULAIRE ANALYTIQUE. ]8s

lie définition du Joncheur : c Le procureur du roy die que Tun des prisonniers appelé Perrin Constant est mariez et ne scet lire, et est boulier, cabuseur, mal renommez; et appelle Ton tels gens qu'il tstjoncheusj c'est-à-dire cabuseurs de gens, comme sont compaignons oiseux qui montrent aux simples gens monsieur Pierre du Cugnet (figure de pierre placée dans l'un des coins de l'église Notre-Dame, de là son nom qui signifie la pierre de l'encoignure), et après les mènent en les tavernes, et se partent des tavernes en dQnnant à entendre trufes et mensonges; et laissent les simples gens es tavernes, et convient qu'ils payent Tescot. » Ce curieux morceau a été rapproché par M. Francisque Michel (v^ Joncheur) du passage suivant extrait des XXXIII manières de Vilains : c Li vilains babuins est cil ki va devant Nostre-Dame à Paris, et regarde les rois et dist : c Vés là Pépin; vés là Charlemainne. i £t on li coupe sa borse par derrière, t

JONCS, subst. m. Les joncs dont on couvrait le plan-

cher en guise de tapis ou de nattes. Etre sur les Joncsj dans le Jargon, c'est, comme nous dirions aujourd'hui, pourrir sur la paille humide des cachots, ou se trouver comme le poisson sur l^ Jonchée (v. ci-dessus Joncher),

Plantei aux hurmes toi picons De paoar des bisans si très dars.

Et aussi d'estre sur les joncs Emmalés en coffre en gros mars.

Bail. I.

Et ne soyez plus sur les joncs Pour les sires qai sont si longs...

Mais plantei ilz sont comme jonc^,

Bâii. m.

|8tf LE JARGON DU XV* SIÈCLE.

Dans ce troisième exemple, le mot esc pris dans son acception primitive, le jonc à Tétat de croissance naturelle.

Allons mettre ces gallans pondre

Sur labelle paille jolje.

Mist. dt U Passhm.

C'est-à-dire les mettre sur les Jonci comme les poules qui vont pondre sur leur litière, f — Les commères s^en viennent à l'oustel et se seent à Tentour d'un beau feu, si c^est en yver ; si c'est en esté, elles se mettent sur le Jonc, • Quinie joyes du mariage y p. 135.

Jonc était aussi dit pour lien : c Ces trois thoreauz estoient liez parmy ly cols de jons fors et tenans. • Lanceîot du Lac^ t. III, P> 94, dans La Curne.

JUC, subst. m. Perchoir, lieu où les oiseaux juchent pour dormir; c'est le gibet pour les pendus, comparés aux oiseaux de nuit.

N'estant à juc la riflerie Des angelz et leurs assosei.

Où est Arqain ? — U fait la mené A la lune. — Est-il an juc?,., Dcnos le fera mettre an jue En ang gibet an fin plus hanlt.

VU dt sâimt Chfisiopht.

I II usoit quelquefois de si rudes termes que les poules s'en fussent levées de Juc, 1 Desperiers. Contes, XVI. Ce mot, omis par les éditeurs de La Curne, doit être plus ancien que le Jargon, puisque le verbe Jucher se trouve déjà dans le roman de Brut et dans le roman de RenartJ^

J'ai donné ci-dessus le texte du Jargon tel qu'il se trouve dans l'édition de 14.89 ; il devrait s'expliquer par c la rifierie des sergents n^étant pas à juc i^ c'est-à-dire n'étant pas haut perchée et triomphante. Cette traduction pénible m^a suggéré une restitution plus claire, et qui a le mérite de conserver le sens. Je crois qu^il faut lire menant à Jus, c^est-à-dire mettant à bas. L'erreur du copiste s'explique par rhomophonie, Juc et jus se prononçant Pun et l'autre

Juc vient évidemment du latin jugum, qui signifie sommet, hauteur, etc. Le joug militaire, composé de deux lances plantées en terre, sur lesquelles une troisième est posée transversalement, donne un modèle très simple de perchoir.

JUCHIE, part, passé fém. de juchir, forme alternative de juchierj l'autre étant jucher, (Voyez Juc.)

Eschecquer faolt quant la pje est juckie.

Bail. IX.

* Voir v« Pye, ce que c'est que jucher la pie, c'est-à-dire

se griser.

Pinte parla qai plus savoit Celé qui les gros oe» ponnoit, Et prés da coc juchant a destre Si il a conté tout son estre.

JteiMirt^ S33S*

Cils aloîent la nnit jouchitr»

Brut, f^ I03«.

Grosses lefres pour gelines jouchier,

EuiT. DiscB. ^329'

De là s'en viet le seneschal De costé saxnct Onjn juchier.

Vig. it Chark* Vil.

LAMBOUREUX ou LEMBOUREUX, subsc. m. Voyez Emboureux,

LARDON, subsc. m. C'est le mot de la langue ordinaire, appliqué aux saillies de bois qui garnissent la roue du pilori, et entre lesquelles on attache le patient.

Qui sar la roae avez lardons clamez.

Bail. Vm.

