‹ Le jargon et JobelinChapitre 34 sur 40 · B«U. IV · texte numérisé non relu

B«U. IV

Quant veneit que li jucs ert en la nuit plungie^,

TbOM. OB CaMTEU. I02.

f liemj avec ce doivent escre garnis de certains hommes duitz et appris de plongier en Teau. • Lt JouvenceL Plongeur^ argot. Misérable.

Aussi rupin qu'un plongeur,

ChoKsoH i'ârgol, ViDOcai t. I*, p. Kxj.

PLUC, subst. m. Forme ancienne de peluche. En Jar«

gon, pitance, ration, c'est-à-dire ce qui s'épluche. C*esc «le

butin en denrées comestibles, par opposidon au butin en

argent.

Et n'eussiez vous denier ne plue.

Ba11.il

S'il n'j a gaing, du moins il y a plue.

. . . J'eus longuement le plue De pain et d'ean^ tenant aux gectz.

Vie de saint ChrisU

. • . Foison de plue et d'aubert.

Ftrger dfhomuwr

Ne te laisse point vendenger, Si tu as pain, anbert et plue...

Puisqu'il n'y a ne gain ne plue, Les diippes demeurent en crue.

Mist. i* la Passion,

Sus ! tost t'habille, il 7 a plue.

Ine. et nat, it N.'S.

Il y a heuTi honneur et plue,

La résohttûm d'Amours.

Il n'y a ne plue ne pasture, Allons ailleurs fourrer nos bouges.

Hiit. d* VEvamgiU m vtrs.

Le point de départ étymologique est le latin pilusj poil ; qui a donné pelu et peluche, revêtement de poils velus. Plue est la forme ancienne.

Mauldis l'acointance Qu'as fait pour le plue D'avoir à oultrance Enfraint l'alliance Dudit arceduc.

Pitit TraictU du malhtur dt Frattce.

Par allusion aux armes de Bretagne, qui portent de pluc^ c'est-à-dire d'hermine. Vocab. de la Dance aux aveugles j éd. Panckoucke,

Eplucher^ c'est épiler^ arracher le plue ; par extension, dépouiller les aliments végétaux de leurs parties inutiles, d'où, par métonymie, le plue^ c*cst-à-dire la partie épluchée, devient l'aliment lui-même.

De plue le Jargon a fait encore plucaillej qui est à plu» eher ce que mangeaille est à manger :

Mais myeuli la moitié au butin.

Je ne quiers rien que la pluquailU,

Mist. de la CouitpUou,

4Stf LE JARGON DU XV« SIECLE.

Maroc s^est servi d*emplucher au sens de piller :

Prebstres, clers, bourgeois et marchans Sont empluche{ par gens meschans.

DicHi à MV^ de Nassau,

Pluquerj rouchi, béqueter, — Plucsénerj rouchi, ra« masser les miettes.

To pluck, cueillir et déchirer, en slang.

* PLUMBIS, subsc. m. Poids de plomb.

Farciz d'un lourd plumbis à coing.

Bail. n.

Le mot, d'exemple unique, ne présente pas de sens parciculiéremenc jargonnesque.

Sa manche sera enfermée

En deux poîngnets de plomb pesant.

Ree. isfarcÉs, p. 427.

. Plomber^ assommer avec une plombée.

Par coups de ping soient menrdris et plombe^,

Marot, IV, p. 146.

POE et POUE, subst. f. Patte.

Eschec qu'accoliez ne soiez Par la poe du marieuz.

Bail. V.

Ruez par les fondes la poe.

Bail. VI.

Et desbousé de son cner ou sa poue.

Bail. X.

si dessus eussiez mis la poue.

Mist. dm y. Têsi.

Hé guenx ! adirance moi la poui.

Vie ii saint Cirittopht.

En sa goule boute sa poue*

J. DB BoTis, FahU dm ton tt d* Tout.

Royne d'enfer, c'est ce qui voas renomme, L'on coacheroit en vostre gaeale une oe. Vous n'avez doit qai ne semble une poe.

EuST. Dbsch. ms, f* an, c. 3.

Car gentil est, et n'a pas longue po€*

Ihid, f» aa9, c. a .

Maistre Hervé de Crocqne Poue.

COQUILLART. I, 6l.

