‹ Le jargon et JobelinChapitre 33 sur 40 · B«U. IX · texte numérisé non relu

B«U. IX

De palmaj la paume de la main. La forme ancienne du verbe t%tpaulmier^ prendre, empoigner, latin pa/ffuu-e.

Un espiel i trouva, fièrement le paumie» *

VOCABULAIRE ANALYTIQUE. 4j$

On disait aussi paumoier : ^

Là véissiex miint Tare sa lance paumoier.

Ch. tPAnt, II, 140.

. Paulmerj saisir, c Adonc Alexandre print ung glaive que luig sien chevalier tenoic, et ad visa le comte Carleir qui en paulmois ung aultre moult fièrement. • Perce/. I, 25. Paumée, Action de saisir avec la main.

De la foie pensée vient la foie paumée,

Prov. du Comte de Bnt, ap. Là C.

• To palrriy gagner ou voler; palmer^ le voleur qui enlève les bijoux d'une devanture et les fait glisser de sa main dans sa poche ; palmingj cacher des cartes dans la paume de la main. • En slang,

La signification jargonnesque subsiste dans empaumer,

§ Palsgrave définit pauîmer subst. angl. (pron. pointeur) a poor man^ et le traduit en français par blistre et blUtresse, (Voyez Belîstrien,)

c Palmar^ jarg. esp. Donner par force. > Oudin.

PELLE, subst. m. Chemin.

Et gourdement aignisex \epilU,

Bail. vin.

Et s'il advise le pelé

On qu'il nous eschappe, quel pars?

Misl. d* la Passion,

S'il advenoit, il me seroit Bien tart d'adviser le pelé,

, Mût. de la Risurr.

f Le pelij le chemin; pelardier, pré, et pelard, ^oin, • Vie gêner.

fl Le CoESiLS. Il faut le pelé gaigner le haut. » Cam^ des proverbes j p. 59. — Alaig&e. Il faut embier le pelé. • Ibid, p. 70.

t Aller et venir font le chemin peler, t Cotgrave.

Du latin pilusj poil ; la figure est exacte : un chemin est de la terre pelée,

Peleuxj terre en friche. ■ Demi-arpent de vigne et demi-arpent dt peleux^ ... onqixel peleux assez tost après il fist planter vigne. • JJ. 106, p. 359, an 1374. — ■ Environ ung arpent de vigne et un arpent de peleux ou désert assis delez ledit héberge. • Aveu de 1403. — Pelleure^ même signification. 1 Item Jehan Gareau pour la pelleure feu Berthelot Le Charpentier, tenant à la vigne Blondeau. • Aveu de 1404..

PIARDE, subst. fém. Boisson, chemin, ou pioche.

Espelicans Qui en tous temps Avances dedans le pogoiz Gonrde piardt.

Bail. IIL

Gourde piarde ne se trouve que dans Villon, ce qui rend très incertaine la signification de ces deux mots réunis. Les autres textes de Jargon donnent :

I* Gourd pîardj avec la signification évidente de caba-

ret, taverne :

Je m'en broamy an gourd piart.

Vie it tâimft Chrithfke,

2' Gourde pie^ une fois dans le même sens que gourd piard :

Si le roastres et ses anges

Nous trouvoient à la gourde pie.

Fie dt sûimt Christophe.

Mais ordinairement avec le sens pur et simple de bonne boisson et de f dive bouteille »• (Voyez infrà aux mots Pye et Pyer.)

Gourde piarde paraît, dans Texemple précité de Villon, avoir également le sens de gourde pie ou gourd coys,

PiolUj taverne, et pioller^ tavernier, dans le Jargon de Pargot, d^OUivier Chereau, se rapprocheraient de piard et de piarde, étant écrits piaule et piauller. Le piar est le petit de la pie : t La pie qui a des petits piars, quand elle voit passer aucun prés d'elle, tant caquette, que elle enseigne le nid de ses petits. > Ne/des foli, £• i8. Piailler et piauler, crier, caqueter comme les petits oiseaux, peut venir de pipilare, qui a le même sens que pipire ttpipare; mais nos anciens joueurs de mots ont voulu que piailler vînt de pie. Pourquoi? Parce qu'ils équivoquent sur le pie oiseau et la pie tiré du grec muv, boire. Aussi Cotgrave traduit-il piauler par bofre et piailleur par buveur.