L^explication donnée ci-dessus pourrait sembler bizarre; je ne l'aurais pas trouvée tout seul ; elle m'est fourme par Bouchée, dans sa 34* serée : c Les gardes lors eurent grand envie de lui bailler du roux de billy, dont les lardons sont de bois, et le faire crocheteur. > V. 43. La plaisanterie de Bouche t consiste en un jeu de mots sur la roue de Bill/, qui était probablement un pilori, et sur le rouxj c'est-à-dire sur la sauce que composent les cuisiniers en faisant roussir du beurre avec des lardons,

LAS pour LACS, lacets, liens, filets.

Prince, cil qui n'a bauderie Poar soi eschever de Uu oe :

Danger de grnp en arderie Fait aux sires faire la moe.

Bail. VL

L'ancien texte porte de la soe; ce qui pourrait signifier : c Celui qui n'a finesse pour éviter la prison 1 , mais la phrase resterait inachevée. En lisant comme ci-dessus :

c pour éviter les lacs, écoute 1, la liaison est trouvée. Ma restitution n'a rien d^arbitraire, ias étant un mot de la langue de Villon :

Ponr moj retraire de ses tas,

Gr. Ttsî,

Il appartient également aux autres vieux poètes français :

Al brant d'acier l'en trenchet cinc des /o^.

Roland, ▼.

. . . Celé Qui tout me tient en ses las»

C0VCI, p. IM

En ces ia{ le voleient U cardenal buter.

Th. U marlir, 106,

Home mortel voulant à salât tendre Vers angleres ne doit jeter ses Us,

Hbhki ok Croi. BÀfUâu.

On en citerait cent autres exemples.

• Ce porte-balle ayant desployé sur une tombe de cimetière, où se tenoit la foire, des espingles, des peignes, des flajoUets, des almanachs et des las^ il arriva un gentilhomme... i Bouchet, III, io6. — c Davant la statue de Hercules Bouraïque y faisoit jadis, de prxsent en plusieurs lieux faict, maintes simples âmes errer, et en ses laci tomber, i Rabelais, II, 58.

LOIRRE (prononcez lerre)^ s. m. Voleur et leurre.

Luay Tautryer en bronant à la loirrt.

Bail. IX.

Le mot esc pris ici adverbialement; on pourrait croire, à première vue, qu'il faut comprendre c en allant vers la Loire t ; mais le vers signifie en allant à la maraude ou à la pêche, ce qui est tout un (voyez ci-dessus Jonc^ Joncher , Joncheur),

Le nominatif du latin lairoj voleur, esc devenu en vieux français : lierres^ lerres^ lerre, candis que Taccusatif latronem donnait larron.

Moult ot Tjbertji Urns le caer très coorroadé.

BtrU, ▼. 620.

Bien est Urres qui larron emble.

Fab. ms. i6a. La C

Si c'est Urre qui fiût mnrdresse Ou robe gens ou robe Eglise.

Fahel its ir^iU du cUrgi.

Me lapidez ce sanglant lierres.

Mari, de samt Étiemu, JusniAL, I, 19.

Toi le convient amer et pendre, Amer, parce qu'il est ton frère, Et pendre, parce qu'il est terre.,.

Ains cuide que chascnn soit lerres.

EotT. DisauMPt.

Lière en "vallon ; laire prov. ec lang. — On a aussi la forme liarre : i Nul malfaiteur ne liarre n'osa demourer à Paris, i Joinville, zyj.

Le mot loirre ou lerre fait équivoque avec loere. Tune des formes de leurre^ pour appât de pécheur : f Retiennent encore la pescherie de la rivière à loerrt ec à tous engins, t Charte de Langresj 1237. Du Cange sous Lorra.

Loire en provençal et logoro^ ital. signifient Uurre ec se

rapprochent par la forme comme par le sens du jargonnesque loirre.

Faucon qui ne revient an loire De sa priveté me despoire.

Mir, di Comty,

. . • Amoar loirre Les cners comme faucons en loirrt.

Al. Chaetiir, p. 636.

Il mist trop bas son loirre.

Et chent en nng vivier.

Chr. it G. CUASTELAIK.

Le glossaire fr.-latin, ms, fr. 4120, donne Uierie pour larcin.

LOÎRRIR, V. a. Voler ou prendre au leurre.

En teste vergne où vostre an veult loirrir,

Bftll. vm.

• Loirer, voler. • Lacombe. — Loiral provençal ec lograrj anc. catalan, leurrer,

Loirerj dresser au leurre, c Si avint un jour qu'il fit voler un de ses faucons qu^il tenoit à très bon... et me fust dit qu^il estoit loirré pour les aigles. 1 Froissart, IV, 281. — c L'aprentis demande comment on doit loirrer img faucon nouvel affaitié. • Modusj f<» 8i.

LUANS, subst. pi. Probablement des dés à jouer.

On polua des luans bas et hanlt.

Bail. XI.

Le verbe luer- (v. ci-après) signifie proprement luire, de lucerej et par extension voir, regarder. Les luans j en lan-

Ipa LE JARGON DU XV« SIÈCLE.

gage blesquien [luieros en Jargon espagnol) sonc les yeux, qui luisent et qui regardent. Ces luans qu'on secoue de, bas et de haut ne seraient-ils pas des àéz^ donc les points noirs et brillants ressemblent à des yeux? Notez qu'on se sert de ces luans # pour mieulx polir etdesbouser musars », c^ est-à-dire pour mieux dépouiller les niais. Ma conjecture paraît donc plausible à tous les égards.

