LE GRAND SECRET
La première ouYerture.
Deux jours après ma dernière profession, le soir, en entrant dans ma chambre, je troavai, sur la table, un petit billet d'une écriture fine et serrée, qui me disait que j'étais attendu, passé neuf heures, chez le Père Général. Ce billet était de la main même de ce Père.
Je me rendis à cet ordre.
Le très-révérend m'attendait dans sa toute petite chambre.
Je me représente ce digne Père, qui faisait alors tant d'impression sur mol Son front était chauve, son œil perçant, son sourire doux et oufert II avait dû comprimer la franchise im-
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pétueuse de son caractère, mais il avait retenu l'opiniâtreté dans Fidée, la longue persistance dans les résolutions prises. Il avait reçu de la nature et de l'éducation tout ce qu'il fallait pour tenir, d'une main ferme, les fils nombreux de cette mystérieuse association humaine, la seule de ce genre que 'l'histoire religieuse des peuples ait vue se, former, avec une constitution aussi incroyable et des plans aussi gigantesques.
Quoicfue êH ait exagéré, comme on le fait toujours des puissants, sa valeur intellectuelle, il ne manquait pas d'érudition; et il s'était livré à des travaux sérieux de linguistique.
— Père de Sainte-Uaure , me dit- il, nous comptons sur vous, comme sur l'un de nos Pères les plus dévoués, et je ctm& que nous ne nous trompons pas. Vous aviez un grand nom, une o»lo68aie fortun«, de magnifiques espérances dans le monde. Vous avez sacrifié ces espérances, et mis cette fortune ^ et ce nom au seriioe de notre Société. Vous aous ^partenez plus qoe tous les autres; mieux que cela, nous vous ap^ partenons; car nous sommes msmlmwi tout votre avenir, toute votre ^ grandeur , toute fotre gloire.
Ce fut bien là à peu près le début de Ten*tretien avec ie très^révérend Père. Je vis "que c'était un peu médité, quoique dit avec une grioe et ufi abandon parfiiits.
-^ Vous ne vous tarompes pas, mon Irès^
PAH l'abbé ♦♦♦ 17
révârend Père; j'appartiens de cœur et d'âme à Dotre sainte Compagnie. A la vie et à la mort, elle peut compter sur moi.
Je prononçai ceci très-simplement, mais avec un accent d'émotion contenue qui n'échappa point au Père. Il reprit:
— Je dois vous parler aujourd'hui avec un abandon entier^ une confiance absolue. Nous vous avons suivi depuis votre enfance: nous vous avons étudié avec soin; nous vous connai3sons. Peu de natures plus vraies, plus dociles, plus aptes à tous les dévouements ont passé par nos mains. Je sais que vous avez eu votre heure de crise, votre moment d'épreuve, votre Gethsémani; mais vous vous êtes relevé avec courage; et le calice, quel qu'il soit, vous avez dit à celui qui voit les grands cœurs et les appelle à l'héroïsme: Je suis prêt à le boire!
Dès cette heure , vous êtes digne de nous, entièrement l'un des nôtres. Dorénavant tout se passera, entre nous, à cœur ouvert. Il faut que vous connaissiez l'Ordre à fond, que vous sachiez tout. Vous ne pouvez le servir, dans la haute mission que je vous destine, qu'à la condition qu'il n'ait pas un secret pour vous, comme vous n'aurez pas une pensée, une volonté, un désir qui ne lui soit consacré, qui ne lui appartienne.
J'étais vivement impressionné de ce langage. .Ce vieillard exerçait sur moi une incroyable fascinirtion; je répondis: