‹ Le jargon et JobelinChapitre 32 sur 40 · III · texte numérisé non relu

III

f Matois j méchant, rusé ; langue matoise^ langage des coupeurs de bourses; matoiseriej ruse, finesse. » Oudin. Curios, fr,

f Mat, A fool , fop , gull , madpash , hare brain'd ninny. i Cotgrave. — t Mat de cathene, A fiirious or enraged fool. • Ibid. v® Cathene.

f Mate, A number of sprigs groving together upon a hearbe ; also as matte^ whence : Enfans de la mate, i Cotgrave.

Mate y angl., compagnon, aide, camarade; le mari ou la femme ; to mate^ appareiller, marier ; to meetj rassembler, d'où meeting, Maat^ holl., compagnon. D'où matelot.

t On a faict saint Maturin le médecin des fols, à sçavoir en ayant esgard à ce mot italien matto (venant du grec mataeosj duquel aucun François ont faict mai, i Apol, pour Hérodote^ liv. I", cbap. xxxviii.

f Mattois et matassin viennent de la mesme source, et le premier signifie un homme qui contrefait le fou, le niais, pour tromper quelqu'un, i P. Labbe. Etym. de plu* sieurs motsfrançoiSy p. 333.

t Je vous veux premièrement apprendre cinq ou six mots d'un langage que j'ay appris à la cour du grand

VOCABULAIRE ANALYTIQUE. ^ij

Coesre du temps que j*écois marmy ma/roîj... i Com. des proverbes^ p. 64.

c Lorsqu'elle cenoic encore sa boutique au palais, des chalans de la mathe lui demandèrent des coiffes de crapodaille. I Les Av. du chevalier de la Gaillardise^ p. 55.

Aîatke^ tombeau, c Le 10 des calendes de may furent mis en cette mathe, Inscr. à Pompey (Meurthe-et-Moselle. I Du C. sous Maiare.

Mata^ langued., butte, tertre. — Matas, langued., buisson. — Mato, une touffe , langued. Mato dé jiroHfia" dosj un pied d'œillets. — Mato d^aoubrès, une copée d'arbres, plusieurs jeunes pieds d'arbre.

Consulter de Brieux, Orig. des coutumes anciennes, p. 15, surlaiii4i//e.

MAUVE pour MOVE, 3® personne du présent du sub- )oncdf de mouvoir.

Que stat pla'tn en gaudie ne se mauve.

Bail. X.

Mauve paraîtrait moins irrégulier s'il était écrit move; c'est une simple faute de copiste. Jfoc^ est pris sur la forme latine et italienne movere, « Ne se mauve » se traduirait en italien • non se muove » . — Mover, provençal, esp, et portugais.

Rabelais écrivait meuvoir, • Quand les Grecz meuvoient armes les ungs contre les aultres. • Rabel. I, 170. — Et movoir ou mouvoir : i comme es tans sur la rivière de Loire nous semblent les arbres prochains se mouvoir ; toutesfois, ils ne se meuvent 1. Ibid. III, ici. Il écrivait move en vers :

Puis que bien stas (grâce an souverain Jove), Nous t'exhortons qae de là ne te move.

Raulau. Epistu du Lymonu, III, 2^S.

• Propre mope. » Ord. IV, 522, an 1364.

MEMORADIS, parc. p. pluriel de mémorerj au sens de souvenu, averti.

Mais [si] soient memoradis Qu'on vous face hàre la moe.

Bail. VI.

Plorez sa mort, soiez memoratis Quels homs ce fu en joie et en delis Et que de tous vouioit l'amour acquerre.

EusT. DiscB. ^ 161.

Le latin memorare et le français mémorerj prov. ec esp., membrar, ont la signification active f mettre en mémoire, avoir en mémoire, savoir, avertir », d'où le partidpe passé memoratusj au pluriel memorati^ d'où le poète du Jargon cire memoradis. Cest le sens de memor. Les Litins auraient dit : Essaie memores.

Cette forme n'est pas sans exemple, du moins pour d'autres mots, tels que sojornadîsj pour séjourné, du verbe sojornare : • séjourner, reposer •. Glossaire de Crapdet. Recueilj t. !•'.

