‹ Le jésuite (volume 2)Chapitre 7 sur 35 · Scène terrible avec une mère · texte numérisé non relu

Scène terrible avec une mère

J'avais près de dix*buit ans: mes humanités itaient finies. Saint-Acheul ne pouvait plus m'ofirir de cours que je dusse suivre encore. Mon tonfesseur, qui savait, par le Père de Montgazin, ce qui se passait en moi, ne me parla plus comme t on jeune homme qui allait courir les dangers éa monde; mais, prenant un ton prophétique:

— Mon enfant, me dit-il, vous êtes appelé de Dieu à autre chose qu'à la vie vulgaire, dans ce siècle. Yotre âme pure, votre simplicité de eœur, votre ardeur pour le. bien vous assîgneiA

i2à LK muiTB

WR ipcalkm plus psrftiile. Sortei de» toî^ lueti N'allez pas Tooa tratner dans les ci seuiUcB d« monde. Di^u voas appelle; s Dieu!

Je tt'étais plus un hcfimiie, en sortant de ( nier eatretien avec le prêtre qui m'avait dès mon arrivée au collège des Pères. J'< moment de oes entraînements extatiques, aspirations ardentes vers Tidéal, qu'on ne prend guère qu'en se transportant, par 1 venir, à ses dix*buit ans. Il me sembla < n'était pas un prêtre, pas même un ange Dieu lui-même qui, tout à coup, sans prép; à cette parole révélatrice, venait me dir siècle ne peut être rien pour toi; tu dois dans la vie religieuse!

Mon excellente mère vint me chercher s lége; et, le jour de la distribution des p lui donnai, en déposant éur ses genoux m( riers elaasiques, les dernières Joies qu'elle é|»)*ouver de ce fils unique qu'elle aimait , l'idolâtrie.

Mes mémoires intimes seraient trop ]( je devais raconter, avec quelque détail, ce passa entre elle et moi. A mon arrivée s je ne trouvai pas mon père. Il était dans terre de Seine*et-Marne. £t ma mère n comme n'y attachant aucune importance: père^ depuis quelque temps, n'est pas bien médecins kn ont conseillé de quitter ***y o

PAR L\àBBE

€(«901118 de dmileur, au aoHVeair éé h yerte de (OD pauiFre frèife. Nobs n'afot» pu l'aiiraehfr delà. J'ai bien des peines; mais tu sens jua coDsolaUan...

Je dois settlemeot raconter 4'uniqa/e «cène quî se passa entre oous deux* au Aujet de l'état qm j'allais prendre.

Dès les ppemièress .paroles que bous écbaih' geâmes, ma mère et moi, au sujet de mon avenir, je vis que j'aurais à soutenir, de sa part, une opposition formidable. Autant je l'avais vue, autrefois, trouver très-bon que son cadet s'effaçât, qu'entrant dans le sacerdoce il laissât au frère 3lné la grande fortune des Sainte-Maure, autant, devant ce Ois devenu Talné à son tour, je la vis trembler qu'une résolution invincible lui ravît fespoir de voir se continuer notre race.

Âpfès des paroles habilement dites, mais qui tombaient sans force sur mes fougueuses obsti- . Dallons, je vis (^e la patience commençait à lui échapper. "Elle cessa de me parler sur le ton iusinuant qu'elle avait pris d'abord, et je ne fus pas peu étonné de l'entendre me dire:

— Vous ne comprenez donc pas? 'Vous êtes le dernier rejeton des Sainte-Maure: l'honneur, ia conscience vous commandent de ne pas laisser ^'éteindre cette famille illustre.

— Oh! ma mère; mais je n'ai n«ileiiittii|t l'idée du mariage, Je vous assure, i^i une idée absolument contraire. '

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— ^ Serie2»?(Htt de ces jeunes gens qui ne saj rtmi que contrister leurs parents par leur dé^ sobéissance?

— Vous obéir ferait toute ma joie, en ce qui ne toucherait pas ma conscience ; mais vous n'avez là aucun droit Vous ne pouvez pas faire que j'aie le goût du mariage, lorsque je trouve en moi un entraînement invincible vers le cloître.

Ce mot parut tomber sur elle comme un éclat de foudre.

— Vous êtes fou! reprit-elle en cherchant à se dominer. Oui, nous connaissons cela. A dixhuit ans, toutes les jeunes filles de grande maison, au Sacré-Cœur, veulent être religieuses, tous les élèves des Jésuites veulent entrer au noviciat. Cela n'empêche pas, ajouta-t-elle avec un sourire qu'elle composa pour le besoin de la cause, qu'on les marie bel et bien les uns avec les autres, eti qu'ils ne témoignent pas trop de regret d'avoir obéi à leurs parents, plus sages qu'eux. Les révérend^ Pères réussissent encore mieux à cela qu'à leur donner la vocation.

— Je puis, ma mère, vous affirmer devant Dieu que les Jésuites n'ont jamais dit un mot pour m'attirer dans leur Ordre.

— Ah! je le crois bien, ils sont trop fins pcHir cela; mais je vous aurais bien vite convaincu du contraire, si je pouvais vous faire certaines révélations.

PAA lUwé '^^ 127

— Je ne tous demande pas ;ceia, ma mèroi rai mes cooTictions; je -s'en di^xhe pas d'autres.

— Pauvre innocent 1 Vous ne les connaisseï pas, les bons Pères!

Ces paroles me blessèrent.

I — Mais c'est vous qui m'avez appris à les aimer, les bons Pères; vous qui me les présen* tiez comme l'idéal religieux. Avez-vous changé d'avis, ma mère, que vous puissiez m'accuser de crédulité à leur égard? C'est sur votre parole alors que je me serais trompé.

Elle vit qu'elle était allée trop loin.

— Je ne dis pas qu'ils ne soient pas de bons prêtres; mais je sais pertinemment qu'ils eussent elé enchantés de vous garder pour eux. Et je TOUS avoue que c'était là un de mes chagrins.

— Ma mère, vous m'étonnez à votre tour. Soyez franche! En me mettant chez eux, étiez- TOUS fâchée qu'ils m'inspirassent des idées de re^ noDcement au monde? Ma mère, répondez-moi!

Cette interrogation ne la trouva pas préparée à me répondre. Elle se recueillit et nre dit assez doucement:

— Mon Dieu! mon fils, non, si telle eût été la volonté de Dieu.

Elle se perdait.

— Ah ! quand vous aviez un fils à qui étaient réserrées toutes les splendeurs de votre position dans le monde, vous n'étiez pas fâchée de me voir renoncer à la belle part de l'héritage de la

1S8 LE jésOfTB

fanîUe, pour que cet écbri de fortune fût pli gruod encore; wem liYMivîez dûi» ma vocaa keUe et légitîme... Ha mère, rappelez tes soi venirs. Vous m'avez dit vingt fois que rien vl tait plus beau, dans lies grandes fanulles, que loir ies cadets renoncer au inonde pour se d vouer au sacerdoce.

-^ Ceia est vrai.'

-^ £t ce s'est plus vrai aujourd'hui?

«— Non, mon £is, vous ae vous apparteo plus.

— C'est bien singulier, mère, que je ne m'a partienne plus, et que j'appartienne à cet èl idéâd appelé une race, lequel je doi^e perpétu malgré mes répugnances!

Je vis ma mère s'irriter. Je touchais là ui corde setisible. ^

— Puisque vous avez si peu d'honneur, qi vous savez si peu ce qu'est une race, allez, av vos goûts de roture! Je vous salue, monsieur.

Elle garda un profond silence; moi-niéme ne dis plus rien. Je voulus prendre sa main la baiser; elle retira sa main. Je sortis da chambre, sous son regard hautain de grande da que j'avais blessée dans son orgueil le plus inde truclible.

Hettré <dans ma xbamfare, je m'abandonnai tous les sentiments, souvent contradictoires, qi devaient nàiCre en moi après une teUe scène.

'^^ 4^1 1 oui, tma ypcstion pour le eacerdM

PAR h\im *1* lâ9^

était une belle choae, quand l*Mw le cadet des* SaioterMaure ! J'aurais vivemest bi^sé ma mène, si, à Vâge de: lingthcinq, ans^ jp lui eusse difi:» Ma mère,, j'ai u& amour" passiaané poiu* made^ QoiseUe ^*^ ; veuillez demanda «a . maio à M. le marquis son père.« £t, aujourd'hui, parce qu'uBi affreux malheur me rend fils- unique,, ma vocation religteuse ei^t une désobéissance , je devrais avoir le goût du mariage! Pourquoi ne pas me sa^ir* fier? Est ce. métier si difficile que de donner un ou deux descendants aux Sainte-Maure? Voué à. fautel il y a six mois, iL faut que je renonce à tous les cévesr de mon, adolescence, pour me: mettre à accepter une héritière qu'on aura cboiaie eti avec laquelle j.'aurai la tâche d'empêcher mon nom <ie s'éteindre; c'est un: peu fortl. Et jfai de la peine à croire que je n'aie été mis sur la terre 1iJ6 p!0Qr cela.

Je promenai, danst ma tête ces> pensées et bîeni d'autres, plus* ou moins logiques, plus ou-moiosi saagrenuesi.

Quelques jours Si'éooulèrenti, ma mène me.bour. dait el ne me: paiîlait pas; c'était d'une asses grande audadoesseu

te »f obstinai de mon côté ài un» sikncer rigottuenx.