En voici une autre, un peu plus hasardée. Le Jargon a pu nommer luans tous les objets qui brillent et particulièrement les écus neufs. En cette acception, nous aurions un commencement de texte dans le vers poitevin :

} 'agripons des lus d'or. . .

BoKOBAUD. La Malcisiêf p. l6.

Enfin, le même poitevin nous donne « la luette, jeu de cartes espagnol qui se joue sur le littoral du bas Poitou • . L. Favre. Mais les dés conviennent mieux aux pipeurs, dont c^était authentiquement le jeu favori, i Et vint à Bourdeaulx, onquel lieu ne trouva grand exercice, sinon des guabarriers jouans aux luettes sur la grave. ■ Rabel* I, 238. — ■ Luettes y jeu de la fossette. » Gloss. de Téd. Janet, 1823, p. 283. Luette vient de uva, d'où Tuette par agglutination. Les luettes seraient des billes. < Force dez, cartes, tarots, luettes^ cachets et tabliers. 1 Rab. III, 85.

Luisant , le jour et le soleil. Ol. Chereau. *— Luisante j fenêtre. Ibid.

"* LUBIE, part. fém.

c'est tout son fait d'engaadrer les gaadins A hornangier, ains qu'elle soit luhie.

BaU. IX.

Le sens général de ces deux vers est celui-ci : c C^est tout son fait de provoquer les caresses des gaudins • , mais

« ou I pourvu que f ou > avant que c elle soit 1 La

valeur du mot lubie reste indéterminée, mais on devine qu'il s'agit encore de quelque ordure. Deux acceptions principales se présentent.

Dans la plus simple, lubie représentant le participe passé d'un verbe lubir^ serait 'tiré, comme le substantif lubie^ du verbe latin lubere ou libère^ qui a donné le substantif lubido ou libido ; Lacombe cite le substantif lube au sens de libido. Lubie signifiant caprice, fantaisie; « qu'elle soit. lubie » voudrait dire • qu'elle soit bien disposée, que ce soit sa fantaisie t.

La seconde hypothèse se rapporte au mot loup^ le lupus latin, qui se dit lu en vieux français, et qui a fait lubin^ petit loup, nom d'un poisson dit loup de mer.

N'en men gérant ne lu, ne por, ne chien.

Chanson it Roland, y. 17$!.

La louve, c'est la lue : — • Enror ceste rivière, manoit une femme qui servoit à tous communément, et tels femes sont apelées en latin lues, 1 Brunetto Lat. Trésor, p. 43. Le provençal et l'espagnol nomment la louve loba, en languedocien louba. Le participe passé lubie dériverait d'un verbe louver ou luvir^ qui indiquerait l'état de la louve au sens que lui donne Brunetto Latini. On sait que la louve passe, en littérature, pour la plus dévergondée des femelles, témoin ces vers du xvi* siècle :

Je ne chasse jamais, je plaindrais fort mes peines, Ava, louves. Quelle horreur ! Les forests en sont pleines.

Chascane par sa voix se fait smvre des loaps ; Pois rinfame choisist le plus laid de la tronppe.

Cap. LASPamm, p. 349.

On entend un écho de ces vers dans la xr satire de Régnier :

Sachant bien que fortane est ainsi qu'une loupe,

Qai sans choix s'abandonne au plus laid qu'elle trouve.

Du reste, le verbe louver existe, en industrie, au sens technique de soulever une pierre avec la louve^ instrument de fer qui, placé dans un trou fait exprès aux pierres de taille, sert à les enlever. Littré.

Eustache Deschamps a employé le mot louviere (f** 230 et 231 du ms.) au sens de pudendum muliebre, qui est donné par la louviere ou fourrure faite de peaux de loups. I — Son page écarté ne Taiant pas trouvé pour luy donner iA^ louviere, 1 Brantôme^ Cap. fr. 11^ 393.

Il faut enfin citer une troisième étymologie, sans y insister : le latin inusité luhia^ pluie; espagnol lluvia :

Septembrio luhxa. vites submersit et uvas.

SiCARDOS. EpUt. ertmom, t.' VII.

f Ains qu'elle soit lubie 1 se traduirait f avant ou à moins qu'elle ne soit indisposée f . Le normand hibi, triste, malade, s'entendrait dans le même sens. Littré fait remar* quer que lubrique paraît avoir le même radical que lutum, boue, et illuvies^ non lavé ; de in privatif et luo,

LUER, v. a. Littéralement luire ; par extension, éclairer et voir. Luer au bec, éclairer à la figure; c'est-à-dire regarder de près, veiller.

VOCABULAIRE ANALYTIQUE. jps

Lu€{ au bec que ne soyex greffis.

Bal!. I.

Lue^ aa bec^ que roastre ne passe.

Bail vn.

Lui{ la gmis s'elle est desmaquiilie...

Luay Tautryer en broaant à la loirre,.. Gaultier lua la gaaldouse gandye...

Après moller, luajr nng gnenlz qui vault.

Bail. IX.

Lu€{ aa becq que l'on ne vous endoue.

Bail. X.

Nous 7 allons luir au bec.

Mist. iê la Péstiam.

Ainsi ttt ne luras Taccollante tortonse... A la mette on lura ta biotte conie.

Ckfitàxin Lasthamb.