MEN, pron. masc. Vieille forme de mon.

Min ys vous chante que gardez.

Bail. IL

Cest la forme de la Normandie, du Hainaut, ménf de la Picardie metij min, et du rouchi : men fieu. — * Me»

espérance. Froissarc, II, 305. — Men a la même signification en zincalô. Borrov.

Min escient I dons cens anz ad passet. * Roi, ▼. s M*

Par ceste barbe e par cest men gernun.

Ihii. V. 249.

MENESTRANDIE, subst. fém. Métier de ménestrel et de boujSbn. La Cume de Sainte-Palaye. Gl. ms.; état de celui qui menestrande.

Que faictes-voas ? toate menestrandie,

BftU. VII.

Menester^ esp. besoin, disette, nécessité, indigence. — Menesteroso, esp. nécessiteux, indigent, souffreteux, pauvre. Âîenestralj esp. id est menestral^ un qui gagne sa vie du labeur de ses mains. — Menestril, menestrier. Oudin.

c Comme Hennequin et Willequin, menestriei^ se feussent mis à servir li connestable d'Angleterre de leur mestier de menés trandie, 1 Tr. des Ch., JJ. 105, p. 68, an 1373. — « Nous avons receu l'umble supplication du roy des menestrier s contenant comme dès Tan 1396, pour leur science de menestrandise faire et entretenir. • JJ. 161, p. 270, an 1467. — • Souvent il prendoit grant esbatement en menestrandie, » Froissart, XI, 88.

Menés trandier j menestraudier, Bouchet, III, 236, et V,62.

MENICLES, subst. pi. Menottes, chaînes de mains.

Avez tendu au pain et aux menicUs.

Bail. vm.

4i6 LE JARGON DU XV« SIECLE.

f Frères de la cuque ou de la manicUy i. filous, voleurs, coupeurs de bourses, i Oudln. Cur.fr,

xiY* s. t Sa femme Richarde ala en la ville de Caen par devers le lieutenant du vicomte du lieu pour requérir les menicUs pour le amenicler, i JJ. 125, p. 120, an 1384. Du Cange, Manicia,

Ainsi qu'an prisonnier qai jour et nuit endure Les manicles aax mains, aux pieds la chaîne dore.

RoKtARD, 9x4.

Maniglidj ital. : i. Bracelet; 2. Fer aux pieds des forçats; 3*. Menottes ou fer aux mains. N. Duez. Ce sont proprement des bracelets :

Li bras sont fort par les manicUs Qui faites sont d'or et d'ornlcles.

PABTOMOr. II, 83, ▼. 746$.

C'étaient aussi les manches du haubert.

Ne deslaciés cel elme, nobiles chevaliers, Ne ostés les manicles de cel aubère doublier.

Les manicles rappelleraient en cette acception les manches de la camisole de force.

* MESSEMENT, adv., variante de MASSEMENT ci-dessus.

Et messement maquiller à l'esquerre.

Bail, i:

Bail. IX.

Messeaument, Indécemment, d'une façon messeante. Rob. Esiienne et Cotgrave.

MIGNON, sub^t. masc. Mot de la langue usuelle, pris ici au sens de compagnon, joli garçon; comme on die familièrement aujourd'hui d*un homme à qui survient un accident : c Le voilà joli garçon ! >

Que le mignon ne soit au gaing.

Bail. U.

Le mot se prononçait minons au temps où Ton ne faisait jamais sonner à Pintérieur du mots deux consonnes consécutives. Nous en avons des exemples sous la forme de mùton^ au sens de trompeur, aigrefin, filou. — t Attrapeur de minons^ qui trompe les trompeurs. 1 Oadin. —

• Si un coupeur de bourses vcnoit à desrober un avocat, il n'y auroit pas seulement de la moquerie et risée en ce que les minons seroient pris, mais ce seroit un assuré présage de quelque grand et prestigieux malheur, juxta illud qu'il fait fort mauvais temps lorsque les loups s'entremangent et que tes larrons s'entrepillent. • Contes de Choliéres, f® 6j,

Le mot ne remonte pas plus haut que le xv^ siècle,

• Le seigneur du Lau esioit le mignon du roi et s^habilloit pareil de luy. 1 Ol. de La Marche, I, 465. — Du Bellay parle des mignons de la chambre du roi à son entrée à Milan en 1515.