Quelle que soie l'étymologie de patte^ qui n^apparatc en français que vers Iç xv* siècle, celle de poe ou poue n'est pas douteuse ; elle procède du grec iroOc, tro^oç, pied, base, qui a donné le podium de labasse latinité. La vieille forme d'appuyer esc appoiery qui subsiste dans le picard apoier et dans le poitevin appouer où le radical poue s'aperçoit clairement. Poue suppose une forme intermédiaire poda ou pota, qui pourrait également donner patte; mais les exemples de la filiation manquent.

POIS, subst. pi. C'est un des sens anciens du mot de la langue ordinaire; ce qui cause oppression, chagrin, dommage, la cause de l'oppression.

Et pour soustenir voz pois Les dappes sont privez de caire.

Bail. m.

Normendie prendront et tendront sur leur poi[.

XomMM dt Xou,

Sor le pois mes ennemis.

GAvnia d*Aaous. Ihid.

L'amor ne la haine ne pris je pas on pois; Et se ge Vu prisiée, ca esté sor mon pois.

Mi. de S, G. dans L& Corvb.

Qne je ne soie de cens Qui aiment de sor lor pois.

Aug. po.fr, Ihii,

c Pesoj jarg. esp. Saisie, arrêt. • Oudin. POIX, subst. m. voleur.

Antonnez poix et marques six à six.

Bail. vn.

L^argot moderne a poisse^ voleur, et paisserj voler. L'ancien français disait poissard.

Ce sont poissars, pipereaulx mal mondains.

R. DB Cou.nTB.

c Poix dont vient poissard pour un larron. * Rob. Estienne. Gramm> j^. p. io8. — « Poissard : a filcher, nimmer, parloyner, pilferer; one irhose fingers are as good as so many lyme-tvigs. • Cotgrave.

Ainsi le poissard (le sens de poissard^ dérivé de poissom^ est plus moderne) est le larron dont les doigts, comme s'ils étaient enduits de poix^ ne se séparent plus des objets qu'ils ont touchés. Les Latins connaissaient cène figure:

. • . Nihil est fnradns illo :

Non fuit Antolyd tam piccata manus.

Maktul. Epigr. m /âmi /i

Le Jargon a dit poix pour le voleur lui-même.

Je renvoie pour le développement de ce sujet aux articles Poissard de Liccré et Poisser de Francisque Michel. Je suggérerai seulement une remarque subsidiaire que je crois nouvelle. La poix, en latin pix, a donné par Taccusatit picem, le berrichon pège, le genevois pège et pègue; le verbe poisser vient du latin picare, d'où l'espagnol pegar et le berrichon péger. Or pege, étant synonyme de poix, qui en Jargon signifie voleur, me paraît être la forme primitive de l'argot moderne pègre, qu^on avait tiré jusqu'ici de Tadjectif latin piger. Cette filiation paraîtra corroborée par cet autre fait étymologique qacpéger est àtvenn piger, V. act.) qui signifie prendre et voler, et qui n'a plus de rapport avec le latin piger.

J'ai traduit au mot Antonner le vers de la ballade VU :

Antonnex poix et marques six à six,

par t mariez à Téglise voleurs et filles •. Quoique cette traduction m'ait été suggérée par l'interprétation régulière des mots antonner , poix et marques, elle pourrait sembler invraisemblable; c'est pourquoi j'ajoute ici que la Vie généreuse donne les formules argotiques pour qualifier c le mariage des gueuz et gueuzes quand ils vont epouzer à la messe », plus deux couplets de vers obscènes qui complètent la célébration.

POLLICEUR, subst. m. Celui qui /yo//î/^ c'est-à-dire qui vole. (Voyez infrà Pollir.)

Pour avancer an polliceur de pye.

Bail. IX.

c'est-à-dire au voleur de boisson.

Du latîn polir e^ polir, rendre luisant. Polio ^ gén. polionis, a été employé par Julius Firmicus en sens d^armuriery fourbisseur.

Le polisso du Hainaut, ce qui unit, ce qui polie (spécialement le fer à repasser), indique le trait d'union encre po/liceur et pollisson; pollisson a signifié d'abord voleur, comme /?o///c^ur^ celui qui po/Zi/^ c'est-à-dire par an calembour gallo-latin, qui joue du pouce. On va voir, au mot pollir^ par quel autre jeu de mots pollir et voler deviennent synonymes. Le Jargon de Vargot réformé indique les polis-' sons comme une classe de Gueux, les plus gueux de tous, ceux qui vont presque nus.