Berlue j brelue^ fausse lueur, fausse vision; ital. barlume;. boui^uig. ebrelue, Esberluer^ éblouir. N. Y^utz^Aberluder, rémois. Ebéluer^ éblouir, norm. Du latin lucere^ luire.

En argot le reluit^ c'est le jour, et allumer est devenu^ comme en Jargon, synonyme de voir.

f Lurertj speculari; lauern, ail.; suec. lura; dan. lure; angl. leer; isl. hlera, i Scherz. — En ail. mod. lauern signifie guetter, être aux aguets, ce qui est bien la signification de luer en jargon.

f Lu, lumière. Lucher, luire. Lus, luse, luit, il éclaire; du verbe lusîr, luire. • Lacombe. — f Ni fu ni /u. i Çotgrave.

Lueus, épith. de miroir. Epiih, de M. de la Porte. La Curne. — Lueuses, lanternes et clarté. Ibid, — i Le maulubec vous trousse! i Rab. I, 218.

S Luetj vieille forme de louer, au double sens de lauiare et de locare^ n'a pas d'application ici.

*LURIE,subst.f. Vigilance; action d'éclairer, au sens de faire bonne garde, comme les édaireurs d'une armée.

Et autour de vos ys lurit Pour la poe du marienz.

Lurie^ bien que d'exemple unique, est facile à classer comme le substantif de luer^ par contraction de luene, comme surie de suerie^ etc. Le texte ancien porte /itf^if^ qui ne changerait rien (v. ci-aprés ce mot), mais qui donnerait une fausse rime, toutes les autres rimes de la ballade V étant exactement en rie. Le copiste peut avoir mis luiU pour lurUj vu la fréquente permutation de IV en j ou en i.

Un sens particulier d'éclairage se rattachant à lurie nous est donné par le latin luror pour pallor^ et luriditas. pâleur livide, qui subsiste dans la langue médicale sous la forme française luritUté,

Quoique je considère le sens de lurie comme bien déterminé par le français /u«r et l'allemand /âu^rn^ je ne négligerai pas une autre source. On pourrait traduire lurie par jonglerie, tour d'adresse pour échapper à la patte du bourreau. Le dialecte picard fournit le substantif lure^ sornette, et le verbe actif lurerj amuser par des sornettes. Leurre et leurrer j en vallon, et en anglais lurcj sont évidemment de la famille. On a voulu tirer leurre et leurrer de l'ancien haut allemand luoder^ tromper. Cet ancien moyen allemand-là ressemble furieusement au latin ludere, et c'est à

ce dernier que je m^en tiens. Nocez que ludere et son composé deludere s'emploient comme synonymes de fallere, d€cipere, etc.

Vana spes lusit amantem.

Vuio.

Au XY* siècle, nous voyons apparaître lureauj luron^ lure et lurette,

Poar le soapper des compaignons lureaux,

Piitre Faiftu, p. 38.

Le fils en chantant Avant lure, lurette, Avant lure, luron; Mon Dieu, que je snjrs vrai luron,

Jjt fih et Vtxamynuttur, Rec. Techeoer, t. III.

Génin fit une grande querelle à Charles Nodier, qui était mort, au sujet de ses conjectures, passablement bizarres en effet, sur Torigine de ces lure^ lurojij produits par un certain mimologisme assez difficile à comprendre. Génin expliquait luron par levrorij prononcé leuron^ jeune lévrier; 11 n'en citait d'ailleurs aucun exemple. Ony peut objecter que lévrier vient de lièvre^ et qu^ainsi levron aurait pu désigner le jeune lièvre plutôt que son ennemi le chien. Mais comment s'expliquer alors que le levron n'apparaisse dans les textes qu'avec le xvx' siècle, le lièvre étant un animal aborigène, tandis que le mot lévrier est connu dès les premiers âges de la langue? Du reste, levrault ne parait pas plus ancien que levron.

On me permettra de remarquer, au moins comme coïncidence curieuse, que lure, luron, lurette, sont contemporains de l'arrivée en France des Bohémiens ou Lurys,

donc j*ai retracé rhiscotre dans mon Discours préiimmain, p. 35 à 45.

* LUZIE, s. f. Lumière, éclairage, surveillance.

Et autour de vos 7s lù^ii Pour la poe du mirieux.

BaU. V.

Lttier, lu^ùj prov. luire. Vieux français luisir. Ladn et ital. lucere; esp. luiir, — f Tu as la berlusU. • Ccm. des proverbes y p. 62, Lusie se retrouve là dans le substantif berlusie^ comme luer dans le verbe éberluer. (Y. Luer.)

Non e oro tutto quel che lusi.

Prov. iui. de iSSS-

f — Para que es el dinero sino para luiirse con ello? — Se que esto, aunque reluie, no luje, 1 Oudin. Dût" ioguesj p. p2.

MACQUILLER, v. a. Manger, faire, travailler.

Où gitrement on maequilloit riiTanlt...

Et massement maquilier à l'esquerre.