D'où il suit que le piard ou piarde serait la maison où Ton piaille, se. où l'on boit.

§ n faut noter cependant une acception toute différente : une piarde est une pioche en français et en poitevm. — c Le suppliant faignist qu'il alast quérir une piarde et une sarpe de quoy il avoit à besongner. • Tr. des Ch. JJ. 191 } p. 71 9 an 14(4. hz gourde piarde serait une lourde pioche, propre à enfoncer les volets et à forcer les barreaux. Cependant je maintiens l'interpréution la plus simple, parce que, à ce qu'il me semble, les espelicans,

qui attendent en buvant que la nuit leur livre les • nyois • j ne sont pas les voleurs, mais ceux qui les arrêtent.

§ Le lang. biarda^ cheminer, qui a fait en français hier et biarder^ fournit une troisième traduction possible, que je me borne à indiquer :

Un gons qui rufTabo le nas Qui me faguet biarda de fori.

GOUDOXILI.

. Pis s'embiardtr comme une lenriere.

Mus0 norm. p. 143.

... Je m'en bieray devant Tant que piez pourront soustenlr.

Mût. du y. Test,

Cette forme, d'origine et de valeur toute différente, vient du latin via, prononcé bia à Fespagnole.

Bier et embier signifient s*en aller dans le Jargaa ré* formé. — f Alaigr£. Il faut embier le pelé. > La Comédie des proverbes j p; 70.— t Ambier, c'est aller. Et ils demanderont - où ambie le courrier? Il respondra : fambU au taudis, c'est-à*dire à la maison. 1 Bouchet, III, 130. ' »

PICONS, subst. pi. Pics, crochets;

Plantez aux hurmes vos picons.

Bail. I.

Plantez picquons sur ces beaulx sires dieux.

Bail. VII.

Picquons au veau! Saint Jacques, je m*espince, -

Bail. IX.

Ils ont pourpoinsy estendards et picons.

ECST. DitCHAMM.

fl II nuisotc comme le porc espic qui darde ses picons à ceux qui lui veulent nuire. • Brantôme, Cap,fr,

Pico esp., picone ital., pic, bâton de fer. — Arpicone et herpicone^ ital., crochet, crampon, d'où arpione et arpioitj qui signifie le pied en argot moderne. Se rappeler qu'en vénerie la pince ou espince désigne le pied de certains animaux. — Picaroon^ voleur en slang.

Pour comprendre ce que veut dire planter picquons, force nous est de raisonner sur le premier des exemples allégués ci-dessus. Plantei vos picons aux hurmes signifie littéralement t plantez vos crochets aux logettes du gibet >. Comme un pareil conseil est exactement le contraire de celui que Villon entendait donner aux Gueux qu'il morigène, j'en conclus que l'expression elle-même doit être prise en sens contraire; et, par ainsi, que planter picons ne signifie pas s^accrocher, mais t abandonner ses crochets > , les planter pour les laisser là. Tel est également le sens du second exemple : < abandonnez vos crocs sur ces écus d'or >, renoncez à les prendre. En se reportant au texte, on verra, je crois, qu'il n'y a pas à s'y méprendre.

Le sens" clair et net de planter picons se retrouve, avec commentaire, dans ce passage curieux d'un opuscule du XYU* siècle : < Laissez plus tost à la pluie toutes sortes d'engins, ciseaux, couteaux, tenailles, sur peine d'estre eslevés sur une busche de quinze pieds de haut. • Rei^ glesy etc^ de la Caballe des Filous,

Citons encore un morceau singulier de cette linérature sinistre :

■ J'avise mon cs^ou, qui tire de sa bezasse quatre tire* fons et une grande boeste, et nous meine au pied du gibet^

et moy, esconné, les cheveux me levoienc en la teste de frayeur. Il pose l'un de ces tirefons contre un des pîUiers, qui estoit de bois (ceci se passe à la veille d'une foire de Niort en Poitou), appelle ce nepveu et luy dist : Tiens, monte jusque là hault. Ce qu'il fit promptement. • f i^ généreuse. Il s'agissait de couper le bras d^un pendu, que le neveu se mit en écharpe pour inspirer la compassion. — Autre expédition du même genre non moins hideuse : ff Peu de temps après, nostre régiment estoit prés de Beaufort en Vallée, (c'est, je crois, Beaufort, chef-lieu de canton de l'arrondissement de Baugé, département de Maine-et- Loire), nostre cagou veid un pendu à une potence, qui n'y estoit que du jour ; commande à son nepveu de demeurer derrière... et luy comroenda que quand la nuict seroit venue, il coupast... > Ibid, Je ne pousse pas la citation plus loin; elle suffit, avec la précédente, pour montrer que les Gueux savaient monter au gibet autrement qu^avec l'aide du bourreau ; les picons de notre ballade et les tirefons du cagou sont un seul et même instrument.