Ce silence eût duré longtemps sîi eûfin, un* j(mr, an soiïtir de table ^ aeiil<moiiMAt.où. nous D<nm. trwviona enaamblev 'et> oà , devant lesr d<i^ iBeatiquas, îfcd)eeis|w alrû^tnent^lea coûvenadcea^.

130 ~ LE lésUTTE

^e ne m'eût sum, lorsque je traversais le graod salon pour me rendre au jar^n, et ne m'eâl adressé la parole, en m'invifcant à m'asseoir sur uit large canapé où elle se plaça elle-même.

— youB avez réfléchi? me dit-elle d'un ton assez doux.

— Beaucoup, chère mère.

Ce mot, prononcé a£fectueusement, lui donna quelque espérance.

— Oh! mon enfant, je sais que tu as un si bon cœur!

— Ma mère, je vous aime beaucoup.

— Eh bien! sois raisonnable, mon fils adoré, mon unique espoir sur ]a terre!...

£t déjà des larmes venaient à ses paupières.

Ma mère était d'une remarquable beauté. Je l'avais vue pleurer bien rarement dans sa vie. Il y eut alors, dans son regard mouillé de larmes, dans son mouvement de lèvres sollicitaht de moi une parole qui répondit à son ardent désir, quelque chose de si irrésistible que, devant cette belle statue, rendant l'amour maternel dans son expression la plus forte et la plus enivrante, je fus prêt à tomber à ses pieds, comme un adolescent devant une femme dont il est fou, et à lui dire:

• — Oui, mère, c'en est fait, je t'appartins pour toujours!

Mon Dieu! pourquoi n'ai -je pas dit cela? Pourquoi brisant ce pauvre cœur de mère^ men- ^^nt aux instincts qui sont dans l'âme de tout

PAB l'aHE ♦♦♦ 181

homme, par un orgueil que je me reprochais d'autant lâoins que je le prenais pour une inspiration de la grâce au fond de ma conscience, eusje le triste courage de me roidir contre moi-même, de baisser mes paupières pour ne plus rester sous le regard fascinateur de ma mère? Mon Dieu! cette force brutale, que j'eus alors pour a£Biger ma mère, pouyait-elle venir de vous? Et auriez-vous quelque gloire dans le ciel pour les cœurs froids qui pensent tous prouver de Famour en résistant au plus puissant, au plus doux des amours?

Hélas! je l'eus cette force. Et je ne pense qu'en tremblant à la scène qui se passa dans ce grand salon aux riches tentures, en présence des plas beaux portraits de nos aïeux, qui semblaient s'animer sur leufs toiles, s'inspirer de poésie et d'amour comme ma mère, et me dire avec elle: Pauvre innocent, combien tu te trompes I

Depuis, quand j'ai analysé bien intimement le paissant motif qui me détermina à ma dernière résistance, tout en tenant légitimement compte des aspirations de vie contemplative que j'avai» eni découvrir en moi, j'ai trouvé qu'il s'y était mêlé comme un sentiment d'amére vengeance, de fierté blessée. On m'avait dit que j'avais des goûts de roture. £b bien! m'étais*je dit, oui, je serai le roturier de Dieu. Je foulerai aux pieds ces grandeurs terrestres. Cette race que je devras GontiniieriAvec orgueil au milieu du monde

aristocratîq;ue et princier, j'aurai 1^ saipt^e yçif^f^ de la voir s'éteindre en moi ! Je ferai, a Djl^U, ce sacrifice, qui est peu. d^ chose quand on est le second, et que la famille, dans ses appétits de fortune, vous voit partir avec bonheur jfour une maison de prière, mais qui est impiensQ, quand oh prend le blason de ses pères et qu'on. 1^ brise sans pitié, pour aller se cacher dans une cellule dé novice.

Ma oière, je le compris plus tard, avait conopté que je ne. résisterais pas à la caresse de son regard inondé de larmes: ce fut son erreur. Ce squvenir: „Vous avez des goûts de roture," nie nint à l'esprit aussi âpre qu'au palais un mislange dé fiel.

? -r- Ma nière, vous vous trompez!

Ces paroles, que je prononçai aveq un son de voix solennel et terrible, retentirent daps le salon comme un glas funèbre. C'était moi}, ^çlieij, sur. préme au monde.

— Ma mère, vous vous tjro'^jpezj; J,è. serai le dernier des Sainte-Maure. Je vous, aim^.,^ ipais j'aime, avant vous, pieu. Je rie ppqrr.a^s vous ol^éir qii'en violant m?i conscience ;j j^eu^ à, choisir entre elle et vou^. Ne, me dçm^pfî^ plus rien; ce sera grand; et digne d^.voùs,. WTexpçsez plus un fils à être dur pouf ^, mèjpéj,

A cette déclaratioq, faite aveq,iq[)(^ énei'gje dpiit i je ije me serais pas ci;u cajjaplp,. et qwî îftfi ^m- . bl^t, alors, m'être (Jpnftg^ d'eij.^lîgut,, jp vip i^A ,

PAR l'abbé *♦* lâ3

méfè e^'s'ùyér ses larines; elïe tenta un àeriû^r effort.

— fton fil?, ce n'est pas possible!

— Très-possible, ma mère.

-r Non, mon pauvre ènlant, tu ne feras pas cela!... Tu n'abandonneras pas ta nière)...

— ilà décision est prise, irrévocable.

— Je te supplierai tant!

— Pauvre mère ! ne me brisez pas le cœur.

— Je tomberai aux genoux de mon fils!...

— Non, ma mère, ne faites pas cela; vous me feriez trop de mal! Soyez forte ï Résignezvous.

Et je la vis s'affaisser et s'agenouiller devait moi.

— tta mère, ô ma mère, de grâce, ne m'imposez pas cette douleur de vous résister à vous, suppliante à mes pieds!

Et, la relevant par le bras, je la fis asseoir.

— Mon Blsî nlon fils!

— ÎPauvre mère, soyez courageuse^. Iftais ne me tuez pas. Je ne puis pas être au monde.

— Ah! fais-moi ce sacrifice.

— Non, ma mère, n'insistez plus. Vous rendez le triomphe trop méritoire pour moi, devant Dieu, parce qu'il me coûte trop.

— ta n'as pas de cœur!

— Ma mère, souvenez- vous de sainte Chantai: elle eut le courage de passer sur le corps de son fils, pour suivre l'appel de sa vocation.

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Le monde entier a admiré ce trait d'héroïsme Direz-Yous qu'elle manqua de cœur?

— Eh bien! je ferai comme son fils.

— Que dites- vous, ma mère?

Je me levai effaré.

Je me sentais comme en délire.

— Calmez- vous, ma mèrel lui dis-je, soui| une impression indicible.

— Oui, fils dénaturé, je veux savoir si ti| auras le cœur de fouler aux pieds le sein qui t'^ porté neuf mois!

Et, se précipitant vers la grande porte du sa^ Ion, alors à demi ouverte, vers laquelle je dirb geais mes pas, comme si j'eusse été atteint tou| à coup d'une horrible folie, elle y arriva avant moi, çt, s'étendant en travers devant la porte:

— Ose! me dit-elle, ose!

Mon Dieu! pardon!

Ma mère était là, immobile comme un marbre^ se roidissant, pour faire de son corps un obstacle matériel qu'une dernière pudeur me commandait de ne pas franchir.

Mon Dieu! pardon! J'eus Thorrible courage de sainte Chantai!

PAA l'4BBB *** 135

VÏÏI

TTiie antre douleur.

Je n'avais pas fait trois pas dans le vestibule, saisi d'horreur de moi-même, comme si j'eusse commis un parricide, qu'un courrier, arrivant tout haletant de Seine-et-Marne, entra, suivi du concierge de l'hôtel. 11 nous annonçait que mon pauvre père venait d'éprouyer. une crise dangereuse, et qu'il réclamait, à la hâte, sa femme et son fils.

Ha mère, qui s'était relevée, reprit un calme glacial. Elle ne me parla plus.

Nous partîmes à l'instant même.

Quand nous arrivâmes, mon père vivait encore.

Ha mère, d'abord,, entra seule dans la chambre' du mourant Elle vint bientôt à moi.

— Hâtez-vous de venir recevoir la bénédiction de votre père. ,

La scène fut déchirante. Mon père nous dit ^'il se sentait mourir. Sa douleur, qu'il n'avait jamais pu dominer, le conduisait au tombeau. Ma iDère, qui jusque-là n'avait pas cru à une maladie sérieuse, vit tomber toutes ses illusions. Elle versa

larmes de désespoir. Mon père me fit ap-

procher de son lit de mort, me combla de plus tendres bénédictions.

— Pauvre enfant I me dit-il, je voudrais ] te demander de ne pas laisser s'éteindre les ^ niers Sainte-Maure, et de remplacer, dans le moi ce frère sur lequel j'avais fait reposer de si li times et de si folles espérances. Mais pourc te demander eda? Est*oe que tu t-appartieni tjettc heure? Je sais tootl Prêt à entrer d mon éternité, il me répugne de faire la mom violence à tes instincts. ^ tu. l'avais voulu, m'aurais donné la dernière joie humaine que pusse emporter d'ici-bas. Mais )e ne veux que tu aies un jour le remoi'ds de m'avoir pondu par un refus. Sois libre, mon enfant ch l'unique reste d'une famille qui a eu sa gk dans l'ancienne société, et que j'ai cru représen noblement dans la société nouvelle. Qu'elle -vive par toi ou qu'elle s'éteigne, ce sera de I plein gré. Monsieur le marquis de Sainte-Mau Totre père vous donne sa denrière bénédietii et ne vous commande qu'une seule chose, d'è sur la terre un homme de^ bien.