Pollir^ farder, déguiser, f Sans rien pollir ne celer. • Instructions du chev. de la Tourj P* 48.

Polido^ jarg. esp. Rusé. Oudin. — Polidor, jarg. esp. Le larron qui vend ce que les autres dérobent. Oudin. Littéralement polisseur,

Polisher^ prisonnier, en slang.

i Lycurgues le policeur de Sparte. » La Boétie. Serv. wh lontaire. — t Législateurs et policewrs d^estats. • Charron, Sag. zzy

Polj pouce, doigt.

En un trou de tarera li boatent erranment Ses dans poU. . •

Btru, XCIV.

c Une bombarde merveilleusement grande, laquelle avoit cinquante-trois pois de bec. • Froissarc, X, p. 60.

POLLIR et POLIR, v. a. Au propre polir j au figuré, en Jargon, voler.

Pour miealx poiir et desbonser musars... Là ot nng guealx son endosse pofyf-

BalL XI.

Le premier vers signifie : « pour mieux voler ec dévaliser les niais » . Le second : t Là un gueulx se laissa voler son pourpoint. • L'argot moderne dirait, au même sens: • on lui nettoya son habit 1 . Locution qui se justifie par r usage de la langue courante et même de la langue littéraire : t Nettoyer une personne, i. luy gagner tout son argent. » Oudin. Cur, fr, — • Lb Prévost. Ils ont mis au nef un pauvre prestre. » La Com, des prov. p. 86.

Nettoyer le gousset et plier la toilette.

CtAVUiXT. fEscuytr ou Us faux "Nohlts.

... Et c'est un passe-temps De leur voir nettoyer un monceau de pistoles.

La Fomtainb, Fahlet, VIII, vu.

La relation de nettoyer à polir est évidente, Tune et Taucre signifiant rendre net en parlant des objets matériels.

Poîlir avec deux // rappelle le radical pollex; pollir^ c'est donc aussi t jouer du pouce » ; enfin, dernier rapprochement, bien fait pour charmer les philologues raffinés qui écrivaient le Jargon du xv« siècle, polir est le synonyme de fourbir^ et fourbir peut être compris pour t agir en fourbe t, c'est-à-dire voler. Or /ottr^ir dérive du haut allemand yùr^a/i^ qui signifie nettoyer. Donc nettoyer^ fourbir j pollir sont trois parfaits équivalents qui se résument en un quatrième verbe : voler. (V. plus loin Sorniller^ au sens de brunir.) Diez regarde j^r^o comme ayant le même radical que /ôiir^ir, nettoyer, et par suite dépouiller. • C'est d'une

^tSa LE JARGON DU XV« SIÈCLE.

façon analogue » , ajoute Litcré, f que polir a donné polisson. • J'ai donc la satisfaction d'appuyer mon incerpréucion sur l'autorité de deux maitres en philologie, qui, cependant, ne connaissaient pas Temploi que les ballades jargonnesques, que je mets au jour pour la première fois, donnaient aux mots poîliceur et pollir.

Polir j farder. En parlant de la chaste Suzanne :

Qae sa char polir et corrompre.

EosT. Dbsch. f» $xo.

Le verbe polir se trouve encore dans deux autres vers du Jargon inédit, mais, à ce que je crois, au sens propre :

Et le macqatn, qui se poljrt et coinsse... L'autre pollist martins et doUequins.

f Polidoj Jarg. esp., rusé. — Polidor^ Receleur, celui qui vend ce que les autres volent. Polinche, id. Receleur. I Oudin.

f M. Langlois, pour nous servir d'une expression soldatesque, a donné très clairement à entendre qu^il se faisait un /our^î abusif, surtout en matière de rations de fourrage. • Constitutionnel du lo mai 1876.

Rabelais nomme le fowby parmi les jeux de Gargantua, I, 80.

* POLUER, V. a. Cest, je crois, un latinisme, de polluerej corrompre, et l'un des sens dépolir (v. ci-dessos au dernier exemple).

Pour mienli polir et desbouser musars.

On polua des loans bas et hault.

BâU.XI.

VOCABULAIRE ANALYTIQUE. ^j

Étant donné que les luans (v. ce mot) fussent des dés, dont on se servait pour dépouiller les f musars » , poluer des luans signifierait assez naturellement t corrompre les dés • , c'est-à-dire jouer avec des dés pipés.

c Maie pense ki la polie bealteit del anme rende laide et pollue, I Job, p. 483.