L'argot d'Olivier Cheveau écrit mion.

Je sais ce fàmeox argotier^ Le grand coesre de ces mions.

Éd. de Troyes.

• Les orphelins sont ces grands nUonSj qui triment trois ou quatre de compagnie. — JUions de bouille, coupeurs de

4i8 LE JARGON DU XV« SIÈCLE.

bourses, i Ibid. — f Aîion, petic garçon. Aîionde Gonesse. » Oudin. — Grandval, dans son poème de Cartouche^ appelle r*Amour t ce mion folâtre > . La femelle ou la compagne du mion^ c'est la mille^ dans le Jargon de Péchon de Ruby, de Bouchée, d'OUivier Chereau, etc.

« Tu vivras comme un prince aussi longtemps que les muions (espèce de corps francs) et les garde-côtes ne ce mettront pas la main sur le collet, i Mérimée. Carmen^ p. 109.

Je ne crois pas pouvoir me dispenser de me prononcer sur l'étymologie du mot. Littré, diaprés les philologues allemands, allègue des vocables germains et Scandinaves. Il est très vrai que l'allemand du moyen âge et l'allemand moderne possèdent les substantifs minn et minnej amour, et le verbe minnen^ aimer, qui signifie également osculari dans toutes les acceptions possibles. Mais quoi^ Âlùm, amour, donne en allemand le substantif minnerj amant ou amoureux, et le participe genunnetj aimé. Comment màmer et geminnet se seraient-ils transformés en mignon?

Une autre considération suffit à repousser cette étymologie; c'est que mignon est tout à fait moderne, n'étant apparu chez nous, comme je viens de le dire, que vers le XV* siècle. Il succédait à mignot, qui était au contraire fort ancien, puisqu'on en a des exemples du xiu* siècle :

Joine damoisel sunt mignot.

Chatuorn dm zni* siicU,

Ai caer mignot et joli.

Poéc. mss av. x)oo, La C

Damoiselles j eut mignottes,

Rpst, 774.

La joie k' atens de li Mi tient mignot et joli.

Vacic. Ms, no 1490, £^74.

Charrier, dans son Hist. de Charles VI et de Charles VII j écrie encore : t Un escuyer gascon, mignot du roy d'Angleterre i, p. 51. Et aussi François Villon en son Grant Testament :

Et jadis fasmes si mignottes,. .

A servans et filles mignottes.

On trouve mïgnols dans Froissart (Poés. ms. f> 33) et dans le ms. 7218, f» 361. Le Blason des faulses amours écrit mignaut. Ces diverses orthographes donnent minot, très difficile à tirer de Fallemand minner ou geminnet^ tandis qu'il me parait se déduire naturellement du ladn minutusj prononcé minout. Lacombe traduit mion par petit, du latin minor. Je regrette qu'il n'ait pas cité d'exemple.

Forcellini remarque que minutas est souvent employé, dans les meilleurs auteurs, au sens de petit, exigu, délicat et subtil. C'est encore le sens qui prévaut en français. J'en appelle à Littré lui-même qui définit l'adjecrif mi^no/t c qui plaît par la délicatesse et la gentillesse; visage mignon, bouche mignonne, beauté mignonne, souliers mi* gnons 1. Il ne s'agit d'amour ni par conséquent de l'allemand minne et minnen dans aucun de ces exemples :

La fortune passa, l'éveilla doucement,

Luy disant, Mon mignon, je vous sauve la vie.

La FoirTA,iiiB. Fablts^ V, xi.

En imprimerie, la mignonne est un des plus petits

4«o LE JARGON DU XV« SIÈCLE.

caractères, celui de sept points, iutermédialre encre la nompareille et le petit texte. C'est parce que ce caractière est très petit, minutus. et non parce qu'il donne de rameur, que les anciens imprimeurs le qualifièrent de mignonne.