Je fondis en larmes; mon cœur se brisa; aujourd'hui, après les longues années écouU depuis cette séparation douloureuse, j'éprouve, tue rappelant ce souvenir, le même déchiremei dans tout mon être, que si ce digne père, pr Bant cette voix solennelle des mourante, me t sait: — Sois libre, mon enfant chéri!

PAft VkÈBÉ ♦♦* 157

Les pBMtêâ de UKi* itière, ses msUtnces et ^s larm^ ne n'aftiadetit p«s 'ébranlé. Le respect de moQ père pe»r to dà%Tiitè de son ^derniéfr deiscenéant «t poar ifiia conscience d'homme m'émnt prêloaitf émeut Je me Jetai dans ses bras; Je l'inondai ée larmes. J'arais si peu vécu arec lui ! Notre âterpide édacatîon nous enlève aux chaudes êûf^otès 4e la famille, à Tâge où deviendraient iiidesfertttt9»}es des affections qui se portent âOlenrs, en laissant dans le cœur, vfde à peu près, la place où Dieu a voulu que fût l'amour pour notre père et pour notre mère.

Dai» ce moment, j'aurais volontiers donné ma ^ pour que mon père vécût encore. L'effort qu*il avait fait sur lui-même, les impressions qui l'avaient agité hâtèrent le moment fatal. Il me regarda cependant, comme s'il eût attendu de moi une parole. Ce regard bouleversa toutes oies pensées et toutes mes résolutions.

— Mon père ! mon bon père ; m'écriai- je en le serrant dans mes bras par une dernière étreinte, je vous jure que je ferai . . .

— Non, non, interrompit-il d'une voix faible . . . Soi» libre, mon enfant !

Ce fat la dernière parole que nous entcfn- Ames dfe sa bouche. Nous n'eûmes ^ plus qu'à ta rendre les devoirs funèbres.

Quelques jours après, ma mère quittait ce Aiteau, qui ne lui inspirait plus que de l'horftor, et nous rentrions à Paris, pour y passer

138 LB jéSGITB

les loâgs mois de noire den^îL Toutes les jiie de ma vie avaient pris fin. Cette solitude Joir.!; famille, où deux êtres seuls se trouvaient et échm^ geaient leurs larmes, exerça sur moi une imprapi sion profonde. L'adolescent avait disparu, et»-^ je n'étais pas encore un homme, je me senlM prêt à entrer dans tout le sérieux de la vie.

Ma mère se livrait plus que jamais aux ez^e^ cices de la piété. Le ,Père Romanet, qui a^ra| eu assez de bon sens pour modérer quelquefol les pieuses exagérations de ses pénitentes, étai mort, et ma mère avait pris pour directeur u^ ancien Capucin, fanatique s'il en fut jamais» <' croyant fermement que du rétablis^enaent de Tordif de Saint-François dépendaient la gloire et la pro^^ périté de la France. . '

Elle le consulta, à ce qu'il parait, sur ce qu'di^ pouvait faire par rapport à ce fils unique, q^'^ s'obstinait à vouloir éteindre en lui la race df '^ Sainte-Maure. '^

Le Capucin songea à son ordre; il vint a|^ faire quelques visites sous prétexte^de notre deu]^ Il savait les. idées mystiques dont on m'avait im t prégné. Il exalta devant moi le grand saint Frafl : çois d'Assise. Mais, chez les Jésuites, il n'y a d'^it vraiment saints que les saints de la Compag^j^^t de Jésus, et je n'en connaissais pas d'autres, wk moins que j'admirasse et que je voulusse imiterine Je ne tombai donc pas dans le piège du Capucji^ i Je tenais un peu pour fou ce digne saint Fratillc

PAR l'ibbA *** 139

^is qui dlait converser avee les bèCes, et appelait les carpes et les oiseaux ses frères et ses

B®ars.

Je sus que le Capucin avait dit à ma mère qa'il n'y avait rien à attendre d'un cerveau aussi obstiné que lé mien.

Depuis notre retour à Paris, soit l'affection

bien vive que je portais réellement à ma mère,

Goit la blessure commune faite à nos cœurs, nous

Mas étions rapprochés l'un de l'autre. Ma mère

Kmblait avoir oublié la terrible scène qui s'était

passée entre nous; et je ne songeais pas à lui

iiemander de me pardonner une action que je

croyais héroïque. Seulement je me montrais pour

elle plus affectueux que jamais. Le malheur est

une leçon puissante, et, devant ce silence du

tombeau qui régnait maintenant dans ce brillant

bôtel où j'avai» vu toutes les joies du monde,

<{uelqQe chose me disait que je devais laisser se

cicatriser les plaies faites au cœur de l'épouse

H de la mère désolée; avant de lui imposer une

nouvelle douleur. J'évitais donc avec soin toute

conversation qui pût lui faire pressentir que ma

^lution était irrévocable.

U y avait enire nous une trêve tacite; mais <H état ne pouvait pas durer.

Probablement ma mère, qui m'observait, in- ^préta mon silence dans un sens favorable à ^ idées.' E31e ne s'en tint pas aux conclusions fc son Capucin, qui lui disait qu'il n'y avait qu'à

l40 LÉ JÉsCl-fÉ

siB fésignéf sur ïa&h 'Coinî)te^, ëHe Vôtilut tm tîertiîéf teffort.

L'eutrelien, cette fois, se fit avec ui èalttie de *a part et de la inieiltiè.

Mis en deineùrè de tii'explîqfùer, je cor par iui déclarer nettement que lios malhe talent fait que me àétàchet encotè davan tiicrtfïde, et je lui rappelai qu'après ïà doul scène dli grand salon, elle ne devaît pin cher d'autres preuves d'une (Jétei-minati mille pttissâttce ne saurait ébranler.

Elle n'insista plus, et. «île coïnprît qu' tait tespecter la liberté que mon père i m'avait laissée. Mais, changeant alors se fîes, elle se rattacha à une dèrtiière es]

-^ Eh bren! mon fils, au moins n'abi pas ta rirêre! Entre ici dans !e isacefdoce. ttiinafre de Paris est tenu par les resp Sulpiciens. €*est de leur école qu'est s< tielon. Ils ont élevé tant d*aulres prêtres é dans l'Église î Tu suivras ainsi ta vocat j*aurai au moins le bonheur de te gard de ïnôî.

— Le sacerdoce est ttia vocation, lui maïs je ne veux pas être prêtre séculier.

— Que veux-tu donc être?

-^'Jè Veux, ttia mère, entrer chez 'suites.

"— 0 mbn Dieu! chez les Jésuites. C Icfà aï beaucoup laimés, ces bonis Itères ;

PAR Va^ ^** 1#.

aini^ encore; cm 3^u($, sgyQ(; oai^ble^ ie }^}^. éleyef 1^. jeunesse* ]^c|is 4i tu CQ[nn9i^îs,. cq<ao^, moi, 1^ temps où iioi/ys, yivQ»^,, ti|, V£i;rai8i qM9; ti*. ne dpij3 cas soflger à ia^^lrçi: çljifsz ^Ujit. Tu ^i¥>^e«t qu'ils pe liennei^t pjiis §n fr^ace q^ par uft fiJi*. et qu*avant six gj^ois le njipistère serai obligé 4(^, les sacrifier. Si Çbacljss X Q^'avait paS; àeq^mièun délai, la chose seraj^; fait déjà., P'aUleu^, J^** suil^e, tu p0Ul?^ai^ êl,rç. envoyé, aux extrémités» <}|i. monde: tu serais perdu pour moi.

— Ma, mèrq, si, Dieu m'appeUft!

— Çlb, bi/BïîJ e§trce (^^e nos prêtres ^e valent pas les Jésuities.

— r Ma ipèï;e, H n'y ^ d^ boiis, pr^^ri^s q«^ IfiS; Jésujtç^,!

Elle ne i:^pQ»içlit que p^r uft spuçire. aoj^er à, ( cettç naïveté^ qji^^ jp. r^pét^js comme u^ 4fi()ilier. bien appris.

Un, grobMïP^. ^',aç|re^§ait. dpyant moi: c'était ma B^ère conse;i^apt, ajW"^ toutft^ çç^ luUjeSj.qpp: je f;u^^. prêtée, et, n^ej^, ppwr moi^ ]^ p\n^.; gran4, hopfl^ujr. du, ^cerdpfifi, c^i 4-êti:e Jiwjte,.;

— Mais, malheureux! m^ (^i^^^lp^r ^QM^i l^st S^nt^rM^iiHe quj, opt, ^p^rleqw i Wglj^e, ont été des prêtres séçiri^eç^p, . , deg^ ^ph^, 4^ gr^p^/es. ^br . bayes, des évéques, des cardinaux. Tu as là-bas leurs portraits, ajouta-t-elle.