Polluer^ dans son acception simple et primitive, signifie mouiller, du latin luere; si les filous se servaient de cartes, poluer des luans voudrait dire salir des cartes ou mouiller des cartes, suivant l'habitude si connue des gens du peuple qui mouillent leurs pouces pour distribuer les jeux, et nous retomberons ici, par le voisinage de pollex^ dans l'ambiguïté caractéristique du Jargon.

* POUGOIS, subst. Boitges, logis obscurs, peut-être

corps de garde.

E8)»elicans Qui en tous temps Avancez dedans le pogoi^ Gonrde piarde, Et $ur la tarde Desboursez les ponvres nyois. . .

Bail. m.

Ce mot unique, qui ne se rencontre que dans le Jargon de Villon et en ce seul passage, rime avec nyoisj c'est-à-dire niais et en conséquence se doit prononcer /To^aix oixpogeais, ce qui, en tenant compte de la variante pougois de quelques anciennes éditions, nous conduit à pougeait. Cette prononciation fait apparaître le vieux mot poujet, pouget ou puget^ en langned, poujé^ forme romane de podium ^zxpodge. Podium signifiait tertre, monticule, et aussi les rangées de sièges d'un théâtre ou d'un cirque ; nous y trouvons di£B-

4^4 l'S JARGON DU XV« SIÈCLE.

cilemenc notre affaire. Mais si Ton admet , avec Diez et Littré, l'existence d'un bas-latin bodiuniy qui ne diffère de podium que par l'adoucissement de la labiale initiale, on arrive à bougets^ c'est-à-dire petits bouges, cabarets, repaires; et notre sens s'éclaircit : i Gens de cavernes (les sergens et non pas les voleurs), qui, en tout temps, buvez dans vos repaires et, la nuit, détroussez les pauvres niais... * Littré (v® Bouge) a établi le passage du sens de bourse à celui de logis. Il reste à établir la permutation du b en p, ce qui m'est justement fourni par la pougeoise, petite monnaie du temps de saint Louis, que son exiguïté rendait commode à mettre en bourse, c'est-à-dire bougeoise. Le mot subsiste dans le slangs qui dit pouch pour bourse et poche.

f Poyo^ esp. un si(^ge de pierre long, qui est ordinairement devant les maisons, au pied de la muraille; il y en a aussi au dedans de la maison, en la cuisine et autres lieux, qui servent de banc pour s'asseoir. Item un perron. » Oudin.

* POURLUER, V. a. Éclairer, allumer, observer (voyez Luer)j mot d'exemple unique.

Puis, dist un gueux qui pourluoit en hault.

BâU. IX.

C'est le superlatif de /uer^ comme pourchasser de chasser , pourlécher de lécher, pourpenser de penser ^ etc. Il se réfère à la forme latine perlucere ou pellucere^ comme luer à lucere,

POURQUARRE, çoixr pourguerrej mot ordinaire de U langue ancienne ; chercher, essayer, poursuivre.

Maint coquillart. . •

Pourquarre bien, afin qne on ne le noe.

Bail. X.

Moïses 11 hennîtes le porquiert et porcache.

JîqI, t. 85.

. i Pourquerre^ chercher de tous côtés, faire de grandes perquisitions pour découvrir quelque chose. • Lacombe. — • Pourquerés messages hastéemenc qui bien saeenc cet message furnir. • H. de Valenc. XIX. ^- Pourquerre^ to search. Cotgrave. — • Il avoit assez à pourquerir, ainçois qu'il m'eust trouvé. 1 Perce/oresi, t. III, P» 108 r®, c, i, ^* f Et avec ce pourquerrei et faites pourquerir diligemment par chacune maison nefs, graniers, recez, etc. ■ Ord. du 25 décembre 1315. I, 607, c. 2.

$ I Se quarrer i, dit Monet, f piaffer, marcher en brave^ faisant de ses bras deux anses sur ses flancs, pour faire montre de la quarrure de son corps • , et, par conséquent t pour empêcher qu^on ne l'attache » , ce qui traduirait assez exactement Texemple du Jargon ci-dessus, pourquarre étant alors considéré comme le superlatif de quarrer. Voyez plus loin v« Querei»

PROYE, subst. C'est le mot de la langue vulgaire.