Quant au mignoun breton, signifiant and^ et mignounisj aimer, ils sont manifestement empruntés au français, c'està-dire postérieurs au xv" siècle ; la preuve en esc que le verbe aimer en breton se dit caret (probablement de carus), qui n'a nul rapport avec Tallemand minnen.

MINERONT, futur du verbe act. miner.

Les mineront trestout au fronts.

B«ll. m.

S'il scet argent, partoDt le quierc et mine,

EusT. Dbscb. f^ 5)1.

L'orgueil et convoiteux tout minent

Or et argent...

Jhid. fo 2s6.

Mine esc souvent employé par minium^ au sens de couleur rouge.

Se par vous n'est ciU fus estains, Tains ardans, plus vermaus que mine.

Minera mon coer. . .

Fkoissakt. Lt Joli huUson, t. 4008-10.

ff Minarse, y. réfl. Se sauver. Jarg. esp. » Oudin. On peut l'expliquer : se creuser, c'est-à-dire se dérober.

MOLLËR, y. a. Moudre, au sens de manger.

Après moUer, loay ung gueulx qui vault.

BâU. IX.

Ne scanrois ta trouver manière Ne tour, pour avoir à mouller?

Farct du patte ti it U tarte,

Mueiller et moler^ aujourd'hui moudre^ écraser avec la meuhy sont d'anciennes formes très correctes que le gloss. de La Curne de Sainte-Palaye n^a pas recueillies.

Fol sera s'il guerpist tel moliiiy mais qu'il mueilU,

J. DB Mbumo. Cod, 712.

c Quand il moloit dix mines à son moulin. » Beaumanoir, XXVI, 2.

Les anciennes formes de meule sont meuille et mole.

Ainsi con la moU et la coz Fait cler et tranchant le costel.

OvxDB. De Arte, f> 96.

« Se moles y faillenc ou gros merriens... li sires du molin le doit réfère. » Beaumanoir, XXXVIII, 17.

Les grosses dents de l'homme sont appelées molaires parce qu^elles broient les aliments comme des m«u/e/. L'ancienne langue les appelle simplement des meules ou moles.

Tu t'enraiges quant tu n'engoles ; Tu ne dorroies un chaitein On t*ame voist au derreain.

Mais qu'aies pleines les moles.

Fahl. de 5. G. fo 35,

Le sens est donc clair : moller, c'est moudre avec les moles ou molaires, c'est-à-dire manger.

L'argot d'Ollivier Chcreau donne morfe pour repas et morfier, argot moderne morfiller, pour manger, c'est-à-dire

4aa LE JARGON DU XV< SIÈCLE.

se servir du morfil ou ivoire des dents. La Vie généreuse appelle la farine la moulue.

§ Le sens du verbe mouller est bien fixé par les deax exemples tirés de la Ballade IX et de la Farce du pasté et de la tarie. Cependant il faut noter certains vocables du dialecte zlncalô; dans le vocabulaire de Borro-v^, mol signifie vin, et Borrov le donne comme un mot purement persan. Mollati signifie grappe et raisin. Si Ton acceptait cette étymologie orientale, il faudrait traduire l'exemple du Jargon par c après boire • , au lieu de f après manger i.

MONTJOYE, subst. f. Le gibet.

Rebecquez vous de la montjoye Qui desvojre Vostre proye.

Balt. UL

f Montjoye j vieux mot qui signifie enseigne dtz chemins et particulièrement de ceux qui menoient aux lieux saints. Monsgaudii, Viœ index. Cippus, Tumulus, Les croix qui sont sur le chemin de Paris à Saint-Dents sont appelées Montjoye Saint-Denis, Les montjoyes n^étotent souvent que des tas de pierres qui enseignoient le chemin au passant. Les payens en faisoient aussi à Thonneur de Mercure, qui présidoit aux chemins, et que Ton appeloit Acervi Mercurii, » Trévoux.

Accumulation : Montjeu. Alpis. Montaine haute. P. Labbe, gloss. p. 488. Montjoye. Sommet.

De paradis a passé la montjoye,

La Cvmib, dimt, p^ét.

De beauté la montjoie,

Cbamr, pop, Lir. 01 LmcT.