Quant au troisième exemple, où je conjecture que c au veau » est mis pour i à val >, il est possible que /»o quons soit l'impératif de picquer. Mais , verbe ou substantif, la signification du mot reste la même : c Picqtums à val >, c'est-à-dire allons-nous-en, ou bien t crochets à bas > , c'est tout un.

Piquer à valj pour se retirer, s'enfuir, trouve sa confirmation dans ce passage des Ceni Nouvelles nouvelles : « L'autre se taisoit et picquoii son chemin, i Nouvelle

Un renseignement curieux, que je rencontre *dans les Souvenirs de la langue d'Auvergne, de M. Francisque

Mége, achéye de fixer le sens intime du substantif picon et du verbe piquer^ Un piqueur^ dans le langage du canton de Sainc-Dîer, arrondissement de Clermont-Ferrand, c'est un mendiant de profession, un homme qui va à la pique^ et aller à la pique, c'est c parcourir la France soit en mendiant ou en pèlerin, soit avec une balle de colporteur, soit en se faisant, à Taide de faux certificats, passer pour incendié, inondé, etc. • La définition de M. Mége s'applique avec une rigoureuse exactitude aux procédés des Gueux pour qui furent écrites les ballades du Jargon.

Eustache Deschamps connaissait cette nuance du verbe piquer :

Chascnn qui paet prent, hape et pique Pour avoir grant estât et mise.

Ms. f« 537.

Pique assiette appartient au même sens.

Picke, to run avay, en slang.

€ Pico, esp. bec. — Picon, esp. Un trait que Ton fait en seignant quelque chose, un trait piquant. En jargon, un pouU, > Oudin.

Le/yûroetle picon ont fourni à Pespagnol /yicoro^ gueux, mendiant, voleur, etc.

PIÉTONNER, verbe n. Courir, marcher.

Et fietonne^ lu large sur les champs.

Bai. I.

. Je pietonnay tonte la nuit.

Vit dt S4tmd Chritlophe,

Et moy tantost de pie tonner,

Framc arcktr dt BaignoUl,

* PIMPRES, ad. pi. Pimpants.

Mareitf, arvés, pimpres, dorlotz et fars.

Bail. XI.

Encore un vieux mot d'exemple unique, mais qui n^a rien de jargonnesque, non plus que fars qui le suit.

Le français du xvr siècle avait le verbe pimper, dont pimpant est le participe présent; et le français du XIII* siècle, plus voisin des origines, avait pinpernele, qui dérive de pinpre ou pimpre :

Quant l'accointa la jovincelle Qui estoit jone pinperneU,

Du Cange. PipetmtlU.

c Nous marions la douceur des yeux des coquettes avec les afietteries des pùnpreneaux. > Les Jeux de Vinconnu^ p. 357-8. Les pimpreneaux du sieur de Vaux (Adrien de Montluc), masculin des pinprenelles citées par Du Cange, signifient ici les jeunes galants, les muguets, c'est-à-dire les pimpres du Jargon.

Une plante aromatique a retenu ce nom, la pimprentlU,

Pimpary prov., pimpa langued., atifer, orner. Le mot pinpernele subsiste en rouchi au sens du vieux français, jeune fille éveillée et coquette.

L'autorité de Littré ne suffit pas à me faire admettre l'étymologie de pipe ou pipeau^ qui ne me semblent avoir nul rapport avec le sens du radical français pimpre, d^où pimprenelle ou pimpernelle. Le même savant en suggère une autre plus accepuble, qui dérive pimprenelle de pampinus et de pampre. Celle-ci donne da moins la raison de IV de pimprê, et pourrait expliquer la /om-

celle pimprenele. Mais la plante de ce nom ne ressemble guère au pampre^ tandis que sa saveur peut faire penser au poivre, piper; )e ne sais exactement à quelle plante les Latins donnaient le nom de piperitis oxxpiperidisj qui pourrait être devenu en français la piprette ou piprelle. Enfin, un seul mot latin convient à Tétymologie de pimpre^ c'est piper. L'adjectif />zm;7r« aurait ainsi le sens primitif de piquant, relevé, excitant ; et je crois que c'est le vrai.