I. MacquUler, au sens de manger, comme dans le premier exemple, est une prononciation picarde de màchiller, maquer, lat. masticare, maqualier en picard et en rouchi, du latin maxilla^ mâchoire.

a. Au sens de faire, travailler, c'est l'allemand machen, faire; en Jargon réformé, maquiller. C'est l'emploi du verbe dans le second exemple*

3» Au sens moderne de faire subir un arrangement, déguiser, peindre le visage, l'allemand machen nous fournit encore un point de départ, car il signifie également imiter, et avec aus^ ausmachen^ transformer. Mais Tétymologie masquer f indiquée par M. Francisque Michel, me paraît plus plausible, f Aîascha, simulacrum quod terret, quod vulgo dicitur mascaret^ quod apponitur faciei ad terrendos parvos. f Ugutio dans Du Cange, sous Aîasca. Les verbes confirment cette hypothèse : le mascherare italien, masquer, se retrouve dans le provençal mascarar^ et dans le français mascaret^ qui signifient barbouiller ; c'est précisément le sens de maquiller, car une femme qui se maquille se barbouille le visage. Au fond, ces transformations diverses nous ramènent à macula, qui s'est peut-être altéré en mascula, D^ ailleurs, macula, au sens de maille, ayant donné macle en terme de blason, la forme maque ne serait ni plus ni moins contraire à Paccentuation latine. D'où cette conclusion que maquiller reproduit purement et simplement le latin maculare, qui, d'après les règles de la phonédque, a dû donner maclier ou mailler, mot évidemment identique à celui qui nous occupe. Maclier nous fournit exactement maquiller , par une légère nuance de prononciation. Maquilia, maquiller; maqiliadge, maquillée ; langued.

Macharer, pat. d'Auv. — f Tousjours se vaultroit par les fanges, se mascaroyt le nez. 1 Rab. I, 44.

f Maquila, vox hispanica. Molitura, gaUicè mouture. • Du Cange. — f Maquilar, v. esp. Prendre le droit de la mouture. • Oudin.

f Denost va dire à ce médecin : Monsieur, vous qui estes si expert, me feriez-vous bien partir ces rougeurs

que j'ay au visage et au nez. — Oui dea, monsieur, j'en ay bien effacé de plus maculées, t Moyen de parvenir j p. 56.

f Courtauds de boutanche sont des compagnons d'estac dont les uns ne maquillent que durant l'hiver, l'esté estant venu disent fy du maquillage. » Jargon de l'argot ré/,

Aîaquelostej tache de boue en langage rémois.

Maquiller^ travailler. Jargon réformé.

Le jargon disait maquiller pour manger; l'argot a dit ensuite morjier^ c'est-à-dire morjiller, de morjil^ ivoire; le premier verbe indique Faction de la mâchoire, et le second celui des dents.

Mascarillaj s. f., masque. Dial, Oudin, p. 366.

* MACQUIN, subst. m. Macquereau, ainsi que le prouve le premier couplet de la ballade IX du jargon, où le même personnage, qualifié d'abord de macquereau j reçoit ensuite la désignation de macquin .:

Et le macquin, qui se poljt et coinsse.

BaU. IX.

Macquin qui, au premier abord, semble un diminutif, pourrait bien, au contraire, n'être qu'une forme primitive et très ancienne de macquereau^ au sens de macquignon. Celui-ci s'est dit d'abord maquillon ; il subsiste, au sens du premier, dans la langue populaire de Paris, où Ton dit indifféremment un macquereau^ un mac^ ou un maquillon, f Aux macquillons [je donne] les chevaux de poste du mont de la Bouille. • Estrennes de Tabarin. Au propre, un maquignon est un entremetteur ; le mot n'apparaît qu'au XVI* siècle et se complète avec cette signification génd-

VOCABULAIRE ANALYTIQUE. «oi

raie; et lorsqu'on veut désigner spécialement la profession des marchands de chevaux, on écrit expressément maquignons de chevaux. La Boetie, 127; Desperiers, conte XXVII.

Maquignonner se prend aussi pour trafiquer en général et aussi pour maquiller. Le maquillon originaire était un courtier de chevaux, qui maquillait ses chevaux pour les vendre plus cher. Les deux sens se rejoignent aisément, venant l'un et l'autre de macula.

Je sais qu'on allègue l'allemand matier^ entremetteur, dont le verbe est màkeln; mais l'un et l'autre ont pour radical makel, tache, qui n'est autre que macula,

Aîaquet, dim. de maquereau en langage rémois.

*MAREUX, subst. pi. Trompeurs et Gueux.

Gaeulx affinez^ allegrucs et floars^ Mareux, arvés, pimpres, dorlotx et fars.

BâU. XI.

Mareur, lang. d'Auvergne, qui fait de la mare^ c'est-àdire du tapage, des embarras. — Marriasj niçois. Truand. — f Maraudj marault^ Coquins, belistres. t Bouchet.

Desnué comme ung marault,

Rgp. fr, du touffriUux.

f Un an après vint un gros maraut qui contrefaisoit le ladre. • Paré, XXII, 8. — « Hz n'escoyent que maraulxj pilleurs ec brigans. > Rabel. I, 135.

f Marota^ esp. renard. Maroteria, finesse, ruse, subtilité. • Oudin.

Marelle, tromperie. Lacombe.

Mare y malheureux. Mar, mal. — Marreux, laboureur

à la marre, espèce de pelle, f Après qu^ils earenc beu, lesdictz marreux s'en retournèrent besoi^nier audit coortil. I JJ. 109, p. 174, 1463.

Maraoui, maraudeur, rom.-castr.