Je ne saisis pas alors la pensée intime de ma mère. On est si peu ambitieux à dix-huit ans! Ce ne fut que plus tard, qu'éclairé par l'expé-

143 LE lésUITB

rienee, je yis très-bien qae cette excellente n lorsqu'elle avait son afné destiné aux grand du monde, aurait voulu, pour son cadet, les ] neurs de l'Église, qui avaient illustré autrefo maison des Saînte*Maure. Le Père Romanet n*) jamais contrarié ses iflées là-dessus, et, en confiant aux Jésuites, elle espérait qu'on fai serait ses projets; et puis elle se croyait a maîtresse de mon cœur pour me faire prei les ordres dans le clergé séculier. Je me rappelé que souvent elle me parlait avec enti siasme de deux ou trois jeunes gens du gi monde, parmi lesquels était le jeune de Boi qui plus tard a été évéque et cardinal, que 1 familles, toujours selon ma mère, avaient vu trer avec bonheur dans le sacerdoce, avec presque certitude qu'ils seraient un jour évéq Je lui répondis:

— Ma chère mère, je n'ai d'autre but d'obéir à la volonté de Dieu. Ma vocation m pelle chez les révérends Pères; j'irai chez et vous serez assez bonne pour ne pas m( d'obstacle à ma vocatîoa

— Je le vois, dit-elle, on vous a desséch cœur; vous n'aimez plus votre mère.

PAR l'abbé ♦*♦ 143

Sui^eaii^Hi des eoUéget de La Ck^mpagnie de

JésnB.

Le Père Romanet avait été prophète, et ma mère était bien renseignée sur ce qtri se passait dans le gouvernement, par rapport aux Jésuites. Uoe ordonnance , qui manquait de dignité et i]e franchise, parut le 16 juin 1828.

Elle portait que les écoles secondaires ecdésiastîqjues ^dirigées par des personnes appartenant à une congrégation religieuse non autorisée, et actuellement existant à Aix, Billoem, etc., seraient soumises au régime de TUniversité, et que nul ne pourrait faire parti d'une maison d'éducation dépendante de l'Université, sans affirmer par écrit qu'il n'appartient à aucune congrégation non légalement établie en. France.''

Une seconde ordonnance imposait l'hatrit ecclésiastique aux élèves des écoles secondaires eceTésiastiques , âgés de plus de quatorze ans après deux ans d'études. Ces écoles, dans toute la France, ne devaient pas contenir plus de vingt mille élèves. Les supérieurs de ces maisons devaient recevoir l'autorisation du gouvernement. Et, pour dore tout cela, on jetait au clergé huit mille demi-bourses de 150 francs chacune, desti-

nées à ces établissements ainsi mis en suspicion et mutilés. ^

La première de ces ordonnances était signée Portalis, ministre, de la justice, et la seconde, Feutrier, évéque d& Baaavais, ministre das aficôres ecclésiastiques.

On le voit, le nom des Jésuites n'était pas prononcé dans ces. ordoniiaBces* Us pouvaient donc rester en France, comme prêtres, et y exercer le ministère sacerdotal. Mais uiv sermei^ à prqnoncer les excluait de renseignement. A côté de cette mesure, se trouvait une législation peu libérale sur l^a établissements diooésainsL Le cle^é témoignai le plus vif n^éoontentemenlt de ces ordonnance^, et: les Jésuites eurent la^ chance de se trouver victi^^es avec lui. Le clergé ne comprit pas qjiA'il allait, recevoir le? contre-coiip* de l'oxlr^nie^ impopularité dm Jésuil^sw U se fit. folleme.nt lewr -c^t^ns^iir ; et.le^ (eailtes <|u'il inspirait app^i^AQt. e^e^ ordomanoe^; desi aetes de vjolenoe et de persécution, quii ramenaient. l'ÉgliAe au tenips 4e: ^^rm^ efc de Dioojétien.

•\ '. ' - < f. .• . . , . <,4ppl«udi^«e»:t, raoe dïmpiDs et^ de aseidégea» disait 110^ d^, aes.fi^uiMQs, éerivaiiiA* fiâotieuiiv applau4js$(9? L Y^ilà^ uot pr.étre (A|».FIeutriep>r qui^vii9its liytf^ la, sanctuaire';: vcÂci un m^strat (M. dj9 P9Btata)i qui; vouft livne le piouipoir. VmÀ voiriies j[D»,réfp§qQipat<;fâtf^ii|cbAtné^; on iîpte phi% omrimr npji^,. Çe..qu^tia.|lé¥olutipp «l'eiàt jamoidi songéi à

PAK L'AjnkÉ ♦*♦ 145

arradier à Baonapaite, deux ntnistres le font à la monarchie légitime; tous les deux riTailsent de zèle pour exterminer le sacerdoce dans sa radne, et pour accomplir ainsi l'œuvre de la Ré*

voJution,"

Cette presse religieuse allait jusqu'à dépeindre l'évêque de Beauvais comme un mauvais ministre, „aussi lâche qu'hypocrite, comme un nouveau Julien ti^jtre à ses frères, à sa foi et à son roi, que rÉglise devait compter désormais au nombre de ses plus cruels persécuteurs/^

La royauté malheureuse, .pour calmer Tirritation du parti libéral contre les Jésuites, avait eu la maladresse de mêler le clergé de France à la querelle. Les Jésuites proGtèrent de cette faute; ils prirent le rôle de victimes silencieuses et laissèrent au clergé le soin de les défendre, en se défendant lui-même. Dans cette circonstance, ils furent les habiles; et Lamennais, qui ne les aimait pas, fut un des plus violents adversaires des ordonnances.

L'épiscopat se leva comme un seule homme, et par l'organe du cardinal de Clermont- Tonnerre, publia une protestation collective, où il prononça le fameux jfNon poasumus/^ Le roi lui ht défendre de se présenter aux Tuileries.

Ces déclamations violentes furent, en somme, une défaite pour le clergé, qui se rendit par là impopulaire, et un triomphe pour les Jésuites.

fortune de leurs maîtres.

Ce fut malgré tout un coup terrible pour I Cwnpagnie. Qe. i^'était plus p^r mesureiijévalution natre, mais- au nom du. roi trèsr-chrétiea, d!ui Bourbon, que leuro* collèges ëMenp feignes, e qu!ils se trouvaient, san» existence extérieure lé gale, confondus avec ce clergé des paroisses, obje de leurs constants dédaiD& Aussi n'attendaieot-iii qfk'un mome^ït ou le roi, n^^SUre de l'opi^^iop, pour rait le;^. rappeler., aux, app|audi$3emeoils dM P^<*^ religieux* lis excitèrent toujqurs Tagit^tipa àei e«prit^, dans oe sens^ Des jouraaqx firent ïnJolk d^ mem^'* la^ Fr^poQ constHutii^iuielle et ls|)Cbambr/e d^ disputés, du réveil d<i;s aru^e^iVeiid^^n^^^ Le grand mpt de ralliançe de Taut^i et du trône. qui p^rd les tr^ôues: s^us sauv/er TaMtel, ét^it comipenié. jpurneUeii^eot et proclamé çpmine. le salut pour Tavenir.

Les Jésuites, av^aient^ vu.lfur correspood^nce dévpilée da^^ un procès en nullité €|ç tfstaiment, qui se. piailla devant le tribunal civil de Colni^'^' Il s'agisj^ait. d'un legs universel fait au)^ Jésuites, au moyen d'un fidéi'QOfnqiissaire, M. Henri Qi^^'Ck^ Le testRt<eur avait voulu d'abord laisser sa fortune au séminaire diocésain, ,.parce qMf,, écrivailril^i^ Bère. Qrmlf provincial d^^ Jésuites, les.s^io^iJ^^

n'a |)aa*^Maiie û*$mil0me lég»le.'' Le père 'SriVeP répomhit':

^otre société est plas utile ((u'un séminaire à la religion et à l'Église. C'est donc à elle qu'il faut préféraUement donner. Quant à la question d'existence légale, l'existence de notre Ordre a la même solidité que celle des Bourbons sur le trône. S'ils s'y maintiennent, nous serons rétablis, re^ connas, et nous ne cesserons d'exister en France que lorsqu'une nou?«He conspiration contre la religion Tiendra renverser les Bourbons.^^

De^tiek docuineQt8> mis^au* grand jour par. la^ presse n'étaient, pas faits pour réconcilier i'o^' lûoD publiqae avec la Compagnie de Jésu^ Ei\% se résigfift à' son isolement^ en caressant sas chè* res espérances» Singulier- le^on donnée à ass Pè^ nés les plus habites > et les plus doués de péoétrar tion, ce! ne, fut pas la maison de Bourbon, ca. devait èire la- République qui leur permettrait de reparaftse et d*oiuvrir par toute la France debril* laats collèges! ..

Les premiers me&Si de moii deuil étaient passés; nous étions au commencennent de 1^829^ Je: Di*étJM8i> mis à. qael4fyea éludes* for:t. négligées ài Saintrâcbeui*. Ji'avais classé touS' ies« papiers/ de. moA père,. que je pacooturs^ je le. neconaais^, asseZ) super ficielleniefiti ett dêas ksqoels- pkist tard, jlaî;

Un LE JÉMltB

tréuYé des doeamemB précieux. Le temps Mcôuta ainsi. Je redoutais le mometit eu il faudrait <{ait ter ma pauvre mère, et je me reprochais celte anxiété comme une coupable faiblesse.