A ajouter que le mot pimpemaux est ancien comme

nom d'un petit poisson qui devait avoir des piquants, sous

crois formes : i^pippreniau^ f quatre cens de pippreniaux».

Reg. de Corbie, Eiéchieljf^çS, an 1221. — 2^ PipemeaUj

« Icellui Jacquiet prit cent et demi d^anguilles et quatre

ou cinq ctnn pipernêoux. > Tr. des Ch. JJ. 154, p. 15,

an 1398. — 3^ Pinperneau^ < Lesquelles anguilles ou pim-

perneaux pouyoient valoir en tout quinze frans. • Ibid. 154,

p. 15, même année. Le dict. de Trévoux, d'après Borel,

identifie le pimpernau avec le sparus ou catholicumparvum.

PIPERIE, s. f. Tromperie.

Gailliears faitz en piperie.

Bail. U.

Béroalde de Verville, comparant les femmes aux filles, et déclarant les premières plus parfaites que les secondes, ajoute : t Ainsi est-il du monde de piperie, plus accort, plus joli, plus parfait, plus délicat, et mieux sentant son bien que le premier. • — t Ils peussent joyr de toutes franchises de tous cas par eulx commis, comme de meurdre, furt, larrecin^ piperiej. > Chn scand. an 1467. — • Ceste piperie qu'ils appellent médecine. • Dial. de Tahur, f^* 5)0.

444 l'C JARGON DU XV" SIÈCLE.

Béroalde se serc de Tadjeccif pipeux^ qui n'est qae li prononciacion écrite de pipeur^ comme joncheux de yoBcheur (v. Joncheur), t L'exercice a causé merveilles aa progrés infini de l'univers pipeux. » Moyen de parvemr;

p. IIO.

Du substandf pipée^ artifice par lequel on trompe les oiseaux et aussi les hommes, et du verbe piper : 9 Les sens sont pipei par Fentendemenc. > Charron, p. 79 ; de pipe et pipeauj au sens de tuyau, spécialisé pour désigner le si£9et au moyen duquel le chasseur au pipeau imite le cri de la chouette, du latin pipa^ chalumeau pour aspirer les liquides. — < Par la vertu Dieu nous sommes icy bien pipp^i à plaines pippes. » Rab. III, 36. Corneille s'est servi du verbe piper deux fois de suite dans Pacte III du Menteur :

En matière de fourbe^ il est maître, il y pipe*

Se. III.

Qu'elle pût un moment vous piper en votre art.

Se. IV.

Pipeur, trompeur : c En ce tems fut faitte justice de plusieurs povres et indigentes créatures, comme de larrons, sacrilèges, pipeurs et crocheteurs. » Chr, Scand. an 1460.

J'avois un jour un valet de Gascogne, Pipeur, larron, jureur, blasphémateur.

Cl« MAmoT.

Pipeusementy adv. avec tromperie. Cotgrave. — P/ppable, qu'on peut tromper, f Je suis très pippable. • Montaigne. Essais, t. II, p. iip.

Piponj subst. trompeur.

Moult a en lui cruel pipon.

Et traistre est...

Pb. MoutKEs, T. 19902-3.

La Bibliothèque nationale conserve (L* 62 y in-8<^) un petit livre intitulé f Advertissement antidot et remède contre les piperies des pipeurs, auquel sont deduicts les iraicii de finesse de un nommé Anthoine d'Anthenay^ lequel outrepassa les finesses de Villon ^Pathelin^ Ragot et autres inftnits affronteurs^ a (sans bourse deslier) emporté de plusieurs ecclésiastiques^ bourgeois et marchans de la ville de Paris cent mil escus et plus. • — MDLXXXIIII.

* PIRENALLE, %. f.

Et si harcque la pinnallt Au saillir des cofTres massis.

Bail. IV.