5 Une autre acception, signifiant célèbre, notable, dans la confrérie des Gueux, s'entend, nous est indiquée par la série suivante de mots allemands du moyen âge :

f Marej celebris, ail. moyen âge. * Scherz. — • Er sloeh then thuiren herzogen thaz wite der mare Sampson. i Hisi. belli Caroli Magni cum Sarracenisj v. 3184, in Schitteri Thesauro antiq. teuton. — Goman maroy vir inclytus. Otfridi Evangelia. Ib. t. II, a, a. Muater marûj mater inclyta. Ibid. t. I«', 11, 105.

D^où, selon Scherz, les noms de Marobodus, Meraviau, Chlodomerj Marcomer^ etc.

MARIAGE, subst. masc. Le jugement, la pendaison.

Qu'aa mariage soiez s.ar le banc.

Bail. 1.

Mais le pis est mariage : m'en passe.

BaU. Vn.

La ballade VU (la première des inédites), laquelle reproduit, en la développant, le thème de la ballade I, raconte une pendaison en ces termes :

Nopces ce sont : c'est belle mélodie... Dance plaisante et mets délicieux...

Mariage est aussi, d'après Richelet, le nom que les

VOCABULAIRE ANALYTIQUE. «oj

cordiers donnent aux cordes donc le bourreau se sert pour pendre les criminels. (V. iafrà v* Turferie,) Nom que les jurés cordiers donnaient à la corde qu'ils devaient fournir au bourreau de Paris pour pendre les criminels. Littré. Réunion de deux cordages par des amarrages plats, terme de marine.

On disait «proverbialement et par allusion : i II n'y a si bon mariage qu'une corde ne rompe. • Loysel, Insnt. coutum, t. I", 1. !•% tit. I, part. XXVIII, p. 162-3.

Au xv^ siéde on disait : épouser un gibet. Du temps de Bouchet, angué signifiait marié et pendu. Pour nos vo^ leurs, la potence, c'est la veuve; pour les Anglais, c'est la vierge (the maid). Francisque Michel.

V. sur la maid des Anglais Tarticle de M. Aristide Guilbert, Revue de Paris ^ 13 nov. 1836, p. 99.

Le beau gibet espousere^

Pour estre de nopces tous trois.

iiift. de la Passion.

Enfin, l'expression est consacrée par une main royale, *qui s'y connaissait et qu'a connue Villon : f Et me faictes soudain sçavoir de vos nouvelles, pour faire les préparatifs icz nopces du gallant avec une potence. • Lettre de Louis XI à M. de Bressuire, datée du Plessis du Parc, le 30 juin 14..., citée par Brantôme en la vie de ce prince.

I Si aucun de leurs compagnons a été angué, ils disent : il a été marié y et un tel a dansé à ses nopces, c^est-à-dire qu'il y a esté fouetté. 1 Bouchet, III, 130.

Les condamnés menés au supplice étaient graciés quand une jeune fille les demandait en mariage. Mariage de Hen-

nequin Doutarc et de lehennete Mourchon. Tr. des Ch. JJ. lai, p. 271, an 1382.

MARIE UX, subsc. m. Celui qui marie; le bourreau.

Eschec qu'acollez ne soiez Ptr la poe du marieux.

Bail. V.

Jour verdoiant, havre du marieux.

Bail. X.

Cheroit che point le marieux Qai vient ichy pour nous gritkr ?

ru (U 5. CbrisUiphê,

Avec sainte Marie De grant miséricorde Com cil bien se marie Qui tret a vostre corde.

Ms. 72 iS, £• 170, ap. L. C.

Marier j S. m. Laboureur à la marre. 1 Le gris est boD pour marchand qui va aux champs, mariersj laboureurs, f Sicile. Blason des couleurs^ p. 36.

Marierej s. m. Marieur.

Bone aventure ait mariere Qui si bien nous marias.

Gautibr di Coikst. Mis. it H. D. èâ. Poquct, p. 7} t.

Marieux, Celui qui marrie ^ qui rend triste?

Le chevalier qui les marrie Deffera leur grant enuye.

Ptftif. IV, f. âx.

MARIS, génitif du latin mare^ la mer. Voyez Truye.

Trujre marisj sans avancer ravault.

Bail. XL

Renferme peut-être une équivoque obscène : i marris^ maladie de la matrice, c Le mal la marris^ duquel cheenc femmes comme langoureuses. • Tn des Ch. JJ. 139, p. 260, an 1390.

MARQUE, subst. f. Deux sens : i» en langue vulgaire, frontière et enseigne; 2» en Jargon, fille, ribaude.

Souvent ans arques A lears marques Se laissent tousjours desboaser.

Bail. III.

Allez ailleurs planter vos marques,,.

Bail. IV.

Antonnez poix et marques six à six.

Bail. VII.

Et qui aussi, pour la marque fournir.

Bail, VIII.

Et la marque, suivant le gaing choisie... Et m'a joué la marque du gitfault.

Bail. IX.

Marques de plant, dames et audinas.

Bail. XI.

Le sens esc ambigu dans les trois premiers exemples, qui peuvent se traduire : à leurs enseignes, c'est-à-dire dans leur campement; allez ailleurs planter vos enseignes; que vos compagnons ne soient pris au gîte ; ou bien à leurs femmes; allez ailleurs caresser vos femmes; que vos compagnons ne soient ravis à leurs femmes.