Priant à Diea de donner à montjoxe Escns, dacas, santé, honneur et joje.

R. DB 0>LURTB.

Grande assemblée. Vîg, de Charles VU.

Des dampnes acrois li montjoye.

Heltitaiid. la Mort.

L'immense cube de pierre sur lequel était bâti le gibet de Montfaucon était une montjoye.

* MOUARGIE9 subst. f. Mines de singe, singeries?

plantez tost de la mouargie, Puis çà, puis là, pour le hurtis.

Bail. VI.

Maue^mouéej le museau. Lacombe. — f Mouard^ mouarde, qui fait la moue; making mouthes. » Cotgrave. D'où singe, guenon. Lacombe. Et mounard, langued,

• Moa^ Jstrg. esp., de la monnoie. » Oudin.

MOUE, subst. f. Littéralement bouche, par dérivation grimace. C^est le mot de la langue courante, spécialisé pour peindre la convulsion qui tord la bouche des pendus.

En leur faisant faire la moe„.

Car le bizac avoir ad vis Fait au beroars faire la moe.„ Mais si soient memoradis Qu'on vous face faire la moe..> Danger de grup en arderie Fait aux sires faire la mot,,.

Bail. VI.

4^4 l'E JARGON DU XV« SIÈCLE.

Qoidant aa ront faire ans gremes la moût.

BaU. X.

Où est Arqain ? — Il fait la moue A la lune...

Vit de S. Chrislaphu

Ainsi faire la moue signifie être accroché au gibec.

fl Ton père a été étouffé dans la filasse ; il esc more en l'air avec un bonnet de nuit de cheval au col, en faisant une grimace devant le Pont- Rouge. • Le déjeuné de la Râpée f p. i8.

Aîouej bouche en français ; mouth en anglais, ce qui reproduit la forme mouse :

Vous en avez pris par la moue.

— Il doit Tenir manger de Tooe.

Poar boater et foarrer sa mouse,

VuxoM. Gr, Tut.

I Cachinaj mocy Volugena^ tnoe. > — Gloss. romanolatin du xv^ siècle.

MUSARS, s. pi. Niais, badaud, f(À.

Poar ffliealz polir et desbonser musars,

BaU. XI.

Li baron de Herupe ne sont mie musard.

C&. des Sax, XXIX.

Cil est musart qm à tel femme bée.

Poés. flv. 1300. La C.

Il est musart qui tence a foie gent.

Us. 7118, f» 17s.

VOCABULAIRE ANALYTIQUE. «a$

Ce sçavent bien saige et musart, Qui plus est prés du fen^ plus art.

Rose, 3383-4.

Je ne venl plus, dame, sur voas muser ; Vos povex bien qaerir antre musart, Car m'apercoix qu'on m'a fait amuser.

' EosT. DiscH. ms. f^ i8j.

• Si que par le doute des prisons li musard se castient do fere tex folies. > Beaum. XXIX, 19. — c En si uc dire que espérer et quidiers furent doi musart» • Chron. de RainSj p. 75. — Rabelais dédie sa Pantagrueline pr<H nostication à « gens estourdis et musars de nature •. III,

MYNSSE pour MINCE, adjectif.

Pour les duppes faire broner an mynsse,

BâU. IX.

C*esc-à-dire pour réduire les dupes à l'état mince, qui est l'état de ceux qui n'ont pas d'argent :

Est-il gonrt ? — Mais mina de caire

Mist. it la Passion,

Et Taultre, minre de coton, Est lombard : regardex sa mode.

Vie d* saimet Chriskfht,

Haster me fanlt de vendre.:

Je suis mina de haubert.

Cris it Paris,

Nous sommes... — En grant povreté.

— Nu5. — Minches. — En nécessité.

Dial. it Marebtbtau tt it Gaiop.

i%6 LE JARGON DU XV« SIÈCLE.

f Le roy estoic bien mincement habillé. » Chast. Chrom, de Bourg. II, 38.

€ Biei sur le minsu, c'est aller sans artifice. • Vie geue» reuse, — t Les orphelins... bient sur le mince j c'est-à-dire truchent sans aucun artifice. • 01. Chereau. Ce que Vidocq traduit par : ils vont à la fian.