Rebecqaex vous de la montjoje Qui desvoye Vostre proye*

Bail. m.

Il n^y a pas de raison d'affirmer que proye ne soit pas employé ici dans son sens naturel, qui est butin, produit du pillage. Cependant il faut noter que, dans la Vie généreuse et dans la langue du Jargon riforméj on trouve que

i/iC LE JARGON DU XV* SIECLE.

proais ou proye avait la signification de c./. c Sur peine d'estre bouilly en bran et plongé en lance j usqu^ au /yroye. • — f On frotte à seziere tant son proye qvCû ne .... morinie d'un mois après. » — Quige-proye^ testicule. P» généreuse. — Forestdu/7ro/^^ même signification dans Richepin. — Haut-de-chausses, Ibid. — Fiiler du proye jcsucarc^ Ibi'd, — Un garde proye est un jupon de femme et une garde-robe dans OUivier Chereau.

Auquel cas l'exemple ci-dessus signifierait : f Défiesvous du gibet qui vous donne la colique. »

Proye j drogue, poudre de magicienne: c Elle tira de son aulmoniére ne scay quelle proye et la gecta dessus Lyonnel. » Perceforestj t. II, p. '/^,

PUIST, 3* personne sing. de l'indicatif présent de pouvoir pris impersonnellement, s'il vous pui'jt^ c'est-à-dire si vous pouvez.

Berard, se vous puist^ renversez.

Bail. V.

Chose qae on ne puist a nul blasme atomer.

Btrte, lU.

f Et c'est bien resons que cil a esté à mon conseil un avocat en ma querele, ne puisf puis estre contre moi en celle meisme querele. » Beaumanoir, V, 4.

Voici comment Palsgrave s'exprime sur la conjugaison du verbe pouvoir à l'imparfait du subjonctif: f The indlffinite shulde make, Je péussej and so Alayn Chartier and Frossart useth theym : but I fynde more in use Je puysse^ tu puysses, il puis i ou puysse, etc. >^ p. 105. Il donne ensuite, p. 547, Tinfinitif pu/r pour puer, du lat. puiire.

. . • Li famiers Qui de fuir est coustamiers.

Rut, 9225.

On pourrait traduire, en ce sens, Fexemple du Jargon :

Berardy 8*il vous fuist, renversez.

par : renversez ou chassez Berard, s'il vous incommode, s'il vous pue au nez.

PYE, subst. fém. Boisson, vin. — Gourde pye^ bonne boisson.

Poar avancer an polliceur de fye,

BalLIX.

Berger qai a sa touppie De sa bouteille coppie Plaine de gourde pie.

Nativiti dt N. 5. J.-C.

Ma bouteille n'est point remplie De gourde pie à ce matin.

MUi, du F, Tist.

^ Crians rois bois, j'avallions gourde pie, . .

Dans le chelier estet le gourde pie.

Muse normande.

Fier de la plus gourde pie.

CoamUAKT. G*md. cassé, l, i^o.

Baillez moy. — Quoy? — la gourde pie.

Faru du munytr.

Si le roastres et ses anges

Nous trou voient à la gourde pie.

, Vit dt sainei Cbristopht.

Il semble qu'en ce dernier exemple gourde pie signifie le

cabaret plutôt que la boisson. (Voyez plus haut v* Piard.) Pie, pier, pion, la boisson, boire, buveur, dérivent évîdemment du grec nt'itv, boire. Mais il faut toujours, eo français, compter avec le jeu de mots, qui tient une grande place dans nos étymologies populaires. Pie, la boisson, a fait équivoque avec pie, Foiseau, probablement par comparaison entre le corps noir de la pie et le pot noir de faïence dans lequel on sert encore le vin en quelques villages.

Et y boit on da vieil et du. nouveau, On rappelle le desduit de la pie,

Cb. d*Oru rondeAu.

Gendarmes auront la coppie De sainct Plat et saincte Pie,

Le CaltmitUr de Mouvbt. p. 197.

Croquer la pie, c'est boire; cf. avec l'expression argotique moderne : étouffer un perroquet, pour boire un verre d'absinthe.

f De ce fut dite en proverbe commun, boire d'autant et à grandz traictz, estre pour vray crocquer la pie w, dit Rabelais, dans l'ancien prologue de son quatrième livre, où il développe facétieusemcnt l'étymologie de cette locution. III, i88.