Les cinq derniers exemples se traduisent tous par la

40tf LE JARGON DU XV« SIÈCLE.

signification unique de femme ou fille : mariez voleurs et filles six à six; ec qui aussi pour entretenir la fille; et la fille, suivant gain choisie; et la fille m'a joué du...; filles du métier, dames, etc.

Voici quelques éclaircissements sur cette double valeur du mot marque :

1* Marche j frontière; l'allemand mark^ frontière, est trop connu pour qu'il y ait lieu d'insister; bas latin marchia; i ceux de la marque d'Ancône t. Montaigne, III, 2. Autres acceptions : borne, signe particulier, enseigne, etc.;

2* Marque^ fille. Esp. marca^ marcona^ marquidaj marquisaj femme publique. Oudin. Marque j marquise dans le Jargon réformé. — t Leurs marquises font semblant de zerver (pleurer) quand on les emmène. • 01. Chereau. — I Noe engendra et eut de sa marquise deux marques^ l'une qu'il nomma povreté forcée, l'auffe povreté volontaire. » Resp, et complainte du grand Coesre^ p. i8. — f Aussitost qu'il eust monstre les talons, elle dit à sa servante : Or ça, marquise, va là haut quérir ce linge. • Moyen de parvenir, p. 125.

De là, marqué au sens de mois, et quart de marqué, semaine : t Lorsque la lune, pour tenir sa diette et vacquer à ses purifications mensuelles, fait marquer les logis féminins par son fourrier, lequel pour escusson n'a que son Impression rouge. • Matinée IX du seigneur de Cholteres. — En ce sens marquù pour menstrues (Cotgrave); marché' sa ta, il marchese in casa, N. Duez.

Deux étymologies se trouvent en présence pour rendre raison du mot français marque pour fille :

I* Le breton merc'h, pluriel merc^ked, fille, filles, dans

VOCiBXJLAIRE ANALYTIQUE. 407

les deux sens de filia ec de puella ou virgo. Le dict. du P. Rostrenen cite ces vers singuliers :

Grecg a <f gnîn ; Merc'h a gourps latin ; Héanl a say re vintin, Doaè oar pe seurd fin.

Qui se traduisent :

Femme qui boit du vtn ; Fille qui parle latin ; Soleil qui se lève trop matin, Ne firent jamais bonne fin.

AIerchjd^nsl2L même langue, possède également l'accepcion générale de femme : f caret ar merc^hed, être adonné aux femmes. •

Cette première dérivation peut suffire. Remarquons toutefois que le breton merc'h a une autre finale ; mis après ar et eur ou urj merc'h devient vercrh; ar verchjl^L fille; ur verc'hj une fille. Mais verch prononcé gutturalement comme si c'était un mot allemand, verch^^ rapproche bien étroitement du latin virgo^ en français vierge. La certitude de l'étymologie de marque par le breton merc'h ne pourrait résulter que d^une comparaison chronologique dont les éléments me manquent.

2^ L'allemand ancien et moderne donne mar^ mahr^ marachj march, pour cheval; maere^ mara^ mahre^ anc. fr. mare, cavale, jument. Quel rapport avec la femme? Nous l'apercevons dans le mot marquette^ bas latin marcheta, nom d'un impôt plus ou moins fabuleux, établi sur les nouvelles mariées par le roi d'Ecosse Evenius et aboU par Malcolm IIL c Sciendum est, quod secundum assisam terrae, quaecumque mulier fuerit, sive nobilis, sive serva.

4o8 LE JARGON DU XV< SIBCLE.

sive mercenaria, Marchera sua erit una juvenca, vel 3 solidi... Et sifilialiberi sic, ec non domini villae, Marchen sua eric una vacca vel 6 solidi. Item Marcheta filix chani vel ogechairi 2 vaccae vel a solidi. Item Marcheta filiac comitis vel reginx, 12 vaccx. • Cette définition de la marquette, extraite par Du Cange du recueil intitulé Regiam Majesiatemj sive ieges Scotica (Edimbourg, 1669}, liv. IV, ch. 3i,est ainsi complétée par Téditeur Skenxus : • March equum significat prisca Scotorum lingua. Hinc deducta mecaphora ab equitando, Marcheta mulieris dicitur virginalis pudicicix prima violatio et prelibatio, qux ab Eveno rege a dominis capitalibus fuit impie permissa, de omnibus novis nuptiis, prima nuptiarum nocte. Sed ec pie à Malcomo III sublata fuit, et in hoc capice certo vaccarum numéro, ec quasi pretio redimi fuit, t

L'équivalence d'une femme non vierge avec une jument et une ou plusieurs vaches pourrait bien avoir séduit les docteurs du Jargon.

A remarquer : 1" Que l'adjectif markisch^ ail., qui a rapport à la marche et par conséquent au marquis^ donnerait, appliqué aux femmes, la marquise du Jargon;

2° Que Scherz enregistre le mot markfrau^ recueilli dans le Jus solodurense, t. XXII (Seckenberg^), peut-être le même mot que markt/rauj ail. mod., que Mozin traduit par femme marchande, femme qui apporte des denrées au marché.

Sur le mariage des poix et des marques j c'est-à-dire des voleurs ec des filles, donc il est question dans la ballade VII, consulter le mot Poix^ ci-aprés.