Nous avons hit sur le mot hirenalle^ qui rime avec pirenallcj certaines observations qui leur sont communes et qu^il est inutile de répéter ici. Le radical devrait être piren» Nous avons en latin pyren^ pierre précieuse qui, d'après Pline, ressemble à un noyau d'olive, Pyrene^ nom ancien de Saint-Sébastien au pied des Pyrénées^ et Pirene, fontaine dédiée aux Muses, au pied de la forteresse de Corinthe. L'allemand donne birn ou birne^ poire, qui nous ramène au latin pira ou pirum. Aucun des mots précités ne me suggère la moindre application.

Je signale encore, en abandonnant Vn du radical: I* l'adjectif piVtf^ 2^ le latin, espagnol et italien pyra et pira^ bûcher, pile de bois ; 3* birnen^ brûler, ail. du moyen âge; 4* le pire ou pire^ chemin ferré (moderne perré\^

4i6 LE JARGON DU XV« SIÈCLE.

pîrùiSj pîrgus; 5» pirer ou birer, s'amuser, se réjouir, Lacombe; 6* le poitevin piVe^ vie; 7» le zincalé piri, pot de terre.

J'ai réservé, pour les discuter en dernier lieu, quelques étymologies moins éloignées de mon sujet.

I® Le zincalô donne piroj le pied, et pirar^ promener, aller, qui n'est pas sans rapport avec Titalien piroHêj qui, di^ns la langue ordinaire, signifie cheville et, en argoc,dent ; ni avec l'espagnol /y^r^iear^ qui veut dire gambiller,. branler des jambes, et pernada^ gambade (Oudin). Rapprochée du verbe hurcquer qui la précède dans le ménxe vers du Jargon, Isipirenalle pourrait trouver place dans une traduction comme celle-ci : c Et ainsi la cheville vous fourche, vous accroche au sortir des cachots épais • , ou bien : c Et ainsi vous vous trouvez fourché à la gambiUade », etc.

A cet ordre d'idées se rattache le mot < bironne^ s. f., un treuil, qu'on appelle en Poitou et en Languedoc gibt- Ut y de birery tourner. Voyez Ménage. Bironneriiu, 1^i%m ouvrier qui fait des tarières. Du C. v® Bironnerius.

On cite quelquefois une phrase de Rabelais c Mau de terre vous bire >. Le texte original porte i vous vire • (L 218}, mais virer ou birer^ tourner, c'est tout un.

3° L'espagnol perro^ le chien, donne perreria, le chenil; oh supposerait facilement ime ïovmt perrenaUU, qui équivaudrait à chiennaille^ c'est-à-dire canaille, c Et ainsi la canàilh est foucchéç •, etc.

3^ L'italien a les substantifs birro^ Tarcher, le sergent, pris dans un sens de mépris, et birraria (très proche de l'espagnol perreria)^ la . troupe des archers ou sergents, N. Duez. Par une duplicité de sens que j'ai constatée à Beroars, la même désignation confond les hommes 'de police

avec les malfaiteurs qu'ils poursuivent. Le birro, comme le beroard^ est tantôt un sergent et tantôt un filou. Cette dernière acception s'est spécialisée en italien dans birrone^ filou, trompeur, pipeur, et birçneggiarej tromper^ piper. N. Duez. Birrone^ en quelque sens qu'on le prenne, a pu inspirer au jargon birrenaille ou birenaiile; d'où une double traduction, suivant qu'on prend le birro pour un archer ou pour im voleur : f Et ainsi la fourche attend la troupe des Gueux 1 ou bien : c Et ainsi, la police vous conduit au gibet. »

Cette dernière interprétation me paraît la plus exacte ; mais )e laisse au lecteur instruit le soin de décider.

Pour ne rien omettre, je dois enregistrer Tadjectif espagnol/wre/iâ/^ éternel, perpétuel, qui pourrait ouvrir un autre horizon, t Ainsi vous êtes fourché pour jamais. •

Malheureusement nous avons ici une surabondance de conjectures et une disette de certitude, que j'ai rarement rencontrées à ce degré dans mes arides recherches.

* PISANS, subst. pi, (V. Bisans.) ^

De paoar des pisans si très durs.

Bail. I. .

Sous ce mot le dict. ms. de La Cume de Sainte-Palaye renvoie à Piyiin^s. Colerettes piicdnes, de jazeron d'acier. — y. sous Armaturdy dans Du Cange, un inventaire d'armures.

Pisanus. Jarg. esp. Les souliers et les pieds.

PLACQUER, V. a. Aplatir, abattre. C'est le sens ancien et primitif.