Le mot est resté dans Pargot du peuple parisien.

Il fat nnit, V ciel est opaqne, Min^ que j' vas pincer de l'anber.

JbAM RlCBEriK.

En langage populaire new-yorkais : too thiup trop mince ! veut dire : < c^est mauvais, il n'en faut pas » .

§ Le mince était aussi une petite monnaie valant un demidenier. Guiart, II, 109. y. 2809. — ' ^'^^ ^^ ronds. Douze sols. • Jargon réformé.

I Un denier s'appeloit un mynse dans le langage des matois. • Bouchet, III, 130.

N£N, partie nég. Ancienne forme de non ou ne.

La dure bien tost mn verrei...

Voz ans nen soient rouppieuz.

B«ll. V.

Ronde n'j vault nen pins que en Lombardie.

B«n. vn.

C'est la forme normande, comme men pour mon :

Le fruit que Deus vous a doné Nen a en soi gueres bonté.

MysUrt d'Adam,

Aine roieudre chevaliers nen ot aubère vestis.

Ji9l, T. )S.

• Ma valleur, ne ma proesse ne se pourroic nen plus prendre a la voscre que la clarté de la lune se pourroic prendre à celle du soleil. • Lancelot du Lac^ II, f^ 129. — c Ensi eut li conestables par sens, nen par grant fait, la ville ec le chasciel de Haimbon. • Froissarc, VIII, p. 257.

NIAIS, adj. pi. Sot par inexpérience. Mot de la langue ordinaire employé par le Jargon pour désigner les voleurs qui se laissent prendre.

Espelicans

Qui en tous temps Avancez dedans le pogoiz

Gourde piarde,

Et sur la tarde Desboarsez les pouvres nyots.

B«ii. m.

Niai^ qui seront attrappez

Bien tost s'enbroueront au halle.

Bail. IV.

Nùiis signifie proprement les petits de Toiseau de proie qu^on vient de prendre au nid, et qui, destinés à l'éducation des chasses, ne savent rien encore : 1 Niais est cil oiseau de chasse que on a trait dou ni/j et que on nourit en son ostel de sa ju vente. • Brunetto Latini. Trésor ^ p. 201. — c Autres faucons y a qui ont esté prins au nid et sont appelez nyais. • Modusj (^ 28.

Niais vient du latin nidusj nid, par V ^d]eciiî nidicus, — € NidicuSy ad nidum pertinens. • Varr. ap. Non, 4, 278.

Ad quos tam volucres venit pusillos Usque ad limina nidica esca vilis.

FORCSLLtMI, VO NidicUS,

On trouve nid écrie nie ec nif; on aurait tort d'attribuer ces diverses transcriptions à des formations différentes. Le vieux français ne tenait aucun compte des finales, ce qui permettait aux copistes de les varier à leur guise sans altérer le son, puisqu'elles étaient muettes. Cette remarque explique bien des fautes singulières jusque dans l'intérieur des mots où la prononciation supprimait les consonnes doubles. Par exemple, un copiste écrit baptist pour bastist^ pas d^inconvénient puisque Tun et Tautre mot se prononçait bâtit,

NINARS, subst.pl. Niais?

Gaillieurs faictz en piperie Pour ruer les ninars an foing.

Bail. II.

ffifiOy esp., petit. — Nine^ féminin de nain. La Cume. — Ninoche, rouchi, imbécile.

Nine est une couleur rouge que ceux de Grèce trouvérent en Ephése. Sicile. Blason des couleurs^ p. 25 v*. C'est même chose que la mine ou minium,

NINER, V. a.

Nineront trestout aa fronti.

Bail. m.

Ninna, it., dodo. Le dormir des enfants. Ninnare^ bercer. N. Duez.

Ninar, ningue, neiger. Gramm, prov, Bibl. nat. ms. 7534 latin.

Nina, inf. tourner; rom.-castr.

VOCABULAIRE ANALYTIQUE. «a^

J'ai dû suggérer les mineront pour rétablir le sens et la mesure.