C'est une singulière chose que la fascination efxef'eée par Tenthousiasme sur la conscience humaine, il n'y a pas de fanatisme . que je ne ili'explique aojourd'biiii Ces jeunes hommes que le Vieux de la Montagne lançait en assassins autour de lui obéissaient avec une vohipté brutale, et bravaient la mort: le Prophète les attendait dans son -paradis. Je dois faire l'aveu de l'indignité de ma conduite à l'égard de ma mère. Je me dis maintenant, avec toute la sincérité d'un repentir inutile, que je fus infâme^ Pauvre mère ! eile avait à supporter les amères douleurs de tous les délaissements. L'ainé de ses enfants avait eu une fin funesto; elle venait de perdre mon^ père, ie voyais tous les jours que son profond chagrin^ Contrairement' à la loi générale des peines de cœur, ^gmentait avec les mois de son deuil. Eite àTail

«B mn espéré que Tàge, la réfl«uM, à4éfiiiib4l> tendresse filiale, me feraient comprendre la sainr teté du defoir envers elle. Son silence Dnime étaif uDe leçon délicate, en même temps qu'une prière maette que je de?ais écouter. Tout cela fut foulé aux piedis. On m'avait fanatisé. ,

La Société, après les ordonnances du 16 Juin 1828, avait abandonné les huit collèges quelle possédait en France, vendant à l'encan son n^obi^ lier. Elle avait mis beaucoup de fracas et d'osten* tation à cet acte, de soi fort simple, oubliant qu'elle donnait raison aux Ubéraux qui n'avaient jamais voulu accepter que les JésuiCes français eussent JU modestie de se mettre protesseurs dans des.écoleç appartenant aux évéques. ]\3tureUement j'applaur dis beaucoup à cette maladresse qui compromettait la parole de l'épiscopat et le mettait, avec ie§ Pères, en flagrant délit d'escobarderie. On ne s'ar* rétait pas alors pour si peu. C'était un moment d'incroyable effervescence. Ma seule irrit9tioo de l'expalsion de mes bien-aimés Pères me portait aux i!ésolutions les plus extrêmes. Je. n'aitendi# pas la fin de notre deuil Mon coqfesseur, on 1^ devine, était l'un des Pères que l'on avait laissé^ à Paris dans la maison de la rue du Bac

J'aUai le ti*ouver un jour.

J'étais à l'une de ces heures, rares chez lesi n^r Uires ardentes, où un peu de calme arrive à la pensée, et oà rimagination, compie un coursier qui se mpdèrA dans sa coursp rapide, s'arrête 4ej

i!6D ut «éBoiTB

-^Bt les apsiMments de ta raiMn «t de Ift ^o»tience. J-expoaai tout eu bon Père, fiKaleiiient, eimplemeiit C'est un fsiible soutagement à mes remords «[oe de pouvm* me dire, aerjonrd'iifii, qu'il eét olyleiHi de moi fine complète obéissance bî, écoutant lui - même les plus vulgaires notions de fci justice, contre laquelle rien ne prescrit, il m'eût commandé de rester auprès de ma, naère et de me rendre à ses désirs, d'autant plus qu'après tout, efie me laissait libre d'entrer dans le sacerdoce.

Le Père, qui prit les doutes que je lui souneftaîs pour des hésitations, n'éoeuta que TarAeur d'un zèle outré, ou peut-être, oserai-je ïe dire, les intérêts matériels de son Ordre. Je n'arriferais qu'afec des millions au noviciat II me répngnerait de cafomnier cet homme; mais, en 7 pensant depuis, en ayant sous le^ yeux tant de preures matérielles de l'àpreté des Jésuites k convoiter les riches dots et les grands héritages, je me snis dit, bien des fois, que les millions des Sainte-Maure aTBient dû peser de quelque poids sur la chalenreuse décision que me donna le Père, et que je reçus comme un oracle venu du ciel.

Il me semble que je les entends encore, ces p^ rôles qui fixèrent pour jamais ma destinée, et qui firent de moi un horrible ingrat. J'étais dans la chambre du Père, agenouillé sur un prie-Dlea. '^e Père était assis à cété 4e moi; sa main étaft ^ doucement autour de mon cou, et fonnait

«ovHDe une éfiftmte, M eiMaeeitfeiit pMehiel, ^ eierçait sur inoi une Incroyable inagnétisatioè. ie me sentais heui-eax là, q^ofiqa'un dernier instina, averlissemènt trop 'soow'nt mutile du Kbrè arbitre dans i'ftme, me lit comprendre que ThcfiAnife abdiquait éii moi pour jamais.

^ -^ L'heare est venue , Vnon etifant aimé, mfe dit-il , «de ia prendre , cette grande détermination d'appartenir pour jamais à Dieu, dans là saitite Société à laquelle vous devez le bienfait d'une éducaticm chrétiemoe. B y a des vocations sur lesquelles j'hésitetais à me prononcer. Je serais coupable devant ma conscience, devant Dieu, si je Be vous disais pas: Dieu vous veut avec nous! Mi le monde ni le, sacerdoce séculier ne sont dignes de voue. Vous êtes appelé à une vocation plus baute ; il vous faut sur la tête la royauté du sacerdoce; et c'est dans la sainte famille des enfants de notre grand Père saint Ignace que cette couronne se . conserve sans tache et glorieus^e, regale sacerdotiwn.

La Providefice, mon enfant, a brisé tous vos liens. Votre mère, me dites- vous, désirerait vous garder auprès d'elle dans le clergé séculier. Vous m*avez avoué qu'il vous semblait découvrir, derrière cett^ |)ehsée, excusable chez une mère, un sentiment âe vanité, une espérance de vous voir arriver aux plus haates dignités de TÉglise. Notre Ordre, mon fils, a volontairement renoncé à ces dignités. Nous sommes pluà que des cardi^

152 LB ^CSDITB

naux et des éTéques; fiou3 . MMOines le d'élite du catholicisme. Que nous importe j riole d'une mitre sur le front? Votre mèr laissée aller là, tout doucement, à une d'orgueil, que nous devons pardonner à blesse de la femme. Elle a parlé comme la des fils de Zébédée à Jésus. Nous lui fer réponse de Jésus: Elle ne sait de quel elle est.

^ais, dites^Yoas, cher enfant, ma mè courbée sous le poids d'un double malheur: je la laisser sans consolations? Ayez coi en Dieu, mon cher fils ; il enverra Marie, h solatrice des afOigés, à votre mère. Diei veut à lui, dans l'état le plus parfait. C'( qui blesse et qui guérit. Craindriez-vous de lui confier votre mère?

Puisque vous attendez de moi une ûé dernière et irrévocable, la voici, au nom de Partez! nouvel Isaac, consommez votre sac Plus vous immolerez les grandeurs et les tions même légitimes de ce monde, plus ( crifice sera précieux devant l'adorable mi plus votre immolation sera belle.

Je veux être le premier de notre saint ciété à vous bénir comme notre frère.

Et, élevant alors ses deux mains sur ma il prononça des paroles si pathétiques qu'ell( firent pleurer. Puis, quand je me relevai,

PI» l'abbé ♦♦♦ .160

pril dans ses bras, et me donnant par anliciiMhtion Je nom de Père , il me dii :

« — Père de Sainte-Maure , que je. tous eni'* bnssel

le ne crus pas que la mise en scène de oe petit drame fût préparée. Elle pouvait Tétre, ou du moins les habitudes du pathétique oratoire purent ramener. Toutefois elle fit sur moi Tune des plus grandes impressions de ma vie.

Restait le plus mibarrassant pour moi : Texécution. On est gauche et maladroit dans la jeunesse. Le Père savait cela. C'était une rude affaire que la signification à ma mère de mon départ pour le noviciat Cela me tourmentait terrlbleoient déjà; et la pensée seule du chagrin que j'allais donner à cette mère , dont j'étais Vhdole me jetait dans une perplexité effrayante. Le Père, plus expérimenté que moi, vit mon embarras cruel, et, par un coup hardi, leva toute difficulté. .

— JMon enfant, croyez-moi, épargnez à votre mère la torture d'une séparation dernière. Le coup sera moins rude pour elle, quand vous ne serez pas là pour rendre son désespoir plus poi* gnant enqore. Exi de domo et cognattone tuâ^ Faites comme Abraham, faites comme tous les saints qui ont généreusement foulé aux pieds la chair et le sang. Est-ce que saint François Xavier, partant pour les Indes, ne passa pas devant la maison de sa mère, en s'itnposant le doulou*

tim «neriSne 4è &e pM tui >dir»»ie deniMV Midtt ^ Prétextez l'abseilde d'un jour à la Gafmpagirie ^ «t (fii*ttii« lettre i^emise à votre finère^ le lèhdefflain, lai apprenne votre irrévocable détermination. A've^ tfe là faiblesse, on petft tom perdre. Un boà Je- Mdte pousse te coarage tos^u'i l'héirol&tfliiek

Oe dernier trait me oéeidft. Af^raliain eC stm Boninenir ai^nt en noins ée pouvoir sur moi que mon ardente admiration pour tes Pèrës^ Je vMilus ètt« digne #«ax. Huit fours après, j^étais à Brigues.

ilien we m'avait arrêté^ m les larmes que J*fli9âis tues «ouk^r des yeux ée «na mère chaifae jour, ni ^ procédé grosner de cette sortie de la Maison patemeUe à <l'aide d'un subteifage. Mon Jésuite s'applaudissni de sa chaude dhlétori^oe, H moi'^nèmè je croyais faire une œuvre de fantoCe pierfecftion, prouver à Dieu «vi amour surbumirto, ^e un nouveau François Xnvier, lorsque je violais les saintes lois du respect filial, de la dignité jpiersonneiie, qm vwnnent de Dieu et ^ui sont (^nsacrées par rÉvangile, et que j'ouvms tti#n ftttie à ces dangereuses imp^essi^ms d'un mf^slid»me sans ftiBim , où irop siauvent se perdent le sentiment du devoir et les dernières lueurs de la raisoti. A Tâfge on la loi «iviie île me permettait pas eneore de disposer de moi-même, un relt<gi^x, «otts le vain prétexte que j^étais appelé à Utt^ 'Sublime perfection, nie faisait violer «ans ^fufMile nofr^seotement cette loi , a^fs bien filui

PAft nf'xiÊÊà ^** 165

6t)0(M 'txStè ile Bièii WlÉVO^: AiMUfU jnHHMM 'MI

Ha lettre è utt Mère )8ii^ été "vagiie et etft^ bamfBsée; quc^qfMB ^Mît* éehivppéb att «ttubr M pnoavafeiM 'seillB un pMè ite piété Maie. Je M» ^'elle l'avant jetée au feu ifn •âiaaM : -^ Je tt%i pliK '4e fitel

Elle -m'araît jagé.