Ponr rifler Et placquer Les mgelz dé mat tous ronf.

Bail m.

1° Coller, aplatir comme une plaque.

Englois par lor orgueil et par oultrecnidier Se vont dessus le pré asseoir et pUquier.

GuBSCL. aaa^o.

C'est en ce sens que le rouchi die plaquer pour salir avec de la boue.

Rouget, qui m'entendoit appeler dieu bigorne, M'enle^e et me pUquit tout dret dans ma mezon.

Muft morm, p. 85.

Plagier en français, pldgar en esp. : navrer, blesser, n*a pas la même origine, mais conviendrait parfaitement à l'exemple ci-dessus.

Et la chair vaincre et plagier.

Le Roux db Linct. Chamsvmt, I, 109.

Se plaquer y v. r. tomber à plac. Jean Richepin. 2° Apaiser. Placquer son ire. Eusc. Deschamps.

. • • S^en devex estre apaisiez, Mes je dist que vous placquie{.

M«. Vatican ijaa, f* t$9 r«, c. t.

PlacabUj contraire à*implacable dans la Marg, des Marg. f Mais tous dépendent du même principe, de Fidée d^un dieu placable. » Voltaire, dans Laveaux. — Je cite cette seconde acception pour avoir lieu de constater qu'elle serait contraire au sens bien établi par le verbe rifler , qui

VOCABULAIRE ANALTTiaUE. 449

indique rintencion de blesser les sergents, bien loin de les vouloir apaiser.

PLAIN. C'est le mot de la langue ancienne, dans le sens actuel de plaine.

Qne stat plain en gaudie ne se mauve... Loing de son plain, de ses flos cnriealz.

Bail. X.

Quant on cuide en ferme joie estre En un plain laissier le convient.

Jbam db G>mo<, II, 56, 217.

Le premier exemple signifie : t que celui qui se tient en joie sans alarmes ne se meuve. • Et le second : t loin du plain^ c'est-à-dire de la terre, en l'air, pendu, i

fl Le bois acquiert le ploLn. « Loysel, 257. En termes de marine, la haute mer.

f — Au plaittj au plairij ne nous entrebatons point au cymetiere. • Tr. des Ch. JJ, 147, p. 266^ an 1395. — f Us se meirent en chemin, et tenant toujours les plains de la forest, faisoient joyeuse chère. ■ Perce/, IV, 22. — « Li monne orent si grand paour que ils laissierent tout en un plain et s'en alerent. > Froissart, II, 70.

lonste un bois, lez un plain, Encontrai un vilain.

Ma. 7218, f^ 249«

Je crie par bois et par plains,

Mârg, de U Marf.

PLANT, subst. m. i. Confrérie des Gueux. 2. Signification actuelle d'être en plant et non en plan^ comme on l'écrit d'ordinaire.

Marques de plant, damés et andinas.

Bail. XI.

Qui est plant en ce coffre joyeoix.

B«ll. X.

Le premier exemple signifie c filles affiliées aux voleurs • ; le second exemple s'explique de soi*même, f qui esc en plant dans cette prison joyeuse ». De là le plan pour la prison :

Sans tracquer de tomber an plan,

Ckansom d'argot, Viooca» t. I«r, p. xzij.

C Planj S. m. zincalô. Brother, hermano. English Pal. Cant expression, in use amongst thieves, vhich signifie a comrade or brocher in villany. i Borrov.

f Planij s. f. zinc. Siscer. » Borrov.

Significacion obscène. Voir Planter^ ci-après.

PLANTER, verbe a. C'esc le verbe de la langue usuelle, appliqué aux besoins parciculiers du Jargon.

Plante^ aux hurmes voz picons.

Bail. I.

Mais plante^ ïix sont comme joncz.

Bail. m.

Allez ailleurs planter vos marques.

BalL IV,

Plantes ailleurs, contre^ assegier.

Qui aux sires plante du gris...

Plante^ tost de la mooargie.

BâlL VI.

Plante{ picquons snr ces beaulx sires dienx... Antonnex poix et marques six à six, Et les plante^ aa bien en paillardie... Plante^ vos Ùstz josques elle rappasse.

BaU. Vn.

On trouvera les diverses acceptions des exemples cidessus en consultant le présent vocabulaire sur les substantifs que planter gouverne comme régime : Picons^ Marques, Gris y Mouargie, Histi, etc.