Or, va, n'arreste point, beau sire; Si irons crocquer ceste pie,

Mist, du F. Ttst.

Tiens, prends cela legierement ; C'est argent, pour crocquer la pie.

Vie it fi. Christophe.

Palsgrave traduit / wete my tvhisteU, as good drinker

do (c'est-à-dire littéralement fhumecte mon sHUt comme font les bons buveurs) ^ par Je crocque la pie^ p. 780.

Enfin, lorsque le buveur est complet, lorsqu^il ne peut plus croquer la piej c'est que la pu est juchée, c'est qu'elle esc au perchoir et qu'il est temps que l'homme fasse comme elle, en s'allant mettre au lit :

Eschecquer fanlt quant la fye est jachie.

Bail. IX.

Come home bea, qui chancelle et trépigne, Vaj ven souvent, quand il s'alloit coucher, Et une fojs il se fait une bigne, Bien m'en souvient, pour la pie juchier...

Villon. Gr. Tat.

On trouve encore pience pour boisson :

Vecy bon fons pour la pience.

Mist. dm K Ttst.

Ec piot pour vin. f Celle nectarique, délicieuse, précieuse, céleste, joyeuse et deificque liqueur, qu'on nomme le pioi, f Rabelais, 1, 220.

Le mot pion, buveur, est fréquent dans la langue du moyen âge.

Pions y feront mathe chère.

ViLLO». Gr, Ttst.

• • • Hoé ! franc pion.

Je crois que nous entreqneron. . .

iiist. de U Pattiom,

Trois chevaliers par fantasie, S'en vont, estant un peu pions., .

limst norwumiêt p. 480.

Ces fyons en ayalleront Mainte chopine pour le halle.

Vie Aê S. Chrislofhe,

Et pionnerj refait sur pionj signifie boire : Come il pionne gros et dm I

Li plaûanl qtÙMqtut,

Pivoisy du vin. Jargon de Bouchet, Piffois de rougementj vin rouge; pivois de bianchemeni, vin blanc. III, 129. De même dans le Jargon réformé. — Pivo^ russe, boisson, breuvage. Dicc. russe^français de Ch. S. Reîflf. Saint- Pétersbourg, 1835. — ^^^^ ^^^ ^^ ^^^ ^^ ^^ ^^^''^ ^^ polonais et en tchèque. — Pûij russe, boire (sanscrit pi^ d'où pîvâj eau. Rapprocher le grec inuv, boire, latin bibere)^ au présent piou, je bois. — Pùij tchèque, boire. Piva otsia. Langue des Boh. Baudrimont. — Piar. Id.

Pyementj s. m. c C'est a savoir vin claret, vermaîUe et blanc, Item de vins doucetes, comme de vin de Grèce, Ipocras, Montrose, Runney, Vernage, Malvoisin, Osejr, clarrey et pyement. 1 M. Paul Meyer traduit ce dernier mot par f vin épicé 1 . La manière de langage, etc. Revue critique^ 1870, p. '^^2.

PYER, V. a. Boire.

BabiUe en gier en pfant à la fye.

BâU. IX.

Nous fierons en ceste grant mathe

Gonrdement...

MUL du F, Tui.

Et gre je 7 ay de ma part cave et qnenx Esponseray pour rifler et fxer.

Curai, p. 130.

Pier de la plas gourde pie.

CoQinuAKT. Gini, ausi, I, x$o.

Je VOUS pry que j'aie à pyer

Un coup de quelque bon vin viens.

r. ii Patktlim,

Tondis pîonr du meilleur...

Dont me rapporte à Petiot, Fors aux pians et aux crupauz.

TAmom.

f n a pié un corpaulc de pivoù^ c'est-à-dire il a bu un pot de vin. 1 Bouchet, III, 129.

Pi'er de lance, boire de l'eau.

nîiw, grec. — Pié, polonais. — Piarj jarg. esp. Boire.

Piïanstwo, pol. Ivrognerie.

QUANQUES, pronom. Tout ce que. Ce mot n'est pas du Jargon; mais Villon ne l'a pas employé dans ses œuvres.

Quanques vous aurex desbousés.

Bail. V.

■ — Quand je fus prins sur Peau, alors je perdis quan^ que ce que j'avois. 1 Joinville.

Il n'est pas or quanque reluit.