Le mmeîait.

Mon noviciat «devait durer deux am, confei^ fflément aux régies de la Compagnie. Matgré la ^ de rîgdiireox aacétisnie et d'interamaMea »^ nolies qui i]Mr(|iia «es deux années, elles s*éoMH Gèrent pour moi a^c un «kirme mdtcîble.

PatfiT« eœar hatnain, il faut qae tu ainies4 To* »e vis que de passion ; el j'élaia à l'âge ^à }'<»Q suratyende de passion. Arriver à un neviotat ^ Jésuifes, «'était pcwr moi mettre le pied éané ^ veiAtbule du paMs ifiéme de Dieu , «'était ma ^er aux anges de la terre, jusqu'à ce que vtnt ^'^^re de diavter les hymnes sans dn avec les ^^ d« eiel, et de tti'enfivrer an larretit dea

.156 L« 4f0lVTK

voluptés éteroeUes. Petjtim 4ein année» , y ▼is que cela. Je me mis, avec une incro] ardeur, à ces exerciees laultifitiés de dévo i|iii absorbent rame ei les seos: Yériteble chine, aux mille engrenages, dans laquelle, fois entré, vous ne vous appartenez plus, et prend l'âme humaine comme ces mécaniques dernes qui prennent l'argile, la battent, la \ lent, la découpent, la compriment et la font tir toute moulée, prête à subir la cuisson du à potier.

Aujourd'hui que je juge avec sang-froid enthousiasmes d'adolescent, je me rends très* compte de ce qui me passionnait alors si viven Je poursuivais un idéal, et, cet idéal, je le cr dans mon imagination, le suprême bien, -le préme beau. Avoir pris l'être tout entier, ses cultes puissantes, son expansion d'amour et volonté, sa capacité d'intelligence, ses sens m< organes toMJours si rebelles aux compressons € binées par la théorie ascétique; avoir réduit cela à n'être plus qu'un instrument docile d grâce d'en haut; avoir tué rhomme charnel ) exalter l'homme spirituel, et amener celui-ci délices ininterrompues de la contemplaion ei l'amour, me semblait le but le plus élevé d vie humaine, et je croyais pouvoir l'atteindre, me passionnai donc pour ce but Ce que l'ar le pius épris s'impose, pendant des mois enti dans une.ppursuite ardente, de contraintes e

PAU l'abué ♦♦♦ IM

McrtttoB;'ce qifil dévofede rêfoB de la pàti d'âne rebelle, jusqu'à et qe^H triemphe d'efie, à force de se mettre sons Ms pieds, je me rimposai afee toute l'ardeur de mon âge et de mon ca*^ raefére, pour réafeer en moi cet homme parfait qae les ascètes ont si singulièrement synthétisé <îan8 cette révèltante image: Tanquam ae c€^

Mon lecteur comprendra quelles luttes j'eus h ^ntenir, ou mieux, il comprendra que je succombai sons la lutte, comme ont succombé, sans en excepter une seule, toutes les natures ardentes qoi se sont jetées à ta poursuite de Cet idéal insaisissable. Mais je dois être vrai : j*eus toutes les âpres voluptés de cette longue veillée des armes. Mes facultés s'exaltèrent outre mesure, non pas }H)nr mieux aimer Dieu , ce qui serait encore ralioiineK si l'amour sérieux et pratique se mesurait par rkitensité de la fiamme plutôt que par les persévérafnees du dévouement, mais pour réaliser le type du parfait novice, tel que les règlements le tracent, tel que les supérieurs le comprennent. Autant je mettais d'ardeur dans cette tâche singulière, autant je rétrécissais l'horizon déjà si borné de mon intelligence. Il me fallait faire le vide autonr de moi: oublier famille, patrie, fortune, cette effrayante et magique chose appelée le monde, l'éternel croquemitaine des ascètes, tout aussi redouté que Satan, et prêt à nous jouer,

' Ç0i vid« se 61^, Com»e J'«iraia.r^ une^. grandi pffOtiUiiiA do lQgi<p«e, j^ ne, m>n»èt«Â paai^a ohe mil^ Il dilA^ fout eA, bav le monde;. k fuita. éta^ jUiïBk. J'é^ift* 49«04 la wljtude Iai p)ii»i afcsoliia. J^ ne iK>yai6^ niea 4u Qio^Mte. qw> 1m iBiontiigoe& d^ Valais. Haïr était le dernier terme de la perfeotioii fer met vm daoo à half; tf»f ^«^^ oe. nappdft/ que j-'amis si. p0Ui Qoonu» Je» ma w^ pivs ai# dan», me^ abeirratma, asoéti(|iieSi il n'y ml psv» desi mam^iit^ oui îli i^'arriKa de r^epouiser l'iaiaga si lé^lûne-i oifint. adprée de m9k iBiàre, par un sentoeni. qui^ dépaMaAt r,oubli , aurait atteint lea preattiries iii mites, de la haine.

0' Q9on ])im,\ pai:<|Qni»ea''Qioi' cette- errenr » si jamais, la perfection « ré?ée par les asaète&, mfamena à violer, même- par une simple pensée de délaissement, le saint amnur filial que ces vandalee. ontt flétri, comme tout. le reete,. daasfiafblie de leun» anatbèmes(^)!

Mais ceS) joies frénétiques, je lee appelerai aiivû, ne: duiiaient pas touji^uivs. U vient un. oio* ment où toute- passion,, comme le. cratère d'un volcan après se» éjeetions> les. plusi violentes, s'af-

(^) Oa Ut dans les Constitutions^ JExamen général, jt- 29: „Pour que le caractère du langage vienne au secours des sentiments, il est d*usage de s^habitner à dire Don pfts: fat dès parents, foi àes tt^^\ tàm: f(twiii des parents, f avais des fièroB.^^

PAU i^'jiw ♦^ m

s'exalter encore.

IQt^nn^flA «yk^r^flfft.^Wtiés <ifl l^' mêfin. Après cft& bouieYersemeats contre nature des puiaiwill^9 '^Bkj^ ()e. J|âi9^, j*é{W0UTAi, c»^ ^Ql^is^ 4e vérité où, €K»nmi€i, ^ ffiUiea d'4|i«# ^^it. obscwei. îHmoMt aée tnQt k QPUf^ 'ppr «q Un^u éfc^îlérd^ (M <N ^. d^age d'opai^^t vapauca^ J^ me^ #» qu]9 je. p9jD||B|iiydis, u9^; fqlle J4éf9; qù. la simplo* com" paraiaon de quelques pensées de rÉvangtle, telles ïju«. Q«llQ-ei:: „Pi^u, eei aM«daQs d^ voqa;" — „Sof9ii. COO1III0. de$, enfaqi^/' ayec 1^ mécaoi<me complîqiié d^ la pai^j^ti^n. mpnacale^, me ré?éla qua le QnristiAQifiiiie qe serait, qu'une pÂle imi-r U(ti(Hi des. religipn& indieones» sfil avait pour but de pn«iposer la cQiUQinplatio» mystique, et Tatjro^ phie 49# forces, bqïpaines dans hcaaapery comioe hdéal du bien au sein 4^ TbMiP^qité. Miô». cf) D'^èlaifiit qufi des lueurs. J'étais dana> l'affreux engrenage; il fallait le- fiiu^vre,. Poqp ètne caosé-^ ,quent. avec nioi-méxne, je devaiS: aller, découvrir ao maitre des novices^, ces pensées,, ces doutes, ces ÏQu^nations^ ces. t^ntatwmt coinwe 4les aoiui appelées dans les exercices religieux.

Là, tantM j'étais douçienient consolé, tantôt tancé vertement, comme ayant eu l'orgueil de trouver quelque» chose à blâmer dans l'cçuvre de la sagesse des siècles. L'orgueilleux qqi avait vonjiii^ faire lai leçqq à saint Paçome,! à saint Qrupo. et à^ mai l%m^' en* ét^ quilite pqqr, s'toQÛlieF bewi

160 LE lésorrs

coup et pour se remettre à sa tâche d'annihilatiod

et de mort

Une pensée me poursuivait surtout Je me

disais :

Je veux être Jésuite : cet ordre me plaît. Je crois qu'une vocation sérieuse m'y appelle. Maintenant je fais mon noviciat, a^rès lequel je ferai des vœux perpétuels. Jusque-là rien de mieux. Je suis venu ici librement; je m'y engagerai librement

Mais, pour s'engager avec quelque prodence il est de toute justice que l'on sache à quoi i'oiJ s'engage. Or le meilleur moyeu de connaître uri ordre, c'est de connaître les hommes qui le composent, c'est de juger leur esprit, c'est de voir même dans des entretiens intimes, s'il n'en esl pas beaucoup, parmi eux, qui aient à se repentir aujourd'hui d'y être entrés.