NOUE, y pers. s. ind. de NOUER, nager. C'est le verbe de Fancicnne langue :

Le Tendengear, beffleur comme un choiie, Loing de son plain, de ses flos carieulxy Noue beaucoup, dont il reçoit fressoae.

BâU. X.

Le voleur, perché au plus haut du gibet comme une chouette, loin du plain, c'est-à-dire la surface de la terre et des eaux, nage comme un oiseau qui étend ses ailes, et chaque mouvement lui donne une secousse avec frisson.

Au sens de sYtaler comme une personne qui nage^ Jean de Meung a écrit :

Voy C3mment elles portent leurs manteanlx proprement, ^Voj comment elles nagent dessus le pavement.

Cod, y. 1223.

t Passe la rivière de Vienne à noe. i Du Guescl. Ménard, p. 474.

Dedans nooitnt li poisson.

Ms. 7218, 1^ 3S9.

Les uns nouent, les aultres noient.

G. GuuRD, t» 376.

Plus aise que poisson qui noue,

Ms. fr. 71x8, f* 13B.

Ne mangez d'ânnette ne d'oe, Ne de nul aultre oisel qui noe,

EusT. Ducs. (^ 48$.

f Elle noue par dessus les rivières et par dessous. • Fouilloux. Vénerie y f» io8.

Les nouons sont des poissons dans le Jargon de Bcnichec, III, 130.

OE pour OUE, 3* pers. du prés, du subj. de ouïr.

Pour soi esche ver de las oe.

Bail. VI.

Sur la restitution que j'ai fait subir à ce vers, voyez les mots las et soue.

Voici quelques exemples qui éclairciront la conjugaison du verbe ouïr :

Et s'il lui plaisty il nous ourra.

Vit dt taint Christophe,

Vieille ou jeune, mondaine oa nonne...

Qui ne se délite en Voant,

La Roit, V. 10319-23.

< Il semble que eie n'oe aucunement raison. • Oresme. Eth. 205.

* OSTAC, subst. Corde, ou vent d*est, le plus sec de tous.

Q^ix'ostae n'embrone vostre arerie Où accoliez sont vos ainsnex.

Ostj ancien mot celtique et tudesque, signifie orient. Trévoux.

A rapprocher de ce passage les deux vers suivants du Grant Testament de Villon :

Que de Costae et set gens d'armes Ne lui riblent sa caige vert.

Mais certains mss. donnent de Tusca au lieu de Costae.

« Osiûj it., ostCj corde attachée à la penne ou à l'aile de la voile du grand mât d'un navire. » N. Duez. f Ac^ terminadson du pluriel en basque et en bohémien. » Baudrimont.

PAROUART. L'échafaud sur lequel s'élève le gibet.

A Parouart, la grant mathe gaudie.

BaU. L

En Parouart, la grant masse gaudie.

Bail. VII.

L'épithète de grand peut suggérer qu'il s'agit du gibet de Montfaucon, la plus vaste construction de ce genre qui existât en France.

Le mot, si curieux qu'il semble, n'est pas indéchiffrable. Je crois que parouart^ qui contient Tun des noms des bourreaux, le rouart (v, ci-aprés Rouas tre)^ est simplement l'homophone jargonnesque de paroir^ mot de la langue ordinaire, qui signifie : 1 chevalet où sont étendues les peaux qu'on veut parer » . Littré. Notre Jargon est plein de ces rapprochements entre les opérations du métier de tannerie et le tannage naturel que le soleil, le vent et la pluie font subir au cuir, c'est-à-dire à la peau àe^ pendus; voir notamment, à la ballade V :

Qtt'enastez ne seje en sùrie Blanchir vos cuirs et essnrger.

Le mot parair en ce sens est très ancien : c Paroirj lieu où Ton prépare les toiles et les peaux •. Du Cange sous Para*

torium. — c Paratorium locus ubi parannir celae, pcnnî, papyrus, etc. Gall. paroir^ proviacialibus paradou, • On retrouve en effet le mot paradou dans le dialecte romanecastrais, avec divers sens, particulièrement celui de couteau à parer.

f Paratura pannorum confectura. Hactenus inhibitom fuerat, quod lanx aingleni, animalia lanigera, pelles lanatx, et cxtera omnia, et singulos qux ad paraturanij tincturam, etc. i Lettres de 1332. Du C.