L'emploi de planter dans les deux exemples suivants se rapproche des sens jargonnesques :

Et qui vonldra planter si plante.

ViLtoM. Petil TttL

Sonventeifbis s'esbat et rit A planter une gente bourde.

Ch. o*Oel<am», rondcAu 29.

En italien, piantar carote.

Egli, che ben conobbe al primo tratto Ch'era in nn campo da piantar carote.

Lalli. En. Irmv. II, st. 2X.

fl Piantar canne 0 carotte; en bailler à garder, en faire accroire. 1 N. Duez.

Piantar, jarg. esp. enterrer; £r. planter, mettre en terre, To plant, enterrer, cacher, en slang,

c Planter le dé, c'est-à-dire le jeter avec adresse et ramener ce que Ton veut. • Oudin.

Planter, obsc. t Vous recouvrerez vostre fille... Ce bon gentilhomme Ta si bien plantée qu'elle viendra bientôt. — Voilà le goust de la noix, ce plantement là. • Com. des proverbes, p. 75. Cette dernière acception du verbe

4sa LE JARGON DU XV* SIÈCLE.

planter est encore d'usage courant dans Targot contemporain, et je Tai entendue tout récemment dans la bouche d^un des principaux fonctionnaires du service actif de la préfecture de police. Elle s'applique aux vers précités du Jargon :

Allez ailleurs planter vos marques...

Et les plante^ an bien en paillardie.

Et à un vers du Petit Testament de François Villon :

Et qui voudra planter si plante.

On lit dans les Reigles de la Caballe des filous f^, 154: < Que si par copulation, conjonction féminine, plantation d'homme, quelque pauvre diable va au pais de Suéde. •

PLANTEUR, subst. m. Fourbe; c'est le sens italien dans piantar canne o carotte j tromper. Y. ci-dessus Planter.

Prince planteur, dire verte vous veulx.

Bal!. Vn.

Prince planteur et bailleur de saffirs.

BaU. VIII.

Cornette court nul planteur ne se joue.

Bail. X.

Planteur j sign. obscène. V, ci-dessus Planter :

Prince planteur, quant vous sauldrez la hje.

BalU IX.

c P/a«/a(for^ jarg. esp. Fossoyeur. » Oudin.

PLOMMEURS, subst. pi. Forme ancienne de plont'^ beurs.

Croqueurf de pain et plommeurs affèctei.

BftlLVm.

Plamme, subst. f. Sonde, JoinviUe^ f gicce ta plomme > , aSj. — Plommerj v. a. Plomber. — Plommée^ subst, f.

Aussi ces fols en mainte guise, Qui d'amors portent la devise, Vivent sans règle et sans plommée,

BL dts f. amours,

I Lesquels moines getterent plommées d'acier ec de plonc. • Du Cange. Plumbata, — f La siste chose con doit apenrc les bacilleurs, est ferir de mâches plomées pendues à chaînes de fer à un baston gros, et celé plomée donne très grant cop... » Du C. sous Plumbata, — c Là furent abattus v'dainement et mortellement Tun sur l'autre et férus de haches et de plommées, > Froissart, II, m, 30.

Plometj subs. m. Niveau de plomb. — Plomerie, subst. f. rouchi. Plomberie. — Plomier^ subst. m. Plombier. — Plomiere, subst. f. Plaque de plomb. — Plom, provençal. — Plomb. Plomoy esp. — Plomero, esp. Plombier. Oudin.

PlommeuTj subst. m., traduit par Palsgrave. f Plommar, a craftesman », p. 256. Il est vrai que le même Palsgrave traduit craftisman par mécanique; mais il donne crafte sieyghtj malengin, regnardie ; crafte science^ art, artifice ; crafte subtylte^ astuce; craftie felowe^ regnart; craftit dgalyngy trafficque, p. 210. — Le vrai sens de craffsman est artifex; craft signifie ruse et crafty rusé.

. • • Je croy qu'il repose; Il est nng petit apîommé,

PaAtlim, T. 418-9.

4$i LE JARGON DU XV* SIÈCLE.

* PLONGIS, p. passé sing. D'une des formes alcernacives plonger et plongier^ qui donne plongir, en "valloa plonh'r^ verbe de la langue ordinaire, au sens jargonnesque de faire le plongeon^ c'est-à-dire un mauvais coup.

Berart s'en va chez les jonchears Et babigne qaUI a plongis,

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