Or une règle sévère, et inviolablement obJ servée, défend à tout novice de parler à quelque Père que ce soit, excepté à celui que le supérieur a désigné pour le former. Cette règle s'é^ tend aux simples domestiques appelés frères-lais, „afin que, dit saint Ignaee, ne parlant à personne, il puisse 'plus librement peser sa vocation." (Regtûœ communes, page 467.) La raison est mé-J diocre, je le vois maintenant; mais c'était celle qu'on me donnait J'ai lu plus tard, dans le même recueil, qu'une autre raison motivait cette défense: „Dans toutes les congrégations, il y en

MR l'abbé *** 161

a qui sont moins parfaits et qui désirent que le plus grand nombre leur ressemblent. De là ils ont coutuMe de s'adresser aux jeunes, qu'ils espèrent, en raison de leur simplicité, entrcâner faaSement à imiter leurs moeurs. Ils vomissent des axiomes absolument contraires à ceux qu'ils ont appris du maître des novices, et que je rapporterais, dit le naïf auteur, si je ne craignais pas que leur expression ne fût plus nuisible qu'utfle à ceux qui me lisent/' (ReguL comm.^ p. 470.)

Il y a donc parti pris de ne jamais mettre le DOTÎce en contact avec ceux qui pourraient l'éclairer sur rOrdre, jusqu'à ce que, lié par des engagements irrévocables, il n'ait plus qu'à se bvrer à de stériles regrets. C'est habile peutêtre, parce que autrement on perdrait beaucoup de sujets; mais ce n'est ni loyal ni chrétien.

Je ne sais pas pourquoi j'étais blessé, plus que tout autre, de cette règle. Ils ont donc peur, m disais-je, de quelques révélations, qu'ils ne Doas laissent jamais parler à aucun Père?

J'eus bien des fois maille à partir, pour cela, arec mon guide spirituel. Il devenait furieux sur l'article, lorsqu'avec ma bonne foi, enfantine presquf, je lui soumettais la peine que me faisait Qoe règle si soupçonneuse, dans un Ordre où il me semblait que je ne devais rencontrer que des hommes édiOants et des saints.

— Tous peuvent ne pas être saints, me ditil on jour* avec un ton bien singulier. I u

162 LE JBSDITE 1

Depuif c« DiomeDt, swiimeRt dans moD e< dm Dovioes s'en tirait réolypé: Non enfant, démoal

rot DO Tow paBMUii.

PAS

AUTEnS DU XAITBIT ET DE~ LA BBUOIIVBX.

nunCFORT êflL, CHEZ R. BAIST, UBSAIRE-ÉDITEUR.

lii^ noyiciat

(Suite.)

n me fallut bien longtemps aussi pour ipe rompre à l'uniformité des simagrées extérieures, auxquelles on donne, dans le noviciat, tant d'im- |H)rtance. J*ayais été élevé, spécialement par mon père, à regarder droit, à bien regarder, c'était ^Q expression. Le regard droit, ni hautain ni servile, annonçait, selon lui, une âme noble. J'avais été imbu de ces idées dès mon enfance, et j'avoue qu'il m'en coûta horriblement lorsque, conformément à ses instructions, le maître des novices voulut me corriger de mon habitude de nd regarder. Jjs ne compris pas d'abord. Tous ^s principes de ma première éducation étaiei|t loin de jne laisser soupçonner qu'en regardant ^roit, sans aucune fierté, ceux auxquels je par- ^»8î jjB fisse une chose contraire à une règle re- UgleQ^e.

2 LB muiTB

n m'expliqua qu'en préamce de qoelqu'oi surtout s*il 8*agit d*ua homme en dignité, la vu devait être réglée d'une certaine façon; qu'il n fallait pas le regarder en face. „Votre vue, m disait-il, doit toujours tomber au-dessous de se yeux/* Il m'apprit que le visage devait se coin lK)ser de manière à annoncer plus de gaieté qu de tristesse. „Les mains, ajoutait- il, doivent étri quand on adresse la parole à quelqu'un, dans un sainte inaction.'*

C'était en cela que consistait la perfectio extérieure : tenir les yeux baissés, avoir les lèvre ni serrées ni trop ouvertes, éviter les mouve ments aux narines et au front, de manière à ^ que l'extérieur témoignât toujours de la sérénit u me fallut bien longtemps pour me mettre à c maintien factice, qui ne rend jamais l'état réi de l'âme. Mais notre Père saint Ignace ava compris les choses ainsi. „I1 voulait, disait not^ maître des novices, l'uniformité en tout, à Te: térieur comme, pour la manière de penser/*

Saint Ignace, j'ai le regret de le dire aujou d'hui, oubliait que c'était là la méthode de faii des automates.

On eut bien quelque peine à me plier à régime, qui me répugnait profondément; mais ( me dit que c'était une condition rigoureuse poi être parfait. Cependant j'ai eu beau voir 1 autres novices baisser à demi les yeux et ne p' regarder en face, il m'a été impossible d'arrivj

à oe genre de pérrection. Qlaand j'y {lensais^ de* vaot le mattre des nofioes, je comoiandak à mes paupières; hors dé là, la nature reprenait ses âr«ts. J'ai toujours reconnu les nôtres à leur i^rd oblique. Cet affreux défaut, que toute iH»ime éducation devrait proscrire, et auquel j*ai ea le bonheur d'échapper, s'est trouvé, par une aberration singulière, un conseil de perfection.

Je dois convenir pourtant que, grâce à cette éducation mécanique qtti rè^e jusqu'à notre sourire, j'ai perdu une mauvaise habitude, celle de froncer les sourcils en. écrivant. Ma mère mV Tait souvent grondé pour cela; elle m'assurait qu'à vingt ans j'aurais des rides comme un vieillard. Cela ne m'effrayait pas beaucoup; ma», au noviciat, on me reprit si souvent là-dessus, on me répéta tellement que la sérénité de l'âme devait se refléter sur notre front, sur lequel on ae derait se laisser former aucun pli, que je me corrigeai ; et si j'ai toujours paru beaucoup plus jeune que je ne l'étais réellement, je le dois peut-être à mon maître des novices.

Mais le point le plus sévère de notre règle, pendant le noviciat, était la défense des amitiés particulières. Pour cela, nous étions très-strictement surveillés. Je ne comprenais pas la raison ^e cette défense. L'amitié, ce noble sentiment inspiré par la nature, ce doux épanchement auquel tout nous attire dans nos frères, leurs vertus, i^ur franchise, les grâces de leur esprit, l'amitié J

4t * LB jusanmi

pMw(*«ttf ^tre jamQÎs un malt L'ÉvaB(;ilé tous ^niontrMt JéH» ouvrant fioii ^sœur à FraBitié, BimiBtj Jean aon disciple, Lazare qu'il ressusciài, Mad&j Mue la pécheresse, Marthe et Marie, âœors éi iiaaare;. et Toiià qu'une règle, qui me parats^ail •bsurAe, venait encore, a{Hrès les grands renonce^ menta à la famille, comprimer Félan si légitkn^ du cœur envers nos frères.

J'avoue que ce fut le pmnt de la règle qu| ■ne froissa le plus, et dont je ne pus cofraprendr^ les raisons. Cette conyiclion intime ^que viti ia'élait doux à l'âme comme une bonne afifectloi] d'ami ne put i)as être ébranlée un instant pal les beaux raisonnements du ma!lre des novice^ Je laisais tous mes efforts pour ne pas violer 1| règle qui défendait de se trouver deux ensemble je n'en demeurais pas moins dans cette pensée -^ue les Jésuites outraient en cela l'esprit de d^ tachement.

Il est vrai que j'avais un ami. C'était un coi] disciple de Saint-Acheul, qui était entré au ne viciât un an avant moi, et dont les bonnes m^ nières, la simplicité, le caractère droit et fraij m'avaient de suite attiré. Je déguisais peu ro^ sympathies pour mon ancien condisciple; ^.t si semaines ne s'étaient pas écoulées, que j'éts^ appelé chez le maître des novices pour recevd une verte semonce.

J'argumentai avec le digne Père; il répliqi toujours que c'était contraire à la règle, contrai!

PAR h*Êmà *** 5

^ b peritedan, cMtMÎfè à.Vspprit de Mot ipMpew.

Qu'avais-je à répondre devant des ndsoBS de cette Ibree? Je h» répriaiaiidé sar moD obfilhiatîon à voir autrement que les grandes lumièrÉl de la Sodelé, et renvoyé, tout penaud, avec cette jpaimki pai oansolante, que, s'il y avait une raison puissante de ne pas garder un sujet dans le noviciat, ce serait une infraction bien constatée k la règle qui défendait les amitiés particulières.

Cependant, Un jour de promenade au Rohr- Iwrg, où nous avions une petite maison de cam^ fttgne, je me trouvai causer seul avec mon aiiii4 Nous parlions de la France, neiis rappelions nos souveoirs de jeunesse ; puis, comme tous ceux qui s«ot jeane^ nous fisiîsions nos rêves d'avettir, nous Dous transportions au temps où, devenus homflMHii pr«fè8 dans l'Ordre, probablement Hcsis serions KDTOjés en France. Il émettait devant mot ds4 senlimenis si nobles^ si élevés; je voyeis là unti de ces natures si admirables de délicatefise et de dévouement, que^ dans un mouvement de cœur^ i« me jetai dans ses bras, et que je lui dis en iui doanant un chaud baiser d'ami: „0h! que je VMS aime de penser si bien! Pnissions^nous nous retraaver un jour dans notre chèi*e France!"