Proptrht,

Noter que je Pai restitué ici d'après l'édition Trepperel, mais qu'il n'existe pas dans l'édition princeps, où le vers est altéré et incomplet.

QUEREZ, impér. pi. de quem ou quérir.

Prince^ benardx en esterie Qjuri^, cottpians pour rembonrewu

Bail. V.

47a LE JARGON DU XV* SIÈCLE.

Je soupçonne qucquere^ esc un latinisme d'après le verbe queri et signifie, non pas c cherchez f, mais f plaignez^ déplorez i .

Cette acception se retrouve dans querelle j du latin querehj plainte; et avec querimonie^ plainte en justice; dans quenne^ sujet de plainte ; dans queriné^ plaint.

Il faut cependant considérer une autre acception, purement jargonnesque, comme une hypothèse digne de quelque intérêt. On a lu, sous le mot Pourquarre, ce passage de la ballade X :

Maint coqmllart...

Ppurquarrê bien afin que on ne le noe.

Ce qui se peut traduire c maint coquillart... se débat pour empêcher qu'on ne l'attache » . On entrevoit par là que c querei couplans > reproduirait la même idée; il faudrait alors transcrire et interpréter comme suit les vers de la ballade Y :

Prince, benardz en esterie, Quere{ couplans pour l'embourenx.

f Princes, nigauds qui vous laissez prendre par justice, débattez-vous contre les liens du bourreau, i

QUILLE, subst. fém. Jambe.

Pousses de la quille et bronez.

BâU.V.

Sans pins dire despesche toj, Incontinent trousse tes quilUs.,, Mendolle, sus à la justice 1 Trousses vostre sac et vos quilUs»,*

UitL dm r. Tta.

Je ne sois pas si aveuglé Qoe je ne jouasse des quilles.

Mist, ii U RdiMrr.

• • • Tirèrent lears quilles*

Fig. du roi Ch. m.

L'un va sottement de travers, L'austre estourdj tombe à l'envers. Quilles à mont sur la pelouse.

Saixt-Amaiit. Romt riitcuU,

Messire Jehan trousse ses quilles Et s'en va droict devant le roj.

Gio&OBS Cbastblaw. CiroH. its ducs de Bourg, III, z8s.

■ Quilles j jambes, i Vie généreuse, — c II faut... gagner le haut et mettre ses quilles à soa col. > Com. de proverbes^ p. 59. — i — La madame du pavillon qui met ses bas. — Plus que ça de quilles! > Gavarni, cicé par L. Larchey.

RAIZ, sing. fém. Racine.

Et tirex tout de rai^ au temple.

Bdl. II.

Le vieux texte donne droit, avec le vers trop court. La prononciation dret m'a conduit à de raij qui remplie la mesure et le sens : de la racine au temple, c'esc-à-dire de la plante des pieds à la tête.

De la rais jnsquen la cime*

Gviu. Gou&T. II, V. 146.

f De rayij esp. : du tout, de fond en comble, dés la racine. • Oudin.

On lit dans les Reigles^ statuti et ordonnances de la carballe des filous reforme\ depuis huit jours dans Paris : I Se feront conduire dans quelque cabaret, là détrousseront leurs conducteurs... Seront courtois : et feront la courtoisie entière, c'est-à-dire osteront le chapeau et manteau tout ensemble, i P. 12. C'est précisément l'opération indiquée par le vers ci-dessus du Jargon.

* RAMBOUREUX, subst. m. Celui qui rembourre^ le bourreau. Voyez Lamboureux et Emboureux.

Prince, benardz en esterie Querez, conplans pour ramboureux.

Bail. V.

Rembourer^ garnir de bourre, t Refaire et rembourer plusieurs de sielles des ofEc/ers de la ville. • Caffiauz. Abattus de maisons, p. 18, apud LaCurne.

Rembourreur^ ouvrier qui rembourre. Cotgrave.

RAPASSER, V. n. Ancienne forme de repasser.

Plantes vos histz jusques elle rappasse,

BaU.Vn.

Il commande à son serviteur Qu'il die au marinier loiai Que il les passe outre sans mal Et râpasse à leur revenir.

Bl. tljih. V. $076.

Princes qui l'appellerent En passant, beau Cousin, Rapassant luy baillèrent A muser d'nng coussin*

MoLiMvr. p. iSa.

VOCABULAIRE ANALYTIQUE. 47s

En une heure fot rapassée En icel lia que moult ot chier.

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