* MARTINS, subst. pi. Marteau. Je crois apercevoir un

mot très ancien de la langue usuelle pris dans son acception propre.

L'antre pollist martins et dolleqatns.

Bull. IX.

Cest le seul exemple que j'en connaisse; cependant le martinet est évidemment, au point de vue philologique, un diminutif de martin.

Le latin ne donne, au sens de marteau, que martiolus et martulusy qui ont pu et dû faire marteau^ mais qui ne rendent pas raison de martinet.

Le dieu Thor, qui était le Mars des peuples septentrionaux, était armé d^un marteau.

fl Martin et Martine sont les noms qu'on a donnés à deux figures qui, chacune avec un marteau^ dont elles frappent les heures, servent de jacquemart à l'horloge de Cambrai. 1 Le Duchat sur Rab. t. IV, p. 51.

Martin bâton.

Sur Marcusj le dieu Mars, Voyez Vaux du paon^ f" 5.

♦ MASSEMENT, adv. Fortement, magistralement. Et massement maquiller à Tesqnerre.

Bail. IX.

A grant masse signifie beaucoup, grandement, parfaitement. Peut-être massement est-il Tadverbe de masse.

Grant masse^ grandement, parfaitement. Du Cange. Roman du S, GraaL P. Paris. Catal. I, 121. — c Par les paroles qui chi après seront dites pores grant masse après revoir. • Rayn. v® Massa.

Messer pour maître formerait le même adverbe, avec le même sens, i Messer as maistre. 1 Cotgrave. i La case

montre le messer. i Cocgrave. Lacombe enregistre Faitverbe maistrement.

MATE, MATHE ou MATTE, subst. fém.

A Parouart, la grant mathe gandie.

Bail. l.

Bignez la mathe sans targer.

Bail. V.

Nous pierons en cette grant mate Goardement. . .

Mitt, du P. TesUmgHi.

Allons nous en comme estoardis Tout droit à la mathe gandie...

Tudesquo, sic ung mato Ebreato. . .

Fit de saind Cbrutophe.

t On donnoit autrefois à Paris le nom d^enfans de la mate aux filous, parce qu'il y avoit un lieu nommé la mate où ils s^assembloient autrefois pour faire leurs complots, i Trévoux. D'où» les matois, — Enfans de la mate, Brantôme, Sur les duels, — c Et que tant de bons matois ^ banqueroutiers^ saffraniers, désespérez, haut gourd iers et forgeurs, tous gens de sac et de corde... i Sat. Mén, éd. de 1752, 1. 1", p. 67-8. Note sur ce passage : t Matois se prend communément pour rusé ; ce mot vient de motte ^ qui étoit autrefois une place où les filous s'assembloient à Paris. Dans les Aventures du baron de F ânes te ^ Chervonière dit que le baron son maître et lui, lorsqu'ils étaient à Paris, se promenaient aux soirs i avec les compagnons de la matte 1^ et tout le jour jouoient au brelan devant le Louvre i avec les petits dez chargez et tous les avantages des cartes •. (L. III, ch. i.) Chez Brantôme, matois

se prend pour un homme qui fait métier de couper des bourses. Hommes illustres^ en la vie de MM, de Matignon et celle de Charles IX. 1 — 1 Pour m'engarder d^estre affiné (qu^ils appellent gwré) des mattois qui mattenty je vou- «Irois bien entendre leur )argon et sçavoir leur langage, car j'entendrois ce que disent les mattois^ les blesches, les contreporteurs et les gueux de Thostiére qui s'en aident, usant entre eux d'un mesme langage. 1 Bouchet, III, 129. — « Ne voilà pas, va demander celuy qui avoit achevé son conte, un bon tour de la mattef on ne les appelle pas, répliqua un autre, mattois sans cause ; car ils mettent bien ceux qui tombent en leurs pièges.. . » Bouchet, ibid^j 126.

c — Je luy feroîs entendre à deux pieds de son nez qu'il maquignonneroit pour les enfants de la matthe. 1 Apr. dittées du Seigneur de Cholures^ f® 42 v^. — Il existe un livre intitulé « Le mathois ou le marchand mesli propre à tout faire. • Paris, Ant. du Breuil, 1614, in-8*.

Enfants qui sont de la matte Savent tous >oaer de la patte.

Prov, fr4inc,f t. I«, 140.

Nous sommes une caballe Plus subtile que Dedatle...

L*Ob et le Nil à sept bras Hastent leur course animée, Fiers de nostre renommée.

Rechantant en leur patois Ce que c'est que à^s matois.

La CabalU its Mattois, iéc9.

Brantôme rapporte que le maréchal Strozzi, voulant jouer un tour à un courtisan, le fit dévaliser par t des capitaines matois quUl avoit empruntés, qui çà, qui là.

assistés par un matois serrurier, si fin et si habile à crocheter serrures qu'il n'en fut jamais un tel. • — t La première année que le roy Charles neufviesme fiit roi, ^ nous veismes pendre un enfant de la matte^ là mesme, qui avoit derobbé six vaisselles d'argent de la cuiâne de M. le prince de la Roche sur Yon. i Dames galantesy huitiesme discours. — t Vous descouvrir la tnau du rosecroix, et dessiller les yeux, i Naudé. RosecrotXj

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