U promenade se termina. Noos rentrées à Brigues. Maïs j -avais été espionné: on avait dé« Mocé mon crime. Je fuà appelé, j'eus à subir QQ véritable interrogatoire.

U maître des novîoes me dit alerfe les choses

les i^oB élraagei» que,* dtm wm oaifetè, je: m oemprenais pae.

— Quelle pensée aviez-vous en rembrassant? -^ Mais attcune aulre que celle de lui té-

meîgoer mon aoiitià

— Sans doute ; mais aviez-Tous quelque désir?

— Je ne vous comprends pas, mon Père.

— Aviez-Yous quelque désir coupable?

— Mais TOUS m'étonnez, mon Père.

En effet, innocent comme je l'étais, ne soupçonnant aucune des turpitudes humaines, ces interrogatoires n'avaient aucun sens pour moi; et j'en vins à lui dire, à peu près comme l'Agnès de Molière:

— Est*ce qu'on peut avoir des désirs coupables ?

Ceci probablement sortit si naïvement de ma bouche, que je le vis étouffer un rire ; mais, se hfttant de reprendre son air sévère, il me congédia, en me disant qu'il espérait que je saurais réparer le scandale que j'avais donné.

Le soir, je me mis à genoux dans le réfectoire, je m'accusai à haute voix d'avoir manqué à la règle d'une manière grave, et je demandai pardon à mes condisciples du mauvais exemple que je leur avais donné. Ces hurailialions solennelles sont fort en usage dans le noviciat, et même après le noviciat Dans le Oeah, on est toujours traité en enfant

Ce ne fut que plus tard, lorsque je. pus lire

PAB L'ABté ♦♦♦ î

beaucoup, floruitut le défebpi^enient it nm règles, el qoç, plus avancé en âge, je compris plus* de misères dans rhumanité, même dan3 les maisons reli(peiises, que les affreuses raisons à Tei^droit <ies amitiés particulières m'apparurent dans toute leur force.

0 mon Dieu! cela était-il possible? Et des hommes amenés à une yie si parfaite avaient-ils besoin qu'on leur interdit jusqu'à Tattoucbement de la main d'un enfant (^)? Et la sainteté de ces Tiefllards qui avaient fui le monde, souvent ses splendeurs, ses joies légitimes, pouvait-elle trou* Ter, à tout instant, un écueil dans la présence d'un adolescent?

Je fus atterré, je l'avoue, de toutes les rêvé** lations de nos règles. Elles rappelaient les prescriptions de tons les précepteurs de moines, de ne jamais laisser aller les frères deux ensemble, et de voir toujours, dans toute liaison entre eux, amiciticMi mole olentem (littéralement: amitié mal odorante). Saint Pacome disait: „Si l'un des frères est surpris à rire, à jouer avec des enfants, à avoir des amitiés de ce jeune âge, il sera averti à la* troisième fois d'abandonner cette habitude.^ Saint Dorothée disait à ses moines: „Fuyez les entretiens des jeunes gens, et repoussez leur ami-

(*) Hanc ergo pudioitiae çustodiam prisd Patres tintasse videntur immrimia^ cîtm juniorum contacttan prohibeanL (BegaL Gomm., XXXIY, p. 543.)

8 LE JAuiVë

dS cdàifttè TtMm au diftbië, tc^ ^^^iNl$iW<H» 1»^ MtV' Saifit Isidore met aà hktig Aëè feules leâ filas ^ireS de jbuer et d^ rïré aVéc tèé etlfaiitô. €àssiéh dêfënS de s'drrétéf, ittêtné tin îhstaiit, atec un des frères, surtout avec lih ptui jëttfiè (|ae 8oi^ de s'entretenir à l'écart et de se iettft par k mrin. Saint Théoddre Studité dit: „Td nbre> cevras pas dans ta cellule ad jedne dœciple.'^ Stfint Sàba lie voulait recevoir parmi isès moinesp sttiûun imberbe, de peUr qu'il ne tài Un danger dans sa laure. Et il était de règle; ati monastère de Sàint-Beluon, en Bourgogne (Vùi 8. Oëon.)-, (fùtè le itiaître dé l'ébôlè n'dllât jainais seal avee un enfant seul, et n'osât jamais parler ^ttl en secret avec un enfant; ut magisier scola^ Htts^ quam sclu» cum ado puero progredereiur^ tiec 8ôlu8 puer aecretiua iUi loqwi auaua èsset

Notre père Aquaviva a renouvelé eelie prescription (^).

La raison de tout cela est; en apparence, la gravité; itoais rééllemenf, comme le diseilt nos règles {Reg. Comm. XXXIV de Nèmine, p. 542), /là conservation de la chasteté. Tnctua ccfniigit et ignem adolevù, dit saint Âmbroise. Et Jean Gerson dit clairement que; parmi leS tentations dii diable, est celle de toucher ses amis spirltu«lst

Q) Consultus de hâc re P. Claudine Amtatfwa pf'aèpdsitiis j^enèralîk jprokimtè ànniè^ reècrwsn extfaneos tangerè. et piièro's pra^sertirà^ nem&lsi noêtrûm lice^ë. (Be^l. Cofbm., XXXIV, j^. 64S.)

1 qae ramttié 8|MrifaeIle m change par là en troour charnel, veriatw êpirùualtB amer tn 2f> ^âmosum carnalemfue amorem.

Enfin les prescriptiôits sont allées jusqu'à dé» fendre de toucher des chats et des chiens (^).

Et Yoîlà ce qiie retpérietice A fait dire à des hommes graves! Voilà où cet entassement contre oatoré dé réèhis de tbtit âge, ooctipés à Ici vie contemplatif^^ a meilé soaii totites les dvilisations^ dans tous les climats: eu ThéhaTde avec saint Pacorte, ëii dodlrgegtie aVec saim Odon, powi la'it Mi SU et bieii su qu^un attouchement é^ nain peut cenduik*e à une ikifiinte pensée, et cban-. ^r ei) vils BOdomîies ceilx qui se nourrisi^ent <ie la vie contemplative des ahgés. Ceki e6t tropfort! Otî l'^n a càlomftiié tous ces hommes, ovt nostitdtmn tnônëbalé est, bien pltis encore que le célibat. Une itiàitltutioii profbndétnent Hcie«se.

V) &empet à vtrts grhvûmty -atque in vitâ ^ri- («oa eapereitatM autUvf^ ne Jelee quîdem aut caneg tangi^ à nostria opp'orterej reçulam per eum tacturà mlari : noenasque irrogari vidi iù qùifèléè pefr jù* (ton ite<^«4M^. (Rèi. Conitii., ^S&X!^, ^. 54S.)

V> ut

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Las premien yœiiz.

Mon noviciat était terminé. J'avais apporté la Compagnie le dévouement du cœur le p diaud, l'abnégation la plus absolue. L'image ma pauvre mèi*e s'était présentée bien des fois mon souvenir. Je la voyais dans mes songes, d£ mes moments de rêverie involontaire. Tout c avait été fortement refoulé dans les abimes oœur, pour y être comprimé sans retour. J'all naïvement raconter au maître des novices < pensées, même ces songes. On me répondait q c^était la tentation, que Satan rugissait de ra de me voir renoncer aux joies de la famille au monde; qu'il essayait de me prendre par 1 qu'il fallait chasser le malin par la mortificati et par la prière.

La nature était vaincue. Ma mère ne m'a paraissait plus que comme une ombre dans passé; je m'étais en réalité atrophié le cœur.

Mon exaltation était au comble. C'était le m ment de mes vœux solennels.

J'avais vingt ans!

Je fis ces vœux avec un bonheur indicible.

Vœu de chasteté!

PAJR tfjmà ^f* . 11

Je ne m'étais pm Inmvé àem. foiftdMs ÈÊ»m avec une adolescente dont le sonfBe fût venu^ même à distance, m'apprendre qi|e j'étais hoipme, par ces e£Quyes invisibles qui préparent l'amour. Mon ?œu de chasteté , lorsque je l'ai analysé depuis, était une promesse de l'inconnu. S*il voulait dire une détermination de ne pas me marier, rieD de plus facile. Le mariage, dans tous nos eatretiens, dans tous nos livres, était représente comme œuvre de la corruption humaine, prédo» mioance de la chair, transmission de la chute orifioelle, dégradation de l'âme, nature angélique, dans les jouissances grossières de la brute. Ces idées admises, je pouvais promettre cela.

De plus, qu'un jour il se trouvât sur mon pasjttge, dans la vie, un être dont le cœur aspirât vers k mien , et qui me fit comprendre d'un regard qae j'étais tout pour lui, et qu'à vingt ans je 'prisse l'engagement sacré et perpétuel d'être chaste, dp ne pas toucher cet être qui s'offrirait à moi, oui cela encore était possible. Hais ne pas l'aimer, quand d'un trait l'amour serait entré dans mon cœur, voilà ce qu'aucun vœu ne pouvait garantir. Je pourrais être matériellement chaste; je n'avais pas besoin d'un jœu pour cela : il suffit de ne pas toucher tme femme. Faire vœu de ne pas aimer! Mensonge! Est-ce qu'un vœu empêche une impres* .lion puissante el/ irrésistible?

Hélas! il vous condamne à d'éternelles loriurei Vous n'avez pas été plus pur, plus sainte . aur

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