La contre-épreuve de cette identification du paroir des mégissiers, teinturiers, etc., avec le gibet où le bourreau prépare les peaux humaines m^est fournie par la langue espagnole. D*aprés Oudin, le substantif perayle signifie drapier, marchand de laine, mégissier, pelgneur de draps. Or le même lexicographe nous donne, dans ses Dialogues fort récréatifs j ^. 212, le fragment de conversation qui suit, espagnol et français : f Yo! por cierto sino para ponerle en PeraluUlo con doze y la maestra, no se para que. — Cest-à-dire : Moy, certes, ne sçay pas à quoy tous estes bon, si ce n'est pour vous mettre sur un eschaffaut, et vous donner douze coups de barre. • Dans ses observations sur ces mêmes dialogues, Oudin fournit la glose suivante (p. 523) : • Peraluillo est un lieu eslevé comme un eschaffaut de pierre où Ton exécute les criminels à coups de flesches. L'italien pouvait dire le forche; i. le gibet. I Oudin y revient dans un autre ouvrage [Trésor des deux langues) et localise le Peraluillo espagnol : • Pertfluilloy un terrain qui est prés de Ciudad Real, où la Sainte Hermandad fait justice de ceux qui sont sous sa juridiction en les condamnant à estre tuez à coups de flesches. •

On aperçoit entre le paroir des mégissiers français ec le

gibet de pierre de Montfaucon, die Parouartj le même rapport qu'encre le perayle ou mégisster espagnol et le Ptraluillo ou échafaud de pierre, où l'on exécutait les criminels.

A noter que Rabelais nomme Malparouart parmi les cuisiniers qui entrèrent dans la Truye, machine de guerre pour combattre les Andouilles (t. II, 411.) Malparouart signifie clairement f qui prépare mal, gâte sauce •, mais l'orthographe de parouart est remarquable en ce qu'elle reproduit celle du Jargon.

PASSANTS. Subst. pi. Souliers.

Bronei inoy sar ces gours passons*

Bail. I.

Puis escheqaez sur gours passons tons nea fz.

Bail. vu.

Les passons rompus il 7 perd.

VU ii 5. ChrhlopU.

Ce sont des souliers dans la Vie généreuse^ dans Bouchet, III, 129, et dans le Jargon réformé^ comme dans les deux premiers exemples ci*dessus, qui se commencent Tan l'autre; quant au troisième exemple, il se pourrait qu'il fallût le traduire par les passants d'une boucle, sui« vant l'explication donnée par Oudin, Cotgrave, etc.

Uétymologie du mot, pris au sens jargonnesque, dérive

tout simplement de l'ancien emploi du participe présent

de la langue usuelle. Passant voulait dire non seulement

l'objet qui passe, mais aussi Tobjet qui aide à passer : • Il

fut ordonné de y faireung pont bien passant et assez

large. > Commines, IV, 9. — • Il feit secrettement faire

as

plusieurs vaisseaux, arrière des grans chemins passaus, t Amyotr Thésée, 23. M"*« de Sévigné nomme la Provence c la plus brillante ec la plus passante province de France ■, 14 décembre 1689. En ce sens, rien de plus passant que des souliers. Ces exemples montrent le tort des grammairiens qui défendent de dire « une rue passante >.

PATIS, subst. pi. Pâturages, mot de la langue vulgaire, peut-être étable ou basse-cour.

Et n'espargnei point la flogie De ces doalx dieux sar les patis,

BâU. VI.

I Les oualles Dieu sunt li pueple et ses pastii est li mondes. » Ps. du xiii® siècle, ap. La C. — t Car ils ont trop mis depuis dix ans le pais d'Anvers à pastii. > Alain Chartier.

Je vous enseignera^ les pâtis les plus gras.

La Fontaine. FâhUs, IV, ai.

' Patis^ basse-cour, langued.

PAULMER, verbe a. Prendre dans la paume de la main; voler*

Puis, dist ung gueulz, j^aj paulmé deux florins... J'ai ja paulmé tout le gaing de machoirre.

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